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Plan de Caillat.
« Dans l’île, on avait construit pour l'amiral un pavillon d'où partaient les signaux de la trompette, les ordres transmis par le héraut, et d'où l'amiral exerçait sa surveillance. L'île était située vers le goulet, et le pavillon était assez élevé pour que l'amiral vit tout ce qui se passait au large, sans que les navioateurs pussent distinguer ce qui se faisait dans l'intérieur du port. Les marchands mêmes, qui trouvaient un premier abri dans le bassin, ne voyaient point les arsenaux du second : une double muraille les en séparait, et une entrée particulière leur donnait accès dans la ville sans passer par le port militaire. »
Un second passage d'Appien nous fournit une indication sur la forme de l’un des deux bassins :
«Au commencement du printemps, Scipion voulut attaquer Byrsa et celui des ports qu'on appelle Cothon. Pendant la nuit, Asdrubal incendia la partie quadrangulaire du Cothon, croyant qu'elle serait exposée de nouveau aux assauts de Scipion, et toute l'attention des Carthaginois était tournée de ce côté; mais Lelius escalada par surprise la partie opposée du Cothon, qui est de forme circulaire. Une clameur s'éleva en signe de victoire; les assiégés s'effrayèrent; les Romains, pleins de mépris pour eux, montèrent de toutes parts, franchirent l'intervalle des fossés et du double mur à l'aide de machines, de poutres et même de planches. Les défenseurs du port, exténués par la maladie et la faim, avaient perdu tout courage. Maître des fortifications qui entouraient le Cothon, Scipion s'établit sur
le forum, qui était voisin !.»
‘ Appien, VII, cxxvir : ἀρχομένου d'éapos, ὁ μὲν Σκιπίων ἐπεχείρει τῇ τε Βύρσῃ καὶ τῶν λιμένων τῷ καλουμένῳ Κώθωνι. ὁ δὲ ἀσδρούξας νυκτὸς ἐνεπίμπρη τὸ μέρος τοῦ Κώθωνος τὸ τετράγωνον ἐλπίσας δ᾽ ἔτι τὸν Σκιπίωνα ἐπιθήσεσθαι, καὶ
πρὸς τόδε τῶν Καρχηδονίων ἐπεστραμμένων. ὥλαθε Λαίλιος ἐπὶ Θάτερα τοῦ Κώθωνος ἐΞ τὸ περιφερὲς αὐτοῦ μέρος ἀνελϑών. Βοῆς δ᾽ ὡς ἐπὶ νίκῃ γενομένης, οἱ μὲν ἔδεισαν, οἱ δὲ πανταχόθεν ἤδη, xaraPpoνοῦντες, ἐδιάξδοντο τὴν ἀνάβασιν, ξύλα καὶ
—e#( 608 je
Il semble résulter de ce texte :
1° Que l'un des deux ports, le plus rapproché du forum, par conséquent le port militaire, était plus spécialement désigné sous le nom de Cothon;
2° Que la partie de ce port la plus voisine du forum ou de Byrsa était de forme circulaire ou courbe, περιφερές;
3° Que la partie opposée était quadrangulaire ou rectiligne,
Ces dispositions ne sont plus reconnaissables sur le terrain. Ce qui reste des ports de Carthage appartient à l'époque romaine, et les vestiges que Beulé a considérés comme puniques, en se fondant sur les dimensions de l'appareil, ne sont probablement que des reconstructions dans lesquelles ont été utilisés d'anciens matériaux. Nous ne savons rien des ports de la Carthage punique, et nous n’en saurons rien Jusqu'au moment où une exploration méthodique et complète nous en fera retrouver les traces. Nous pouvons seulement affirmer, dès à présent, que les ports puniques, et notamment le port militaire, devaient être beaucoup plus vastes que ceux qui ont été reconstruits sur leurs ruines. Les 220 cales dont parle Appien* n'auraient pas pu abriter des trirèmes de dimensions normales si elles n'avaient eu que les 4,60 d'ouverture que leur donne Beulé. Elles devaient être plus vastes*. Les murs de refend qui les
! Bochart, Gesenius et Quatremère ont donné du mot Cothon trois étymologies plus ou moins discutables. Nous nous contenterons de l'explication que nous en ont
laissée Festus et Servius : « Cothones appellantur portus in mari arte et manu fact.»
Tel était effectivement le cas des deux ports de Carthage, creusés dans une couche de grès argileux identique à celui du rocher de Byrsa.
? Punic., xcvi.
Une trirème de 300 rameurs ne pouvait pas avoir, d'après Jal, moins de 68 mètres de longueur à la ligne de flottaison ,
ττερί GO ).ς1--séparaient et qu'ornaient deux colonnes d'ordre ionique devaient avoir eux-mêmes une épaisseur proportionnée. Or le périmètre du port romain, calculé sur les vestiges indiqués par le plan de Falbe, n'est que de 1,200 mètres.
Beulé n'a pas tenu compte des modifications survenues dans la configuration des ports depuis l’époque romaine, et c'est là l'origine des erreurs qu'il a accumulées dans le chapitre consacré à cette partie de la topographie de Carthage. Obéissant à une idée préconçue et voulant absolument retrouver dans ce qu'il avait sous les yeux les dispositions décrites par Appien, il a été amené à formuler, avec une assurance dont l'exagération même trahit les doutes qu'il ne lui convenait pas d'avouer, des conclusions absolument inacceptables au point de vue technique. Jal' et Daux” ont mathématiquement démontré que le port militaire n'était pas &irculaire, comme l'affirme Beulé; que les cales qu'il a prétendu retrouver ne pouvaient pas être des cales de navires; que les murs de refend auxquels 1] attribue une épaisseur de 0",30 étaient incapables de supporter le poids d'un étage supérieur; que ces mêmes murs de 0",30 ne pouvaient pas recevoir les colonnes dont Beulé croit avoir retrouvé deux fragments, à moins que leur diamètre ne fût réduit à o",10. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur, pour les détails, aux deux ouvrages précités : l'argumentation, dont nous n'indiquons que les conclusions, ne laisse rien subsister des affirmations de l'auteur des Fouilles à Carthage.
Les recherches de Beulé, par contre, ont établi que l'île de Cothon était bien de forme circulaire : son diamètre, mesuré
ce qui suppose une largeur de 9",70 à reviendrons du reste sur cette question 11,33, suivant que, conformément aux dans la note B de l'Appendice.
règles observées dans les meilleures con- ! Dictionnaire critique de biographie et structions navales, le rapport des deux d'histoire, p. 321.
dimensions était de 1 à 7 ou de 1 à 6. Nous .* Les Emporia phéniciens.
entre les quais qui la bordaïent, était de 106 métres. Les quais avaient 9",33, y compris l'épaisseur des deux murs de soutenement. L'ilot se rattachait à la partie septentrionale du port par une jetée de 9",60 de largeur, interrompue par une coupure de 4,55, qui permettait aux embarcations de parcourir librement cette partie du bassin, Du côté du sud on remarque les vestiges d'un débarcadère qui devait avoir 2",30 de largeur, et dont la saillie actuelle n’est que de 1°,40. Les degrés ont disparu, mais le massif de blocage qui les soutenait subsiste encore et forme gradin.
Beulé ἃ cru reconnaître quelques vestiges du palais de l'amiral dans les substructions d’un mur de 29 mètres de longueur qui s'étend au nord de l'ilot, dans l'axe de la jetée, et décrit ensuite, vers l’est, un angle droit, terminé par l'amorce d'une courbe. Il voit avec raison dans cette dernière disposition un nouvel exemple du goût des Carthaginois pour les constructions demi-circulaires, et l'origine punique qu'il attribue à ces vestiges nous paraît justifiée par le caractère tout particulier des débris de corniches qu'il a trouvés vers le centre de l'ilot, à 3 mètres au-dessous du sol. «(Quelques-unes de ces corniches gardent encore des traces incontestables de couleur rouge et jaune sur le stuc qui les recouvre. Les entablements sont euxmêmes revêtus d'une couche de stuc épaisse de 0”,02, d'une grande ténacité, et sur lequel se voient quelques restes de couleur rouge. Les matériaux, les moulures, ie travail, tout porte un cachet de singulière pesanteur. .... Le pavillon n'avait point de colonnades ni de portiques; des murs pleins le formaient, surmontés de corniches ou de bandeaux à moulures...»
On a retrouvé dans les ruines gigantesques qui couvrent l'ilot du port militaire d'Utique, ruines dont l'origine punique est
incontestable, tous les caractères attribués par Beulé aux vestiges de "Ποῖ du Cothon de Carthage : absence de toute décoration extérieure, sauf quelques moulures, même lourdeur dans les profils, même emploi du βίας et des enduits de couleur rouge ou jaune, même préférence pour les formes courbes dans les dispositions architecturales.
On sait que Scipion avait fermé par une digue l'unique entrée des ports de Carthage, non seulement pour établir un blocus complet, mais pour attaquer la place par le côté le plus faible de ses défenses. « Les Carthaginois, dit Appien, entreprirent de creuser une issue dans la partie du port qui regarde la pleine mer, assurés qu'on ne pourrait construire une digue de ce côté, à cause de la profondeur des eaux et de la violence des vents. Les femmes et les enfants les aidèrent dans ce travail, qui se fit à l'intérieur et dans le plus grand secret. En même temps, avec de vieux matériaux, ils construisirent des galères à trois et à cinq rangs de rames... Tout étant prêt, les Carthaginois ouvrirent la nouvelle entrée, qui était tournée vers l'orient, et s'élancèrent avec cinquante trirèmes, sans compter un grand nombre de petits bâtiments équipés d'une manière formidable. »
L'issue pratiquée par les assiégés est encore visible dans la partie du port militaire qui regarde le sud-est. Elle figure sous le n° 50 dans le plan de Falbe et forme une coupure ensablée de 60 mètres de largeur. Dureau de la Malle a supposé que celte ouverture était devenue, à l'époque romaine, l'unique entrée des ports. Beulé a combattu cette hypothèse, en faisant observer que la violence des vents du nord et du nord-est n'aurait jamais permis d'ouvrir pour les besoins quotidiens un passage ainsi orienté; qu'on n observe aucune trace de jetée pour briser les flots qui arrivent de l'ouverture du golfe, tandis
que les blocs qui protégeaient contre la violence de la mer les quais extérieurs ainsi que le mur d'enceinte de Théodose forment uneligne continue, et prouvent que la colonie romaine avait réparé les brèches faites jadis par les Carthaginois. On retrouve enfin, ajoute-t-il, et c'est là la meilleure réfutation des conjectures de Dureau de la Malle, l'entrée du port romain au sud, là même où s'ouvrait le port marchand de la’ ville punique.
