Lombard Street. — 20 mare
• Cher monsieur, nous vous renvoyons les échantillons de plantes fibreuses que vous avez rapportées des bords du Zambèse et sur lesquelles vous avez désiré voir les effets de notre traitement; vous trouverez ci-joint :
« N» 1 . Le bouazé dans l’état où vous nous l’avez présenté.
« | A. Dito, après avoir subi notre préparation.
« 1 B. L’étoupe que le peigne en a obtenue.
« N* 2. Le congé dans l’état où nous l’avons reçu.
« 2 A. Dito. Après avoir subi notre préparation.
« Nous devons d’abord établir, à l’égard de ces deux substances, que la trèspetite quaotité de chaque espèce qui nous a été remise, nous a empêchés de leur appliquer notre procédé d'une manière complète, et que dès lors nous ne pouvons donner de leur valeur qu’une idée approximative.
« Le bouazé possèdo évidemment une fibre très-fine et très-forte, et qui a tous les caractères du lin ; nous croyons même que, traitée en quantité suffisante par le
Je n’ai pas pu nie procurer la fleur ni le fruit du bouazé ; mais, comme cette plante n’a pas été reconnue par l’éminent voyageur et savant botaniste, le docteur J. D. Hooker, on peut en conclure, sans crainte de se tromper, qu’elle est complètement ignorée des savants. Les Portugais assurent qu’elle est très-commune sur le territoire des Maravis, situé au nord du Zambèse; elle n’y est pas cultivée, et les indigènes emploient ses fibres pour en composer de petites cordes sur lesquelles leur barbe est enroulée ; ailleurs, ce sont les tendons de certains animaux qui servent au même usage. Au reste, le fil du bouazé n’est pas moins résistant que ces fibres animales ; il produit à la main le même effet qu’une corde à violon, et il offre une telle résistance que l’on se couperait les doigts plutôt que de parvenir à le rompre.
La saison où l’air de Quilimané est salubre était enfin arrivée, et je serais parti au commencement d’avril , si je n'avais voulu attendre la lune pour relever la situation des lieux que je traverserais en descendant le Zambèse. Le 4, un changement subit de température s’étant manifesté* avec la nouvelle lune, presque toutes
procédé que nous employons, cette fibre serait h la fois plus belle et plus forte que celle du lin ; je râpète que l’action de notre rouleau a été complètement inefficace sur une quantité aussi minime; que les sucs gommeux n’ont pas pu en être extraits suffisamment, et que par conséquent la fibre, moins bien ouverte, est loin d’avoir la qualité qu'elle est susceptible d'acquérir.
« Cet inconvénient est encore plus marqué à l’égard du congé, dont la fibre, naturellement dure et pleine de gomme, requiert toute la puissance des moyens que nous employons et qui ne sauraient agir sur un aussi faible échantillon. Nous ne considérons donc cette fibre que comme ayant reçu un demi-traitement, ce qui lait qu’elle a conservé une raideur et une grossièreté comparative qu’elle n’aurait plus si elle avait été convenablement préparée.
a Supposant que vous seriez satisfait d’avoir à cet égard l’opinion des hommes les plus pratiques ot les plus compétents en cette matière, nous avons pris la liberté de soumettre vos échantillons à MM. Marshall de Leeds, qui nous ont renvoyé à leur sujet les lignes suivantes :
« Le congé ou fibre d’alois, que nous avons reçu hier de votre part, ne saurait « nous convenir pour notre fabrication; mais la fibre du bouazé, préparée par « vous, pourrait être d'un prix égal à celui du lin, do cinquante à soixante livres < la tonne (1250 à 1500 francs les 1000 kilogrammes). Toutefois, il nous serait im- « possible d’en déterminer la valeur d’une manière positive, à moins d’en avoir u essayé un ou deux quintaux avec nos machines. Nous pensons néanmoins que « l’on pourrait tirer de cette plante un parti avantageux, et nous espérons que « de nouvelles recherches seront faites à cet égard. »
» Nous sommes, cher Monsieur,
« Vos très-obéissants serviteurs,
« Pïe frères, a
1. Depuis le milieu du mois de mars la température avait baissé de V (2* centigrades 2/9) ; la plus grande chaleur était alors do 90* à midi (32* centigrades 2/9),
DANS L’AFRIÜUE AUSTRALE. 707
les personnes de la maison , y compris le major Sicard et moi , furent saisies d’un violent accès de fièvre. La quinine m'eut bientôt rétabli , mais le commandant et son petit garçon restèrent couchés beaucoup plus longtemps ; je m’estimai très-heureux de pouvoir leur être utile , bien que cela ne me donnât pas l’occasion de témoigner la dixième partie de la gratitude que je ressentais des bontés croissantes du commandant.
