‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 24 sur 130 · Douze ou quatorze cents kilomètres · texte numérisé non relu

Douze ou quatorze cents kilomètres

2. Voy. pour les détails de cette affaire l’ouvrage de SI. MolTat intitulé : Mitsionanj entreprise in Africa.

que lui enlevèrent les Matébélés; mais il conserva toujours ses guerriers autour de lui et parvint à reprendre plus de bestiaux qu’il n’en avait perdu. A cette époque il traversa le désert presque au même endroit où nous venions de passer. Il avait alors pour guide un Béchuana qu’il avait fait prisonnier; comme il était indispensable de marcher pendant la nuit afin d’arriver à une source, le guide en profita pour s’enfuir, et le lendemain matin, au moment où il croyait avoir gagné la fontaine, Sébitouané se retrouva au point qu’il avait quitté la veille. Dévorés par la soif, la plupart de ses bœuf3 retournèrent à Sérotli, qui était alors une grande pièce d’eau, ou revinrent à Mashué et à Lopépé chez leurs anciens propriétaires. Sébitouané les remplaça chez les Batletlis, dont les bêtes bovines étaient de l’espèce à grandes cornes1. Après s'être rendu maître des bords du lac Kumadau, le chef intrépide de cette poignée de fugitifs entendit parler des Européens qui habitaient la côte occidentale; poussé par le désir de nouer des relations avec les blancs , désir qui paraissait avoir toujours été son rêve, il se dirigea vers le sud-ouest et atteignit la contrée qui vient d’être récemment découverte par MM. Galton et Anderson. Horriblement éprouvé par la soif, il arriva au bord d'une petite citerne, et décida que les hommes boiraient seuls, leur vie étant plus précieuse que celle du bétail, puisqu'ils pouvaient combattre et s’en procurer d’autre, en supposant que celui-ci dût périr; le lendemain matin il ne retrouva plus ni ses vaches, ni ses bœufs, qui tous avaient fui chez les Damaras.

Retournant vers le nord plus pauvre qu’il n'en était parti, Sébitouané remonta le Téoughé jusqu’au mont Sorila , et traversa un pays marécageux pour aller du côté de l’est. 11 poursuivit sa course jusqu’à la basse vallée du Liambye, trouva que le pays ne convenait pas à l’établissement d’une tribu pastorale comme la sienne, descendit le fleuve et arriva chez les Batokas et les Bashoubias, qui à cette époque étaient dans toute leur gloire. Son récit avait une étroite ressemblance avec les Commentaires de

1. Lors (le notre découverte du lac Ngami, nous trouvâmes cette race chez les Béchuana. ; l’une des cornes appartenant à une bête de cette espèce , et que M . Vardon rapporta en Angleterre, ne contient pas moins de vingt et une pintes impériales, et la paire, qui appartient aujourd'hui au colonel Slcele, et qui fut rapportée par M. Uswell, mesure huit pieds et demi (2 mètres 69 centimètres j'd’une extrémité h l’autre.

César et avec l’histoire des Anglais dans les Indes. 11 avait toujours eu à combattre les différentes tribus qu’il avait rencontrées, et n’avait jamais rien fait que son peuple n’eût trouvé parfaitement juste, parfaitement raisonnable. Les Batokas vivaient alors dans les grandes îles du Zambèse, où, protégés par cette position exceptionnelle, ils attiraient les peuplades errantes ou fugitives, et, sous prétexte de leur faire traverser le fleuve, ils les déposaient sur des îlots écartés de la rive, où ils les dépouillaient complètement et les abandonnaient à leur misère. Sékomi, le chef des Bamangouatos, avait failli périr dans son enfance, victime d’une trahison semblable; mais un homme, qui vit encore, avait pendant la nuit donné à sa mère le moyen de s’échapper et de l’emmener avec elle. Le Zambèse est tellement large, que vous ne distinguez pas si c'est le bord d’une île ou celui du rivage que vous avez en face de vous ; mais Sébitouané , avec sa prudence habituelle, exigea que le chef qui lui offrait de le conduire sur l’autre rive vînt s'asseoir dans le canot-où il se trouvait , et il le reûnt auprès de lui jusqu’à ce que ses gens et ses bestiaux fussent déposés sains et saufs de l’autre côté du fleuve. Les Batokas formaient alors une population compacte et se plaisaient à orner leurs villages avec les crânes des étrangers; lorsque Sébitouané parut auprès des grandes chutes, une armée nombreuse se rassembla pour couper les têtes des Makololos dont ils voulaient faire un trophée; mais ils ne parvinrent qu'à fournir à Sébitouané un prétexte pour les combattre; et celui-ci, les ayant vaincus, leur enleva tant de bestiaux, qu'il fut impossible à son peuple de faire le dénombrement des moutons et des chèvres qu’il avait capturés. Il parcourut ensuite les terrains qui s’étendent vers le Kafoué et choisit, pour s’y établir, un pays de plaines légèrement ondulées, couvertes d’une herbe fine et courte et renfermant peu de forêts. Les Makololos n'ont pas cessé d’aimer cette région à la fois saine et fertile.

