LA CARTHAGE ROMAINE
Entre la prise du Cothon et la capitulation de Byrsa, six Jours s'étaient écoulés, pendant lesquels l'armée romaine, cheminant pas à pas, avait fait le siège de chaque maison, repoussé l'ennemi de terrasse en terrasse, incendié, sapé, abattu et nivelé tout ce qu'elle laissait derrière elle. Tout le quartier qui reliait les ports à l'acropole avait été ainsi rasé lorsque la citadelle se rendit. Mais le reste de la ville était encore debout, et c'est à Rome que son sort devait se décider. Consulté par Scipion, le Sénat envoya en Afrique une commission chargée de veiller à ce que l'œuvre de destruction fût accomplie jusqu'au bout”. On abattit les remparts, on renversa les temples et les principaux édifices, et défense fut faite de relever ou d'habiter ces ruines, que de solennelles imprécations vouèrent pour jamais aux dieux infernaux.
Une loi votée en 632, sur la proposition de Rubrius, n'en ordonna pas moins l'envoi d'une colonie latine à Carthage. C. Gracchus et Fulvius Flaccus, chargés de l'installer, consacrèrent soixante-dix jours à l'accomplissement de cette mission *. La nouvelle ville fut fondée sur l'emplacement même de celle dont les ruines, vingt-quatre ans plus tôt, avaient été con-
ΚΓ Appien, VIIT, cxxxv. = Carthago in Africa restitui jussa vigesimit
? Appien, VIE, cxxxvi1 : Χρόνῳ δ᾽ Üoe- secundo demum anno quam fuerit eversa. » ρον, Γαΐου Γράκχου δημαρχοῦντος &v Pour, -- Eutrope, IV, 1x : « Carthago in Africa καὶ σήάσεων οὐσῶν ἐξ ἀπορίας, ἔδοξε κλη- jussu Senatus reparata est quae nunc maρούχους ἐς Λιβύην πέμπειν ἑξακισχιλίους. net; annis duobus et viginti postquam ἃ Cf Bu Crlsnecxzrt——Orose, Vy xi Scipione fuerat eversa deducti sunt eo cives « Anno ab Urbe condita pexxvit, Q. Cac- romani.» — Plut., C. Gracch., ς. ΧΙ. —
cilio Metello, T. Quinto Flaminio coss. Solin, €. XxvII.
damnées à une éternelle solitude”. On se mit en règle avec les dieux en lui donnant le nom de Colonia Junonta* et en la plaçant sous la protection de la divinité topique, Astarté-Tanit, identifiée à Juno Caelestis. Il fut moins facile de désarmer les rancunes du parti aristocratique, hostile à une fondation qui se rattachait à l'ensemble de mesures sociales dont il s'était déclaré l'adversaire. De sinistres présages, exploités par l'esprit de parti, signalèrent l'installation de la ville nouvelle. Les jalons indiquant son tracé furent, dit-on, arrachés par les loups. Gracchus avait énergiquement protesté contre ces fables; sa mort arrêta le développement de son œuvre. Une loi votée sur la proposition de M. Minucius Rufus abrogea celle de l'année 632, et la colonie cessa d'exister légalement. Elle n’en subsista pas moins de fait : il était impossible de déposséder les six mille citoyens déjà établis à Carthage et auxquels s'étaient joints sans doute un certain nombre d'indigènes. Un texte antique prouverait, si nous pouvions y attacher une valeur histo-
‘ Appien, VIII, cxxxvi : Διαγραφομένων δ᾽ ἀμφὶ τὴν Καρχηδόνα τῶν Θεμελίων.
— Β. (.,1, χχιν : Οἱ δὲ τῇ ἀποικίᾳ τὴν πόλιν διέγραφον, ἔνθα mûre ἦν ἡ Καρχηδονίων, οὐδὲν φροντίσαντες, ὅτι Σκιπίων αὐτὴν, ὅτε κατέσκαπΊεν, ἐπηράσατο ἐς ἀεὶ μηλόξοτον εἶναι.
5 Plut., C. Gracchus, c. χι. ---- Solin, C. XXVII.
* Appien, VIIE, cxxxvr : Διαγραφομένων δ᾽ ἀμφὶ τὴν Καρχηδόνα τῶν Θεμελίων, λύκοι τὰ Θεμέλια ἀθρόα διέσπασαν καὶ συνέχεαν. Καὶ τότε μὲν ἀνέσχεν ἡ βουλὴ τοῦ συνοικισμοῦ.---- Appien, Ἔ: ΟἿ, uv ἱὑπισγειλάντων δὲ τῶν ἐν Λιβύῃ τὴν πόλιν ἔτι διαγραφόντων, ὅτι λύκοι τοὺς ὅρους Γράκχου τε καὶ Φουλβίου διέρριψαν ἀνασ-
πάσαντες, καὶ τῶν μάντεων τὴν ἀποικίαν ἡγουμένων ἀπαίσιον" ἡ μὲν βουλὴ mpoéγραφεν ἐκκλησίαν, ἐν ἢ τὸν νόμον ἔμελλε τὸν περὶ τῆσὸς τῆς ἀποικίας λύσειν. — Plut., C. αταροῖι., χι : ἣν δὲ τῇ Διβδύη περὶ τὸν τῆς Καρχηδόνος κατοικισμὸν, ἣν ὁ Γάϊος ἰουνωνίαν, ὅπερ ἐστὶν Πραίαν, ὠνόμασε, πολλὰ κωλύματα γενέσθαι “παρὰ τοῦ δαιμονίου λέγουσιν. ἤ τε γὰρ τπορώτη σημαία, “πνεύματος ἀφαρπάξοντος αὐτὴν, τοῦ δὲ φέροντος ἐγκρατῶς ἀντεχομένου, συνετρίδη, καὶ τὰ ἱερὰ rois βωμοῖς ἐπιρείμενα διεσκέδασεν ἀνέμου Θύελλα καὶ διέρριψεν ὑπὲρ τοὺς ὅρους τῆς γεγενημένης ὑπογραφῆς, αὐτοὺς δὲ τοὺς ὅρους ἀνέσπασαν ἐπελθόντες λύκοι καὶ μακρὰν ὥχοντο φέροντες. .
rique sérieuse, qu'au commencement du r* siècle avant notre ère, une partie notable de la population punique habitait encore Carthage. Dans un discours prononcé devant l'assemblée du peuple d'Athènes par le péripatéticien Athénion, ce personnage affirme que non seulement les peuples italiques, mais que les Carthaginois eux-mêmes ont envoyé des ambassadeurs à Mithridate pour conclure avec lui une alliance offensive contre Rome !.
Peut-être faut-il reporter à cette période de transition, où la création de Gracchus avait pris une physionomie au moins aussi punique que romaine, cerlaines monnaies qui semblent indiquer l'existence, à Carthage même, de ces magistrats indigènes qu'on retrouve encore à l’époque impériale dans quelques cités de la Proconsulaire. Les monnaies dont nous parlons portent au droit la légende
ARISTO-MVTVMBAL:RICOCE:-SVF
accompagnant deux têtes imberbes et nues dans lesquelles on a voulu reconnaître l'effigie peu reconnaissable de J. César et d'Auguste?. Nous pensons qu'elles représentent les deux suffètes dont les noms, essentiellement puniques, se lisent à l'exergue, et qui y figurent comme magistrats monétaires au même titre que les duumvirs des médailles de la Carthage impériale. Müller, du reste, reconnaît lui-même que ces monnaies sont antérieures au règne d'Auguste.
On est loin d'être d'accord sur l'époque à laquelle la Junonia de C. Gracchus reprit définitivement son caractère de
! Athénée, Daipnosoph., V, τι : Πάρεισι ῥώμης ἀναίρεσιν. --- * Müller, Numismaγὰρ πρὸς αὐτὸν πρέσξεις, οὐ μόνον ἐκ tique de l'ancienne Afrique, t. 11, p. 149τῶν ἰταλικῶν ἐθνῶν, ἄλλα καὶ παρὰ Kap- 191, πὴ 319 et 320.
colonie romaine, et notamment sur la question de savoir si la colonie de l'année 632 fut reconstituée par César. Appien raconte que le Dictateur, campant dans les environs de Carthage pendant la guerre d'Afrique, avait vu en songeune armée tout en pleurs. Frappé de cette vision, 1] écrivit immédiatement sur ses tablettes : « Coloniser Carthage», et, de retour à Rome, il ordonna qu'un certain nombre de colons fussent dirigés les uns sur Carthage, les autres sur Corinthe. Appien ajoute que César ayant été assassiné, son fils adoptif mit à exécution la mesure projetée : ἀλλ᾽ ὅδε μὲν Säooov ἀνῃρέθη πρὸς ἐχθρῶν ἐν τῷ Ρωμαίῶν βουλευτηρίῳ, ὁ δ᾽ ἐκείνου σαῖς Ἰούλιος Καῖσαρ, ὁ ΣεδασΊὸς ἐπίκλησιν, ἐντυχὼν ἄρα ταῖς ὑπογραφαῖς τοῦ πατρὸς, συνῴκισε τῆν νῦν Καρχηδόνα". Quelques auteurs, entre autres Mannert*, Zumpt* et Becker”, ont cru pouvoir conclure de ce dernier passage que l'exécution des projets de César avait été arrêtée par sa mort. Mais on peut opposèr au témoignage unique d'Appien ceux de Strabon°, de Plutarque”, de Pausanias®, de Dion Cassius° et de Solin 19,
À Appien, VIIT, cxxxvi : Γάϊος Καῖσαρ...
