ATTAQUÉ PAR
la malheureuse bête ; elle mugit avec fureur et continua pendant quelques instants à courir tout en se défendant contre ceux qui l’assaillaient , mais elle ne tarda pas à s’arrêter et à fléchir sur ses jambes ; la lutte nous offrit alors un spectacle magnifique ; les lions, appuyés sur leurs pattes de derrière, déchiraient le buffle avec rage, de leurs dents et de leurs griffes. Nous nous approchâmes en rampant ; et nous mettant à genoux lorsque nous ne fûmes plus qu’à une trentaine de pas, nous tirâmes sur les lions ; mon rifle1 était à un seul coup et je n’avais pas de fusil de réserve ; l’un des lions n’eut que le temps de se retourner et de saisir avec les dents l’une des branches d’un buisson qui se trouvait auprès de lui , et tomba mort aussitôt , ayant la branche dans la gueule. Le second s’enfuit au plus vite ; quant au troisième , il releva la tête, nous regarda froidement et se mit à déchirer de plus belle le cadavre du buffle. Nous nous éloignâmes pour recharger nos armes, et nous étant rapprochés, nous tirâmes de nouveau. Le lion partit ; mais une balle qui lui traversa l’épaule le força bientôt de s’arrêter : nous le poursuivîmes, et il fut tué après s’être retourné plusieurs fois contre nous; c'était un mâle, comme celui qui était mort le premier. Il arrive bien rarement qu’on puisse mettre dans sa carnassière en moins de dix minutes un vieux buffle et deux lions. Je n’oublierai jamais cette aventure qui nous avait singulièrement exaltés. »
Le buffle, évidemment, s’était approché de l’endroit où les lions étaient couchés; et ceux-ci, le voyant boiteux et sanglant, pensèrent que c’était une trop bonne occasion pour ne pas en profiter.
Le lion saisit généralement l’animal qu’il attaque par le flanc, près de la jambe de derrière , ou à la gorge au-dessous de la mâchoire inférieure ; il est douteux qu’il essaye jamais de le saisir au garrot. Le flanc est son point d'attaque habituel, et c’est la partie qu’il commence à dévorer la première. Les indigènes sont du même avis à cet égard , et partagent complètement les goûts du lion, quant aux morceaux qu’ils préfèrent. On rencontre parfois un élan dont tout l’intérieur a été dévoré par un lion, presque sans que le corps ait été touché. Les entrailles et les parties graisseuses fournissent un repas complet, même au plus gros