Toute cette argumentation ne repose que sur une série d'erreurs. La nouvelle entrée du Cothon était orientée comme celle du canal de la Goulette, et l'on ne naviguait que pendant une saison de l’année, où les vents de nord ou de nord-est n'étaient pas assez violents pour empêcher l'accès du port. Les murs que Beulé ne fait dater que de l'époque de Théodose sont de construction punique, et il est certain que la colonie romaine n'avait pas réparé la brèche faite pendant le siège, puisque cette brèche existe encore. Quant à l'ouverture que Beulé prend pour l'entrée méridionale du port marchand, elle est précisément construite dans de telles conditions qu'il est impossible d'y voir l'entrée du port romain.
Les renseignements nous manquent quant à la forme primitive du port marchand. Les vestiges des quais romains dessinent une ellipse très allongée, dont les lignes s'infléchissent par intervalles. Beulé donne à l'enceinte du port la forme d'un parallélogramme oblong, et au bassin qu'elle circonscrit celle d'un rectangle dont le côté supérieur est remplacé par une courbe. Mais 1] s'est trompé en croyant retrouver le goulet qui faisait communiquer le port marchand avec le port militaire dans l'axe de ce dernier bassin, qu'il affirme être également l'axe du premier. L'étude des localités prouve, ainsi que nous l'avons déjà dit, que ces deux axes forment entre eux un angle très
Le port marchand.
#2 008 ).ς:--ouvert, 1] est vrai, mais qui n'était pas moins appréciable, à première vue, lorsque le terrain était dégagé des constructions et des plantations qui le couvrent en partie aujourd'hui. Le canal de communication s'ouvrait en réalité dans la partie latérale sud du port militaire et se trouvait ainsi dans l'axe du second bassin.
Les murs des grands quais du port marchand ne remontent pas au delà de l'époque romaine. On les suit sur une longueur de plus de 400 mètres. Le périmètre du bassin tel que le dessinent ces vestiges est d'environ 1,300 mètres; sa superficie est par conséquent de 148,200 mètres carrés (14 hectares 82 ares).
L'entrée du port est indiquée, sur la carte de Faibe {n° 42), par une large dépression à demi comblée par les sables et complètement nivelée aujourd'hui. Beulé a eu la singulière idée de la chercher ailleurs, et a cru la retrouver, comme nous l'avons dit, à l'angle sud-est du bassin,
«Le goulet par lequel le bassin communiquait avec [6 golle, dit Beulé, présente une disposition toute particulière : l'ouverture, pratiquée à l'angle sud-est, est protégée à l'intérieur par un mur parallèle au quai méridional. Il en résulte que les bâtiments, pour entrer dans le port ou pour en sortir, avaient à parcourir un caual à angle droit. Les deux murs qui bordent ce canal ne sont pas perpendiculaires à la surface des eaux, mais léoèrement cintrés, de telle sorte que, distants à leur base de 6",60, ils ne le sont, au niveau de l’eau, que de 6",20; au niveau du quai, leur écartement n’est plus que de 5°,65. Le quai était ainsi modelé sur la forme de la carène, et sa double courbe, en évitant les frottements, facilitait les opérations du halage.» Beulé, qui justifie ce singulier système de défilement par la nécessité de mettre l'ouverture du port à
l'abri des ensablements, ne nous explique pas comment des bâtiments, même de dimensions moyennes, pouvaient franchir l'angle droit d'un canal de 5",65 de largeur. Nous avons quelque peine à nous représenter les cinq cents vaisseaux de la flotte de Bélisaire, parmi lesquels se trouvaient de gros bâtiments de charge, pénétrant dans les ports de Carthage par cet étrange couloir, et l'hypothèse de Dureau de la Malle nous semble confirmée précisément par le fait sur lequel Beulé s'est surtout appuyé pour l'écarter. Au surplus, Beulé luimême, après s être donné beaucoup de peine pour démontrer que le goulet de l'angle sud-est du port en était l'entrée régulière à l'époque romaine, finit par avouer qu'il n'en est pas absolument convaincu, considère le canal comme une œuvre de la basse époque et se contente d'avoir retrouvé l'entrée du Mandracium. L'entrée du Cothon, ajoute-t-1l, a été détruite par deux fois L »
J'ai trouvé dans les papiers inédits de Daux un plan des ports qui semble, à première vue, être une restitution assez exacte de l'état des lieux à l'époque romaine. Le port militaire est dessiné au nord et au sud par deux courbes que relient à l'est et à l'ouest deux droites parallèles. Le goulet qui fait communiquer les deux ports décrit un coude qui existait déjà dans le plan des constructions puniques, et qui explique comment il était impossible de voir, du port marchand, ce qui se passait dans le port militaire.
L'entrée du port marchand présente des dispositions plus rationnelles que dans le plan de Beulé: on n y voit aucune trace
* Daux n’a pas fait une étude spéciale relative des deux bassins. Il ne faut donc des ports de Carthage ; il s'est borné à re- pas s'étonner outre mesure qu'il ait accepté lever les erreurs commises par Beulé quant l'étrange hypothèse de Beulé quant à l'enà la forme du port mülitaire et à la position trée sud du port marchand (voir fig. 61).
IMPRIMENIE NATIONALE.
de cet étroit couloir, à angle droit, qu'aucune galère n'aurait pu franchir. Mais il est évident, d'autre part, que l'hypothèse tient encore une trop grande place dans le croquis de Daux.
Fig. 61.
Croquis des ports d'après Beulé et Daux.
L'échelle des longueurs n'est pas donnée. L'emplacement des cales paraît êtreindiqué arbitrairement’. Les dimensions mêmes
! Daux affirme bien, dans l'explication des planches , que l'emplacement des cales lui a été donné par les arasements de gros murs, Mais il n'indique ni l'épaisseur de ces murs, ni l'intervalle qui les sépare, données essentielles qu'il n'eùt pas manqué
de consigner, surtout après avoir contesté l'exactitude des mesures données par Beulé, si ces «arasements de gros murs»
avaient réellement représenté pour lui les cales mystérieuses du port militaire de Carthage.
—an( δι jes—
du port militaire ne sont rien moins que certaines. Les doutes que suggère l'examen de ce plan sont confirmés par les differences notables qu'on peut constater entre cette première restitution et celle que Daux a publiée plus tard dans son livre sur les Empories. Dans ce second croquis (fig. 61) le port militaire est beaucoup plus allongé du nord au sud. Le goulet faisant communiquer les deux bassins ne présente plus le coude dont nous avons parlé. L'entrée du port marchand est obstruée par le mur parallèle qui figure dans le plan de Beulé. Enfin les vestiges des constructions qui défendaient le môle offrent un tracé différent. Où est la vérité ? Quel est celui de ces deux plans qui représente fidèlement l’état actuel des lieux ? Ni l’un ni l'autre, selon toute apparence. Daux semble être tombé dans la même faute que Beulé, en voulant retrouver dans les ports de la Carthage romaine des dispositions qui appartiennent exclusivement à l'époque punique et qui n'ont pas été reproduites depuis.
La question des ports de Carthage est donc loin d'être résolue. Le problème subsiste tout entier pour les ports de la ville punique : il offre encore, en ce qui concerne l'état des choses à l'époque romaine, bien des points obscurs, qu'une exploration méthodique pourrait seule éclaircir. Le canal dont parle Beulé s'appuyait à un môle puissant, jeté du nord au sud, et destiné à rompre l'effort des vagues que le vent du sudest soulève et fait briser avec violence sur cette côte. Entre la tête de ce môle et la T'aenia, on distingue parfaitement encore les vestiges de la jetée par laquelle Scipion ferma l'entrée des ports. Formée de blocs énormes jetés à flot perdu, elle présente une largeur de 160 mètres au point où elle se rattache à la Taenia, et de 90 mètres à l'extrémité du môle. Quelques parties de cette digue sont encore à fleur d’eau.
Outre les ports proprement dits, arte et manu factt, Carthage
Le mole.
La jetée de Scipion.
Rades et mouillages.
La nécropole.
possédait trois vastes rades où pouvaient ancrer des milliers de bâtiments. L'un de ces mouillages s'étendait entre le promontoire de Sidi-bou-Saïd et celui de Kamart. Le rivage dessine entre ces deux caps une courbe abritée par le premier contre les vents de nord-est, par le second contre ceux de nord-ouest. Toute cette partie de la côte porte encore aujourd'hui le nom d'El-Mersa, «le port», «la rade», et le littoral est couvert de vestiges de quais et de constructions antiques. Un second mouillage existait à l'ouest du massif du Djebel Kamart et du Djebel Khaouï. Représenté aujourd'hui par les lagunes de Soukara, il était complètement protégé contre les vents de nordest par le promontoire qui forme le Djebel Khaouï, et offrait l'abri le plus sûr pendant la saison d'été. Le lac de Tunis fournissait enfin, en toute saison, un refuge assuré et un mouillage assez vaste pour contenir les flottes les plus nombreuses.
Les tombes puniques découvertes à Byrsa, sur la colline de Caelestis, près des citernes de Bordj Djedid, et en général au sud du mur qui séparait la ville proprement dite de Megara, prouvent que les Carthaginoïs ensevelirent longtemps leurs morts dans la zone extérieure des Magalia. Nous savons d'ailleurs par un passage d'Apulée que l'usage était de les enterrer dans le pomoerium*. Un autre texte permet même de fixer la date de quelques-unes de ces tombes, mises au jour lors de la construction de l'Odéon de la colonie romaine, en 180 : on les faisait remonter alors à cinq siècles? : elles étaient par conséquent antérieures de quelques années à l'invasion d'Agathocle.