Je n’avais presque plus de médicaments , et il m’était impossible de m’en procurer d’autres ; il n’y a pas de médecin à Tèté, et l’unique pharmacien de la ville , qui est celui de la garnison, était des plus mal approvisionnés. Sur ces entrefaites, les Portugais m’informèrent qu’il y avait des cinchonas dans le pays , quelques-uns à Tèté même , et des forêts entières de cet arbre à Senna et dans les environs de Quilimané, arrangement providentiel qui met précisément les fébrifuges à l’endroit où la fièvre sévit avec violence. Je reconnus aux feuilles que ce n'était pas le cinchona longifolia, qui fournit, dit-on, la quinine du commerce ; mais les propriétés de l'écorce de cet arbre ne m’en firent pas moins supposer qu’il appartenait à la famille des cinchonées. D me fut impossible de m’en procurer la fleur ; et les jeunes plants que j’avais recueillis à Senna, dans l'intention de les rapporter en Europe , étaient morts avant d’arriver à Quilimané. J’ai soumis néanmoins quelques feuilles et plusieurs gousses de cet arbre au docteur Hooker : « Selon toute apparence , m’a répondu
de 84* 4 neuf heures du matin (79* centigrades) , de 87 à neuf heures du soir (80* centigrades S/9), et de 81 au lever du soleil (27* centigrades 2/9).
celui-ci, les feuilles et les graines que vous m’avez envoyées appartiennent à une apocynée très-voisine de la malouetia lleudlotiide Decaisne, originaire de la Sénégambie.... Diverses plantes de cette famille , ajoute le docteur , ont la réputation d’être de puissants fébrifuges, et d’agir avec autant d’efficacité que le cinchona lui-même. •
Cet arbre , qui est appelé kumbanzo par les naturels , porte ,
Feuilles, gousses et semences du kambanso.
dit-on, des fleurs blanches ; ses semences, munies d’une aigrette, sont renfermées dans des gousses ayant de trente à trentehuit centimètres de long, disposées par paires, et profondément sillonnées sur leur face intérieure.
Je Os immédiatement bouillir l’écorce épaisse et molle de la racine qu'emploient les indigènes (les Portugais font usage de l'écorce de l’arbre); mes hommes s’en trouvèrent tellement bien
qu'ils en recueillirent dans de petits sacs pour en emporter chez eux ; quelques-uns m’assurèrent qu’il y avait des kumbanzos dans leur pays, mais je ne m’en suis jamais aperçu. On administre cette décoction après que le premier accès est terminé; les Portugais attribuent au kumbanzo les mêmes propriétés qu’à la quinine; il peut être considéré comme un succédané de ce médicament inappréciable.
Les naturels font usage de beaucoup d’autres plantes médicinales; malheureusement je n’ai jamais eu le loisir de les expérimenter. J'ai trouvé parfois la même plante usitée chez des peuplades qui vivaient à neuf cents milles de distance; il fallait nécessairement qu’elle possédât quelque vertu réelle. Il y a dix ans, les Boërs étaient allés pour la première fois visiter la baie de Delgoa dans le but de s’assurer d’un port sur la côte orientale; ils venaient d’une province de l’intérieur où il existe parfois des épidémies de croup ; aucun d’entre eux n’avait cette maladie au moment de leur visite, et néanmoins ils la transmirent aux habitants de Delgoa; plusieurs adultes moururent de l’angine striduleuse, ou de l’une des formes que cette maladie affecte. Pareille chose est arrivée dans les lies de la mer du Sud ; plusieurs vaisseaux y ont porté des affections que personne n’avait à bord. Le croup faisait donc de nombreuses victimes à Delgoa, lorsqu’un médecin indigène se mit à gratter fortement la base de la langue de ses malades avec une certaine racine dont il donnait ensuite un morceau à mâcher au patient ; peut-être la guérison qui s’ensuivait étaitelle produite par le seul effet de la scarification, mais les Portugais l'attribuent à la racine même et en ont toujours sous la main.
