I. Cucumis CafTer
DANS L'AFRIQUE AUSTRALE. fi7
ment dans le pays. Ce concombre, d’un brillant écarlate à J’époque de sa maturité , a environ un pouce et demi de diamètre et quatre pouces de longueur ; il est souvent d’une grande amertume, et parfois complètement doux.
Les tribus qui habitent cette région sont composées de Bushmen et de Bakalaharis. Les premiers sont probablement les Aborigènes de la partfe méridionale du continent, et les seconds proviennent, sans doute, de la première émigration de» Béchuanas. C’est par goût que les Bushmen vivent au désert, les Bakalaharis parce qu’ils y sont contraints ; mais un profond amour de la liberté anime également les deux races. Les Bushmen se distinguent par leur langage, leurs habitudes et leur aspect; ce sont les seuls vrais nomades que l’on trouve dans la contrée; ils ne cultivent jamais la terre et n.’ont point d’animaux domestiques, à l’exception de quelques chiens d’une misérable espèce; en revanche, ils connaissent tellement bien les habitudes des animaux sauvages, qu’ils les suivent pendant leurs migrations, les surprennent, s’en nourrissent à l’endroit môme où la chasse a eu lieu, et n’empêchent pas moins leur multiplication désordonnée que les autres carnivores. A la chair du gibier, qui forme leur principale nourriture, ils ajoutent les racines, les fèves et les fruits sauvages que les femmes vont chercher. Ceux qui habitent les plaines sablonneuses et brûlantes du désert sont généralement secs et nerveux , capables de supporter de grandes fatigues et de subir des privations excessives. Beaucoup d’entre eux sont d’une taille peu élevée, sans avoir toutefois la difformité des nains. Ceux qu’on amène en Europe ont été choisis pour leur extrême laideur, comme les chiens des marchands de pommes, et l’idée qu’en Angleterre on a des Bushmen est tout aussi exacte que celle qu’on aurait des Anglais, si les plus affreux d’entre nous étaient exhibés en Afrique et donnés comme spécimen de la nation. On a dit qu’ils ressemblaient à des babouins, et c’est vrai jusqu’à un certain degré ; ceux-ci et quelques autres singes n’ont-ils pas avec l'homme des points de ressemblance d’une vérité effrayante?
Suivant la tradition , les Bakalaharis seraient les plus anciens de tous les Béchuanas; ils auraient possédé de nombreux troupeaux de l’espèce bovine à grandes cornes mentionnée par Bruce, jusqu’à l’époque où ils furent dépouillés de leurs biens et
refoulés dans le désert par une immigration de leur propre race. Depuis lors, habitant la même contrée que les Bushmen, subissant les influences du même climat, endurant comme eux la soif et se nourrissant depuis des siècles des mêmes aliments, ils prouvent d’une manière évidente que l’influence des lieux ne suffit pas toujours pour expliquer la différence des races. Les Bakalaharis ont conservé dans toute sa vigueur la passion que les Béchuanas ont pour l’agriculture et les animaur domestiques. Ils donnent chaque année à leurs jardins plusieurs façons à la houe, quoiqu’ils n’aient souvent à espérer pour toute récompense de leur travail qu’une faible récolte de melons et de citrouilles; et ils élèvent avec soin de petits troupeaux de chèvres, bien que je les aie vus puiser de l'eau pour eux- mêmes au lit des sources peu profondes, avec un morceau de coquille d’œuf d’autruche, et seulement par cuillerées.
En général , ils s'attachent à quelques hommes influents des tribus de Béchuanas qui avoisinent leur désert, afin d’en obtenir des lances, des couteaux, du tabac et des chiens, en échange de la dépouille de petits carnivores de l’espèce féline et de deux espèces de chacal, le brun et le doré, qu’ils chassent pour en avoir la peau. Celle du motlosé {fente du Cap) est la fourrure la plus chaude que l’on trouve dans le pays. Celle des poukouyés ( canis mesomdas et C. aureas) est charmante, employée en manteaux nommés karosses. Viennent ensuite, comme valeur, celle du tsipa ou petit ocelot (felis nigripes ) , du touané ou lynx , du chat sauvage, du chat tacheté et d’autres petits animaux. Les Béchuanas chassent encore, pour en avoir la peau , outre les lions , les léopards, les panthères et les hyènes, les poutis ( duikers 'j et les pourourhous ( steinbock* ), qu’ils détruisent en grand nombre. Pendant que j’étais chez eux, de vingt à trente mille peaux furent converties en karosses, dont une partie était destinée aux indigènes ; les autres furent livrés au commerce ; la plupart de ces derniers allèrent, je crois, en Chine.
Les Bakouains achètent du tabac aux tribus orientales; ils viennent le troquer chez les Bakalaharis contre des peaux qu’ils préparent, et dont ils confectionnent des manteaux qu’ils vont
1. Antilope mergona, chèvre plongeante dn Cap. S. Antilope Ibex. A. Pediotragus.