* Appien, ibid.
* Géogr. anc., Ρ- 335 de la traduction de Marcus.
* Comment. epigr., p. 380.
ἢ Rôm. Alterth., IL, x, ἢ. 227.
° Strabon, XVII, Ρ- 1189 : ἀνελήφθη σάλιν περὶ τοὺς αὐτούς πως χρόνους ὑπὸ Καίσαρος τοῦ Θεοῦ, πέμψαντος ἐποίκους
7 Plut. Caes. vit : ἀνελάμβανε τὸν δῆμον éoidoeot καὶ σιτηρεσίοις, τὸ δὲ oTpaτιωτικὸν ἀποικίαις ὧν ἐπιφανέσταται Καρχηδὼν καὶ Κόρινθος ἦσαν, ais καὶ πρότερον τὴν ἅλωσιν καὶ τότε τὴν ἀνάληψιν ἅμα καὶ κατὰ τὸν αὐτὸν χρόνον ἀμφοτέραις γενέσθαι συνέτυχε.
δ Pausanias, IL, 1, 2: Yolepor λέγουσιν ἀνοικίσαι Καίσαρα (Képiwbov)..... ἀνοικί-σαι δὲ καὶ Καρχηδόνα ἐπὶ τῆς ἀρχῆς τής αὐτοῦ. 1
* Dion Cassius, XLIII, 1 : Τούτοις τε οὖν ἐσεμνύνετο καὶ ὅτι καὶ τὴν Καρχηδόνα τήν τε Κόρινθον ἀνέσήησε.
"δ Solin, ς. xxvii: «Carthago post an-
Nous pensons, pour notre part, que les deux opinions peuvent se concilier. Il nous paraît certain que César donna suite. à son projet et envoya un certain nombre de colons à Carthage. Mais il résulte d'un passage de Tertullien que la colonie ne fut régulièrement reconstituée que sous Auguste !. Elle ne de fut même pas du premier coup. Après avoir reconquis l'Afrique sur Lépide, en 719 (35 avant notre ère), Statilius Taurus aurait tenté une première restauration de Carthage. Six ans plus tard, Auguste répara les pertes qu'elle avait éprouvées pendant l'administration de Lépide”, en lui envoyant un renfort de trois mille citoyens romains, auxquels $e joignirent d'autres colons pris dans le pays même”. Mais ce ne serait que vers 740 ou 741 qu'elle aurait été définitivement reconstituée comme colonie par les soins de Sentius Saturninus. Elle reçut le nom de Colonia Julia Carthago*.
Appien laisse entendre que la colonie d'Auguste fut établie aussi près que possible, mais non pas sur l'emplacement même de la ville punique, et qu'on tint compte des imprécations religieuses prononcées par Scipion*. Peu vraisemblable
nos septingentos triginta septem exciditur quam fuerat constituta. .. demum in claritalem. secundae Carthaginis interjectis centum et duobus annis, M. Antonio, P.
Dolabella consulibus, alterum post urbem Romam terrarum decus. »
! Tertullien, De pallio, p. 917, éd.
Oehler :
ficium,...
« Vobis vero post injuriae benepost Gracchi obscoena omina et Lepidi violenta ludibria, post trinas Pompei aras et longas Caesaris moras, ubi moenia Staulius Taurus imposuit, sollemnia Sentius Saturninus enarravit, cum concordia juvat, toga oblata est.» — Ce passage nous paraît décisif; Tertullien devait connaître mieux que personné l'his-
toire de sa ville natale et s'adressait à-des gens qui ne l'ignoraient pas.
* Diodore, LIT, χεπὶ : Τὴν Καρχηδόνα ἐπαπώκισεν, ὅτι ὁ Λέπιδος μέρος τι αὐτῆς ἠρημώκει καὶ διὰ τοῦτο τὰ δίκαια τῆς ἀποικίας σφῶν λελυκέναι ἐδόκει.
* Appien, VIII, cxxxvi : Οἰκήτοράς τε Ρωμαίους μὲν αὐτὸν τρισχιλίους μάλιστα “συνθάνομαι, τοὺς δὲ λοιποὺς ἐκ τῶν σεριοίκων συναγαγεῖν.
Ἢ C'est celui que donnent les monnaies frappées sous Auguste et Tibère (Müller, IT, p. 149) et deux inscriptions africaines , l'une de Thugga (C. 1. L., 1. VIH, 497), l'autre d'Avitta (1b., 805).
* Appien. VIE, cxxxvi : ὁ δ᾽ ἐκείνον
en elle-même, cette assertion est démentie-par d'autres textes aussi bien que par les faits. Pline affirme que la colonie fut établie sur les ruines mêmes de la ville punique, in vestiquis magnae Garthaginis. Dion Gassius, qui avait été proconsul d'Afrique, dit que César tint à prouver, en relevant de leurs ruines Carthage et Corinthe, qu'il ne gardait aucune haine contre des lieux célèbres, innocents des actes coupables de leurs anciens possesseurs » : ἀπέδωκε τῇ μνήμῃ τῶν ἐνοικησάντων τότε αὐτὰς, μηδὲν διὰ τὴν ἐκείνων ἔχθραν τοῖς χωρίοις τοῖς μηδὲν σφᾶς ἀδικήσασι μνησικακήσας. Solin, de son côté, ne distingue pas deux Carthages romaines : il ressort, au contraire, de son récit, que la colonie de Gracchus, fondée sur l’emplacement même de la ville punique, ne sortit de son obscurité que sous le consulat d'Antoine et de Dolabella, c'est-à-dire immédiatement après la mort de César '. Les ruines de la Carthage romaine, d'autre part, sont superposées à celles de la ville punique : les vestiges encore reconnaissables des ports, du cirque, de l'amphithéâtre, dont la position peut être fixée avec certitude, prouvent que la colonie de César et d'Auguste, comme celle de Gracchus, était établie sur l'emplacement même de la rivale de Rome. Elle s'étendait, en d’autres termes, entre les ports, qui assuraient sa prospérité, et les deux grands réservoirs puniques indispensables à son existence.
Lorsqu'on jette les yeux sur la carte dressée par Falbe, on est frappé de la régularité, si insolite en pays arabe, avec la-
παῖς ἰούλιος Καῖσαρ, ὃ ZeGaolds ἐπίκλησιν... συνῴκισε τῆν νῦν Καρχηδόνα, ἀγχοτάτω μάλιστα ἐκείνης, βυλαξάμενος τῆς πάλαι τὸ ἐπάρατον. :
! Solin, οἱ xxvir : « Carthago post annos septingentos triginta septem exciditur,
quam fuerat constituta. Deinde a GC, Grac-
cho colonis Italicis data, et Junoni4 dicta.
aliquantisper ignobilis, humilis et languido statu ; demum in claritatem secundae Carthaginis interjectis centum et duobus annis, M. Antonio, P. Dolabella consuhibus, alterum post urbem Romam terrarum decus. »
quelle les chemins tracés dans les plaines qui environnent Carthage se coupent à angle droit et à intervalles égaux. Les divisions ainsi formées sont coordonnées à deux grandes lignes, dont l'une, partant de la tour de Sidi-bou-Saïd, dans la direction de Tunis, longe la face sud-est des grandes citernes, tandis que l'autre, s'élevant perpendiculairement du centre du plateau de Byrsa, longe la face nord-est des mêmes citernes, traverse la plaine d'El-Marsa, suit le pied du Djebel Khaoui et va se perdre au delà de Kamart entre le sable et les dunes. Onze des carrés subordonnés à ces grandes lignes mesurent 2,400 pieds de côté, c'est-à-dire environ 708 mètres. Or la centurie romaine, équivalant comme superficie à 51 hectares, formait précisément un rectangle de 714 mètres de côté.