Mais à un centre de population aussi considérable que Carthage il fallait en outre une vaste nécropole : on l'a retrouvée au Djebel Khaoui. La montagne tout entière est percée de
1 Apulée, Florid., p.146, éd. Bipont. — ἢ Tertullien, Scorpiace, c. 1x.
centaines de milliers de sépultures, creusées dans un lit de calcaire tendre, donnant une chaux excellente, légèrement hydraulique, dont les Carthaginoïs se servaient pour leurs constructions et leurs enduits. La nécropole fournissait donc tout à la fois une carrière inépuisable et un champ de repos presque illimité. Toutes les tombes puniques sont construites d'après le type bien connu des sépultures phéniciennes de la seconde époque: un puits ou un escalier de quelques marches aboutissant à une porte basse qui donne accès dans une chambre rectangulaire dont les parois sont percées d'un certain nombre de «fours à cercueil». (Beulé, Fouilles à Carthage, pl. VE.) La plupart de ces tombes ont été violées à une date fort ancienne. Beaucoup ont été utilisées de nouveau aux derniers temps de l'époque romaine, ainsi que le prouvent les symboles qu'on y remarque et les formules chrétiennes qu'on lit au-dessus des anciens fours puniques. L'époque des martyrs paraît avoir fourni son contingent à la nécropole. Un certain nombre de squelettes ont été retrouvés le crâne reposant sur les os du bassin; un amas de pierres remplissait la partie de l'auge funéraire qui devait recevoir la tête.
Nous venons d'esquisser les principaux traits de la topographie de Carthage. Il nous reste à analyser l’histoire du siège et à rechercher jusqu'à quel point les faits que nous avons constatés peuvent expliquer la série des opérations de l’armée romaine.
Obéissant aux ordres du Sénat qui leur prescrivent d'en finir avec Carthage, Manilius et Censorinus se partagent la tâche difficile qu'ils ont à accomplir. Manilius doit attaquer la ville du côté du continent, par la presqu'île : il aura à combler le vallum , à enlever la seconde défense, et compte emporter ensuite
d'assaut les hautes murailles *. Il a donc devant lui le τριπλοῦν τεῖχος. Censorinus, de son côté, attaque l'angle faible par terre et par mer et essaye de l’escalader”. Cet angle faible, décrit par Appien au chapitre xcv, était formé par la simple muraille qui, partant de l'extrémité méridionale de la triple défense, se dirigeait vers le port en longeant la Taenia. «Faible et peu élevée, cette partie de l'enceinte avait été négligée de tout temps*.» Nous avons indiqué le tracé de cette portion de mur simple : l'expression dont se sert Appien, Γωρνία δ᾽ ἣ παρὰ τὴν γλῶσσαν ἐκ τοῦδε τοῦ τείχους ἐπὶ τοὺς λιμένας σεριἑκαμπῖῆεν, peint bien la double courbe qu'elle décrivait entre la triple défense et les ports. On s'explique d’ailleurs sans peine que cette partie de l'enceinte eût été négligée. Maîtres de la mer, les Carthaginoïs n'avaient pas prévu que la ville pût être attaquée précisément du côté de la mer et du lac.
Les deux consuls comptaient n'avoir affaire qu à une population désarmée; ils se retirent lorsqu'ils s'aperçoivent que la ville est défendue par des hommes résolus et bien armés.
Une nouvelle tentative des Romains aboutit à un nouvel échec, et après une troisième affaire dans laquelle il réussit, à grand'peine, à emporter une partie de la seconde enceinte, Manilius renonce à attaquer ce côté de la place, qu'il considère comme inexpugnable.
Censorinus n’en continue pas moins à assiéger l'angle faible. ΠῚ fait combler une partie du lac pour agrandir sa base d'opé-
* Appien, VITE, xovir : Οὕτω μὲν εἶχεν ἡ πόλις ἡ Καρχηδονίων ἡ τότε. Οἱ δ᾽ ὕπατοι, διελόμενοι τὸ ἔργον, ἤεσαν ἐπὶ τοὺς πολεμίους, Μανίλιος μὲν ἀπὸ τῆς ἠπείρου κατὰ τὸν αὐχένα, ἐγχώσων τε τὴν τάφρον καὶ βραχὺ ἐπιτείχισμα τὸ ἐπ᾽ αὐτῇ βιασόμενος, καὶ ἐπ᾽ ἐκείνῳ τὰ ὑψηλὰ τείχη.
? Appien, VIII, xcvrr : Κηνσωρῖνος δὲ κλίμακας ἔκ τε γῆς καὶ νεῶν ἐπέφερς κατὰ τὴν εὐτελῆ τοῦ τείχους γωνίαν.
* Appien, VIIL, χον : Γωνία δ᾽ ἣ παρὰ τὴν γλῶσσαν ἐκ τοῦδς τοῦ τείχους ἐπὶ τοὺς λιμένας περιέκαμπῆεν, ἀσθενὴς ἦν μόνη καὶ ταπεινὴ, καὶ ἠμέλητο ἐξ ἀρχῆς.
rations et dirige contre la muraille deux énormes béliers manœuvrés chacun par six mille hommes. Une portion des remparts s'écroule sous les coups de ces monstrueuses machines et laisse voir l'intérieur de la ville. Les assiégés essayent de réparer chaque nuit les brèches pratiquées dans la journée. Mais ne pouvant y parvenir, ils font une sortie nocturne et incendient les machines ou les mettent hors de service. Le jour venu, les Romains essayent de pénétrer dans la place par la brèche encore ouverte. On apercevait, en dedans des murailles, un vaste espace pouvant servir de champ de bataille : les Carthaginois y attendaient l'ennemi, rangés en bon ordre, ayant leurs hoplites en première ligne et derrière eux les hommes armés seulement de pierres et de massues, tandis qu'une multitude d'autres combattants occupaient les terrasses des maisons voisines. Les Romains n'en tentent pas moins l'attaque : 115 sont repoussés. 1] ne fallut rien de moins que les prudentes dispositions prises par Scipion, alors simple tribun militaire, pour que cet échec ne devint pas un désastre.
La position de la place où se livra l'engagement peut être assez exactement déterminée. Elle occupait l'angle formé par la triple défense et par le mur de mer. On ne retrouve, en effet, sur ce point, dans un rayon assez étendu, aucun vestige de substructions. Daux a relevé avec un soin extrême toutes les insulae de la Carthage romaine, et son plan indique précisément à l'endroit dont nous parlons une place semicirculaire.
On était au cœur de l'été Les équipages des navires de Censorinus étaient décimés par les fièvres qu'engendraient les exhalaisons pestilentielles du lac de Tunis, et les hautes murailles de la ville, dominant le lac, aggravaient le danger en arrêtant les vents de mer qui auraient pu l'atténuer. Censorinus donna
à ses bâtiments l'ordre de reprendre la mer, et peu après se rendit lui même à Rome pour assister aux comices. Son départ ne fit qu'accroître la confiance des assiégés, qui dirigèrent une attaque nocturne contre le camp de Manilius. Averti par le danger qu'il avait couru, le consul remplace le vallum de son camp par une muraille et élève un fort au bord de la mer afin de protéger les bâtiments qui lui apportaient des vivres !.
La position du camp de Manilius est indiquée par Appien au chapitre χουπ: ἐν τῷ αὐχένι τῆς ἐς τὴν ἤπειρον ὁδοῦ. Situé sur la route même qui reliait Carthage au continent, il devait se trouver à la hauteur de Sidi-Daoud, à peu près en face de ce que nous avons appelé le saillant de Maälka, à trois kilomètres environ du camp de Censorinus et à la même distance du mouillage de Soukara, par lequel l'armée romaine recevait ses vivres. Le fort construit par Manilius pour protéger le mouillage occupait l'emplacement d'un faubourg romain dont les
* Appien, VIIT, xx : Κυνὸς δ᾽ ἦν ἐπιτολὴ, καὶ τὸ Κηνσωρίνου σήρατόπεδον ἐνόcet, σήαθμεῦον ἐπὶ λίμνῃ σήαθεροῦ καὶ βαρέος ὕδατος καὶ ὑπὸ τείχεσι μεγίστοις, οὐ καταπνεόμενον ἐκ τῆς Sahdooys. Über ὁ Κηνσωρῖνος ës τὴν Θάλασσαν ἀπὸ τῆς λίμνης perecTparomédeuoe. Καὶ oi Καρχηδόνιοι, ὅτε γίγνοιτο πνεῦμα ἐς τοὺς Ῥωμαίους ἐπίβορον, σκάβας φρυγάνων καὶ σήυππίου εἵλκον ὑπὸ τοῖς τείχεσιν, οὐ καθορώμενοι τοῖς “σολεμίοις, ἀπὸ κάλων" εἰ δὲ ἐπικάμπτοντες ἔμελλον γενήσεσθαι καταφανεῖς, Θεῖον αὐταῖς καὶ πίσσαν ἐπιχέοντες, ἀνέτεινον τὰ ἱσήία, καὶ ΄'λήσαντες ἀνέμου, πῦρ ἐνέξαλον ἐΞ τὰ σκάφη. Τὰ δὲ
τῷ Te ἀνέμῳ nai τῇ ῥοπῇ τοῦ πσυρὸς ἐς τὰς.