Certaines plantes sont employées par les indigènes dans le traitement de la fièvre, et il en est quelques-unes qui produisent en peu de temps des sueurs très-abondantes. N’oublions pas que c’est aux Indiens de l’Amérique du Sud que nous devons le fébrifuge le plus actif de notre pharmacopée. Nous n'avons point de remède contre le choléra et bien d’autres maladies; pourquoi ne chercherait-on pas en Afrique, ou ailleurs, les moyens de guérison qui nous manquent 1 !
I. Voici les noms do quelques médicaments en usage parmi les Africains; je les donne ici pour faciliter les recherches des voyageurs dont l’attention se dirigera de ce côté : Le moupanda-panda, employé dans la fièvre pour amener la transpi*
Le fer abonde dans celte région, où il est d’excellente qualité; c’est , avec l’or dont nous avons parlé plus haut , le seul métal qu’on y ait trouvé jusqu'à présent ; il s'y rencontre en certains endroits sous la forme de fer spéculaire et d’oxyde noir : celui-ci a été bien grillé par la nature et renferme une proportion considérable de métal ; c’est généralement en larmes qu’il se présente
ration; las feuilles de cette plante sont appelée# chi rousse, les racines produisent une teinture rouge et sont très-astringentes. Le goho, éméto-cathartique , usité dans les ordalies. Le moutouva ou moutoumbouè, plante oléifère contenant une si grande quantité d'huile que les Balondas la brûlent pour s'éclairer; ils en font une infusion émolliente contre la toux, et ils se lavent la tète avec les feuilles broyées, qui, dans ce cas-là, font l’office de savon. Le nyamoucou-oucou produit un effet curieux sur les graines desséchées, qu’il ramollit. Le moussakasi neutralise, dit-on, les effets du goho. Le moudama, un puissant vermifuge. Le mapoubou/a , dont on extrait une matière colorant en rouge. Le mousikisi . plante oléagineuse. Le shinkondo, poison virulent, usité chez las Maravis dans le jugement de Dieu. Le kanounka outaré dont l’odeur pénétrante, qui n’est pas désagréable à l'homme, a, dit-on , la vertu d’éloigner les serpents et les rats; il est probable que c’est une espèce de zanthoxylon, peut-être le zanthoxylon-melancantha de la côte occidentale, où celui-ci est employé contre les rats et les serpents. Le moussonzoa, dont on se sert pour teindre le9 étoffes en noir. Le moussio, dont les fèves donnent une matière tinctoriale colorant en noir. Le kangomé, dont les fleurs et les graines ressemblent à celles du caféier de Moka; les feuilles ont beaucoup d’analogie avec celles du prunier sauvage; on fait une espèce de café avec les graines, ou bien on les mange comme les fèves. Le kanembé-embé, dont les feuilles broyées servent de colle pour raccommoder les vases brisés. Le katoungourou , qui est employé pour tuer le poisson. Le moutavea-nyérèré, violent caustique. Lemoudiacoro, également caustique et dont l'usage est à la fois externe et interne. Le kajtandé, qui sert dans les épreuves, et qu'on emploie aussi pour provoquer la transpiration. Le mounyazi, plante oléagineuse, qui entre dans la composition des remèdes pour les blessures produites par les flèches empoisonnées. L’ouomboué, grosse racine employée pour tuer le poisson. Le kakoumaté dont on se sert pour combattre la fièvre intermittente. Le moushétéko, s’applique aux ulcères, et l’infusion est donnée à l'intérieur contre l'améuorrhée. L’inyakanyanya, petite racine crochue et brune, ayant une odeur agréable et aromatique et possédant une légère amertume, e9t très -vantée comme fébrifuge; on la trouve dans le Manica. L’eskinencia s’emploie contre le croup et les maux de gorge. L’itaka, diaphonique usité dans la fièvre; cette racine, apportée k Quilimané par les Arabes, est très-recberchéo des indigènes. Le moukoundoukoundou s'emploie en décoction dans le traitement de la fièvre, et agit de la même façon que le quinquina; le bois de cet arbre, qui est très-commun à Shoupanga, sert à faire des mâts de chaloupe. •
Je joins, à cette liste de plantes médicamenteuses, la recette du frère Pedro de Zumbo pour guérir les blessures qui proviennent des flèches empoisonnées. 11 est probable qu’il l’avait empruntée aux indigènes des bords du Zambèse; on verra combien elle offre de similitude avec celle des Bushmen du Kalah&ri : mettez parties égales de racines de Colombo, de moushétéko, d’aboutoua, de batatinya, de parégékanto, d’itaka ou de kapandé, dans une bouteille et couvrez d’huile de ricin ordinaire. Je crois, ainsi que je l'ai déjà fait observer, que c’est à la matière oléagineuse qu'est due l’efficacité de ce Uniment, qui devra être employé par quiconque aurait le malheur de recevoir la flèche d’un Bushman ou celle d’un Banyaï.