I n'est donc pas douteux que cette division du sol des environs de Carthage ne remonte, comme l'avait déjà supposé Falbe, à l'établissement de la colonie romaine. Pareil fait, du reste, a été observé en Italie : on remarque encore des vestiges de divisions semblables entre Cesena et Bologne.
Rentrée, grâce à Auguste, dans la plénitude de ses droits, la colonie romaine de Carthage ne tarda pas à prendre‘un rapide accroissement. Strabon la cite déjà comme une des villes les plus peuplées de l'Afrique !. Pomponius Mela la représente également comme florissante, iterum opulenta?. Ses murailles, ioutelois, ne furent pas relevées. La politique soupçonneuse de Rome ne permit pas à la ville nouvelle, toute romaine qu'elle était, de reconstruire ses remparts. Ce fut seulement à la
L XVIT, xv, 44 : Καὶ νῦν εἴ τις ἄλλη κα- jam quidem iterum opulenta, etiam nunc λῶς οἰκεῖται τῶν ἐν Λιδύῃ πόλεων». tamen .priorum excidio rerum quam ope ὌΨΙ, xvr : «Nunc populi romani co- praesentium clarior. »
lonia, olim imperii ejus pertinax aemula,
—+>( GAL γ).ς:---
veille de l'invasion vandale, en 424, que Théodose IT l'autorisa à s'entourer d'une enceinte fortifñiée!. |
Nous n'avons pas de données précises sur l’époque à laquelle Carthage succéda à Utique comme chef-lieu de la province d'Afrique. Dureau de la Malle se fonde à tort sur l'incident de Marius pour supposer que la colonie de Gracchus était devenue dès l'origine la résidence du préteur. La fin tragique de Fabius Hadrianus, brülé vif dans son palais, à Utique, en 672”, prouve que quatre ans après l'apparition de Marius en Afrique le gouverneur de la province n'avait pas encore transporté le siège de son administration à Carthage. Wilmanns, par contre, nous paraît tomber dans l’autre extrême lorsqu'il conclut d'un texte épigraphique trouvé à Bou-Châteur, et portant le nom de Domitius Ahenobarbus Ÿ proconsul d'Afrique en 742, que la résidence du gouverneur n'avait pas encore été, à cette date, transférée à Carthage. L'inscription de Bou-Châteur constate simplement une mesure administrative appliquée à Utique et ne prouve pas plus, quant à la résidence du gouverneur, que tant d’autres dédicaces trouvées dans le reste de la province et où figure le nom du proconsul. Il nous paraît plus conforme à la vraisemblance de rattacher le transfert du siège du gouvernement d'Utique à Carthage à la reconstitution définitive de la colonie par Sentius Saturninus (740-741). Le proconsuiat
! Chron. Prosperi Tironis Aquit., p.213, Romanorum, ne rebellioni esset, muni-
Paris, 1711: «Theodosii anno secundo, mento murorum non est permissa valmuro Carthago circumdata, quae ex tem- lari. » pore quo vetus illa destructa est, sanctione ἡ Liv., Epit. LXXVI.
MONA AtANITEn 12806
L. DOMITIVS AHENOBARBVS PRO:.COS TRIMOD .POSVIT.QVA.CIVITATES SAL.EM
IMPRIMERIE NATIONALE
-πιτεϑοί 612. }.ε:--de Domitius Ahenobarbus date, comme nous l'avons dit, de l'année suivante.
Carthage reçut de Commode le nom éphémère de Colonia Alexandria Commoda Togata'. Caracalla lui donna celui de Colonia Aurelia Antoniniana Carthago, qu'on voit figurer dans un document de cette époque”. Septime Sévère lui accorda une faveur plus sérieuse en ladmettant à jouir du droit italique. Elle reçut enfin de Justinien son dernier surnom, Justiuana : l'archevêque de Carthage est qualifié, au concile de 553, d’Archiepiscopus Jastinianae Carthaginis ὃ.
Prise et saccagée en 697-698 par Hassan, Carthage ne se releva plus de ses ruines, et ce fut alors seulement qu'elle fut condamnée à cette solitude à laquelle l'avaient vouée les imprécations religieuses du second Africain. Aucun centre indigène de quelque importance ne se fonda sur cet emplacement privilégié". Les Arabes s'établirent à Tunis, plus éloignée de la mer et par conséquent plus à l'abri des attaques des puissances chrétiennes. Carthage ne fut plus qu'une vaste carrière où l'on vint de toutes parts chercher des matériaux. « Depuis l'époque de la chute de cette ville, dit Édrisi, jusqu'à ce jour, on a continuellement pratiqué des fouilles dans ses débris et même sous les fondations des plus anciens édifices. On y ἃ découvert des marbres de tant d'espèces différentes qu'il serait
PAC LOL NII A0; εὖ Ulpien, Dig., L. xv, vx, ΧΙ.
* Acta Conail. a. 553, Harduin, t. II, P- 202.
‘ Au temps d'Édrisi, quelques chefs arabes de la tribu des Banou Ziyâd habitaient et avaient entouré d'un mur de terre la partie la plus élevée de l'emplacement de Carthage, appelée Æl- Modllaka. C'est
encore le nom que porte le hameau de
Maälka, voisin de l'amphithéâtre et des citernes occidentales. — Tillemont (Hist.
de saint Louis, τ. V,p. 154) rapporte qu'un souverain musulman aurait essayé, en 1180, de relever Carthage. Cette tentative n'eut quun médiocre succès, puisque quatre-vingt-dix ans plus tard, à l'époque de l'expédition de saint Louis, Carthage n'était qu'une misérable bourgade.
impossible de les décrire. Un témoin oculaire rapporte en avoir vu extraire des blocs (colonnes) de quarante empans de hauteur sur sept de diamètre. Ces fouilles ne discontinuent pas; les marbres sont transportés au loin dans tous les pays, et nul ne quitte Carthage sans en charger des quantités considérables sur des navires ou autrement; c'est un fait très connu.» Les bâtiments des républiques italiennes exploitèrent pendant tout le moyen âge cette carrière à ciel ouvert. La cathédrale de Pise, d'après une tradition locale, aurait été bâtie tout entière avec des marbres de Carthage. C'est également de là qu'on a tiré jusqu'à nos jours tous les matériaux des édifices de Tunis et des nombreuses villas des environs. Il existait encore tout récemment une corporation de «chercheurs de pierres», qui n'avait d'autre métier que de fouiller les fondations d'édifices disparus.
Les seules ruines auxquelles on puisse appliquer un nom sont celles de l’amphithéâtre et du cirque, reconnaissables à leur forme caractéristique.
Situé à peu de distance du hameau de Maâlka, dans la direction du sud-ouest, l'amphithéâtre n'offre plus qu'une excavation elliptique, d'une douzaine de mètres de profondeur, dont les deux axes mesurent go mètres sur 30. Toutes les pierres du revêtement ont été enlevées et les contours de l'édifice ne sont plus indiqués que par d'énormes masses de blocage.
Nous croyons que c'est l'amphithéâtre qu'El-Bekri désigne sous le nom d'Él-Thiater, 48, et dont il donne la description suivante : « Le monument le plus merveilleux de Carthage est la maison de divertissement que l’on nomme aussi Thiater. Elle se compose d'un cercle d’arcades soutenues par des colonnes et surmontées par d’autres arcades semblables à celles du premier rang. Sur les murs de cet édifice on voit les
Amphithéâtre.
—+>( 6h 7.ε:--images de tous les animaux et des gens qui s’adonnent aux métiers. On y distingue des figures qui représentent les vents; celui de lorient a l'air souriant; celui de l'occident, un visage renfrogné”. » El-Bekri revient un peu plus loin sur la description de cet édifice. Après avoir parlé de la Modllaka, « château d'une grandeur et d'une hauteur énormes, composé de voûtes en plein cintre à plusieurs étages,» l'écrivain arabe ajoute : « Vers l'occident de cet édifice, qui domine la mer, est le chäteau connu sous le nom de Thiater, le même qu renferme la maison de divertissement dont nous venons de parler; 11] a beaucoup de portes et de soupiraux et se compose de plusieurs étages. Au-dessus de chaque porte on remarque l'image d'un animal en marbre, et des figures qui représentent des artisans de toutes les classes”. » Il est évident qu'il s'agit du même édifice.
La description d'Édrisi, postérieure de près d’un siècle, est plus précise encore.