ἀπορουμένων δ᾽ ὡς ἐν νυκτὶ τῶν ἔνδον, ὃ Σκιπίων ἐξέδραμε σὺν ἱππεῦσιν ἐκ τοῦ σήρατοπέδου κατὰ “πὐλας ἄλλας, ἔνθα οὐδεὶς πόλεμος, καὶ περιδραμὼν τοὺς Καρχηδονίους κατεφόξησεν. Οἱ δὲ ἀνεχώρουν ἐς τὴν “πόλιν. Καὶ δεύτερον ὁ Σκιπίων ἐδόκει τῷδε τῷ ἔργῳ περισῶσαι Ρωμαίους, ἐν νυκτὶ Θορυξουμένους. ὁ δὲ Μανίλιος τὸ μὲν σήρατόπεδον ἔτι μᾶλλον ὠχύρον, τεῖχός τε ἀντὶ χάρακος αὐτῷ περιτιθεὶς, καὶ ἐπίνειον φρούριον ἐγείρων ἐπὶ τῆς SaÂdoons, διὰ τὴν καταπλέουσαν ἀγοράν.
ruines existent encore, sur le rivage même de la lagune, à huit cents mètres environ de la triple enceinte.
La fin de l'année 1 49 et le commencement de l'année suivante ne sont marqués que par deux échecs essuyés par Manilius dans une double tentative sur la place de Néphéris, dont nous avons déterminé la position. Le consul Calpurnius Piso, assisté de L. Mancinus, préfet de la flotte, vient prendre le commandement de l'armée au printemps de l’année 148; mais, pas plus que son prédécesseur, il ne continue les opérations du siège. n'ose même pas attaquer l'armée de secours commandée par Asdrubal etse borne à quelques tentatives, le plussouvent infructueuses, sur les villes voisines. IL se fait battre devant Clupea et Hippo Diarrhytus et prend ses quartiers d'hiver à Utique.
On s'émeut à Rome des lenteurs de Calpurnius et, sous la pression du peuple, le Sénat donne à Scipion le département de la guerre d'Afrique. Scipion débarque à Utique juste à temps pour épargner un nouvel échec aux armes romaines. Resté seul avec la flotte devant Carthage, Mancinus avait remarqué qu'une partie de l'enceinte, protégée par les rochers inaccessibles qu'elle couronnait, était à peu près dégarnie de défenseurs. 1] fait tenter l'escalade au moyen d’échelles : [65 Carthaginois, méprisant le petit nombre des assiégeants, ouvrent la porte qui donnait sur la falaise et essayent de repousser l'ennemi; mais ils sont repoussés eux-mêmes par les Romains qui pénètrent dans l'enceinte. Mancinus, déjà sûr du succès, les rejoint lui-même, suivi d’une troupe de matelots à peine armés et occupe, dans le pomoerium, une position assez forte. Mais le jour baisse et les vivres manquent. Mancinus, craignant pour le lendemain matin un retour offensif des Carthaginois, fait demander du secours ἃ Calpurnius et des vivres aux magistrats d'Utique. ù
INPRIMERIE N\TIONALZ,
Scipion venait de débarquer ce soir même dans cette ville. Les lettres de Mancinus lui parviennent au milieu de la nuit. I rassemble immédiatement ses troupes, les fait embarquer et arrive devant Carthage au point du jour, au moment où Mancinus, attaqué de tous côtés par les Carthaginoïs et acculé à la muraille, allait être précipité du haut de la falaise, lui et les siens. Les assiégés reculent et la troupe de Mancinus est sauvée
par les galères romaines".
L'attaque de Mancinus fut évidemment dirigée sur le promontoire escarpé de Sidi-bou-Saïd, à la hauteur même du wil-
‘ Appien, VIIT, cxur : Μαγκῖνος éGopμῶν Καρχηδόνι, μέρος τι τοῦ τείχους ἀμελούμενον ἰδὼν, οὗ κρημνοὶ προύκειντο συνεχεῖς καὶ δύσδατοι, καὶ Wap αὐτὸ ἣν καὶ ἀμελούμενον, ἤλπισς λαθὼν κλίμακας ἐποίσειν ἐπὶ τὸ τεῖχος. Καὶ σροσέθηκε μὲν, καί τινες τῶν σ᾽ρατιωτῶν ἀνῆλθον εὐτόλpus * οἱ Καρχηδόνιοι δ᾽ ὀλίγων ἔτι ὄντων καταφρονήσαντες, ἀνέῳξαν “σύλην ἐς τοὺς κρημνοὺς ἐκφέρουσαν, καὶ ἐπὶ τοὺς βωμαίους ἐξέδραμον. Καὶ αὐτοὺς οἱ ϑωμαῖοι τρεψάμενοί τε καὶ διώκοντες ἐς τὴν mOi διὰ τῆς σύλης συνεσέδραμον. Boÿs δ᾽ ὡς ἐπὶ νίκῃ γενομένης, ὅ τε Μαγκῖνος ἐκφερόμενος ὑπὸ τῆς ἡδονῆς, καὶ τὰ ἄλλα ταχὺς ὧν καὶ κουφόνους, καὶ ὃ ἄλλος ὅμιλος ἅμα τῷ Mayκίνῳ, τὰς ναῦς ἀφέντες ἐς τὸ τεῖχος ἐξοηδρόμουν ἄνοπλοί τε καὶ γυμνοί. Hôm δὲ τοῦ Θεοῦ περὶ δείλην ἑσπέραν ὄντος, ἐχυρὸν τι πρὸς τῷ τείχει καταλαξόντες ἡσύχαζον.
ἔγραφε, τόν τε σαλπιγκτὴν ἐκέλευεν εὐδὺς ἐπὶ πόλεμον ἠχεῖν, καὶ τοὺς κήρυκας συγκαλεῖν ἐπὶ Θάλασσαν ὅσοι συνεληλύθεσαν ἐξ ἰταλίας αὐτῷ, καὶ τοὺς ἡξῶντας Îruκαίων" ὅσοι δ᾽ ὑπερήλικες, ἀγορὰν ἐς τὰς τριήρεις xaraBépew. Αἰχμάλωτά re Καρχηδονίων τινὰ λύσας, ἀφῆκεν ἐξαγγέλλειν αὐτοῖς ἐπιπλεῖν Σκιπίωνα. Ês τε τὸν Πές σωνα ἱππέας ἄλλους ἐπ᾽ ἄλλοις ἔπεμπε, καλῶν αὐτὸν κατὰ τάχος. Καὶ αὐτὸς ἐσχάτης φυλακῆς ἀνήγετο, κελεύσας, ὅταν ταλησιάξωσιν, ὀρθοὺς ἐπὶ τῶν κατασϊρωμάτων ἐσήάναι τοῦ “λέονα τὴν ὄψιν ἐμποιεῖν τοῖς πολεμίοις. ὁ μὲν δὴ τάδ᾽ ἔπρασσεν. ὃ δὲ Μαγκῖνος, ἅμ᾽ ἕῳ τῶν Καρχηδονίων αὐτῷ “σανταχόθεν ἐπιπιπτόντων, πεντακοσίους μὲν, οὺς μόνους εἶχεν ἐνόπλους, σεριἐσΊῆησε τοῖς γυμνοῖς τρισχιλίοις οὖσι, τιτρωσκόμενος δὲ δι’ ἐκείνων καὶ συνωθούμενος ἐπὶ τὸ τεῖχος ἤδη κατεκρημνίξετο, καὶ αἱ νῆες ὠφθησαν αἱ τοῦ Σκιπίωνος, ῥοθίῳ τε φοξερῷ καταπλέουσαι καὶ μεσΊαὶ πανταχόθεν ὁπλιτῶν ἐβεσήώτων, Καρχηδονίοις μὲν ἠσθημένοις διὰ τῶν αἰχμαλώτῶν οὐκ ἀνέλπιστοι, Ρωμαίοις δ᾽ ἀγνοοῦσιν ἀδόκητον σωτηρίαν φέρουσαι" μικρὸν γὰρ ὑποχωρησάντων τῶν Καρχηδονίων, ὁ Σκιπίων τοὺς κινδυνεύοντας ἐς αὐτὰς ἀνέλαξς.
lage de ce nom. C'est le seul point de la presqu'ile de Carthage qui offre ces rochers inaccessibles décrits par Appien. Quant à la forte position qu'oceupa Mancinus, elle est représentée par le point culminant du promontoire, là même où s'élève le phare.
Les opérations du siège sont reprises dès l’arrivée de Scipion, qui vient s'établir à peu de distance de la ville. Les assiégés, de leur côté, forment un camp à cinq stades (925 mètres) en avant des murailles !, et y sont rejoints par Asdrubal, commandant de l'armée qui tenait la campagne, et par Bithyas, préfet de la cavalerie.
Après avoir rétabli la discipline dans son armée, Scipion dirigea, de nuit, une double attaque contre Megara, immense faubourg contigu à la ville proprement dite. Ayant envoyé des troupes sur un point, il se porta lui-même à vingt stades de distance , avec des haches, des échelles et des leviers, en faisant observer à ses troupes le plus profond silence. Les sentinelles placées sur les murs, averties de son approche, ayant poussé le cri d'alarme, son corps d'armée et celui qui faisait la fausse attaque y répondirent par une clameur terrible. Les Carthaginois furent effrayés de voir, la nuit, tant d'ennemis sur leurs flancs. Cependant 1] ne put semparer de la muraille, malgré tous ses efforts. Une tour déserte, toutefois, appartenant à un particulier, et située en dehors de la muraille qu'elle égalait en hauteur, put être escaladée, sur son ordre, par de jeunes soldats qui écartèrent à coups de traits les défenseurs de l'enceinte et, jetant un pont de poutres et de planches entre la tour et la muraille, se rendirent maîtres du rempart, sautèrent dans Megara, brisèrent la porte et introduisirent Scipion. Il y entra
* Appien, VIIT, οχιν : Αὐτὸς δ᾽ οὐ μακρὰν τῆς Καρχηδόνος ἐσήρατοπέδενεν. Οἱ δὲ Kapynδόνιοι, τῶν τειχῶν ἐς “σέντε σήαδίους πιροελθόντες, ἀντήγειραν αὐτῷ χάρακα.
avec 4,000 hommes, et les Carthaginois, comme si le reste de la ville eut été pris, se réfugièrent dans Byrsa. Le tumulte qui se fit et les cris de quelques prisonniers effrayèrent tellement les Carthaginoïs établis dans le camp retranché extérieur, qu'ils abandonnèrent aussi cette position et se réfugièrent avec les autres dans la ville proprement dite. Mais comme Megara était remplie de vergers séparés par des clôtures en pierres sèches ou des haïes vives d'arbustes épineux, et coupée par de nombreux canaux profonds et tortueux, Scipion craignit de s'engager dans ce terrain difficile, dont les chemins étaient inconnus à ses soldats et où l'ennemi, à la faveur de la nuit, pouvait lui dresser une embuscade. I] s'arrêta et fit sonner la retraite!. »
Tout ce passage d'Appien est d’un grand intérêt pour la topographie de Carthage. Il est évident tout d’abord que l'attaque dirigée par Scipion en personne a lieu contre Ῥ᾿ ἁπλοῦν τεῖχος.
