‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 100 sur 130 · Pistia stratioies · texte numérisé non relu

Pistia stratioies

2. Ce phénomène est désigné par le mot shiico dans la langue des Maravis, et les habitants de Tèté rappellent shitakotéko , c'est-à-dire tremblement.

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peut se métamorphoser en lion ou en alligator , puis rentrer dans la dépouille humaine qu’il occupait auparavant.

Le fils de Monomotapa , qui s’appelle Mozungo , c’est-à-dire l’homme blanc , est venu faire une visite au major Sicard pendant que j'étais à Tèté. Ce prétendu blanc a le front déprimé, la tête conique , et ne parait pas avoir l’intelligence et l’énergie de son père, dont il était le favori. Monomotapa comptait bien que ce tils préféré lui succéderait ; mais à la mort de ce chef, un parti nombreux donna le pouvoir à Katalosa, dont Mozungo devint l’enfant adoptif, selon l’usage du pays.

Les tribus voisines ont souvent offert aux Portugais de leur céder une partie de leur territoire, s’ils voulaient envoyer des troupes aux funérailles de leurs chefs, afin qu’il y eût une décharge de mousqueterie sur la tombe du trépassé, et pour donner en même temps plus d’éclat à l’avénement de son successeur. La présence des Portugais influerait sans aucun doute sur l’élection, et le candidat, pour s’assurer le pouvoir, donnerait volontiers des terres considérables. Quoi qu’il en soit, les marchands de la colonie fournissent à Katalosa trente mètres de calicot et divers autres objets toutes les fois qu’ils veulent franchir son territoire; il leur faut en outre payer une certaine quantité d'étotTes aux chefs subalternes, et la loi sur la chasse leur est appliquée dans toute sa rigueur. Ils sont ainsi entourés d’un cercle de tribus qui les empêchent de commniquer avec les peuplades du centre. N’est-il pas étrange qu’àl’époque où ils étaient tout-puissants, ils n’en aient pas profité pour assurer la libre navigation du Zambèse ! Je ne peux m’expliquer ce fait singulier que par le motif qui leur fait subir dans l’Ouest les exactions des chefs, dont ils se rendent tributaires, (les trafiquants , suivis d’un troupeau d’esclaves qui les dominent au fond par les nécessités qu’ils leur imposent, ont toujours manqué du courage moral que possède un homme libre, associé à des serviteurs volontaires sur lesquels il peut compter. Le système actuel apporte de sérieux obstacles au développement de la richesse du pays, et maintient un état d’hostilités qui pourrait être fatal à une caravane désarmée. Si jamais cette région féconde s’ouvre aux entreprises des Européens, il faudra nécessairement adopter un autre système. Je ne crois pas d’ailleurs qu’il soit difficile de faire comprendre aux naturels qu'une voie de communication qui n’a pas été créée de main d’homme appartient à tout le

DANS L’AFIMQUE AUSTRALE, monde, et que personne n’a le droit de la confisquer à son profit. Ils reconnaissent, même aujourd’hui, que tous ceux qui ne font pas le commerce d’esclaves ont le droit de naviguer librement sur le fleuve ; et, si l'on joignait à une conduite pleine de franchise et de fermeté un léger subside pour le chef suprême de ces tribus , on obtiendrait bientôt le consentement de tous ses subordonnés.

Je suis allé voir le 1" avril un ancien couvent de jésuites, qui est environ à dix milles au sud-est de Tété, et qu’on appelle Micombo. Ainsi que tous les établissements des révérends Pères , la situation en est choisie avec infiniment de goût. L’eau d'une source minérale a été conduite dans une citerne et distribuée dans la maison, devant laquelle se trouvait un petit jardin où l’on cultivait des légumes pendant la saison sèche. Il est maintenant caché sous l’ombre épaisse d’un bosquet de mangoustans. J’étais accompagné dans cette visite par le capitaine Nunes , dont le grand-père, également capitaine dans ce pays-ci à l’époque du marquis de Pombal , reçut un jour une dépêche scellée qu’il ne devait ouvrir qu’à un certain moment. C’était l’ordre d’aller saisir tous les jésuites de Micombo, et de les conduire à la côte en qualité de prisonniers. Les révérends Pères étaient d’habiles trafiquants ; tout entiers à l’objet de leurs entreprises , quelle qu’en fût la nature, ils avaient accaparé la plus grande partie du commerce de la province, et leurs succès devaient exciter la jalousie des laïques. Outre l’énorme quantité d’or qu’ils avaient fait passer à leur supérieur, résidant à Goa , ils possédaient à Micombo des richesses immenses, dont le gouvernement prit alors possession. Du reste , ils n’ont pas laissé dans ce pays-ci les bons souvenirs que l’on conserve de leurs frères dans la province d'Angola. Aucun des indigènes ne sait lire, et, bien que les prières de l’Église aient été traduites par les révérends dans le dialecte de la contrée , je n’ai pas pu en trouver un seul exemplaire. Il n’existe maintenant dans cette région que deux ecclésiatiques, tous les deux hommes de couleur et natifs de Goa. Celui qui réside à Tèté, et qui se nomme Pedro Antonio d’Araujo, est gradué en théologie dogmatique et en philosophie morale. Il n’y a qu’une école dans la villejles enfants des Portugais sont les seuls qui apprennent à lire et à écrire; on ne s'y inquiète pas du tout de l’éducation des noirs. Tous les dimanches les soldats sont conduits militairement à