«On voit encore aujourd'hui à Carthage de remarquables vestiges de constructions romaines et, par exemple, le théâtre, qui n'a pas son pareil en magnificence dans l'univers. En effet cet édifice est de forme circulaire et se compose d'environ cinquante arcades; chacune de ces arcades embrasse un espace de trente empans; entre chaque arcade et sa pareille est un pilier haut de quatre empans et demi; la largeur du pilier avec ses deux pilastres est d'autant. Au-dessus de chacune de ces arcades s'élèvent cinq rangs d’arcades les unes au-dessus des autres, de mêmes formes et de mêmes dimensions, construites en pierre de l'espèce dite kaddzän, d'une incomparable bonté. Au sommet de chaque arcade est un cartouche rond, et sur ceux de l’arcade inférieure on voit diverses figures et représen-
* El-Bekri, trad. de M. de Slane, p. 105. — * El-Bekri, p. 106.
—#+ù( 615 )..:--tations curieuses d'hommes, d'artisans, d'animaux et de navires, sculptées sur la pierre avec un art infini. Les arcades supérieures sont polies et sans ornements. Il était destiné, d'après ce qu'on rapporte, aux jeux et aux spectacles publics qui avaient lieu chaque année à jours fixes ". »
Le cirque se retrouve à 600 mètres au sud-sud-ouest de l’'amphithéâtre, entre Maâlka et Douar-ech-Chatt. Il mesure 675 mètres sur 100. La Spina, large de 5",5o, subsiste encore sur une étendue de plus de 1,000 pieds. Comme l’amphithéâtre, le cirque n'a conservé que son ossature de blocage : tous les revêtements ont disparu. Si l'on admet une correction proposée par M. de Slane au texte d'El-Bekri, ce serait au cirque que s'appliquerait la description donnée par ce géographe d’un des grands édifices de Carthage dans lequel on avait cru retrouver le gymnase”. «Il y a encore, dit El-Bekri, le château nommé Koumech, qui est aussi à plusieurs étages appuyés sur des colonnes de marbre d'une grosseur et d'une hauteur énormes. Sur le chapiteau d'une de ces colonnes douze hommes pourraient s'asseoir les jambes croisées, et avoir au milieu d'eux unc table pour y manger et pour y boire. Elles sont cannelées, blanches comme la neige et brillantes comme le cristal; quelques-unes sont encore debout, les autres sont tombées par terre, »
Dureau de la Malle n’en a pas moins supposé que le Thiater
d'ElBekri était le groupe de ruines qui s'élève sur les bords de la mer au sud des citernes puniques, et qui porte le numéro 69
* El-Edrisi, trad, de Dozy et de Goeje, mnas. Les autres textes donnent la forme Ρ- 131-132. Jue9$, houmech, que M. de Slane proἡ Un des manuscrits donne la lecon pose de lire J49»$ , kirkoch, «cirque ». ge , houmes, dans laquelle Quatremère * ElBekri, traduction de M. de Slane,
avait cru reconnaître le mot yes , djou- Ρ- 106.
Théâtre.
Cirque.
-ττεϑί 646 ).::-dans le plan général de Falbe, L'auteur de la Topographie de LE Η justifie sa conjecture :
° Sur le passage d'El-Bekri ἄν place le Thiater à l'occident de μι Moûllaka ;
2° Sur l'identité de la Moâllaka et des citernes puniques;
3° Sur l'existence, dans la ruine n° 69, d’un péristyle de forme concave indiqué par un segment dont la corde est de 120 pieds.
«Ge sont, ajoute Dureau de la Malle, les propres paroles de M. Falbe, qui a pris ces ruines pour les débris d’un temple. Le passage précité de Bekri qui met le théâtre à l'occident des piscines maritimes, de plus la position de cette enceinte cireulaire placée en amphithéâtre au bord de la mer, comme les théâtres grecs en général, et particulièrement ceux d'Éphèse, de Milet et de Tauroménium en Sicile, ne nous laissent aucun doute que les ruines dont j'ai parlé ne soient les débris du théâtre décrit par Apulée et par Bekri’.»
Tout ce raisonnement porte à faux, comme la plupart des arguments sur lesquels Dureau de la Malle ἃ cherché à étayer ses conjectures. Nous ignorons, δ premier lieu, la position du monument que Bekri désigne sous le nom de Modllaka, «la suspendue », mais ce nom même, comme la description quil en donne, ne permet pas de l'identifier aux citernes puniques, qui ne dominent pas la mer et ne s'élèvent que de quelques pieds au-dessus du sol. En second lieu, et en admettant même que la Moâllaka soit identique aux citernes, l'édifice que Dureau de la Malle considère comme le théâtre se trouve situé, non pas à l'occident des citernes, comme le dit El-Bekri, mais au sud de ces réservoirs. Quant au «péristyle concave » de la ruine n° 69, Dureau de la Malle aurait dû s'en tenir à l'opinion de
᾿ Topogr. de Carthage, p. 193.
Falbe, qui regarde cette ruine comme un temple ou une basilique et le segment comme une partie d’abside.
Nous devons donc rayer le théâtre de la liste des monuments de la Carthage romaine qu'il est possible de déterminer.
Nous en dirons autant du gymnase, que Dureau de la Malle retrouve dans la ruine n° 67 du plan de Falbe, etauquel s'appliquerait, d'après lui, la description de l'édifice qu'un seul des manuscrits d'El-Bekri désigne sous le nom de Houmes.
L'hypothèse de Dureau de la Malle ne repose que sur la lecture Djoumnas au lieu de Homas, proposée par Quatremère, et sur une phrase de la traduction de ce savant qui place le Houmas près de la «citerne des démons», Mouadjel ech-Cheïatin, c'est-à-dire près des citernes orientales. Or nous avons vu que tous les manuscrits d'El-Bekri, sauf celui qu'a suivi Quatremère, donnent la forme Koumech (ou Kirkoch, d'après la conjecture de M. de Slane). La lecture Djoumnas est donc peu vraisemblable. Le texte d'El-Bekri, d'autre part, n'indique pas, comme le fait supposer à tort la traduction plus élégante que fidèle de Quatremère, que le Houmas füt voisin des citernes puniques. El-Bekri dit simplement, en continuant l'énumération des principales ruines de Carthage : «On y remarque aussi une grande voûte dont l'extrémité échappe aux regards, et qui renferme sept vastes réservoirs nommés Mouadjel ech-Gheïatin, les citernes des démons »; ils contiennent une eau très ancienne, qui y estrestée depuis un temps immémorial!. »
Parmi les édifices dont l'emplacement peut être considéré comme probable, sinon comme certain, nous ne pouvons guère nommer que le temple d'Esculape, le palais des proconsuls, l'Hiéron de Caelestis, et l'Odéon de Vigellius Saturninus.
" ElBekri, traduction de M. de Slane, p. 106. Quatremère traduit : «Près de là commencent de vastes réservoirs appelés citernes des Diables. »
Le temple d'Esculape.
Nous savons par un texte formel qu'une partie de la population de la colonie d'Auguste était d'origine punique. On peut donc admettre avec Beulé que les temples furent reconstruits sur l'emplacement même des anciens sanctuaires. Le temple d'Esculape, nommé par Apulée’, devait par conséquent couronner l’acropole comme à l'époque punique. L'établissement de Saint-Louis en marque sans doute la position. En comparant les débris de colonnes et de chapiteaux découverts lors de la construction de la chapelle à ceux qu'il a trouvés lui-même dans les décombres du versant oriental de la colline, Beulé a cru pouvoir le reconstruire par la pensée. « L'édifice tout entier était en marbre blanc et d'ordre corinthien. Les débris de chapiteaux, de pilastres, les rinceaux des frises, montrent avec quelle élégance et quelle pureté l'ornementation avait été traitée. Le style me paraît celui des plus beaux temps de l'architecture romaine sous l'empire. Les colonnes étaient cannelées et concaves dans leur partie supérieure; dans la partie inférieure, les cannelures étaient convexes. Chaque cannelure avait 0",09 de corde; les baguettes qui les séparaient avaient 0",03 de largeur; donc, en supposant vingl-quatre cannelures, on compte que les colonnes avaient 2",88 de circonférence, près de 9 pieds. Parmi les fragments de corniche et de frises, j'ai mesuré des oves qui ont o0",10 de hauteur sur 0°,16 de largeur, des perles qui ont jusqu'à 0",08 de diamètre dans leur plus grand axe. Les feuilles d’acanthe qui forment soit les chapiteaux, soit les rinceaux des frises, sont d’un travail délicat et d'un effet large *. »
Un fragment de bas-relief représentant un temple d'ordre ionique et une couronne de chêne a fait penser à Beulé que
* Apul., Florid., p. 146. — * Fouilles à Carthage, p. 75 et 76
l'angle sud-est de Byrsa, où a été découvert ce débris, avait pu être l'emplacement du temple de Jupiter dont parle un document de l'époque chrétienne’. L'auteur, du reste, n'insiste pas sur cette conjecture ".