* Appien, VIII, cxvrr : Καθαροῦ δὲ τοῦ σήρατοῦ γενομένου, καὶ περιδεοῦΞ, καὶ ἐς τὰ παραγγελλόμενα ὀξέος, ἀπεπείραξε τῶν καλουμένων Μεγάρων νυκτὸς μιᾶς διχῇ λανθάνων. Χωρίον d'éoliv εὐμέγεθες ἐν τῇ πόλει τὰ Μέγαρα, τῷ τείχει παρεξευγμένον" ἐς ὃ τῇ μὲν ἐτέρους περιέπεμπε, τῇ δ᾽ αὐτὸς σὺν πελέκεσι καὶ κλίμαξι καὶ μοχλοῖς ἐξάδιξε σήαδίους εἴκοσι ἀψοφητὶ, μετὰ σιγῆς βαθυτάτης. Αἰσθήσεως δ᾽ ἄνωθεν, ὅτε μάλιστ᾽ ἐπλησίαξε, καὶ βοῆς ἀπὸ τειχῶν γενομένης, ἀντεδόησεν, αὐτός τε πρῶτος καὶ ὃ σ]ρατὸς αὐτοῦ, καὶ οἱ ἐπὶ S4τερα ἀπεσήαλμένοι, μέγιστον. Ὡς τῷδε πρώτῳ τοὺς Καρχηδονίους καταπλαγῆναι, τοσούτων ἐχθρῶν ἐν σλευραῖς ἄφνω νυκτὸς ἐπιγενομένων. Κατὰ μὲν οὖν τὸ τεῖχος, οὐδὲν, καίπερ ἐπιχειρῶν, ἤνυεν. És δέ τιvos ἰδιώτου πύργον ἔρημον, ἐκτὸς ὄντα τοῦ τείχους, καὶ τὸ ὕψος ἴσον ὄντα τῷ τείχει, νεανίας ἀνεξίξασεν εὐτόλμους᾽ οἱ τοὺς ἐπὶ
c'est-à-dire contre la partie du mur de mer qui défendait les pentes occidentales de la presqu'île de Kamart. Il n'est question, en effet, πὶ du vallum, ni de la ligne des murs intermédiaires. Scipion se trouve en présence d’un simple mur d'enceinte. L'attaque a donc lieu au nord du point où se terminait la triple muraille, tandis que la fausse attaque est dirigée contre le τριπλοῦν τεῖχος. La porte que quelques-uns des assiégeants ouvrent à leurs compagnons était certainement voisine du point assaïlli par Scipion. Or on n'a retrouvé que les vestiges d’une seule porte dans cette partie du mur de mer: c'est celle que nous indiquons sur notre plan à la hauteur du village de Kamart. La position de cette porte nous donne, d'autre part, celle du point où eut lieu la fausse attaque. La distance de 20 stades ou 3,700 mètres, comptés à partir de ce point, dans la direction du sud, nous conduit au troisième angle décrit par la triple muraille’, près d’une porte qui conduisait de Megara à la grande voie du continent, et nous savons précisément par Zonaras que Calpurnius Piso, chargé de la fausse attaque, avait l'ordre de menacer une des portes de Megara *. Nous considé-
* A compter du point où commençaient ἠπείχθη καθ᾿ ἂς à Πείσων προσήδρευς,
au sud les défenses de Megara.
? Zonaras, IX, xxrrr : ἀφικομένου δὲ
καὶ τοῦ Πείσωνος ἤδη, ἐκεῖνον μὲν ἔξω τοῦ τείχους αὐλίξεσθαι κατά τινας πὐλας ἐκέλευσς, καὶ σήρατιώτας ἑτέρους πρὸς συλίδα τινὰ πολὺ ἀφ᾽ ἑαυτῶν ἀπέχουσαν περιέπεμψε, “παραγγείλας αὐτοῖς ärla πράξειν ἐχρῆν, αὐτὸς δὲ τὸ κράτιστον τοῦ σήρατοῦ κατὰ μέσας νύκτας λαξὼν ἔνδον τοῦ σεριξόλου ἐγένετο, αὐτομόλοις χρησάμενος ἄγουσι, καὶ ὑπὸ τὴν πουλίδα wapaδραμὼν καὶ τὸν μοχλὸν διακόψας τούς τε ἔξωθεν ἐφεδρεύοντας εἰσήγαγε καὶ τοὺς Qthanas ἔφθειρε. Καὶ πρὸς τὰς τούλας
τὸν ἀσδρούξαν ἅμα τε πυνθάνεσθαι τὰ γενόμενα καὶ ὁρᾶν τὴν τῶν Ῥωμαίων δύναμιν μικροῦ “σᾶσαν οὖσαν ἐντός. Καὶ χρόνον μέν τινα ἀντέσχον, ἔπειτα τὴν μὲν ἄλλην σόλιν ἐξέλιπον, εἰς δὲ τὸν Κώθωνα τήν τε Βύρσαν κατέφυγον. --- Ce récit de Zonaras, que Dureau de la Malle déclare inintelligible, est parfaitement clair en lui même et ne diffère de celui d'Appien qu'en un seul point. Scipion dirige deux corps de troupes, l'un contre une des grandes portes de Megara,
rons done comme exactement déterminés les deux points assaillis par l'armée romaine.
Ces deux points nous donnent à leur tour, au moins approximativement, la position du camp d’Asdrubal et de celui de Scipion. Le premier, installé à 925 mètres en avant de la triple défense, doit se retrouver à Sidi-Daoud. Celui de Scipion, qui occupait probablement l'emplacement du camp de Manilius, peut être cherché à 1,000 mètres plus à l'ouest.
Nous n'avons pas besoin de faire observer que l'expression de Byrsa, qui revient à deux reprises dans le récit d'Appien, désigne non pas la citadelle, mais la ville proprement dite par opposition au faubourg de Megara que Zonaras désigne sous le nom de ἡ δὲ ἄλλη πόλις, «16 reste de la ville ». Le même Zonaras dit d'ailleurs que les Carthaginois se réfugièrent « dans Byrsa et dans le Cothon » : εἰς δὲ τὸν Κώθωνα τήν τε Βύρσαν κατέ- Quyov. Appien lui-même, après avoir dit au chapitre cxvir que les Carthaginoiïs s'étaient réfugiés dans Byrsa, ajoute, au chapitre oxix : ὁ δὲ Σκιπίων τὸν μὲν χάρακα τῶν ἐχθρῶν, ὃν τῇ
sous les ordres de Calpurnius, l'autre contre une poterne, æuls, située à une assez grande distance. Cette πυλίς est la porte du mur de mer dont parle Appien.
Guidé par des transfuges, Scipion franchit lui-même le mur d'enceinte au nord de la poterne, c'est-à-dire dans la partie presque déserte de Megara qui borde la rive orientale du mouillage de Soukara, descend le ‘mur d'enceinte à l'intérieur, fait briser la poterne et, se renforçant du détachement qui l'attendait sur ce point, continue à longer, à l'intérieur, d'abord le mur de mer, puis les: ouvrages de la triple défense, jusqu'à la porte devant laquelle Pison ἃ reçu l'ordre de se poster. C’est alors qu'Asdru-
bal s'aperçoit qu'il est menacé d'être enveloppé. Après une tentative de résistance, il abandonne son camp et se retire dans Byrsa et dans le quartier des ports. Moins détaillée que la narration d'Appien, celle de Zonaras explique mieux, à notre avis, l'attaque de Scipion : dans le récit du premier de ces deux historiens, elle n'apparaît que comme une tentalive faite un peu à l'aventure et échouant par suite des difficultés inattendues qu'offre le terrain; dans le second texte, c'est une véritable opération stratégique qui amène l'évacuation du camp carthaginois et assure à Scipion la possession de toute la presqu'île.
προτέρᾳ καταλελοίπεσαν ἐς τὸ ἄσ]ν φεύγοντες, ἐνέπρησεν. Les mots ἄσήυ et Βύρσα sont donc synonymes pour Appien, et c'est ainsi que s'explique le passage où le même historien dit que Byrsa était située sur l'isthme : ἔνθα, καὶ ἡ Βύρσα ἦν ἐπὶ τοῦ αὐχένος. Il s'agit évidemment de la ville proprement dite et non de l'acropole. Il faut entendre de même le passage où Strabon dit que les Carthaginoiïs réfugiés dans Byrsa y construisirent en deux mois une flotte de cent vingt vaisseaux. Le mot Byrsa désigne, dans sa pensée, la ville proprement dite, s'étendant jusqu'aux ports. |
Maître de la presqu'île, Scipion prend les dispositions nécessaires pour empêcher toute communication par celte voie entre Carthage et le continent. I coupe l'isthme par un fossé prolongé de la mer au lac sur une étendue de vingt-cinq stades (4,625 mètres) et distant des murs ennemis d'une portée de trait. Ce fossé achevé, il en trace un autre de même longueur à peu de distance du premier, du côté du continent. Il y ajoute deux fossés transversaux, qui donnent à l'ouvrage entier la forme d'un parallélogramme, et les garnit tous de fortes palissades. Il construit en outre, du côté qui regardait Carthage, un mur de vingt-cinq stades de longueur, large de six pieds et haut de douze, sans compter les parapets et les tours qui flanquaient la courtine de distance en distance. Au centre de ce front s'élevait une tour en pierre très haute, surmontée d'une tour de bois à quatre étages d’où l'on pouvait apercevoir ce qui se passait dans la ville. Tous ces travaux furent achevés en vingt jours |.