Mais les Matébélés, une tribu cafre ou zoulou, traversèrent le Liambye sous la conduite de Mosilikatsé, attaquèrent Sébitouané dans ce lieu de prédilection, et lui enlevèrent son bétail et s.es femmes; toutefois il rallia ses* hommes, poursuivit les ravisseurs et reprit à l’ennemi tout ce qu’il avait perdu ; mais après avoir repoussé une nouvelle attaque des Matébélés , il songea de nouveau à descendre le Zambèse et à venir visiter les blancs ; il

se ligurait,je n’ai jamais pu savoir d’où lui était venue cette idée, que s’il avait un canon il pourrait vivre en paix. Sébitouané avait fait la guerre toute sa vie, et plus que personne il paraissait désirer une existence paisible. Un prophète le poussa de nouveau à se diriger vers l’ouest; cet homme, qui se nommait Tlapané et que le peuple désignait sous le nom de Sénoga, c’est-à-dire * qui s’entretient avec les dieux, » avait le cerveau malade ; il se retirait on ne sait où, probablement dans une caverne, et y restait dans un état de somnambulisme, jusqu’au retour de la pleine lune ; reparaissant alors au milieu de la tribu, il s’exaltait progressivement jusqu’à ce qu'il fût arrivé à l’extase, ainsi que le font du reste tous ceux qui disent recevoir le souffle inspirateur. C'est par une action violente sur les muscles soumis à la volonté, que ces prétendus prophètes commencent leurs opérations; ils sautent, frappent du pied, trépignent vivement, en poussant des cris, ou battent la terre avec un bâton, et parviennent ainsi à se donner des convulsions pendant lesquelles ces illuminés affirment ne pas avoir connaissance des paroles qu’ils profèrent. * Sébitouané, s'écria Tlapané en montrant l’orient, j’aperçois une flamme; aie soin de l’éviter, car cette flamme te brûlerait ; qu'il n’y aille pas, me disent les dieux. » Puis se tournant à l’ouest il ajouta ; «Je vois une ville et un peuple d’hommes noirs qui vivent au bord de l’eau, et dont le bétail est rouge. Ta tribu dépérit et s’éteindra, Sébitouané; mais tu gouverneras les hommes noirs, et, quand tes guerriers auront pris le bétail rouge , ne laisse pas tuer les vaincus; ce sont eux qui formeront ton peuple et leur ville sera la tienne. Épargne-les pour qu’ils t’obligent à bâtir une ville nouvelle. Quant à toi, Ramosinii, ton village sera complètement détruit; si Mokari s’éloigne, il périra le premier, et c’est toi qui mourras le dernier de tous. Les dieux ont voulu que les autres hommes eussent de l’eau pour se désaltérer, mais ils ne m’ont donné que le breuvage amer du Choukourou1. Ils m’appellent, et je ne peux pas rester plus longtemps. »

J’ai cité cette prédiction, qui perd beaucoup à être traduite, parce qu’elle prouve un esprit observateur. La politique recommandée par Tlapané était remplie de sagesse; et la mort du prophète, celle des deux hommes qu’il avait nommés, ainsi que

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