Un certain nombre de textes antiques permettent de supposer que le praetorium ou palais proconsulaire était situé sur un des versants de la colline de Byrsa, probablement sur les pointes qui regardent le sud-est et dominent le forum, les quais et les ports. Le récit que fait Tacite d'une sédition du peuple de Carthage montre que la demeure des proconsuls était assez près du forum pour qu'on püût distinguer les cris de la multitude*. Un passage des Actes des martyrs prouve, d'autre part, que le praetorium était très voisin du quartier qui s'étendait entre le temple d'Esculape et celui de Saturne”. Il était enfin situé sur une hauteur”, et de cette hauteur on apercevait le golfe de Carthage°. En rapprochant ces diverses indications, on est conduit à placer le palais proconsulaire sur le versant oriental de Byrsa.
Or, précisément sur ce versant, à quinze mètres au-dessous
? Monum. vet. ad Donatist., p- 162. devenu la résidence des rois vandales : ἔς τὸ
? Fouilles à Carthage, Ρ- 76 et 77.
ὁ Tacite, Huist., IV, xxxvrrr.
* Avant d'être interrogé par Galerius, saint Cyprien est confié au strator du proconsul, qui habitait non loin du pruetorium, dans le quartier de Saturne, in vico qui dicitur Saturni, inter Vencream et Salutariam (Ruïinart, Acta martyr., p. 205).
* Lorsque l'évêque de Carthage est conduit devant son juge, il monte, de même qu'il lui faut descendre pour quitter le palais : Ascendendo ad palatium et descendendo (Vict.
Vit., Hist. persec. Vand., p- 104). De même Bélisaire monte au palais proconsulaire,
παλάτιον ἀναβὰς, ἐν τῷ Γελίμερος Spore ἐκάθισεν (Procope, De bello Vand., 1, 30).
* Procope (De bello Vand.,T, 20)raconte que, dans la nuit qui suivit la défaite des Vandales, et avant que Bélisaire fût entré dans Carthage, le geôlier de l'Âyxwr, nom que portaient les cachots du palais, vint offrir aux prisonniers de les délivrer s'ils lui promettaient de le protéger à leur tour. Comme ceux-ci hésitaient à croire son récit, 1] ouvrit un volet et leur montra la flotte byzantine qui se dirigeait vers le lac de Tunis. Les prisons du palais regardaient par conséquent le sud-est.
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Le palais
proconsulaire .
de la plate-forme de Saint-Louis, Beulé a constaté l'existence d'un édifice considérable, dont ses fouilles n’ont malheureusement fait reconnaître qu'une partie. « Pour bien comprendre la position du monument que je vais décrire, dit Beulé, 1] faut se rappeler qu'il est situé sur la pente de Byrsa et que les niveaux des divers édifices étaient nécessairement différents. Au sommet élait le temple d'Esculape, sur une terrasse qu'entourait le mur massif du péribole. Au-dessous de cette terrasse, adossé au péribole, un monument avait été construit, mais à quarante pieds plus bas, afin de ne point masquer le temple. Ce monument, composé de sept salles parallèles et voûtées, appuyait les culs-de-four qui terminaient le fond de chaque salle sur le mur d'enceinte du temple...
«... Le cul-de-four central ἃ 6",25 de diamètre. Sa hauteur est d’un peu plus de ὃ mètres; mais comme le sommet de la voûte manque, il est probable que la hauteur totale était de 10 mètres. Toute la partie supérieure, qui a la forme d'une demi-sphère, est ornée de caissons en stuc blanc. Ces caissons sont des losanges qui suivent les contours de la coupole, en s'élargissant ou se rétrécissant, selon les besoins de la perspecuve. Ils sont décorés de moulures en relief qui représentaient des oves, des fers de lance et des canaux de beaucoup plus petite proportion. J'ai remarqué encore quelque trace de couleur que l'action de l'air ἃ fait promptement disparaître. . . Au-dessous des caissons, il y a un rang de briques épais de 0",40. C'est le seul échantillon de construction en brique que j'aie trouvé à Carthage. Plus bas commencent des assises de tuf d'une grandeur modérée et qui vont jusqu'au sol. Elles portent des trous de crampons qui annoncent un revêtement de marbre enlevé ou tombé. On voyait, en effet, mêlés à la terre qui remplissait l'édifice, de nombreux fragments de serpentin, de porphyre,
οὐ 660 jer-
de cipolin, de marbre veiné de Numidie. Le peu d'épaisseur des plaques mutilées prouvait assez qu'elles servaient de revêtement. Ces plaques, outre les crampons qui les retenaient, avaient pour lit cinq centimètres de ciment romain; le ciment reste encore par places. . . À un mètre et demi au-dessus du sol l'abside est rétrécie par une sorte de base circulaire qui en remplit le contour. La face horizontale et la face verticale étaient revêtues de marbre précieux : non seulement le ciment mêlé de grands tessons se voit encore, mais des crampons de bronze étaient restés en place. . . La salle centrale était pavée avec une grande magnificence. Une mosaïque de marbres précieux lui servait de dallage, mosaïque qui formait de grands dessins géométriques, des rosaces variées.
«... Le cul-de-four qui est à droite du spectateur placé en face du centre de l'édifice est moins richement orné que le culde-four central. Il n’a ni caissons, ni moulures, ni revêtements de marbre, mais seulement un enduit de stuc qui a dû jadis être peint... Plus bas la construction est la même que dans le cul-de-four principal. Ce sont des assises de tuf régulières... Au fond de cette seconde salle se trouve, non plus un banc circulaire, mais un grand piédestal carré, qui ἃ pu être aussi un tribunal sur lequel siégeait un magistrat. Si c'était un piédestal, telle est sa dimension qu'il n’a pu porter qu'une statue colossale ou équestre. Si c'était un tribunal, il faudrait croire que le monument qui nous occupe est bien réellement le palais du proconsul romain et qu'à côté de la Delphica, salle des festins, nous rencontrons la salle des jugements où les proconsuls romains, les rois vandales, Bélisaire, Salomon, Héraclius et tous les gouverneurs envoyés de Byzance, auraient rendu la justicer ut 1
«... Sur le côté gauche du cul-de-four, presque au sommet
du mur et à la naissance du cintre, on voit une très petite niche qui n’a que 20 centimètres de haut sur 10 de large. Elle a été taillée après coup dans la muraille et porte des traces de couleur rouge. Quatre trous de scellement aux quatre coins, des rainures d'engagement, attestent que cette niche était fermée anciennement par une porte solide. Je n'ai pu encore m'expliquer quelle était sa destination. Ce qui est certain, c'est qu'elle ἃ été creusée d'une facon grossière et dans les bas temps, plusieurs siècles après la construction du palais.
«Enfin deux autres salles à droite de cette dernière et une cinquième salle, à gauche de la salle principale, sont terminées également par des culs-de-four. J'en ai dégagé seulement ‘le sommet, qui est revêtu de stuc et n'offre aucune particularité digne d'être remarquée. Là se sont arrêtées mes explorations:
«... Nous savons par les historiens que plusieurs monuments étaient situés près du temple d'Esculape : une église consacrée à la Vierge, bâtie par l'ordre de Justinien , la Curie où se réunissait le Sénat, la bibliothèque publique de Carthage, le palais du proconsul, qui fut aussi le palais des rois
vandales.
