FEMMES BAKALAHARIS FAISANT LEUR PROVISION D’EAC A IN ÉTANG DU DF.SERT
porter dans le Sud, où ils les échangent contre des génisses, les vaches étant pour eux la plus haute expression de la richesse; ils m'ont souvent demandé si la reine Victoria possédait un grand troupeau.
Chacune de ces peuplades trouve à ces échanges un bénéfice réel; malheureusement, la justice n’y préside pas toujours; les Béchuanas emploient fréquemment la violence auprès des Bakalaharis d’une tribu qui leur est étrangère , afin d’en obtenir les peaux que ceux-ci voulaient garder pour leurs trafiquants habituels. Quant aux Bakalaharis, c’est une race timide, qui ressemble pour le développement physique aux Australiens aborigènes. Ils ont les membres grêles et le ventre énorme, à cause des aliments grossiers et indigestes dont ils se nourrissent. Les enfants ont les yeux ternes, et jamais je n’ai vu jouer aucun d’eux. Il suffit à quelques Béchuanas de le vouloir pour se rendre maîtres d’un village de Bakalaharis et pour y dominer en toute sécurité; mais lorsque ces mêmes aventuriers rencontrent des Bushmen, ils s’empressent de changer de manières , et deviennent alors de mielleux sycophantes. Ils savent bien que, s’ils refusaient à ceuxci le tabac qui leur est demandé, ces libres enfants du désert ne manqueraient pas d’établir leur droit de possession par une flèche empoisonnée.
La crainte que leur inspire la visite des Béchuanas étrangers pousse les Bakahalaris à fixer leur résidence loin du voisinage de l’eau, souvent même à cacher l'endroit où ils la puisent, en remplissant avec du sable les fosses qui la leur fournissent et en faisant du feu à la place même où ils ont fait cette espèce de citerne. Lorsqu’ils veulent tirer de l’eau pour leur usage, les femmes mettent dans un sac ou dans un filet, qu’elles portent sur leur dos, vingt ou trente coquilles d’œufs d’autruche, percées d’une ouverture assez grande pour y introduire le doigt , et qui leur servent de vases. Elles fixent au bout d’un roseau, qui peut avoir deux pieds de long, une touffe d’herbe qu’elles enfoncent dans un trou de la profondeur du bras, et l’y assujettissent au moyen du sable mouillé qu’elles foulent à l’entour ; appliquant ensuite leurs lèvres à l’extrémité libre du roseau, elles opèrent le vide dans la touffe d'herbe : l’eau y arrive et ne tarde pas à monter dans leur bouche. A mesure que le liquide est aspiré du sol, gorgée par gorgée, il descend dans la coquille d’œuf posée par terre à
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côté du roseau, à quelques pouces des lèvres de la femme qui l’attire; il y est guidé par un brin de paille dont il suit l’extérieur, mais où il n’entre pas. Si quelqu’un veut remplir une bouteille placée à quelque distance du vase d’où l’eau s'échappe, et qu’il se serve pour cela du brin de paille qu’emploient les femmes des Bushmen , il reconnaîtra bientôt l’excellence de cette méthode.
La provision d’eau, après avoir passé, comme dans une pompe, à travers la bouche des femmes, est emportée à la maison et enterrée avec soin. Je me suis arrêté parfois dans des villages dont nous aurions pu fouiller et mettre à sac toutes les huttes sans y trouver une goutte d’eau. Nous nous asseyions alors tranquillement, et , quand notre patience avait donné le temps aux villageois de concevoir une bonne opinion de nous, une femme nous apportait une coquille d’œuf remplie du liquide précieux, qu’elle avait été prendre je ne sais dans quel endroit.
Cette vaste région qui, jusqu’à présent, a porté le nom de Désert, est bien loin d’être sans utilité. Non-seulement elle nourrit d’innombrables multitudes d’animaux de toute espèce , mais encore elle fournit quelque chose au commerce du monde , et elle est devenue l'asile de maintes tribus fugitives. Les Bakalaharis d’abord y ont trouvé un refuge, puis à leur tour d’autres peuplades de Béchuanas, dont les terres avaient été envahies par les Cafres de la tribu des Matébélés. Les Bakouains, les Bangouaketzés, les Bamangoualos,y accoururent dans leur fuite, et les Matébélés, habitants d’un pays bien arrosé, périrent par centaines lorsqu’ils essayèrent de les y poursuivre. L’un des chefs Bangouaketzés, ayant plus de finesse que les autres, envoya aux Matébélés de faux guides, avec la mission de leur faire traverser un espace de plusieurs centaines de milles où ne se trouvait pas une goutte d’eau, et où ils périrent de soif. Un grand nombre de Bakouains moururent également dans leur fuite, et parmi eux les vieillards qui auraient pu nous apprendre l’histoire de la tribu.
Des Bakouains, brûlés par une soif dévorante, me raconta l’un des hommes intelligents de cette peuplade, arrivèrent un jour dans un village de Bushmen ; convaincus, poursuivit le narrateur, qu’on ne peut pas vivre sans boire, ils demandèrent qu’on leur donnât un peu d’eau ; mais les Bushmen répondirent froidement qu’ils ne buvaient jamais et qu’ils n’en avaient pas. Les
Bakouains, supposant qu’on les trompait, résolurent de découvrir la fraude et guettèrent nuit et jour, torturés par la soif et croyant bien qu’à la lin l’eau sortirait de sa cachette; mais quelle que fût leur persévérance, ils finirent par s'écrier après quelques jours d'attente : « Yak ! yak! allons-nous-en! ces gens-là ne sont pas des hommes ! »
Les Bushmen avaient réussi à tromper la vigilance de leurs visiteurs, en s’abreuvant à la provision d’eau qu’ils tiennent cachée sous terre.
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