l’église; mais, en dehors de la garnison, très-peu de personnes vont à la messe. On a donné pendant mon séjour à Tèté une espèce de représentation théâtrale de la passion et de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Les images et tous les objets de la .mise en scène étaient d’une grande richesse ; mais le trésor de l’église n’est plus rien aujourd'hui en comparaison de ce qu'il a été jadis. Le commandant est obligé de serrer les vases d’or et d’argent dans la forteresse pour plus de sécurité; ce n’est pas néanmoins dans la crainte qu’ils soient volés par les gens du peuple; car ceux-ci n’oseraient point commettre un sacrilège.

La situation religieuse et intellectuelle des habitants est, je regrette d’avoir à le dire, aussi peu florissante que celle de leur commerce. Toutefois les Européens apprécient hautement la valeur de l’éducation, et ne manquent pas d’envoyer leurs enfants à Goa, ou dans toute autre école, pour y étudier les branches les plus élevées des sciences. Néanmoins il n’y a pas un seul libraire dans les deux colonies portugaises de l’Afrique orientale et occidentale; Saint-Paul de Loanda même, avec ses douze ou quatorze mille Ames, n’a pas une seule boutique où l’on puisse acheter un livre.

Le 2 avril, le Zambèse a grandi subitement de quelques pieds; c’est la quatrième fois de cette année qu’il déborde ; du reste, il produit tous les ans plusieurs inondations. La couleur de ses eaux est profondément altérée. Ce sont les pluies abondantes tombées sur le versant oriental du plateau qui auront amené cette crue subite. Le fleuve était également débordé à l’époque où nous avons franchi le Kafoué; les eaux baissèrent alors de soixante centimètres, et grandirent ensuite par l’effet des pluies, de manière à nous forcer de quitter le fleuve à la hauteur du mont Pinkoué. Le 10 mars, l’eau du Zambèse, qui était complètement trouble, monta de quelques pieds; elle devint d’une transparence relative, et continua de grandir jusqu’au 21, en s’éclaircissant chaque jour, ce qui prouve que cette crue, la plus importante de l’année, provenait des eaux du bassin intérieur. L’altération de la couleur du fleuve qui se fit remarquer le 2 avril, montrait que cette fois encore le débordement était causé par les pluies, et que le Zambèse ne commençait à sortir de son lit qu’en deçà du plateau qui sépare la vallée centrale de la côte.

Les indigènes indépendants cultivent lè coton , mais en moins

grande quantité que les habitants d'Angola, et surtout d’une qualité bien inférieure à celui de ces derniers. Ici, le duvet est court, et adhère tellement à la graine qu'il faut, pour l’en détacher, faire usage d'un rouleau en fer. Le sol n’est cependant pas moins bon que dans l’ouest , et les fruits et les plantes de cette région ne le cèdent en rien à ceux de la côte occidentale ; mais les indigènes n’ont pas été stimulés par la vente de leur coton, et l’espèce en est restée défectueuse. Je n’ai pas rencontré d'élaïs guineensis; le peu d’huile qu’on exporte de ce pays-ci est tirée de l’arachide. L’un des marchands de Tèté broie cette amande au moyen d’un moulin d’une construction primitive et qui est mû par des ânes ; c’est l’unique échantillon que j’aie pu donner à mes hommes du mécanisme et de la puissance des machines. On extrait des graines de concombre une huile excellente, dont les indigènes font grand usage dans leur cuisine.

Le Times ayant institué un prix pour la découverte d’une plante quelconque propre à la fabrication du papier , j’ai demandé au commandant s’il ne connaissait pas un végétal qui pût remplir les conditions voulues; il m’a procuré des libres d’une espèce d’aloès appelé congé, quelques-unes de la racine d’une espèce de dattier sauvage , et la filasse d’une plante nommée bouasé, qui offrirait probablement tous les avantages du lin. J’ai soumis des échantillons de ces fibres à MM. Pye frères, de Londres, qui ont trouvé un moyen supérieur à tous les autres de traiter la filasse des plantes textiles. On peut voir dans la note ci -jointe l'opinion favorable qu'ils ont émise sur les spécimens que je leur ai présentés'.

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