‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 22 sur 130 · Doux raille cinq cenls francs · texte numérisé non relu

Doux raille cinq cenls francs

l’ouest. Quant aux autres guides , ils furent tous payés par M.Oswell de la manière la plus généreuse.

Nous traversâmes rapidement une contrée plate, au sol durci, dont la couche de terre peu épaisse, reposant sur un lit de tuf calcaire, est couverte, dans une étendue de plusieurs centaines de milles, d’une herbe fine et douce, de mopanés et de baobabs; nous y trouvâmes, en divers endroits, de vastes salines, dont l’une, appelée N'twé-twé, a quinze milles de large sur cent milles de longueur; on aurait pu tout aussi bien observer la latitude sur son horizon que sur celui de la mer.

Bien que les différentes parties de cette région curieuse semblent être parfaitement de niveau, elles s’inclinent légèrement au nordest, où quelques-unes des terres conservent l’eau de pluie qui s’y écoule par cette pente insensible ; rappelons-nous que c’est la direction de la Zouga. Le sel que la pluie a dissous est transporté de la sorte à une saline appelée Chouantsa, où nous vîmes, à la surface, une croûte de sel et de chaux d’un pouce et demi d’épaisseur; toutes les autres sont couvertes d’une efflorescence composée uniquement de nitrate de chaux; quelques-unes sont remplies de coquilles tout à fait semblables à celles des mollusques du lac Ngami et de la Zouga : elles appartiennent aux trois genres des hélices, des univalves et des bivalves.

On rencontre toujours une source à l’un des côtés de chacune de ces salines; je ne me rappelle pas d’exception à cette règle; l’eau en est saumâtre et contient du nitrate de soude; une fois j’y ai trouvé deux sources : l'une était plus salée que l'autre. Si l’eau qui les alimente traversait des couches de sel gemme, elle ne serait pas potable, et généralement on peut la boire. D’ailleurs, dans tous les endroits où l’industrie humaine a enlevé la croûte saline qui s'était déposée à la surface de ces étangs, elle ne s’est pas formée de nouveau , d'où l’on peut conclure que ces dépôts de sel proviennent d’anciens lacs salés dont la plus grande portion a disparu à la suite du dessèchement général de la contrée. Le lac Ngami, dont les eaux deviennent saumâtres pendant la sécheresse, nous en offre un exemple; c'est en outre dans les creux les plus profonds, dans les vallées les plus basses n’ayant aucune issue, qu’on a trouvé la plus grande quantité de sel. Enfin, il existe, h trente milles environ du pays des Bamangouatos, une fontaine dont la température s’élève à plus de 100 de-

grés', et qui, fortement imprégnée de sel pur, mais située au milieu d’un terrain plat, ne forme aucun dépôt salin, fait qui confirme l'opinion que nous avons émise plus haut.

Lorsque ces salines se trouvent dans une plaine à sous-sol de tuf, comme dans la contrée dont il s’agit, le terrain qui les entoure est frappé de stérilité sur une vaste étendue, par l’effet des nitrates qui, en dissolvant le tuf, s’opposent à la végétation.

Nous avons trouvé dans cette couche de tuf un grand nombre de puits; un endroit appelé Matlomagan-Yana , ce qui signifie « les Anneaux, » est effectivement une chaîne de sources qui ne tarissent jamais. Gomme il arrive parfois qu’elles grossissent en été, saison où pourtant il ne pleut pas, phénomène qui leur donne quelque ressemblance avec les rivières que nous avons citées plus haut, il est probable qu’elles sont le résultat d’une infiltration, et qu’elles proviennent du réseau fluvial qui arrose la contrée supérieure. Nous avons trouvé sur le bord de ces sources beaucoup de familles de Bushmen, qui, loin d’être rabougris et d’un teint jaune comme ceux qui habitent les plaines du Kalahari, sont au contraire de grande taille, bien découplés et presque noirs; la chaleur seule ne suffit pas pour noircir la peau : c’est unie à l’humidité qu’elle produit la teinte la plus sombre.

L’un de ces Bushmen, qui s’appelait Shobo, consentit à nous servir de guide pour traverser l’espace compris entre ces sources et le pays de Sébitouané. D’après lui, nous ne devions pas espérer de trouver de l’eau avant un mois; par un bonheur providentiel, nous atteignîmes plus tôt que nous ne l’espérions une série de petits étangs où l’eau de pluie s’était conservée jusqu’alors; mais il est impossible de décrire l'effroyable contrée où il fallut nous engager ensuite : pour unique végétation, quelques plantes rabougries s’étiolant sur une épaisse couche de sable; pas un oiseau, pas un insecte pour animer ces lieux désolés; jamais je n’ai contemplé d’endroit plus morne, d’horizon plus sinistre. Pour comble de malheur, Shobo, dès le second jour, courut à l’aventure; le soir, nous essayâmes, par tous les moyens imaginables, de le retenir et de le faire marcher droit au but; il n’en suivait pas moins, aux quatre points cardinaux, la piste de tous les éléphants qui étaient venus en cet endroit pendant la saison des pluies ; il

Page 1