‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 34 sur 130 · Lutra inunguis, de F. Cuvier · texte numérisé non relu

Lutra inunguis, de F. Cuvier

vînmes chercher le ponton et nous nous lançâmes bientôt sur une rivière profonde, de quatre-vingts à cent mètres de large. Je recommandai expressément à mon compagnon de s'attacher au ponton, dans le cas où un hippopotame viendrait à nous apercevoir, recommandation qui n’était pas inutile, car l’un de ces animaux se dressa bientôt à côté de nous et s'éloigna en plongeant avec force; la vague qu’il souleva repoussa vivement le ponton à une certaine distance.

Nous avions ramé depuis midi jusqu’au coucher du soleil ; sur les deux rives s’élevait une muraille de roseaux, et nous paraissions destinés à passer la nuit sur notre ponton, sans avoir pu souper, lorsque, au moment où commençait le crépuscule, nous aperçûmes le village de Morémi', l’un des Makololos dont j’avais fait la connaissance lors de ma première visite et qui était maintenant établi dans l'tle Mahonta, par 17° 58' latitude sud et W 6' longitude est. Les habitants nous regardèrent comme on le ferait d’un revenant et s'écrièrent dans leur langage figuré : « Il est tombé des nuages et nous arrive sur le dos d’un hippopotame. Nous pensions qu’il était impossible à personne de traverser le Chobé sans que nous en fussions avertis ; mais il a volé comme l’oiseau pour venir parmi nous. »

Le lendemain nous traversâmes en canot la plaine inondée, afin de rejoindre notre campement; les hommes avaient, pendant que j’étais absent, permis à nos bêtes d’aller dans un bouquet de bois qui se trouvait à l'ouest des chariots et où était la mouche tsetsé ; négligence qui me coûta dix bœufs de trait superbes. Quelques jours après, plusieurs notables des Makololos descendirent de Linyanti, accompagnés d’une bande nombreuse de Barotsés, pour nous prendre et nous transporter sur l'autre rive, ce dont ils s'acquittèrent de la meilleure grâce du monde, nageant et plongeant au milieu des bœufs, plutôt comme des alligators que comme des hommes; puis ils revinrent démonter les chariots, qu'ils passèrent au moyen de plusieurs pirogues attachées les unes avec les autres. Nous étions actuellement chez des amis; et faisant vers le nord un détour d’environ trente milles pour éviter

I. Disons, une fois pour toutes, qu’en général, les Tilles et les Tillages de ces peuplades portent le nom du chef qui les gouverne; le village de Morémi ne signifie pas une bourgade s'appelant Morémi, mais un lieu habité par Morémi qui en gouverne les habitants. {Note du traducteur.)

les plaines inondées par le Chobé, nous nous dirigeâmes vers l’ouest du côté de Linyanti, capitale des Makololos, située par 18° 17' 20" latitude sud et 23* 50' 9* longitude est. Nous y arrivâmes le 23 mai 1853. Nous étions alors à peu de distance de la place où nous avions campé, en 1851 , par 18° 20' latitude sud et 23" 50’ longitude est.

Page 1