LES CALES DES PORTS D'UTIQUE ET DE CARTHAGE
Ainsi qu'on le verra dans le second volume de cet ouvrage, Daux a retrouvé dans l'arsenal d'Utique des cales semblables à celles que Beulé a cru reconnaître dans les ports de Carthage. Profondes de 18 mètres, hautes de 7",20, elles n'ont que 4",60 de largeur.
Ces cales étaient-elles réellement destinées à abriter des navires de guerre ? Pour répondre à cette question, nous avons cherché à reconstituer, avec le concours d'un de nos plus habiles constructeurs, M. L. Jehenne, une trirème telle que l'indiquent, au point de vue des règles de l'architecture navale, les proportions qui doivent régner entre les différentes parties du navire, en prenant pour base la largeur extrème de 4 mètres imposée par celle des cales qua observées Daux. La galère que représente la figure ci-contre satisfait aux conditions imposées par les dimensions de ces cales, sauf en ce qui concerne la longueur. Une cale profonde de 18 mètres ne pouvant pas loger un bâtiment de combat de quelque importance, nous avons dû supposer que les trois quarts du navire seulement étaient abrités, la partie restante reposant sur le quai recouverte par un prélart.
La trirème que nous construisons ne pouvait pas avoir plus de 2*,56 de creux. Le creux, en effet, est fonction de la largeur, et ne doit pas dépasser, dans un petit navire à fond plat, pour qu'il y ait stabilité, 60 p. o/o de la largeur prise à l'extérieur. Cette proportion pour les grands navires est de 70 ou 72 p. 0/0. En outre, la proportion de l'immersion ne peut pas être inférieure à 65 p. o/o du creux, de sorte que pour 3 mètres de creux nous avons 1,80 d'enfoncement au milieu ou d'enfoncement de carène.
La longueur du navire, calculée d’après sa largeur et son creux, devait être de 24 mètres de l'extrémité de l'éperon jusqu'à la dernière saillie de l'arrière. D'après les indications des textes anciens, la proportion de la longueur à la largeur paraît avoir été de 7 mètres, ou même de 8 mètres à 1 mètre, et notre galère aurait pu, par conséquent, avoir de 28 à 32 mètres
de longueur !. Mais nous avons dû tenir compte du peu de largeur des quais
d'Utique et restreindre la proportion à un sixième.
Fig. 63,
! D'après les formules d'Euler et de Bouguer, un navire ne chavire pas, toutes les fois que, dans la section transversale qui passe par son centre de gravité, la largeur C D à fleur d'eau est plus du double de la hauteur IE, et que le centre de gravité G de ce navire n'est élevé au-dessus de la ligne de flottaison CD que de la moitié de la hauteur qui plonge dans l'eau. ἱ
En général, pour qu'un corps creux ou plein, quelle que soit sa forme, se soutienne sur l'eau dans une situation déterminée, il faut que sa
partie verticale immergée soit au moins égale à la moitié de sa largeur, prise à fleur d’eau, dans la section transversale passant par son centre de gravité.
Fig. 64.
IMPRIMERIE KATIONALT,
Un espace de 5 mètres, l’'éperon non compris, est réservé à l'avant ainsi qu'à l'arrière de la coque pour les châteaux d'avant et d’arrière.
Le navire est supposé ponté dans toute sa longueur à 1°”,75 au-dessus du fond extérieur de la carène. En déduisant de cette hauteur une épaisseur de 0",03 pour le bordé, o",10 pour la membrure, 0",02 pour un plancher posé sur la membrure, 0",08 pour les barrots ou poutres transversales soutenant le pont proprement dit, le vide qui reste en hauteur sous les barrots est de 1",75 —(0",03 + 0",10 + 0",02 +-0",08)— 1,50, hauteur égale à celle de l'entrepont des petits navires de guerre à voiles d'autrefois, bricks et goélettes. Il était donc très possible d'y loger les rameurs et l’équipage.
Les rames et les bancs sont distribués de la manière suivante ! :
Le thalamite ou rameur du banc inférieur devait être assis sur un banc élevé de 0",15 au-dessus du pont inférieur. L’axe de la rame est à 0",35 audessus et à 0”,23 en avant du milieu du banc. Le bras de levier est de 0",80; le bras extérieur a 2",40 de longueur; la pelle plonge de 0”,60, c'est-à-dire à une profondeur plus que suffisante.
Le banc de zygite est à οὐ", ἡ ὃ au-dessus et à 0",50 en avant de celui du thalamite. Le levier de la rame ἃ 1 mètre de longueur; la partie extérieure 3",20.