ou en lingots arrondis; il est peu magnétique. Les indigènes reconnaissent son existence dans les rivières à la quantité d’oxyde qui flotte à la surface de l’eau , et se le procurent, en pareil cas, sans difficulté, en creusant le sol avec des bâtons pointus. J’ai vu plus d’une fois leurs javelines se fausser en tombant sur le crâne d'un hippopotame et le fer se rouler sur lui-même comme la trompe d’un papillon ; il suffisait pour le redresser de le battre à froid entre deux pierres. J’ai rapporté en Angleterre quelques houes des Makololos et plusieurs que j’avais achetées à Quilimané; la qualité du métal a paru tellement supérieure à l’un de mes amis de Birmingham qu’il s'en est fait faire une carabine'.
Je n’ai pas rencontré de pierre à chaux dans le voisinage immédiat du minerai de fer. Autant que j’ai pu m'en assurer, il n’existe pas dans ce district de mine de cuivre ou d’argent. Les sujets de Cazembé travaillent, dit-on, la malachite; mais ne l’ayant pas vu , il m’est impossible de rien dire à cet égard. On trouve quelques pierres précieuses dans cette région, dont certaines parties sont littéralement couvertes d’agates ; néanmoins, les produits minéralogiques de ce pays-ci n’ont jamais été étudiés par aucun homme compétent.
1. La note suivante est due & l'un des armuriers les plus habiles et les plus expérimentés. N’oublions pas qu’on emploie dans la fabrication des armes à feu diverses qualités do fer spécialement appropriées à tel ou tel usage, et qui sont choisies avec le plus grand soin.
a Le fer des deux houes africaines présente beaucoup de ressemblance avec le fer de Suède ou celui de Russie, et contient une grande quantité de carbone.
« La trempe lui donne toutes les propriétés de l’acier. (Voy. la pièce qui porte le n* 1 , et dont uno partie a été trempée, l’autre laissée dans son état naturel.)
«Battu à chaud, il est très-malléable, mais à froid il est cassant et brise net sous le choc.
« La grande irrégularité que présente le fer de ces deux houes témoigne de l’inexpérience de ceux qui l’ont préparé.
« On le voit principalement dans la courbe de la plus petite des deux lames ; la portion épaisse est restée cristallisée, tandis que la partie la plus mince a été transformée par l’action du marteau.
« Ce fer est trop cassant pour en fabriquer des armes à feu; il pourrait éclater. Mais chauffé et battu plusieurs fois, il se décarboniserait et posséderait alors toutes les qualités que présente le fer de la lance qui, après avoir été faussé, a repris sous le marteau sa forme primitive sans avoir subi la moindre altération.
« Le morceau de fer qui porte le nQ 2 convient parfaitement à la fabrication des armes à feu; de nature fibreuse, il plierait sans se I riser.
« Le n° 3 est de nature cristalline et a été soumis uu traitement qui a produit l’échantillon n° 4.
