CHAPITRE V
Départ de la ville du Cap en juin 1852. — Compagnons de voyage. — Divisions naturelles du midi de l'Afrique. — Le désert Kalahari. — Flore du désert. — Colonisation des districts du centre. — Boërs hollandais. — Leurs habitudes. — Apparence de stérilité. — Manque d’herbe. — Nouvelles plantes. — Animaux du désert. — Maladie des chevaux. — Son effet sur les animaux sauvages. — Les Boërs envisagés comme fermiers. — Migration des Springbocks. — Ruse des animaux. — La rivière d'Orange. — Territoire des Griquas et des Béchuanas. — Les Griquas. — Le chef Waterboer. — Mauvaises mesures du gouvernement colonial au sujet de la fraude. — Succès des missionnaires chez les Griquas et les Béchuanas. — Amélioration des indigènes. — Leurs vêtements. — Définition des naturels par un de leurs compatriotes. — Articles de commerce du pays des Béchuanas.
Je partis du Cap au commencement de juin 1852, pour me rendre à Saint-Paul de Loanda, capitale de la province d'Angole, sur la côte occidentale; et traversant ensuite obliquement tout le centre de l'Afrique australe, j’arrivai à Quilimané, sur la côte opposée. Le wagon massif, traîné par dix bœufs, moyen de transport habituel de la contrée, fut celui que j’employai à mon départ du Cap. J'avais avec moi deux Béchuanas chrétiens de Kuruman (je n’ai jamais vu nulle part de meilleurs domestiques), deux Bakouains et deux jeunes tilles qui avaient servi de bonnes à mes enfants et qui retournaient à Kolobeng, leur ville natale. On a tant de fois décrit cette manière de voyager en Afrique au moyen de chariots attelés de bœufs, qu’il est inutile d’en parler; c’est une longue série de pique-niques, régime excellent pour la santé, et fort agréable pour ceux qui n’attachent pas trop d’importance aux petites choses et qui aiment à vivre en plein air.
La route que nous suivions passe à peu près au milieu de cette partie du continent qui constitue le promontoire du Cap; si nous supposons cette masse conique divisée en trois bandes longitudinales, chacune d’elles nous offrira une différence très-marquée
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de température, d’aspect et de population, surtout lorsqu’on a franchi les limites de la colonie. En certains endroits, ces régions distinctes paraissent empiéter l'une sur l’autre, s’engréner pour ainsi dire ; mais l’ensemble n’en conserve pas moins son caractère différentiel, qui laisse subsister la division préétablie. La zone orientale est montagneuse, bien boisée d’arbres verts (strélitzia, portulacaria afra, schotia speciosa, euphorbias, aloës arborescens, et zamia horrida), sur lesquels ni la chbleur ni la sécheresse ne produisent le moindre effet; les gorges qui avoisinent la mer sont couvertes de bois de construction gigantesque. Cette partie est bien arrosée comparativement aux deux autres et reçoit tous les ans une quantité de pluie considérable. Les habitants, connus sous le nom de Cafres et de Zoulous, sont grands, bien faits et vigoureux, d’une intelligence pleine de ruse, d’un caractère énergique et brave; ils méritent de tout point la qualification de magnifiques sauvages , qui leur a été donnée par les autorités militaires chargées dernièrement de les combattre; leur admirable organisation, le développement et la beauté de leur corps, la forme de leur crâne, les placeraient à côté des races européennes les plus parfaites, n’étaient leur peau noire et la toison qui leur couvre la tête.
La zone voisine est tout au plus montueuse ; elle se compose en grande partie de vastes plaines légèrement ondulées ; elle renferme peu de ruisseaux, encore moins de rivières navigables; il y pleut rarement, et les années d’extrême sécheresse y reparaissent à de fréquents intervalles ; aucune céréale d’Europe n’y peut venir sans le secours des irrigations; et les habitants, qui sont des Béchuanas, ayant évidemment la même origine que ceux dont nous avons déjà parlé, sont beaucoup moins braves que les Cafres, et bien inférieurs à ces derniers sous le rapport du développement physique.
La partie de l’ouest, encore moins accidentée que la région du centre, n'offre d’ondulations que dans le voisinage de l’Océan ; elle contient le désert Kalahari, plaine immense, remarquable par sa végétation luxuriante, malgré le peu d'eau qu’on y rencontre.