Les thranites ou rameurs du rang supérieur sont placés de la même manière par rapport aux zygites. L'axe de leur rame est à 1,40 au-dessus de l’eau; le bras de levier intérieur a 1,05; le levier extérieur, 37e Toutes les rames plongent également de 0",60.
La hauteur réservée entre la face supérieure du banc du thalamite et la face inférieure du banc du thranite est de 0",87 à 0",88, c'est-à-dire assez considérable pour que le thalamite puisse passer la tête au-dessous du banc du thranite sans s’y heurter. L'écartement dans le sens longitudinal est calculé de façon à justifier la plaisanterie bien connue d'Aristophane.
Si l'on suppose que les bancs d’un même rang sont espacés de 1",20, écartement supérieur à celui qu'indique Vitruve, on voit que notre trirème peut être manœuvrée, de chaque côté, par onze thranites, onze zygites, douze thalamites, soit par soixante-huit rameurs pour les deux bords. On peut même admettre cinq thranites, cinq zygites et quatre thalamites de plus, soit en tout quatre-vingt-deux rames.
! Les hauteurs des bancs sont données pour la face supérieure.
La trirème d'Utique pouvait avoir un déplacement de 74 tonnes. Étant données, en effet:
La longueur extrème...... te tbe RE RE RAS ἐν ARE Vl (010) La longueur L à la flottaison, éperon non compris........... 23 00 La largeur l'en dehors du bordé............ AFS ἘΠΣ Ὁ ATOS La profondeur P de la carène immergée................... 1 4o La hauteur totale H du navire au plat-bord.......... FRE 2 8o
Le produit des trois dimensions Lx!xP—23",00x4",00x1",40—128",8. On ne peut pas évaluer à moins de 44 p. o/o le volume enlevé à celui de la carène par l'affaissement des formes à l'avant et à l'arrière et par l'arrondissement des flancs. On doit donc supposer que le volume total de la carène est à peu près les-2£du parallélépipède circonscrit, parallélépipède qui aurait 23 mètres de longueur, 4 mètres de largeur, 1",40 de hauteur. Le volume réel de la carène serait par conséquent de 128"°,8 X 0"°,56 — 72"°,128, chiffre qui représente ce que déplace le navire. Si l'on considère, d'autre part, que l'eau de mer pèse 1,026 kilogrammes par mètre cube, on verra que le poids du navire chargé est ΠΕΣ PT 1,026" — 74,003 kilogrammes; c’est ce qu'on appelle un déplacement de 74 tonnes!.
On peut évaluer à 6 nœuds ou 6 nœuds et demi la vitesse d’une galère construite dans les conditions que nous venons d'exposer. Nos chaloupes de guerre ne font que cinq nœuds ou cinq nœuds et demi. Pour comparer la
! Le poids total du navire peut se détailler ainsi, en admettant, faute de données plus certaines, que ce poids est celui des barques similaires d'aujourd'hui, à un seul pont", c’est-à-dire 14 p. o/o du produit des trois dimensions principales L, ἰ, H, c’est-à-dire encore
23 X À X 2,80 — — 37,064 kilogrammes :
παρ πος πον ἡ ἀπ, 41. τὴ τα Pise Learn era 37,064 kilogr. Ancres, câbles, cordages divers.................. NT Ra le 4,000 2 mâts mobiles, voiles (60 pieds carrés chacune})..........,,....... 2,000 Rome thin cols cn. ὁκὼ ἀγοὶ νξ εν. μάν ads daosle agree à Sant 2,000 Vivres et eau à 60 kilogrammes par homme...................... 6,000 nr Eisenthbbuac Hécmigto Mossoodbedobonodoténndc 1,000 100 hommes, vêtements et armes..................,......,..... 11,000 Lespe poids divers". 4-21 ét dou onu bon boot 11,000
LOTAL Re cb bidons PE toc pie 74,000
Ce chiffre est très sensiblement égal au déplacement calculé de 74 tonnes.
* Avec deux ponts, le poids serait de 16 p. o/o.
vitesse de la galère antique, telle que nous la reconstituons, et celle des grosses chaloupes des anciens vaisseaux de ligne, il faut établir une relation entre la force déployée et la résistance de la carène pour chacune de ces deux espèces de bâtiments. Or, d’après la formule, V, vitesse, est égal à M, coefficient d'utilisation de la force, multiplié par la racine cubique de F, force déployée, divisé par B?, carré de la surface immergée du maître couple exprimée en mètres et fractions.
Pour la galère, F sera représentée par 68, nombre des rames; pour la chaloupe, par 16, nombre des avirons; dans la galère, B? égalera 5°°,25; dans la chaloupe, 2"°,70. On peut admettre que le coefficient M de la chaloupe est égal à celui de la galère, bien que théoriquement il doive être inférieur, la perfection plus grande de la construction moderne rétablissant l'égalité.