« Le fer des houes a subi le même procédé, mais on n’a obtenu aucun effet analogue. »
Aussitôt que le major Sicard fut rétabli et que j’eus moi-même repris des forces , je me préparai à descendre le Zambèse, Une partie de mes hommes étaient occupés à chasser l’éléphant , et les autres avaient établi un commerce actif de bois de chauffage, ainsi que l'avaient fait leurs compatriotes à Saint-Paul deLoanda. Je choisis parmi eux seize rameurs pour effectuer la descente du fleuve. Un bien plus grand nombre aurait voulu m’accompagner; mais je savais que la sécheresse ayant fait manquer la récolte des céréales à Quilimané, plusieurs milliers d'individus étaient morts par suite de la disette, et je craignais que mes hommes ne vinssent à souffrir de la faim. Je n’ai pas entendu dire qu’on eût même essayé d’atténuer les ravages de la famine par des envois d’aliments des autres parties de la contrée. La plupart de ceux qui périrent étaient des esclaves, et les habitants pensèrent que c’était à leurs maîtres qu’il appartenait de veiller aux besoins de ces malheureux et d’y pourvoir. C’est surtout parmi les naturels qui habitent le delta que la faim s’est fait le plus cruellement sentir ; on évalue à huit mille le nombre des victimes qu’elle y a faites. Cette population du delta est soumise aux Portugais, qui la maintiennent dans l'esclavage; mais elle est disséminée dans les fermes et traitée avec infiniment de douceur. Pour beaucoup des individus qui la composent, la servitude se borne à payer comme fermage , au propriétaire du sol, une quantité de grains déterminée ; ils sont complètement libres sur tous les autres points.
Une dame portugaise, qui avait accompagné son frère à Tèté , mourut d’un accès de fièvre, le 20 avril, à trois heures du matin. Comme à six heures le corps de la défunte ne s'était pas refroidi, on m’envoya chercher ; la poitrine avait toujours la môme température que pendant l’accès de fièvre , et la conserva pendant trois heures encore. Je n’avais jamais vu persister la chaleur aussi longtemps après le décès, et je fis retarder les funérailles jusqu’au moment où des symptômes de décomposition apparurent d’une manière évidente. Cette dame, qui avait perdu son mari , n'était âgée que de vingt-deux ans ; il y en avait dix qu’elle habitait l'Afrique. J’ai assisté à son enterrement qui eut lieu dans la soirée, et j'ai été frappé de la consommation de poudre que l’on a faite à cette occasion ; de nombreux esclaves précédaient le cortège et faisaient partir des pièces d’artilices rondes, qu’ils tiraient en face du cercueil. Lorsque la personne qu’on enterre occupait un
rang élevé, ou jouissait d'une grande popularité, les cher$du voisinage envoient des députations pour tirer des coups de fusil sur sa tombe. On a vu, en pareil cas, brûler jusqu’à trente barils de poudre.
Le lendemain des funérailles, au lever du soleil, les esclaves du frère de la défunte se promenèrent autour de la ville en poussant des lamentations, et les tambours battirent toute la journée, suivant la coutume des idolâtres.
Le major Sicard me prêta un bateau qui avait été construit dans le pays et me fit accompagner jusqu’à Quilimané par le lieutenant Miranda; non-seulement il m'approvisionna de tout ce qui pouvait m'être nécessaire, mais il donna des ordres au lieutenant pour que je n'eusse rien à payer jusqu’à la côte, et envoya dire à ses amis les senors Ferrao, Isidore, Asévèdo et Nunes, de me recevoir comme ils le recevraient lui-même. Tous m’ont donné des preuves de la plus généreuse bonté ; je suis heureux de le reconnaître, et je me souviendrai toujours avec reconnaissance de l’hospitalité portugaise. J’insiste d’autant plus sur cet accueil bienveillant et désintéressé, que les Portugais ne jouissent pas en Angleterre d'une excellente réputation ; cela vient probablement de l’opiniâtreté avec laquelle certains d'entre eux ont persisté à faire la traite des nègres, et du contraste qu’ils offrent aujourd’hui avec leurs illustres ancêtres, qui ont été les premiers navigateurs du monde. Je m’estimerais personnellement récompensé de mes efforts, si la déclaration que je fais ici de la générosité dont ils m'ont donné tant de preuves, faisait concevoir à mes compatriotes une idée plus haute du caractère portugais.
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