Il est probable que la rareté de la pluie dans cette vaste région, provient de ce que le vent d’est y domine , avec une légère inclinaison vers le sud ; les vapeurs qu'il entraîne de l’océan
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Pacifique se déposent sur les montagnes de l’est; quand la masse d’air atteint sa plus grande élévation, elle arrive au bord de la grande vallée qui renferme le Kalahari ; comme elle se trouve alors en contact avec l’air raréfié du désert, la colonne ascendante de cet air embrasé lui permet de tenir en suspension l’humidité qu’elle contient encore et empêche la pluie de tomber sur cette région , dont l'atmosphère a une puissance hygrométrique assez grande pour prévenir la formation des nuages.
C’est, sur une échelle gigantesque, le même phénomène que celui qu’on observe au Cap, sur la montagne de la Table, et qu’on appelle la Nappe; le vent du sud-est fait monter tout à coup une masse d’air égale au diamètre de la montagne, à une hauteur d’environ mille mètres ; le froid, que l'air dilaté rencontre subitement, produit la formation immédiate d'un nuage au sommet de la montagne ; l’eau contenue dans l’atmosphère devient visible; des masses d’air s’élèvent successivement et les nuages s’accumulent ; la partie supérieure de la masse vaporeuse est unie et parait immobile, c’est la nappe ; sous le vent, au contraire, l'amas de vapeurs tourbillonne et descend; mais quand il arrive au point où la chaleur permet à l’air de transporter, en la divisant, une quantité d’eau plus considérable, il disparaît entièrement.
Supposons maintenant qu’au lieu d’une ville à l’ouest de la Table, il se trouve une plaine brûlante dont le niveau soit trèsélevé, les nuages qui se forment aujourd’hui lorsque le vent est du sud-est, pourront bien déposer quelques ondées sur le versant oriental et sur le sommet de la montagne; mais la chaleur du plateau opposé dissipera immédiatement ces nuages, qui ne se dispersent maintenant qu 'après s’être abaissés vers la plaine; et à la place des disa grandiflora, des glaïeuls, des lichens et des joncs qui composent la flore de la montagne de la Table, nous, aurons les plantes robustes qui triomphent de l’aridité du désert.
Quant au Kalahari , on peut expliquer la richesse de sa végétation par sa structure géologique : une enceinte de rochers enferme cette grande vallée centrale, y prolonge son versant intérieur et forme un bassin dont le fond est composé des plus anciennes roches siluriennes ; ce bassin a été brisé et rempli en maint endroit par des basaltes et des brèches , où l’on trouve un
assez grand nombre de fragments angulaires appartenant à des roches de la plus ancienne formation; malgré les bouleversements qui ont brisé la ceinture de la vallée, au point d’en effacer presque entièrement la forme primitive, il est probable que cette enceinte existe encore sur un assez grand espace, d’où il résulte que dans les lieux où la pluie est abondante, le versant des collines dirige vers le centre du bassin qu’elles entourent les eaux pluviales qui s’infiltrent et se déposent sous la surface du sol. Les citernes que l’on obtient en creusant dans le sable, comme nous l'avons dit ailleurs et qui proviennent de cours d’eau souterrains, viennent confirmer cette opinion; il n’est même pas impossible que le réseau fluvial que l'on rencontre au nord, et dont les crues annuelles augmentent considérablement, au dire des indigènes, l’eau des sources appelées Matlomagan-yana, n’étende son influence fertilisante au-dessous du Kalahari.
Cette formation géologique particulière expliquerait l’énorme différence qui existe entre la végétation du midi de l’Afrique et celle de l’Australie centrale, bien que ces deux régions soient situées sous la même latitude, c’est-à-dire entre les 20* et 30* degrés au sud de l’équateur. L’explication que nous avons donnée de cette différence entre la fertilité des deux continents fait présumer qu'on réussirait facilement en Afrique à établir des puits artésiens , dans de vastes régions que le manque d’eau seul empêche d’être habitées. Qu’on nous permette d’examiner combien la différence de végétation que présentent ces deux parties du monde, quelle qu’en soit l’origine, promet au midi de l’Afrique un avenir plus brillant que celui qu'on peut espérer pour l’Australie centrale. Les districts intérieurs de la colonie du Cap, non-seulement acquièrent chaque jour uné valeur nouvelle qui garantit de beaux bénéfices au travailleur honnête, mais possèdent en outre un climat dont la salubrité n’a pas d’égale poulies personnes qui sont attaquées de la poitrine ; je recommande sincèrement aux cultivateurs qui redoutent cette maladie pour quelque membre de leur famille d'essayer de la colonie africaine; les moyens d’éducation qu’on y trouve dès aujourd’hui, et le mouvement incessant de la population du Cap , doivent lui ôter toute inquiétude de voir ses enfants tomber dans la barbarie.