«On ne peut reconnaître l'église de la Vierge dans un édifice composé de sept salles différentes .. 11 semble qu'il faille
écarter aussi l'idée de la Curie; car les réunions d'un sénat demandent une vaste enceinte et non point sept chambres séparées... Les mêmes considérations m'empêchent de nommer la bibliothèque publique de Carthage, quoique le plan paraisse mieux se prêter à une telle attribution... Mais la bibliothèque était dans l'enceinte consacrée à Esculape, comme si le même dieu devait présider à la santé du corps et à la nourriture de l'âme. Il ne reste donc que le palais des proconsuls. Sans tran-
cher prématurément une question qui ne peut être résolue que par un déblai complet, j'avoue que les ruines répondent assez à l'idée qu'on se fait d’une habitation consulaire. Ces sept grandes salles voûtées, ornées de reliefs et de peintures, avec des statues et des marbres précieux, ouvrant toutes sur la mer, étaient la partie la plus importante d'un vaste ensemble de constructions... La situation était admirable, en face de la mer, à l'abri des vents du nord, sur la colline la mieux aérée et la plus saine de Carthage. Ge ne serait point non plus une coïncidence sans valeur que de pouvoir reconnaître, dans les deux salles que j'ai commencé à découvrir, la salle des festins et la salle des jugements. Mais je n'insisterai pas davantage sur une hypothèse que des fouilles ultérieures peuvent seules justifier. »
Parallèlement au flanc nord-est de Byrsa s'étend une colline de même forme, un peu moins élevée, mais d'une superficie plus grande. C'est là que Dureau de la Malle et Beulé placent l'Hiéron de Caelestis ". On sait par l'auteur anonyme du livre De pronussis el praedictionibus que ce vaste sanctuaire n'avait pas moins de deux mulle pas de circonférence et renfermait dans son enceinte, outre le temple de Junon, ceux de toutes les autres divinités”. Longtemps fermé et envahi par les broussailles et les ronces, le temple de Caelestis fut consacré au
* Topographie de Carthage, Ρ- 171. — Fouilles à Carthage, p. 26 : «L'Hiéron de Junon avait été établi sur une hauteur voisine de Byrsa et isolée. Ce sanctuaire, où l'on éleva successivement des temples aux divinités les plus diverses, ressemblait par son isolement aux sanctuaires célèbres de Samos, d'Argos, d'Olympie, d'Épidaure, de l'Isthme. La coutume orientale avait prévalu aux premiers temps de la
Grèce et fait constituer, à côté de la ville des hommes, une ville consacrée aux dieux. »
* « Apud Africam Carthaginis Caelestis inesse ferebant templum nimis amplum, omnium deorum aedibus vallatum, cujus platea lithostrata pavimento ac preliosis columnis et moenibus decorata, prope in duobus fere milibus passuum protendebatur. » (De prom. et praed. , TT, χχχνπι, 5.)
Le temple
de Caelestis.
L'Odéon.
culte chrétien le jour de Pâques de l'année 399, et l'évêque Aurelius y plaça son siège, là même où était la statue de la déesse !. Le culte de Caelestis était si profondément enraciné dans les mœurs de la Carthage chrétienne” que son ancien sanctuaire n'en fut pas moins compris dans la mesure par laquelle Constance, en 421, ordonna la destruction de tous les temples païens. L'Hiéron fut transformé en cimetière. L'Odéon est probablement l'édifice semi-circulaire que les dernières fouilles du P. Delattre ont fait découvrir sur les hauteurs qui s'étendent entre la colline de Caelestis et la mer. C'est sur ces mêmes hauteurs, en ellet, qu'ont été trouvées les tombes phéniciennes dont il a été question plus haut, et l'on sait, par un texte de l'époque de Septime Sévère, que l'Odéon fut construit sur un ancien cimetière punique : «Ses fondations sacrilèges, dit T'ertullien, bouleversèrent des sépultures qui dataient de près de cinq siècles". » Un autre passage du même auteur donne la date exacte de la construction de l'Odéon. Ce fut sous
* De pronussis et praedictionibus : « Cum diulius clausum incuria, spinosa virgulta circumsepta obruerent, velletque populus usui verae religionis vindicare, dracones aspidesque illic esse ob custodiam templi, gentilis populus clamitabat. Quo magis Christiani fervore succensi, ea facilitate omnia amoverunt illaesi, qua templum suo vero caelesli regi et domino consecrarent. Nam cum sancta Paschae solemnis ageretur festivitas, collecta illic et undique omni curiositate etiamadveniens multitudo sacerdotum multorum, paler et dignae memoriae nominandus antistes Aurelius, caelestis jam patriae civis, cathedram illie loco Caelestis et habuit et sedit. Ipse tunc aderam cum sociis et amicis...» (II, XXXVIIT, D.)
? Saint Augustin (De Civit. Dei, IE, 1v) se plaint de l'affluence des chrétiens aux cérémonies païennes du culte de Caelestis :
«spectante et audiente utriusque sexus frequentissima multitudine.» Salvien (De Gub. Dei, VIIT, ir) leur reproche de préférer Caelestis à Jésus-Christ.
* De pronussis et praed., VIT, xxxvinr, DE «Sub Constantio et Augusta Placidia, Urso insistente tribuno, omnia illa templa ad solum usque perducta : agrum reliquit in sepulturam scilicet mortuorum. »
Ἢ Tertullien, Scorpiace, c. xxxu : « Proxime in ista civitate, cum Odei fundamenta tot veterum sepulturarum sacrilega collocarentur, quingentorum fere annorum ossa adhuc succida et capillos olentes populus exhorruit. »
le proconsulat de Vigellius Saturninus (180-183) ,que Carthage obtint l'autorisation de célébrer des jeux pythiques et éleva à cet effet un théâtre spécial". Les sépultures dont parle Tertullien remontaient donc à la fin du 1v° siècle avant notre ère.
À cinq cents mètres environ au nord-est de Byrsa et sur le plateau qui relie la colline de Caelestis à la pointe de Bordj Djedid, on remarque les débris d'un édifice cir-
Temple circulaire.
Fig. G2.
IDD) Z σγ Z 95 Z » 7
culaire dont les fouilles de Falbe n'avaient dégagé que la partie centrale, et que celles de Davis ont complètement
! Tertullien, Scorpiace, a. 1v : « Adhuc Carthaginem singulae civitales gratulando in-
quietant donatam pythico agone. »
exhumé. Les dispositions intérieures de cet édifice offrent un caractère tout particulier.
Le centre de cette singulière construction est une rotonde dont la voûte, complètement elfondrée, était soutenue par douze piliers massifs, épais de 3",46 et séparés par un intervalle régulier de 1",37. Cette salle circulaire est entourée de. trois anneaux concentriques formés de douze piliers correspondant à ceux de la rotonde centrale et également séparés par autant de couloirs. L'épaisseur des piliers est de 1",22 au premier anneau, de 1,83 au second et de 3",66 au troisième. Les trois galeries ont 4",89, b",48 et 6,92 de largeur. L'ensemble de l'édifice, en d'autres termes, se compose d’une rotonde centrale entourée de trois galeries concentriques et communiquant avec l'extérieur par les douze avenues que forment les piliers
des quatre enceintes circulaires !. Des fouilles pratiquées au
« The remains of this structure, which are now gradually diminishing (being car-
ted away as materials for modern buil-.
dings), enable us to form a moderately correct ground-plan, and from it alone we are in ἃ position to form a conclusion as to its character.
« With the exception of the outer portion, or casement, which is more shapeless and less distinct, its construction is unmistakeably circular. The diameter of the inner circle, inside of the masonry, 15 twenty-nine feet. This is surrounded by twelve pilasters : the thickness of each is ten feet, and the distance they stand from each other four feet six inches. À gallery, sixteen feet wide, surrounds these. We have then two more series of circularly placed pilasters divided by galleries, all widening and increasing in size in proportion to the enlarged space. The exte-
rior, or, as 1 call it, the casement, is not so complete, but it is clear that it also has been circular, and was likewise arranged into twelve distinct pilasters, of course, much wider than the inner ones and considerably more massive. The extreme diameler from the exterior of the masonry is two hundred feet. It is evident that the building was vaulted, and it is more than probable that it was surmounted by a triple dome supported by pilasters...
That it was a temple there can be no doubt, and that it was the temple of Saturn, the Baal Hammon of the Carthaginians, or Cronus, Κρόνος, the God of Time, is amply indicated by the building Sel eee
«We sank ἃ shaft in the centre, at least fifteen feet deeper than those who excavated here before, and came first upon a greal deal of loose masonry from the fallen
centre de l'édifice et poussées jusqu'à la profondeur de douze mètres n'ont fait découvrir que des débris de la voûte et un lit de terre calcinée mélangée de cendres et d'ossements. Au delà de cette couche de cendres, on rencontra le roc vif.
Beulé, qui semble n'avoir connu que la partie centrale de cet édifice, y voit une œuvre toute romaine, peut-être 16 temple de Cérès et de Proserpine'. Davis prétend y reconnaître le sanctuaire de Saturne; mais sa critique s'égare si régulièrement, dans toutes les questions que soulève la topographie de Carthage, que ses conclusions, et même, jusqu'à un certain point, ses indications, ne doivent être accueillies qu'avec une extrême défiance.
