latitude sud; 23* 5' 54" longitude est
Sur les parties les plus élevées de la plaine on trouve l’acacia de la girafe, le mimosa épines blanches (.acacia horrida ), et le baobab, bans les endroits sableux nous voyons des palmyras tout aussi beaux que ceux de l’Inde, mais qui portent des fruits moins gros que ces derniers. Tout le reste de la plaine est composé d’une terre grasse pareille au sol que les Indiens appellent terre à coton ; dans tous les lieux humides elle est couverte d’une herbe épaisse et grossière.
Nous avons à notre droite la rivière du Cliobé, dont les bords, garnis de roseaux sur une profondeur de quelque vingt milles, se déploient à l’horizon. En regardant en arrière, l’œil se repose avec plaisir sur la longue file de nos serviteurs qui se replient sur eux-mêmes pour Suivre les courbes du sentier ou pour doubler un monticule , et dont les coiffures sont agitées par le vent. Quelques-uns portent sur la tête, à la façon des hussards, l’extrémité blanche d'une queue de bœuf; les autres, un paquet de plumes d’autruches , ou des bonnets faits avec la crinière d’un lion ; un certain nombre est couvert de tuniques rouges, ou d’étoffes imprimées de nuances diverses, apportées par Fleming. Les hommes d’un rang inférieur sont chargés de fardeaux; les notables ont à la main un petit bâton de corne de rhinocéros et font porter leur bouclier par un domestique dont ils sont accompagnés, tandis que les Machakas ou hommes d’armes, nonseulement portent le leur, mais encore peuvent être d’un instant à l’autre envoyés en message à une centaine de milles, qu'en pareille occasion ils doivent franchir en courant.
Sékélétou ne va jamais nulle part sans être suivi d’une certaine quantité de jeunes gens de son âge qui formentson Mopato. Lorsqu’il s’arrête et qu’il s’assied, tous ses camarades l’entourent; ceux qui sont à ses côtés mangent avec lui au même plat , car les chefs makololos s’enorgueillissent de partager leurs repas avec leurs sujets. Après avoir avalé quelques bouchées, d’un signe ils invitent à en faire autant les personnes les plus rapprochées d’eux; lorsque celles-ci ont mangé, ils appellent un individu plus éloigné, qui s’avance et qui, prenant la gamelle, va partager ce qu’elle renferme avec ses compagnons.
Les camarades de Sékélétou, voulant imiter leur chef, qui est porté par un vieux cheval à moi , choisissent pour montures des bœufs batokas à demi dressés et n’ayant ni selles ni brides;
les chutes nombreuses qui en adviennent sont, pour le reste de la bande , une source de plaisir.
Des troupeaux de nakongs et de léchés ou léchoués paissent dans la plaine d’un air tranquille et insouciant; leur nombre est prodigieux , et pourtant la quantité de ces animaux qui est détruite chaque année monte à un chiffre énorme. Ces deux espèces d’antilopes recherchent les lieux humides; elles n'habitent que le voisinage de l’eau ; quand la plaine que nous traversons est inondée , elles se retirent sur les éminences dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre. Les Makalakas, très-habiles à diriger leurs pirogues légères', s'approchent doucementdes lieux ofilesantilopes se sont réfugiées ; lorsque celles-ci commencent à s’émouvoir, les canotiers redoublent de vitesse, les antilopes s’enfuient, ils les poursuivent, et, bien que la course des léchés soit formée d’une succession de bonds prodigieux, les Makalakas parviennent à les atteindre et en détruisent un grand nombre en les tuant à coups de javelines.
Le nakong partage souvent le même sort. Il est plus petit que le léché, et c’est, de toutes les antilopes que j’ai vues, celle qui a la panse la plus grande. Sa démarche, lorsqu’il est fatigué, ressemble au galop d’un chien ; son poil , d’un brun grisâtre, est long et peu fourni, ce qui l’empêche d’ôtre brillant; ses cornes ont la même courbure que celles du koudou , mais elles sont beaucoup plus petites et ont une double arête qui s’enroule autour de chacune d’elles.