La route que nous suivions alors traverse la partie centrale du
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promontoire, ainsi que nous l’avons dit au commencement de ce chapitre, ou bien elle côtoie la zone occidentale jusqu’à la hauteur du lac Ngaini, où commence une région totalement différente.
Nous avions passé, avant de sortir de la colonie, au milieu des districts habités autrefois par les réfugiés français et hollandais, qui, à l'époque des persécutions religieuses, s’établirent au nord de la ville du Cap. Nous avons retrouvé les descendants de ces proscrits dans les lieux qu’avaient choisi leurs ancêtres; ils ressemblent aux individus qui, en Angleterre, composent la classe moyenne, et se distinguent par leur attachement à la chose publique et par leur intelligence des affaires générales. Ceux dont la résidence est plus éloignée de la capitale sont moins au courant des intérêts coloniaux, mais ils n’en forment pas moins une classe de paysans laborieux, sobres et hospitaliers. Un excellent système d’instruction publique, ayant pour base les idées de sir John Herschel, fut établi dans le pays par sir Georges Napier, à l’époque où il gouvernait la colonie du Cap.
Il ne faut pas confondre la population dont nous parlons maintenant avec les Boérs, qui se sont séparés du gouvernement colonial dès qu’ils se virent obligés, pour obéir à la loi anglaise, d’émanciper leurs esclaves ; peut-être cette confusion n’auraitelle jamais eu lieu, si de temps en temps quelque Rip van Winkle1 n'arrivait au Cap et n’essayait de justifier, dans les journaux, la chasse aux esclaves et les actes sanguinaires qui ont lieu dans l’intérieur, actes monstrueux qui ont attiré indistinctement sur toute la race des Boërs le mépris et la haine de ceux qui ne connaissent pas les éléments dont se compose la colonie.
L’accroissement de la population est rapide chez les Boërs ; ils se marient de bonne heure, les femmes y sont rarement stériles, et presque toutes ont des enfants jusqu’à un âge avancé. J’ai rencontré parmi elles une digne matrone, dont le mari avait cru devoir imiter la conduite d’Abraham avec Agar; elle approuvait évidemment cette mesure, car elle prenait plaisir à s’entendre appeler ma mère par les fils de l'esclave qui lui avait été
1. Personnage d’un conte populaire de Washington Irving, qui dormit pendant tout le temps de la guerre de l'indépendance, et qui ne se réveilla qu’après la constitution des Etats-Unis. (ATote du traducteur.)
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préférée. Jamais un orphelin n’est resté sans appui chez ces braves cultivateurs; et il n’est pas rare de voir un fermier, nonseulement recueillir le pauvre petit qui n’a plus de père, mais encore lui donner une dot égale à celle de ses propres enfants.
Le climat du midi de l’Afrique n’a pas beaucoup influé sur la race des Boërs ; ils ont seulement la peau plus brune , ou , pour mieux dire, plus rouge que celle de leurs ancêtres, et.ils sont loin d’offrir cet aspect cadavéreux que présentent, dit-on, ailleurs les colons d’origine européenne. On trouve chez eux une tendance au développement de la stéatopyga qui caractérise les Arabes , ainsi que d’autres peuplades africaines, et il est probable que dans cent ans les Boërs de l’intérieur seront de la même teinte qu’Adam et Eve, ou du moins de celle que les érudits ont attribuée à nos premiers parents.