Rien ne prouve que les ruines situées à l'angle oriental de la colline de Byrsa soient, comme l’affirme Beulé*, celles du temple de Saturne. La correspondance établie par le même auteur entre les débris désignés sur le plan de Falbe sous le numéro 55 et le temple de Baal-Apollon* est tout aussi incer-
vaulted roof. Having cleared this away, a thick layer of burnt earth, mixed with bones, presented itself to our view, through which we dug in the hope of reaching the payement. But our labours were fruitless, for instead of coming in contact with artificial construction we came upon the natural rock..... (Davis, Carthage, p. 288 et suiv.)
* «Un autre temple, qui est le mieux conservé de tous ceux qui existaient à Carthage, est un temple rond. Il a 26,°63 de diamètre et est porté par douze piliers carrés à l'intérieur. Le plan, l'appareil, les matériaux, la mosaique très simple dont un fragment a été mis au jour par Davis, tout est romain. Les murs en blocage élaient revêtus de marbre cipolin
dont les morceaux se retrouvent dans le sol... Ce temple ne pouvait être celuï de la déesse Mémoire, que les Vandales rasèrent jusque dans ses fondements. Peutêtre était-ce celui de Cérès et de Proserpine, bâti en vertu d’un traité avec Agathocle. »
(Fouilles à Carthage, p.44 et note 6.)
* Fouilles à Carthage, p. 44 : « Le temple de Saturne ? Les rares débris qui en restent auprès du carrefour appelé Vicus Senis et près du Bois des Vandales (Lucus Vandalorum) sont romains (n° 58 de Falbe).»
* Ibid. : « Le temple de Baal? Les ruines subsistent en partie à la tête du forum (n° 55 du plan de Falbe); on n'y voit que des pans de murs en blocage romain, et le sol, quand il ἃ été retourné, n’amène que des débris romains.» Beulé, comme
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Platea nova.
taine. Elle ne se justifie que par la situation purement conjecturale que Beulé assigne au forum. Or aucun des textes qui mentionnent le forum de Carthage ne permet d'en préciser l'emplacement. Un passage d'Appien semble indiquer que l'Agora de la ville punique ainsi que la Curie et le temple de Baal-Apollon se trouvaient dans le voisinage du port militaire”. On en ἃ conclu que le forum de la colonie romaine occupait le même emplacement. Rien ne le prouve, et, loin d'être décisive, l'indication que Dureau de la Malle prétend tirer d'un passage de Procope* nous paraît compromettre son hypothèse. La phrase τῆς μαριτίμου ἀγορᾶς καλουμένης, en effet, n'indique que l'existence d'un forum maritimum, — la platea maritima de saint Augustin *, — par opposition au forum proprement dit. :
Un passage des Confessions de saint Augustin fait connaître deux annexes du forum : le tribunal et le portique des Changeurs, Vicus Argentarius", que l'auteur de la Description du monde sous l'empereur Constance cite comme un des principaux édifices de Carthage : « Praecipuum vero aliud in ea opus invenies publicum, vicum Argentariorum*. »
Bculé ἃ cru retrouver entre les citernes orientales et Bordj Djedid la platea nova dont parle Victor de Vita’. Réfutant le système de Davis, qui place Byrsa sur ce même point,
maine, le parfait alignement de ses rues et de ses places et la sécurité de son port :
on le voit, accepte sans discussion les conclusions de Dureau de la Malle.
" Appien, VIT, xcr-xcur.
* Procope, De aedif., VI, v : ἔτι μέντοι καὶ σήοὰς ἑκατέρωθι τῆς μαριτίμου ἀγορᾶς καλουμένης ἐδείματο.
* Confess., IE, Lvrrr.
Augustin, Confess., VI, 1x.
δ Le même géographe anonyme vante la régularité du plan de la Carthage ro-
«Haec dispositione valde gloriosissima constat, quae in directione vicorum et platearum aequalibus lineis currens, magnum adhuc super omnia bonum habet in portu, qui securitatis est plenus, et novo visu Neptunum sine timore navibus praestare videtur, »
® De persec. Vand., p. 35, éd. 1535.
-ττεϑί 650 ).ε:--en se fondant sur l'existence, au nord de Bordj Djedid, de rampes à degrés dans lesquelles le missionnaire anglais voit l'escalier du temple d'Esculape, Beulé ajoute :
«Il est très vrai qu'un immense escalier couvrait la pente de Bordj Djedid et descendait vers la mer. Six murs parallèles forment les rampes et contiennent les substructions en blocage qui portaient les degrés. Ces murs, dont l'épaisseur varie de 1,20 à 1,90, sont bâtis à des intervalles à peu près égaux, sur un développement de 48 mètres. Telle était la largeur de l'escalier. Il est divisé par deux paliers dont les traces sont encore visibles. Les trois rampes ainsi déterminées diminuent progressivement de hauteur. La première a environ 12 mètres, la seconde 10 et la troisième ὃ. L'élévation totale de l'escalier est de 30 mètres, ce qui suppose au moins cent vingt ou cent trente marches, larges chacune de cent cinquante pieds... Nous sommes loin des témoignages anciens, qui ne comptent que soixante degrés au-dessous du temple d'Esculape. . .
«νὸν L'explication de l'escalier qui couvre la pente de Bord; Djedid est très simple. Victor de Vita nous apprend qu'il y avait à Carthage une «place neuve avec des degrés», platea nova cum gradibus in media civitate. Ce sont ces degrés que portaient les rampes qui subsistent encore 1. »
Des vingt-deux églises que nomment les documents de l'époque chrétienne”, quatre seulement peuvent être placées
! Fouilles à Carthage, p. 28-29. des martyrs scillitains', celle de Celerinaf, * L'église Perpetua restituta*, les basi- les basiliques Novarum", Tricillurum*, de liques de Tertullien ?, de Faustin°, de Saint- Gratien', Théodosienne*, . Honorienne!,
Agilée ἡ, la basilique Majorum*, la basilique Théoprépienne”; la basilique de la se-
* Vict. Vit., De pers. Vand. 1, νἱ --- ἢ Augustin, Ad Quodvultdeum, 1xxxv. —° Augustin, Serm. III, σοιχι. Voir Morcelli, Afr. christ. , τ, III. p. 85, 93-164, 167. — 4 Morcelli, t. I, Ρ» 49; t. III, p. 218, 256, 259. — * Vict. Vit., I, 1 —° Augustin, Serm. iv. — 5 Vict. Vit., 1, τι. — "ἢ Augustin, Brev. Coll., III, xt, et Serm. xv.— ' Excerpta Flori ad Ephes. τι, Augustin, V, col. 312.— i Augustin, Serm. v. — * Morcelli, Moro et Augustin, Serm. v. — ἢ Morcelli, t. I, p. 49.
approximativement. Nous savons que l'église de la Vierge, construite sous Justinien, était une annexe de l'ancien palais proconsulaire. La basilique Perpetua restitata, résidence des évêques de Carthage’, était peut-être située près du forum. Dureau de la Malle force le sens d'un passage de Procope*? en la plaçant sur le forum même. Les mots ἐκ τοῦ ἱεροῦ ἀνεχώρησαν ἔς τε τὴν ἀγορὰν ἐλθόντες impliquent tout au plus qu'elle en était voisine.
L'ager Sexti, où fut décapité saint Cyprien, et la maison du procurateur Macrobe, dans la cour extérieure de laquelle fut enterré le corps du martyr, étaient situés dans le voisinage des Piscines”, et non loin du palais proconsulaire". Ces deux positions, et par conséquent les ruines des deux églises qui consacrèrent plus tard le lieu du supplice et la tombe de saint
conde région”, celle de Saint-Pierre dans la troisième région”, celle de Saint-Paul’, la grande église du Palais’, celle de la Vierge‘, celle de Sainte-Prime*, les deux basiliques de Saint-Cyprienf, et celle de Thrasamond",
À la liste des édifices religieux on peut ajouter le Diaconium où grand séminaire de Carthage (Hist. Donat., App. ad t. IX S. August.), le couvent de Biqua, près de la basilique Celerina {Vict., Pers. Vand., 1, x et vir) et le monastère bâti par Salomon près du Mandracium , ou port de Carthage (Procop., De aedif., VE, v; Bell. Vand., 11, xxvi). Le mot Μανδράκιον dont Dureau de la Malle renonce à déterminer l'étymologie, et qui ne se trouve dans aucun lexique, désigne un arsenal dans la langue byzantine. Le couvent fortifié de Salomon est
encore cité sous le mème nom par El-Bekri, qui l'appelle le monastère d'A bou Souleïman.
! Vict. Vit., De persec. Vand.,T, v : « Ecclesiam nomine Restitutam in qua semper episcopi commanebant. »
? Bell. Vand., I, 14.
