CHAPITRE III
Départ de Kolobeng le 1" juin 1X49. — Compagnons de voyage. — Routo suivie. — Herbe en abondance. — Une fontaine dans le désert. — Manière de creuser les puits. — L'élan du Cap. — Animaux du Kalari. — L’hyène. — Le chef Sékomi. — Dangers. — Le guide errant. — Lenteur de la marche. — Manque d'eau. — Capture d’une femme des Bushmen.
— Salines de Nchokotsa. — Mirage. — Arrivée sur les bords de la Zouga.
— Les Quakers d’Afrique. — Découverte du lac Ngami le 1" août 1849.
— Son étendue. — Son peu de profondeur. — Sa position comme déversoir d’un grand système fluvial. — Les Bamangouatos et leur chef. — Désir de visiter Sébitouané, chef des Makololos. — Léchulatébé nous refuse des guides. — Résolution de revenir au Cap. — Rives de la Zouga.
— Fosses pour prendre le gibier. — Arbres du district. — Éléphants. — Nouvelle espèce d’antilopes. — Poissons de la Zouga.
Tel était le désert que nous nous préparions à traverser, désert qui faisait jadis la terreur des Béchuanas, non-seulement à cause de la quantité de serpents dont il est infesté , mais encore parce qu’ils y avaient souvent enduré les tortures de la soif.
Immédiatement avant l'arrivée de mes compagnons, il vint à Kolobeng une caravane formée d’habitants des bords du lac, envoyés, disaient-ils, par Léchulatébé, leur chef, pour me prier de venir visiter leur contrée. Ils faisaient des récits tellement brillants de la quantité d’ivoire dont regorgeait leur pays, où l’on trouvait, d’après eux, des parcs à bestiaux formés d’énormes défenses d’éléphant, etc., etc., que les Bakouains désignés pour nous servir de guides se montraient aussi désireux que nous d’atteindre le but de notre voyage. Ces étrangers nous rendirent de plus un éminent service, en nous faisant connaître que la route qu’ils avaient suivie était impraticable aux wagons.
MM. Oswell et Murray étant arrivés à la lin du mois de mai, nous partîmes le l*r juin 1849 pour la région inconnue qu'il s’agissait de franchir. Après nous être dirigés vers le nord et avoir traversé une chaîne de montagnes boisées, nous arrivâmes à Sho-
DANS L’APKIUUE AUSTHALE. (13
kouané, ancienne résidence des Bakouains; de là, nous primes la grande route du pays des Bainangouatos, formée généralement du lit desséché d’une rivière qui autrefois devait couler du nord au sud. La contrée que nous traversions alors est plate, et couverte de forêts et de broussailles; l’herbe y est, en outre, excessivement abondante. Les arbres appartiennent, pour la plupart, à une espèce d’acacia que les indigènes appellent monato, et que l’on commence à rencontrer un peu plus au sud ; elle est ensuite très-commune jusqu’au pays d'Angola. De grosses chenilles appelées rutios passent la nuit sur les feuilles de cet acacia, dont elles font leur nourriture, et en descendent pendant le jour pour s’enterrer dans le sable, alin d’échapper à l’ardeur du soleil. Les indigènes fouillent au pied des monatos pour y trouver ces insectes, qu'ils font griller et dont ils aiment infiniment la saveur végétale. Quand cette chenille est sur le point de se transformer en chrysalide, elle s’enfonce dans la terre, où elle est encore recherchée comme aliment; si elle n’est pas troublée dans sa retraite, elle reparaît sous la forme d’un magnifique papillon, métamorphose que j’ai citée plus d’une fois aux naturels, et toujours avec succès, pour leur faire comprendre la résurrection qui nous attend.
Le terrain est sablonneux, et l’on rencontre çà et là des lits de fontaines desséchées, près desquelles le bétail s’arrêtait autrefois.
Boatlanama, la première station à laquelle nous arrivâmes, est un endroit charmant au milieu de cette région, où l'eau manque partout ailleurs. Il nous fallait puiser profondément celle dont ' nous avions besoin pour abreuver nos bœufs, mais nous l’y trouvions en quantité suffisante. Les Bakalaharis ont élevé quelques villages auprès de ces sources/ et nous Vîmes dans les environs une grande quantité de pallahs*, de springboks*, de pintades etde petits singes.
Lopêpé , qui est la station qu'on trouve ensuite , fournit une nouvelle preuve du dessèchement de la contrée. La première fois que j’y étais venu, c’était un vaste étang d’où s’échappait un ruisseau qui coulait vers le sud ; aujourd’hui, c’est à grand’ peine que nous pûmes désaltérer nos bêtes en creusant au fond d’une source.