Les parties de la colonie que nous avions à traverser nous apparurent dans toute leur nudité ; l'extrême sécheresse de l’été précédent avait fait périr les deux tiers du bétail ; le paysage n’avait rien d’attrayant ; les teintés sombres des collines dénudées, et la végétation maladive et clair-semée des plaines, me tirent trouver que le nom de désert conviendrait bien mieux à cette région qu'à la vallée du Kalahari. On assure qu’à l’époque où les Européens s’en emparèrent, elle était couverte d’une herbe épaisse qui a disparu avec les antilopes qu'elle nourrissait alors ; aujourd’hui cette herbe est remplacée par des crassules et par de nombreuses ficoïdes. Il est curieux d’observer combien, dans la nature , les êtres qui diffèrent le plus par leur organisation , dépendent mutuellement les uns des autres : ici l’herbe, pour se perpétuer, avait besoin des animaux, qui, en la paissant, en disséminaient les graines; lorsque, après la destruction des antilopes, de nouvelles semences ne furent plus confiées à la terre, le sol ne parvint pas à triompher de la sécheresse , qui s’opposait à ce que cette forme de végétation y reparût spontanément.
Mais le Créateur, dont l’omniscience a tout prévu, tenait en réserve des plantes d’une autre famille, qui combattent l’aridité du sol. Les graines de certaines ficoïdes sont contenues dans une enveloppe capsulaire qui reste fermée tant que le terrain est brûlant, et qui, bien loin de ressembler à celle des autres plantes que la chaleur fait éclater, ne s’ouvre au contraire qu’après la pluie, au moment où l’embryon renfermé dans la graine
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désigne en outre , à quatorze milles au-dessous de Kuruman , certains endroits où, de mémoire d’homme, se trouvaient des hippopotames, et où il existait des étangs assez considérables pour y attirer les bestiaux et leurs propriétaires. On doit nécessairement attribuer ce dessèchement partiel à la cause qui a produit celui de toute la contrée ; mais il faut aussi faire entrer en ligne de compte les irrigations qui ont été faites par les missionnaires sur les deux bords du ruisseau , fait qui aurait plus d’importance, s’il ne coïncidait pas avec la disparition des fontaines dans un cercle d’une immense étendue.
Sans entrer, quant à présent, dans plus de détails à cet égard, nous ferons observer que le district de Kuruman a dû être, à une époque rapprochée , tout aussi bien arrosé que l’est de nos jours la région située au nord du lac Ngami. D’anciens lits de rivières et de ruisseaux y abondent, et l’on y voit des bassins désséchés, où la fente qui formait dans le principe l'orifice de la source, a été usée par l’écoulement séculaire de l’eau, qui en a fait un ovale et qui a déposé sur ses bords une quantité considérable de tuf. Beaucoup de ces fontaines ne donnent plus d’eau maintenant, parce que le bord de la source est devenu trop élevé ; faites une tranchée à la hauteur de la surface de l’eau , et vous retrouverez . la fontaine qui avait disparu. Les Béchuanas l’ont fait plus d’une fois avec succès dans les environs de Kuruman ; il leur arrive de temps à autre de prouver l’estime qu’ils font d’euxmêmes en travaillant pendant des mois entiers à des terrassements que leur amour-propre les empêche d’abandonner, alors même que vous leur dites qu’ils ne peuvent pas obliger l'eau à remonter la colline.
J’ai vu, dans ces parages, des Boërs creuser de longs canaux en remontant d’un bas-fond jusqu’à certains endroits où il n’existait d’autre indication d’eau souterraine qu’un peu d’herbe rougeâtre et quelques joncs qui croissaient dans un bassin actuellement rempli de tuf, mais où jadis il devait y avoir une source. Dans d’autres circonstances, les joncs qui témoignent de la présence de l’eau, se trouvent sur un banc de sable qui peut avoir jusqu'à deux pieds de hauteur ; en faisant un fossé transversal et profond dans la partie la plus élevée de ce banc de sable, on voit ses efforts récompensés par un ruisseau d’eau vive. Le vent transporte une grande quantité de sable fin, qui est arrêté par les arbres, les
buissons et les haies ; sur le bord des ruisseaux, les joncs produisent le même résultat; l’humidité qui s’élève pendant la nuit lixe le sable que le vent a déposé dans le jour, et le banc dont nous avons parlé se forme peu à peu. Tandis que nous nous occupons de ce sujet, disons tout de suite qu’il n’y a de source permanente dans cette région que celles qui se produisent sous le trapp quartzeux dont l’ancienne vallée s’est remplie ; la nappe d'eau qui les alimente reposant sur l'ancien schiste silurien, il est probable qu’en beaucoup d’endroits, les puits artésiens rempliraient le même oftice que ces profondes tranchées qu’on pratique aujourd’hui.