* Appien, VII, cxix : ὁ δὲ Σκιπίων διετάῤρενεν αὐτὸν ἐκ Θαλάσσης ἐπὶ Θά. τὸν μὲν χάρακα τῶν ἐχθρῶν, ὃν τῇ σρο- λασσαν, ἀπέχων τῶν πολεμίων ὅσον δρμὴν τέρᾳ καταλελοίπεσαν ἐς τὸ ἄσῆν φεύγοντες, βέλους. Οἱ δὲ ἐπέκειντο, καὶ ἦν αὐτῷ τὸ ἐνέπρησεν, ὅλου δὲ τοῦ ἰσθμοῦ κρατῶν ἔργον ἐπὶ oladlous τοῦ μετώπου πέντε καὶ
Les vingt-cinq stades de longueur attribués par Appien aux lignes de Scipion ne sont qu'un chiffre approximatif reproduisant les dimensions que Polybe donnait à la presqu'île. Nous avons vu que ce chiffre est exact lorsqu'on prend, du nord au sud, la distance qui sépare la lagune de Soukara du lac de Tunis. Mais si la ligne de circonvallation suivait, à portée de trait, le front des défenses de Carthage, l'évaluation d’Appien est trop faible : on ne compte pas moins de 5,500 mètres entre la lagune et le point où la triple défense atteignait les bords du lac de Tunis.
Bloquée du côté du continent, Carthage pouvait encore recevoir quelques secours par mer. Chaque fois que s'élevait un vent favorable, Bithyas, campé au fond du golfe au-dessous de Néphéris, expédiait aux assiégés des bâtiments chargés de vivres qui échappaient facilement aux lourds croïseurs de ἰὰ flotte romaine ᾿. Scipion résolut de compléter l'investissement
ὡς δὲ αὐτῷ τοῦτ᾽ ἐξετετέλεστο, ἑτέραν ὥρυσσε τάφρον ἴσην, οὐ “σολὺ τῆς προτέpas διασχὼν, ἐΞ τὴν ἤπειρον ἀβορῶσαν.
ὕπνον aipouuéve, τὴν σήρατιὰν ἐσήγαγεν ἐς TOdE τὸ χαράκωμα.
* Appien, VIIT, cxx : Βιθύας τε, ὅσπερ ἵππαρχος ἣν αὐτοῖς καὶ ἐπέπεμπήτο ἐπὶ otτον ἐκ πολλοῦ, προσελθεῖν μὲν ἢ βιάσασθαι τὸ χαράκωμα τοῦ Σκιπίωνος οὐκ ἐτόλμα, περιφέρων δὲ τὴν ἀγορὰν ἐς τὰ πόρρω διὰ μακροῦ ναυσὶν ἐσέπεμπεν, ἐβορμουσῶν μὲν τῇ Καρχηδόνι νεῶν τοῦ Σκιπίωνος" ἀλλ᾽ οὔτε διηνεκῶς οὔτε πυκναὶ συνεισήήκεσαν ὡς ἐν ἀλιμένῳ καὶ περικρήμνω. ϑαλάσσῃ, παρά τε τὴν πόλιν αὐτὴν οὐκ ἐδύνατο ἀνακωχεύειν, τῶν Καρχηδονίων rois τείχεσιν ἐφεσήώτων, καὶ τοῦ κύματος ἐκεῖ μάλιστα διὰ τὰς πέτρας ταρασσομένου. ὅθεν αἱ Gopτίδες αἱ Βιθύου, καὶ εἴ τις ἄλλος ἔμπορος ὑπὸ κέρδους ἐθελοκινδύνως ἠπείγετο, Quλάσσοντες ἄνεμον ἐκ πόντου σολὺν, σεπετασμένοις τοῖς ἱστίοις διέθεον, ἀδυνάτων οὐσῶν ἔτι τῶν τριήρων ὁλκάδας φερομένας
de la place en fermant l'entré du port. «A partir de la bande de terre qui séparait le lac de la mer, 1] fit jeter une digue qui s'avançait en droite ligne vers l'embouchure du port, voisine du rivage. Elle avait vinot-quatre pieds de largeur au sommet, quatre-vingt-seize à la base.» Nous avons précisé l'emplacement de cette digue, dont les vestiges existent encore. Elle ne se dirigeait pas vers l'entrée du port, mais vers le môle qui protégeait cette entrée du côté de l'est.
C'est alors que les assiégés entreprirent d'ouvrir une nouvelle issue dans une autre partie du port qui regardait la haute mer, et où la profondeur des eaux ainsi que la violence des lames ne permettaient pas d'élever une digue semblable à celle que les Romains venaient d'exécuter. Hommes, femmes et enfants y travaillèrent jour et nuit, en commençant par la partie intérieure, et avec tant de secret que Scipion ne put rien savoir des prisonniers qu'il fit alors, sinon qu'on entendait un grand bruit danses ports, mais qu'on en ignorait la cause. En même temps les assiégés construisaient avec d'anciens matériaux des trirèmes et des quinquérèmes. Enfin, lorsque tout fut prêt, les Carthaginoiïis ouvrirent la communication avec la mer et sortirent avec cinquante trirèmes et un grand nombre d'autres bâtiments de moindres dimensions, tous formidablement armés !.
* Appien, VIII, οχχι : Καὶ ὁ Σκιπίων αἰσθανόμενος ἐπενόει τὸν ἔσπλουν αὐτοῖς τοῦ λιμένος, ἐς δύσιν τε ἀφορῶντα καὶ οὐ αάνυ πόρρω τῆς γῆς ὄντα, ἀποκλεῖσαι.
θύνων ἐπὶ τὸν ἔσπλουν. ἔχου δὲ λίθοις τε μεγάλοις καὶ πυκνοῖς, ἵνα μὴ ὑπὸ τοῦ κλύδωνος διαφρθείροντο. Καὶ πλάτος τοῦ χώματος, τὸ μὲν ἄνω, τεσσάρων καὶ εἴκοσι πὸδῶν. Τὸ δ᾽ ἐς τὸν βυθὸν, καὶ τετραπλάσιον ἦν. Τοῖς δὲ Καρχηδονίοις, ἀρχομένου μὲν τοῦδε τοῦ ἔργου, καταφρόνησις ἦν, ὡς χρονίου τε καὶ μαχροῦ, καὶ ἴσως ἀδυνάτου" προϊόντος δὲ, σὺν ἐπείξει τοσοῦδε oTparog,
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Ce passage d'Appien vient confirmer ce que nous avons dit des dimensions probables des ports puniques. Il nous montre la population lout.entière d'une ville telle que Carthage creusant une nouvelle issue dans le Cothon et construisant plus de cent bâtiments. Ce n'est assurément pas dans les ports que nous montrent les restitutions de Beulé et de Daux que de pareils travaux ont pu s'accomplir. Les quais, par leur largeur, devaient ressembler à de véritables chantiers, et les arsenaux devaient occuper un espace que les plans dont nous parlons “indiquent pas. Les ports de Carthage, encore une fois, devaient présenter un ensemble de constructions grandioses dont les vestiges de l'époque romaine n'offrent aucune traceet que des fouilles profondes peuvent seules nous faire retrouver.
La flotte romaine était désarmée, ses équipages ayant été débarqués pour prendre part aux opérations du siège, et 1] eût été facile aux Carthaginois de la détruire. « Maïs Carthage, ajoute Appien, était condamnée à périr. Les assiégés se contentèrent d'insulter l'ennemi par de vaines démonstrations et, lorsque trois jours après ils firent une nouvelle sortie, les galères romaines étaient, préparées à recevoir leur attaque. Le combat ne s'en engage pas moins et dure tout un jour. Vers le soir seulement, les Carthaginois, jugeant préférable de remettre
μήτε ἡμέραν ἐκλείποντος ἐπὶ τοῖς ἔργοις, μήτε νύκτα, ἔδεισαν. Καὶ σήόμα ἕτερον ἐπὶ ϑιάτερα τοῦ λιμένος ὥρυσσον ἐς μέσον τὸ πέλαγος, οἵ μηδὲν χῶμα προελθεῖν ἐδύvaro ὑπὸ βάθους τε καὶ πνευμάτων ἀγριωτέρων. Διώρυσσον δ᾽ ἅμα γυναιξὶ καὶ παισὶν, ἔνδοθεν ἀρχόμενοι, καὶ mdvu λαν»θάνοντες. ἅμα δὲ καὶ ναῦς ἐξ ὕλης “παλαιᾶς ἐναυπήγουν, πεντήρεις τε καὶ τριήρεις, οὐδὲν ὑπολείποντες εὐψυχιάς τε καὶ τόλμης.
au lendemain la continuation de la lutte, regagnent la nouvelle entrée du port. Les plus petits bâtiments, qui avaient pris les devants, encombrant cette entrée, les trirèmes remontent le long du rivage et se réfugient près d'un quai qui avait servi autrefois au débarquement des marchandises. Ce quai était fort large et, depuis le commencement du siège, afin d'empêcher l'ennemi d'en faire une base d'opération contre l'enceinte de la ville, on l'avait coupé dans sa longueur par un rempart et un fossé. C'est sous ce rempart, que les trirèmes puniques s'embossent, opposant leur proue aux galères romaines, et protégées par les traits que les assiégés lancent tout à la fois du retranchement et du rempart, qui n’en était que peu éloigné. La nuit seule met fin au combat, et ce qui reste de la flotte punique se réfugie dans les ports. Mais dès le lendemain matin, Scipion cherche à s'emparer du quai, qui lui offrait une excellente posion pour l'attaque du port. Il avait déjà renversé à coups de bélier une partie du retranchement, lorsque les assiégés, pendant la nuit, altaquèrent les travaux des Romains, non par terre, car C'était chose impraticable, ni avec des vaisseaux, car la mer, sur ce point, était pleine de bas-fonds, mais en se jetant dans l'eau, les uns s'avançant à la nage, les autres ayant de l'eau jusqu'à la poitrine. Arrivés près des machines ils allument les torches dont ils se sont munis et reçoivent sur leurs corps aus de terribles blessures. Mais telle est leur audace et la force de leur désespoir que, malgré ce désavantage, ils enfoncent les Romains, brülent les machines et regagnent la ville à la nage, tandis que les assiégeants rentrent eux-mêmes dans leur camp.