Traduits en chiffres les deux applications de la formule V=MÿS
donnent :
Pour la chaloupe : V—=M VE =mX 2,2.
Pour la galère : V—M U D E—=mx 2,677.
Le coefficient M étant commun, les deux vitesses sont donc dans la proportion 2,2: 2,677, ce qui prouve qu'à déploiement de force égale la vitesse de la galère devait être plus grande.
Le navire que nous proportionnons aux dimensions des cales d'Utique peut facilement recevoir, outre ses 80 rameurs, 12 ou 15 matelots pour le service des voiles, 20 à 25 combattants, soit en tout de 120 à 125 hommes. C'est en somme un «bélier » monté et une arme de guerre respectable. Gomparé toutefois à la galère grecque, il lui est inférieur de près de moitié. Dans une récente et très intéressante étude d'archéologie navale, M. Cartault établit, en s'appuyant sur des textes antiques et des calculs analogues à ceux dont nous nous sommes servi, que la τριήρης athénienne!, déplaçant 70 tonnes, mesurait 34°,83 de longueur, 4",56 de largeur, et une hauteur totale d’un peu plus de 6 mètres (19 pieds et demi, dont 1 1 pieds au-dessus de la ligne de flottaison). Il évalue le nombre des rameurs à 1 74 et la force
! La trière athénienne, Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome, fascicule xx,
totale de l'équipage à 200 hommes. La trière athénienne pouvait donc, à la rigueur, pénétrer dans les cales de l'arsenal d'Utique, mais à la condition de n'y être abritée qu'à moitié. Il faudrait, en outre, supposer que le quai ait été assez large pour recevoir les 17 mètres de coque que la cale ne pouvait recouvrir. Ce quai aurait donc eu près de 20 mètres. Daux suppose qu'il avait 6 mètres, comme celui de l'ilot central du bassin, et c’est sur ce chiffre que nous avons établi nos calculs.
Toutefois, et même en admettant que les quais d'Utique aient eu 20 mètres de largeur, ce qui est possible, puisque Daux n'a pas pu en déterminer les dimensions et ne raisonne que par une analogie qui ne s'impose pas, il reste une difficulté. À en juger par les vestiges observés, le quai était horizontal. Bien qu’il fût aussi à fleur d'eau, il paraît biea diflicile qu'on ait pu faire franchir l'arête de ce quai à l'avant d'un navire, même en le soulevant avec une grue, sans exposer la quille à une rupture déterminée par l'action de la pesanteur, action de plus en plus forte à mesure que la coque s'incline en plongeant son arrière, la poussée énorme de l'eau, à la poupe, s'ajoutant au poids de la proue. Il faudrait, pour aplanir l'obstacle, admettre l'existence de tout un système de tabliers ou d'avant-cales.
En somme, il ne nous est pas encore complètement démontré que les cales inférieures de l'arsenal d'Utique aient servi d'abri aux galères, puisque, en définitive, elles ne les auraient abritées qu'à moitié, ou tout au plus aux trois quarts, alors qu'il était si simple de leur donner une profondeur plus grande. Nous serions tenté de croire qu'elles servaient simplement de magasins pour les mâts, les vergues, les rames et les ancres, les cales supérieures renfermant sans doute les voiles, les cordages et autres parties du gréement.
: sien at tir 1 .
uttiates | « eat da
ΠΝ FN min ΤΠ Hi ES Η͂ QUE CH fers ἰ ΠΝ ἊΝ ων K ᾿
2} LEE er er δὲ ἐμ
er Ta AA μ Ti il LA
τ ΣᾺ ᾿ ᾿ ὌΝ if ΓΝ γί
CRE sen ΤΠ ΞΞΙ
* Ai +
LT OR CT PEL ETUI EE ἤρῆι suil ax the" ra bi ur Ἢ
DIE à.
UT adult dois DUT
ἢ fi V4 Led ere opté ΠΩΣ fit ὁ ‘Hi 4D "δ μοὶ ΠΝ Ἦρυν } à « L PA 1 à ds sf: sua) 4 MS ι Ἢ re ἣν
εἴ ὁ ὁ it NT lat a ++ Pet
ἊΨ" , “ὦ Lx te » À L it: ἦν où next #1 y ι: P SU in ἘΠ 5. ΠΗ me DE
hu Π <
A vlqmon sta Au ΠῚ
{: ͵ LH TIRE dis 8:
CE L Fr, Res vit ἣν
Ty ν D M
QUES ie ΤᾺ ‘Jtou