Pendant la plus grande partie de Tannée, l’ensemble du pays est d’un jaune clair ; il prend une jolie teinte verte, mêlée de jaune, pendant les quelques mois que dure la saison pluvieuse. Des montagnes bornent à l’ouest une plaine immense qui se déploie vers l’orient sur une étendue de plusieurs centaines de milles ; cette plaine est parsemée de larges espaces couverts de tuf calcaire, gisant sur une couche de trapp horizontale et où croît une herbe fine et tendre au milieu des buissons peu élevés de l 'acacia detinens. Dans les endroits où le tuf n'apparaît pas à la surface, le sol est composé de sable jaune et porte de grandes herbes entremêlées de buissons baccifères appelés Moretloa ( gracia /lava) et Mohatla ( tarchomntus }, dont le bois, renfermant une matière aromatique et résineuse, donne une flamme vive et brillante même à l’instant où il vient d’être coupé. Dans les lieux plus abrités, on rencontre des bouquets de Mimosas blanche-épine (acacia horrida ou alomiphylla), une grande quantité de sauge (sulvia africana ), diverses légumineuses, des ixias, l’amaryllis brunsvigia multiflore , et l’amaryllis toxicaria , dont la racine bulbeuse est un poison; ces deux dernières plantes fournissent un duvet soyeux qui est excellent pour remplir des matelas.
On trouve encore dans quelques endroits de cette contrée les restes d'anciennes forêts d’oliviers sauvages ( olta similis) et d'acacias de la girafe. Lorsque ces bouquets d’arbres ont été abattus dans les environs d’un village béchuana , de jeunes pousses ne viennent pas remplacer la futaie qu’on a détruite ; on pourrait supposer, d'après l’excessive dureté de leur bois, que ces arbres poussent avec trop de lenteur pour que Ton s'aperçoive de leur croissance; mais cela n'est pas ; j'ai mesuré l’un de ces acacias
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qui poussait au bord de l’eau, dans un coin du jardin de M. Moffat, et j'ai trouvé qu’il grossissait, en diamètre , d’un quart de pouce chaque année; d'ailleurs les plus gros arb.es de cette espèce que l’on voit aujourd’hui ne peuvent guère avoir plus de deux ou trois siècles, en supposant que la pluie fût moins rare dans leur jeunesse qu’elle ne l’est actuellement.
il est probable que c’est avec le bois de cet acacia que l’arche d’alliance et le tabernacle furent construits par les Juifs ; on sait qu’il existait dans les lieux où les Israélites se trouvaient à l’époque de cette construction ; le bois de l’acacia de la girafe est d’ailleurs incorruptible, tandis que l’acacia nilotica, désigné jusqu’à présent comme étant le shiitim des Hébreux, pourrit très-vite et n'a pas la même beauté.
Nous avons toujours observé auprès de l’acacia de la girafe une plante curieuse que les indigènes appellent Ngotuané; elle est couverte d’une profusion de belles fleurs jaunes qui remplissent l’atmosphère de leur parfum, et qu’on remarque d’autant plus que, dans toutes les parties arides de l’Afrique, presque toutes les plantes sont dépourvues d’odeur ou en ont une désagréable. L’n Français ayant pris une ou deux gorgées d’une infusion de Ngotuané, se trouva perclus de tous ses membres ; le vinaigre a la propriété de neutraliser les effets de ce poison, soit qu'on l’emploie à l'intérieur ou à l’extérieur du corps. Avalée isolément, l'infusion de Ngotuané fait éprouver à la gorge une sensation de brûlure qui n’existe pas si l'on y a mélangé du vinaigre; le voyageur français, que ce poison avait rendu impotent, assimile l’effet du vinaigre qu'on lui fit prendre alors à celui d’un courant électrique dont tous ses membres auraient été parcourus; il n’eut besoin d’avaler qu’un seul verre de cet acide, pour que sa guérison fût immédiate et complète. Je regrette vivement de n’avoir pas eu l'occasion d’expérimenter la puissance de cet agent sur le système nerveux, puissance dont jusqu'à nouvel ordre on peut contester les effets. Il est possible que la girafe qui se nourrit de l’acacia, auprès duquel se trouve ordinairement le Ngotuané, fasse usage de cette plante pour se préserver ou se guérir de quelque maladie.
Pendant mon séjour à Kuruman, M. Moffat, qui était missionnaire en Afrique depuis plus de quarante ans et qui s’est déjà fait connaître par son intéressant ouvrage intitulé : Semés and