Le lendemain matin les Carthaginois réparent les brèches et complètent le retranchement en y élevant des tours de bois de distance en distance. De leur côté les Romains construisent
de nouvelles machines, incendient quelques-unes des tours et finissent par se rendre maîtres de toute la fortification avancée. Scipion fit élever alors un mur en briques, protégé par un fossé, égal en hauteur aux remparts de la ville et voisin de ces remparts. Il y plaça quatre mille hommes de troupes légères chargés d'inquiéter et de contenir l'ennemi à coups de traits. On atteignit ainsi la fin de l'été!.
Comme Manilius, Scipion n'avait pas jugé possible d’attaquer Carthage par la triple enceinte, dont les défenses régulières étaient à l'abri de tout coup de main et pouvaient même défier un siège en règle. Tous ses efforts s'étaient tournés du côté du mur de mer, auquel la digue qui fermait l'entrée du port lui donnait un accès facile.
Les défenses de cette partie de la place se composaient d'un mur simple, parallèle au quai extérieur, qui se divisait lui-même en trois parties distinctes. À partir du môle et en remontant vers le nord, un premier quai offrait une largeur de 135 mètres sur une étendue de 420 mètres. Un second quai de 460 mètres de longueur continuait le premier jusqu à la nouvelle entrée du port, mais n'avait que 60 mètres de largeur au point où 1] s'en détachait et 70 mètres à l'extrémité septentrionale. Un
* Appien, VII, cxxv : ἅμα δ᾽ ἡμέρᾳ
διατειχίσματος ὠκοδόμουν, καὶ πύργους ἐν αὐτῷ πολλοὺ ἐποίουν ἐκ διασήήματοϑ, ῥωμαῖοι δ᾽ érépas ἐργασάμενοι μηχανὰς χώματα ἤγειρον ἀντιμέτωπα τοῖς πύργοις, δᾷδά τε συγκεκομμένην καὶ Θεῖον ἐν κώθωσι, καὶ πίσσαν ἐπ᾽ αὐτοὺς ἐσφευδόνων, καὶ ἔστιν οὺς τῶν πύργων ἐνεπίμπρασαν, καὶ τοὺς Καρχηδονίους φεύγοντας ἐδίωκον.
Gpever αὐτὸ, καὶ τεῖχος ἤγειρεν ἐκ σλίνθων, οὔτε κολοξώτερον τοῦ τῶν πολεμίων, οὔτ᾽ ἐκ μακροῦ διασγήήματος ἀπ᾽ αὐτῶν. Qs δ᾽ éÉelpyaolo αὐτῷ καὶ τὸ τεῖχος, τετρακισχιλίους ἐς αὐτὸ ἔπεμψεν, ἐπαφιέναι τοῖς ἐχθροῖς βέλη τε καὶ ἀκό: τια σὺν xara@poνήσει. Οἱ δὲ ἰσομέτωποι γενόμενοι ἔδαλλον αὐτοὺς ἐπιτυχῶς. Καὶ τὸ Θέρος ἐς ταῦτα ἀναλώθη.
troisième quai, enfin, long de 925 mètres et large de 70 mètres environ, s'étendait au nord de la nouvelle entrée jusqu'à une tour qu'un mur de 125 mètres rattachait, à angle droit, à l’enceinte de la ville.
Le premier quai, large de 135 mètres, est la large plateforme, χῶμα, qui prolongeait le môle, et qui, «depuis bien longtemps, avait servi aux commerçants du marché pour la vente de leurs marchandises !. »
Bien que cette plate-forme fût balayée par les machines des remparts, les assiégés y avaient élevé un retranchement peu élevé, Gaparelyioua βραχύ, alin d'empêcher l'ennemi de sy établir et d'en faire une base d'opérations. C'est cette ligne de défense additionnelle qu'Appien appelle tantôt waparetχίσμα, tantôt διατείχισμα, suivant qu'il la considère comme bordant le rivage à une certaine distance, ou comme traversant la plate-forme dans toute sa longueur.
Il est donc aisé de se rendre compte, dans l'ensemble, des opérations de Scipion contre le mur de mer. Le combat naval dut se livrer à la hauteur du môle, et ce fut sans doute sous le quai qui le prolongeait que se retirèrent les galères puniques. Quant à l'attaque dirigée contre le &aparelyioux, le théâtre en est indiqué par les bas-fonds dont parle Appien et que le plan de Falbe indique près du n° 51. Mais il est probable que le récit d'Appien présente une lacune. On comprend difficilement, en effet, que Scipion ait choisi cette partie du quai, si resserrée et qui ne laissait d'autre point d'appui que la mer, alors que la digue par laquelle 1] avait fermé l’entrée du port marchand lui offrait un point d'attaque si avantageux. Il y eut, selon toute apparence, une série d'opérations intermédiaire:
! cxxl : Ês τὸ χῶμα κατέφυγον, ὃ πρὸ τοῦ τείχους εὐρύχωρον ἐμπόροις ἐς διάθεσιν
-ττεϑί 630 )..--dont Appien a négligé de nous instruire. Il est à remarquer, d'ailleurs, que la nouvelle issue ouverte par les -Carthaginois avait coupé le quai en deux parties, et il est probable que ce fait avait modifié les plans de Scipion.
Maître d'une partie des quais, Scipion suspend les opérations du siège pour en finir avec les forces carthaginoïses qui tiennent encore la campagne. Il assiège leur place d'armes, Néphéris, tue ou prend 80,000 hommes à l'ennemi, et, sûr désormais de n'avoir à craindre aucune attaque sur ses derrières, 1] se prépare à porter le dernier coup à Carthage.
«Dans les premiers jours du printemps, dit Appien, Seïpion résolut d'attaquer Byrsa et celui des ports intérieurs qu'on appelle Cothon. Asdrubal fit incendier pendant la nuit la partie quadrangulaire du Cothon, espérant arrêter ainsi la marche de l'ennemi, mais tandis que lui et les siens étaient tout entiers à cette opération, Lélius, à leur insu, escalada la partie opposée du port, qui était circulaire. Les Romains s'élancent de toutes parts, passent d'une enceinte à l'autre au moyen de poutres et de planches et repoussent facilement un ennemi exténué par la faim. [15 s'emparent ainsi du mur qui enfermait le Cothon. La nuit était venue : Scipion campe avec ses troupes sur le forum, qui était voisin du port”. »
‘ Appien, VIII, exxvir : ἀρχομένου δ᾽ ἔαρος, ὃ μὲν Σκιπίων ἐπεχείρει τῇ τε Büpon καὶ τῶν λιμένων τῷ καλουμένῳ Κώθωνι. ὁ δὲ ἀσδρούξας νυκτὸς ἐνεπίμπρη τὸ μέρος τοῦ Κώθωνος τὸ τετράγωνον. "λπίσας δ᾽ ἔτι τὸν Σκιπίωνα ἐπιθήσεσθαι, καὶ “πρὸς Tode τῶν Καρχηδονίων ἐπεσΊήραμμένων, ἔλαθε Λαίλιος ἐπὶ Θάτερα τοῦ Κώθωνος ἐς τὸ περιφερὲς. αὐτοῦ μέρος ἀνελθών. Βοῆς δ᾽ ὡς ἐπὶ νύ) γενομένης, οἱ μὲν ἔδεισαν, οἱ δὲ πανταχόθεν ἤδη καταφρονοῦντες ἐβιά-
ξοντο τὴν ἀνάξασιν, ξύλα καὶ μηχανήματα καὶ σανίδα: ἐπὶ τὰ διασήήματα διατιθέντες, ἀσθενῶν τὰ σώματα τῶν φυλάκων ὑπὸ τοῦ λιμοῦ γεγονότων, καὶ ταῖς γνώμαις ἀπαγο.ρευόντων. Ληφθέντος δὲ τοῦ mepi τὸν Κώθωνα τείχους, τὴν ἀγορὰν ἐγγὺς οὖσαν ὃ Σκιπίων κατέλαξεν. Οὐδέν τε ὡς ἐν ἑσπέρᾳ αλέον ἔτι δυνάμενος, ἐν τοῖς ὅπλοις διενυκτέρευσς μεθ᾽ ἁπάντων. --- Cf. Zonaras, IXS xxx : ἀπογνόντες οὖν oi Καρχηδόνιοι μηκέτι διασώσασθαι
Nous avons déjà constaté l'impossibilité d'expliquer d'une manière satisfaisante ce qu'Appien appelle la partie circulaire et la partie quadrangulaire du Cothon. On a supposé que le mot Cothon s'appliquait aux deux bassins et que la partie quadrangulaire pouvait être représentée par le port marchand, le mot περιφερές désignant alors le port militaire. Cette hypothèse ne se concilie guère avec la phrase καὶ τῶν λιμένων τῷ καλουμένῳ Κώθωνι, qui oppose l'un des ports à l'autre. H faut donc admettre qu'il s’agit uniquement du pert militaire et que ce bassin, de forme circulaire, comme Appien l'affirme ailleurs, était entouré de constructions présentant la double disposition que caractérisent les mots GepiQepés et τετράγωνον. La partie circulaire regardait soit le nord-est, soit le nord-ouest ; 1] est difficile de préciser davantage. Il n'est pas plus aisé de déterminer exactement l'emplacement du forum. Dureau de la Malle le place hypothétiquement au nord-ouest Gu Cothon. I pouvait tout aussi bien se trouver au nord-est, à peu de distance des quais. [1 y a encore là un problème topographique à résoudre.