* Acta Mart., p. 218 : «In agrum Sexti productus est, passus est, ejusque corpus propter gentilium curiositatem in proximo positum est, in arcis Macrobii Candidi procuratoris, quae sunt in via Mappaliensi juxta piscinas.
1 Ibid., p. 301 : «Et ita (Maximilianus) passus est. Pompeiana matrona corpus ejus de judice eruit et imposito in dormitorio suo, perduxit ad Carthaginem et sub monticulo Juæta Cyprianum martyrem , 86cus palatium, condidit. »
* Append. ad 8. August. op., IX, col. 44, Cod. Canon. Eccl. afric., 1, p. 388, — » Augustin. Serm. xv. — ‘ Morcelli, t.1, p. 49. — * Procop., Bell. Vand., 11, xtv. — * Procop., De aedif. --- Procop., tbid.—5 Vict. Vit., 1, v. —* Felix in Anthol. vet. latin. poet., LIT, p. 33 et suiv.
—#2{( GOT ).ε:---
Cyprien, doivent donc se retrouver entre la colline de Byrsa et les réservoirs de Maâlka. La via Mappaliensis est très probablement indiquée par la grande voie qui longe encore la face nord-est des citernes et se dirige vers Sidi-bou-Saïd.
Rien ne permet de fixer, même approximativement, l'emplacement des Thermes de Maximien', des Thermes Gargiliens, où se tint la conférence de 411 ἢ, des Thermes Théodoriens, construits par l'ordre de Justinien*, des Thermae Alianarum dont parle le poète Felix”, et qui étaient aussi appelés les «Bains de Thrasamond», Thrasamundiacae Thermae*. Dureau de la Malle ἃ renoncé lui-même à retrouver la position de la palestre dont parle Apulée®, probablement l'Agon de Tertullien? et de Pamelius®, et du stade cité par Tertullien .
Nous avons dit que la Carthage romaine n'avait pas été autorisée à relever la vieille enceinte punique. Elle ne fut entourée de murs qu'en 424, lorsqu'un ordre général de Théodose II prescrivit âux villes de l'empire de se fortifier ou de réparer leurs défenses "ἢ, On sait par Prosper d'Aquitaine que la nouvelle enceinte fut construite aux frais de la cité, et l’on peut supposer
1 Prosper Aquit., Chron., P: 725.
* Augustin, Ad Donat. post coll. c. xxv et xxxv : « VII Καὶ. Junuis Thermae Gargilianae, locus in urbe media spatiosus, lucidus, refrigerans, conventui denique tanlo patuerunt. »
* Proccp., De aedif., VI, v.
* Anthol. vet. poet. latinor., HE, xxxntr,
Melo ul:
Gondidit ingentes proprio sub nomine Thermas.
* Florid., p. 131-134.
7 De spectac., IT, xx1x.
ὁ Tertulliani vita, a. 204.
* De spectac., HIT, xx.
"Le passage suivant d'Aurelius Victor (De Cuesaribus, c. xxxix) ἃ fait supposer que l'enceinte de la Carthage romaine remontait au temps de Dioclétien : « Mirum in modum novis adhuc cultisque moenibus romana culmina et ceterae urbis ornatae; maxime Carthago, Mediolanum, Nicomedia.» Dureau de la Malle ἃ fait remarquer avec raison que le mot moenia est employé dans le sens d'« édifices publics ». Le témoiïgnage de Prosper d'Aquitaine est d’ailleurs confirmé par celui d'Orose, dont le livre remonte à l'année 417, et qui représente Carthage, à cette date, comme parva et moenibus destituta (Hist., V, τι).
Enceinte.
Faubourgs.
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qu'elle le fut avec la précipitation et le peu de soin qui caractérisent toutes les œuvres de cette époque. Les murailles improvisées tombaient déjà en ruines cent ans plus tard et durent être réparées par Bélisaire ᾿. À l'exception de quelques pans de murs, qui paraissent avoir été construits sur les débris de l’enceinte punique de Byrsa, et d'une ou deux tours, qui appar- Hennent au même ensemble de fortifications, l'enceinte de 24 n'a pas laissé de vestiges reconnaissables. Son peu de solidité et la nature hétérogène des matériaux en ont rendu l'exploitation plus facile aux chercheurs de pierres, qui ont dü la faire disparaître de bonne heure *.
Nous ignorons donc complètement quels étaient son étendue et son tracé; mais on peut affirmer qu'elle était bien loin d'atteindre les limites marquées par l'enceinte punique, et il est certain qu'elle laissait en dehors de la ville les grandes citernes de Maälka*. Peut-être suivait-elle la ligne de défenses de ce que nous avons appelé la zone intérieure.
Procope parle d'un des faubourgs de Carthage, appelé Aclas, où Bélisaire reçut la soumission de Gélimer“. Il est impossible d'en fixer exactement la position, car on retrouve, en dehors de la ville proprement dite, les vestiges de deux faubourgs qui peuvent également bien représenter celui dont parle Procope. Le premier, qui est le plus voisin du lac de Tunis, se trouve à 800 mètres environ de l'extrémité méridionale de la triple défense. Sa longueur est de 4oo mètres, et ilest traversé par la route qui conduit de Carthage à Tunis en longeant le lac. Le second est situé à 5oo mètres du saïllant de l'amphithéâtre sur la route qui conduit de ce saïllant à El-Aouina. Il s'étend du nordest au sud-ouest sur une longueur de près de 900 mètres.
! Procope, Bell. Vand., 1, xx1, xx. — * De aedif., VI, v. — * Victor de Vita. — Ὁ Procope, Bell. Vand., IE, vu.
On retrouve en outre les traces de deux autres faubourgs à la hauteur de Megara, l'un en face de l'angle C'D'E de la triple défense, l'autre sur les bords de la sebkha de Soukara, là même où devait se trouver le fort élevé par Manilius pour protéger le mouillage.
Nous avons dit le peu que nous savons du port de l'époque romaine dans le paragraphe consacré à la Carthage punique. Il portait au temps de Justinien le nom de Mandracium”, et Salomon, par l'ordre de Justinien, fit bâtir près de ce bassin, sur le bord de la mer mais dans l'intérieur des murs, un monastère fortifié, destiné à en défendre l'approche”. On a supposé avec raison que ce couvent est la « tour d'Abou Soleïman », dont Édrisi parle dans sa description du port de Carthage. Soleiman n'est en eflet que la forme arabe du nom de Salomon. Les vestiges de cette construction ont complètement disparu.
Les quelques pages que nous venons de consacrer à la Carthage romaine montrent le peu que nous en savons. La topographie que Dureau de la Malle a reconstituée du fond de son cabinet est une œuvre qui fait honneur à l'imagination de l’auteur plutôt qu'à sa critique. De cette Carthage de fantaisie, nous ne dirons même pas, comme Ch. Graux, qu'il faut la détruire : elle tombe d'elle-même lorsqu'on l'applique au terrain. Mais il est essentiel qu'on soit édifié désormais sur la valeur d'un livre dont les conclusions ont été trop souvent reproduites, et qu'on n'accorde plus à des conjectures fondées sur des données insuflisantes ou sur des rapprochements arbitraires l'autorité qu'on leur ἃ attribuée jusqu'ici. À cet égard, du moins, nos conclusions, pour être négatives, n'en auront pas moins leur utilité, puisque le doute est un progrès relativement à l'erreur.
" Procope, Bell. Vand., 1, xx: Διμένος ὃν δὴ Μανδράκιον καλοῦσιν. — ? Procope, De aedif., VI, v; Bell. Vand., 11, xxvi. — * El-Bekri, trad. de M. de Slane.
Port.
Cimetières.
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Or l'erreur, de sa nature, est singulièrement tenace et contagieuse : la carte des environs de Tunis et de Carthage publiée en 1878 par le-Dépôt de la guerre indique l'emplacement précis de la curie, du forum, du gymnase, du théâtre, de la basilique de Thrasamond, des temples de Saturne, de Baal, de Junon, de Cérès, de Neptune et de Mémoire, de la maison de Macrobe, de celle d'Hannibal et de la villa de Galerius; elle dessine la via Caelestis, la via Salutaris, la via Memoriae. Mieux eût valu cent fois reproduire le plan muet de Falbe, dressé ἢ y ἃ plus d’un demi-siècle et indiquant fidèlement un état de choses que le cours du temps a singulièrement modifié.
Résignons-nous, encore une fois, à ne rien savoir de précis sur la Carthage romaine jusqu'au moment où la science pourra interroger à son tour les profondeurs de ce sol que la cupidité seule a exploité depuis tant de siècles.