Maitre du port militaire, Scipion se trouve au cœur de la ville proprement dite et se prépare à attaquer Byrsa, position la plus forte de la place : τὸ γὰρ ὀχυρώτατον τῆς πόλεως ἦν.
« Trois longues rues y montaient de l'agora, dit Appien, formées de maisons très serrées, à six étages.» Les Romains durent faire le siège des premières maisons, les enlever et cheminer de terrasse en terrasse, au moyen de planches et de poutres jetées sur les intervalles des rues adjacentes, pour arriver jusqu à la citadelle. On mit le feu à ce triple massif, et
δύνασθαι, εἰς τὸν τῆς Büpoys περίξολον ἵνα τῆς ἐξ αὐτῶν ὠφελείας τοὺς πολεμίους ἅτε καὶ ἐρυμνότερον ἀνεσκευάσαντο, καὶ σήερήσωσιν. Qs δ᾽ ἔγνων τὸ ἔργον oi ῥωμετακομίσαντες ὅσα ἠδύναντο, κατέπρησαν μαῖοι, τὸν λιμένα κατέσχον καὶ ἐπὶ τὴν
comme ce moyen de destruction était insuffisant contre des édifices bâtis en pierre, on les sapa par la base, de façon à ce que la masse s'écroulât tout entière. Six jours et six nuits d’un travail sans relâche furent employés à déblayer une partie de ces débris... Cependant on n'avait fait encore qu'une faible partie de la besogne lorsqu'une députation suppliante descendit du temple d'Esculape, placé au sommet de la citadelle, et vint offrir à Scipion de lui rendre la place.
I faut lire dans Appien le récit tout entier de ces derniers jours de Carthage. Cette narration est certainement celle de Polybe, et le témoin oculaire de cette épouvantable ruine en avait retracé tous les incidents avec son exactitude ordinaire, nous allions dire avec sa froide et impitoyable précision. Les maisons qui sécroulent avec leurs défenseurs, les survivants, femmes, enfants, vieillards, traînés par des crocs, entassés pêlemêle avec les morts, et ensevelis tout vifs sous les débris que les assiégeants nivellent à la hâte, les membres encore palpitants qui sortent des décombres et que les cavaliers heuftent du sabot de leurs chevaux, le va-et-vient des cohortes qui se relayent dans cette œuvre de destruction, les sonneries des trompettes, les ordres que portent les aides de camp, les commandements précipités des tribuns et des centurions, aucun détail n’est oublié, et ce récit de la ruine de Carthage est un des tableaux les plus émouvants etles plus vrais que nous ait légués l'antiquité”.
Nous disons «des plus vrais», car la couche épaisse de
! Appien, VIIT, cexxvin : Σκιπίωνι δ᾽ ἣν μὲν ἐπὶ τὴν Βύρσαν ἡ σπουδή" τὸ γὰρ ὀχυρώτατον τῆς “πόλεως ἣν, καὶ οἱ wAÉOVES ἐς
κατέλαβον, καὶ ἀπ᾿ αὐτῶν ἠμύνοντο τοὺς ἐπὶ τῶν σλησίον. ὅτε δ᾽ αὐτῶν κρατήσειαν, ξύλα καὶ σανίδας τοῖς διαστήμασι τῶν σΐῆενωπῶν ἐπιτιθέντες, διέβαινον ὡς ἐπὶ yEQuρῶν. Καὶ δὸς μὲν ὁ πόλεμος ἦν ἐπὶ τῶν τεγῶν ἄνω, ἕτερος δ᾽ ἐν τοῖς olevwmois κατὰ τοὺς ἀπαντῶντας. Στόνου δὲ καὶ oi-
cendres, de pierres noircies, de bois carbonisés, de fragments de métaux tordus ou fondus par le feu, d'ossements à demi
calcinés, qu'on retrouve encore, à cinq ou six mètres de pro-
fondeur, sous les décombres de la Carthage romaine, témoigne assez de ce que fut cette horrible destruction.
Ἐνεπίμπρη δ᾽ οὐδὲν οὐδείς σω, διὰ τοὺς ἐπὶ τῶν τεγῶν, ἕως ἐπὶ τὴν Βύρσαν ἧκεν ὃ Σκιπίων καὶ τότε τοὺς τρεῖς ὁμοῦ oTevwmods ἐνεπίμπρη, καὶ τὸ ἀεὶ πιμπράμενον ἑτέpois ὁδοποιεῖν ἐκέλευεν, ἵν᾽ εὐμαρῶς ὃ oTpaτὸς ἀλλασσόμενος διαθέοι.
cxxix : ἄλλῃ δ᾽ ἦν ἐκ τοῦδε ὄψις ἑτέρων κακῶν, τοῦ μὲν “συρὸς ἐπιφλέγοντος πάντα καϊκαταφέροντος, τῶν δὲ ἀνδρῶν τὰ οἰκοδομήματα οὐ διαιρούντων ἐς ὀλίγον, ἀλλ᾽ ἀθρόα βιαξυμένων ἀνατρέπειν. τε γὰρ κτύπος ἐκ τοῦδς πσολὺ λείων ἐγίγνετο, καὶ μετὰ τῶν λίθων ἐξέπιπγον ἐς τὸ μέσον ἀθροόι νεκροὶ, ζῶντές τε ἕτεροι, πρεσθύται μάλισῆα καὶ παιδία καὶ γύναια, ὅσα τοῖς μυχοῖς τῶν οἰκιῶν ἐκέκρυπίο, οἱ μὲν καὶ τραύματα φέροντες, οἱ δ᾽ ἡμίφλεκτοι, βωνὰς ἀηδεῖς ἀφιέντες. ἕτεροι δ᾽, ὡς ἀπὸ τοσοῦδε ὕψους μετὰ λίθων καὶ ξύλων καὶ πυρὸς ὠθούμενοι καὶ καταπίπτοντες, ἐς πολλὰ σχήματα κακῶν διεσπῶντο, ῥηγνύμενοί τε καὶ καταπασσόμενοι. Καὶ οὐδ᾽ ἐς τέλος αὐτοῖς ταῦτα ἀπέχρη" λιθολόγοι γὰρ ὅσοι πελέκεσι καὶ ἀξίναις καὶ κοντοῖς τὰ σίπήοντα μετέδαλλόν τε καὶ ὡδοποίουν τοῖς διαθέουσιν, οἱ μὲν τοῖς πελέκεσι καὶ ταῖς ἀξίναις, οἱ δὲ ταῖς χηλαῖς τῶν κοντῶν, τούς τε νεκροὺς καὶ τοὺς ἔτι ζῶντας ἐς τὰ τῆς yôs κοῖλα μετέξαλλον, ὡς ξύλα καὶ λίθους ἐπισύροντες ἢ ἀνατρέποντες τῷ σιδήρῳ ἦν
τε ἄνθρωπος ἀναπλήρωμα βόθρου. Μεταβαλλόμενοι δ᾽ οἱ μὲν ès κεβαλὰς ἐφέροντο, καὶ τὰ σκέλη σβῶν ὑπερίσχοντα τῆς γῆς ἤσπαιρον ἐπὶ πλεῖσγον" οἱ δ᾽ ἐς μὲν τοὺς πόδας min Toy κάτω, καὶ ταῖς κεβαλαῖς ὑπερεἴχον ὑπὲρ τὸ ἔδαφος. ἵπποι δ᾽ αὐτοὺς διαθέοντες ἐς τὰς ὄψεις ἢ τὸν ἐγκέφαλον ἐκόλαπῆον, οὐχ ἑκόντων τῶν ἐποχουμένων, ἀλλ᾽ ὑπὸ σπουδῆς" ἐπεὶ οὐδ᾽ οἱ λιθολόγοι ταῦτ᾽ ἔδρων ἑκόντες" ἀλλ᾽ ὃ τοῦ πολέμου “πόνος καὶ ἡ δόξα τῆς νίκης ἐγγὺς, καὶ ἡ τοῦ σῆρατοῦ σπουδὴ, καὶ κήρυκες ὁμοῦ καὶ σαλπιγκταὶ πάντα Θορυθοῦντες, χιλίαρχοί τε καὶ λοχαγοὶ μετὰ τῶν τάξεων ἐναλλασσόμενοι καὶ διαθέοντες, ἔνθους ἅπαντας ἐποίουν καὶ ἀμελεῖς τῶν ὁρωμένων ὑπὸ σπουδῆς.
Οχχχ : Καὶ ταῦτα movoupévwr ἐδαπανήθησαν ἐξ ἡμέραι τε καὶ νύκτες, τῆς μὲν σῆρα.
τιᾶς ἐναλλασσομένης, ἵνα μὴ κάμοιεν ὑπ᾽ ἀγρυπνίας καὶ κόπου καὶ βόνου καὶ ὄψεως dr δοῦς. Σκιπίωνος δ᾽ ἀπαὐσήως ἐφεστῶτος ἢ διαθέοντος ἀΐπνονυ, καὶ σῖτον οὕτως ἐπὶ τῶν ἔργων αἱρουμένου, μέχρι κάμνων καὶ πτὰρειμένος ἐκαθέξετο ἐφ᾽ ὑψηλοῦ, τὰ γιγνό-
καὶ τοῦ κακοῦ μακροτάτου δοκοῦντος ἔσεσθαι, προσέφυγον ἑδδόμης ἡμέρας αὐτῷ τινες ἐστεμμένοι σήέμματα ἀσκληπίεια" τόδε γὰρ ἦν τὸ ἱερὸν ἐν ἀκροπόλει μάλισήα τῶν ἄλλων ἐπιβανὲς καὶ σ“λούσιον, ὅθεν οἵδε τὰς ἱκετηρίας λαβόντες ἐδέοντο τοῦ Σκιπίωνος “περὶ μόνης συνθέσθαι σωτηρίας τοῖς ἐθέλουσιν ἐπὶ τῷδε τῆς Βύρσης ἐξιέναι. Ô δὲ ἐδίδου, ywpis αὐτομόλων.
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