Le nakong habile les marais et les fondrières pleines de vase ; son pied énorme, dont l’empreinte mesure environ trente centimètres depuis l’extrémité des ongles jusqu'aux sabots rudimentaires , lui donne la faculté de marcher facilement sur le terrain marécageux; il pâture pendant la nuit et se cache pendant le jour au milieu des joncs et des roseaux ; dès qu'on le poursuit, il plonge au plus épais du fourré et ne laisse apercevoir au-dessus de l'eau que le bout de ses cornes et l’extrémité de son mufle. Les indigènes mettent le feu aux roseaux pour
t. Les Makalakas se tiennent debout (laits leurs canots, bien que ceux-ci n’aient pas plus île quarante à quarante-cinq centimètres de largeur, sur quatre mètres soixante centimètres; leurs pagaies ont Hois mètres; ils les font d’un bois léger, aussi élastique que celui du frêne, et qu'ils appellent moionifii. Ces pagaies leur servert tantôt de rames, tantôt de galTes, suivant la profondeur plus ou moins grande de l'eau.
donner
obliger le nakong ù s’enfuir; mais, lorsqu’il se voit entouj les chasseurs, il laisse brûler ses cornes plutôt que d'aba sa retraite. A
Lorsque nous arrivons dans un village, toutes les femmes quittent leurs demeures et viennent saluer Sékélétou de leurs acclamations; « Grand chef! grand lion! Seigneur, donnez-nous le sommeil, » s’écrient-elles d'une voix perçante qu’elles font trembler par un mouvement rapide imprimé à la langue. Les hommes profèrent les mêmes cris d’une voix plus grave, et Sékélétou reçoit tous les saluts qui lui sont adressés avec l’indifTérence qui convient à son rang. Après avoir fait part des nouvelles du pays dans un entretien de quelques minutes, le chef du village, qui presque toujours est un Makololo, va chercher de grands pots de bière ; les calebasses circulent immédiatement, et les femmes s’en emparent avec tant d’avidité qu’eWes courent le risque d’être brisées.
On apporte aussi de grandes jarres de lait caillé, dont quelques-unes contiennent de trente à quarante litres ; chacune de ces jarres est confiée, ainsi que les pots de bière, à une certaine personne qui a le droit d’en distribuer le contenu suivant son bon plaisir : ce sont ordinairement les chefs de sections qui sont chargés de cet office. Confine l’usage des cuillers est inconnu dans le pays, c'est avec ie^ mains que les naturels mangent ce lait épaissi; je leur ai souvent donné des cuillers de fer, ils en étaient ravis, et n’en continuaient pas moins à manger avec les doigts ; ils puisaient dans leur calebasse avec la cuiller, et prenaient ensuite le contenu deicelle-ci avec la main droite pour le porter à leur bouche. I
Nous avons dit que les Mafiololos sont très-riches en bétail et que leur chef est obligé de nourrir tous ceux qui l’accompagnent. Sékélétou choisit donc un ou deui bœufs à chacune des stations nombreuses où il possède des troupeaux ; ou bien encore le chef des villages que nous traversons lui donne, sous forme de tribut, toute la viande qui lui est nécesflôre. Les Makololos tuent leurs bêtes de boucherie d’un coup de javeline au cœur; la blessure est faite à dessein aussi petite que possible , afin d'éviter la perte du sang qui , avec les entrailles de l’animal, compose le salaire des bouchers, emploi avidement sollicité. Chaque tribu a une façon particulière de découper l'animal et d'en distribuer la
Chez les Makololos, la bosse et les côtes forment la part du chef; dans la tribu des Bakouains, c'est la poitrine qu'il cho
Lorsque les bœufs sont dépecés et détaillés, on en dépose les morceau* devant Sékélétou , qui les distribue aux hommes importants de son escorte; immédiatement les domestiques de ceux-ci dééoupent ces morceaux en longues tranches, qu’ils se hâtent de jeter sur la braise ; quelques instants après, la viande, à moitié cuite et brûlante, circule rapidement de main en main ; chacun y mord & son tour, mais personne, excepté le chef, n’a le temps de mastiquer la bouchée qu'il a prise ; ce n'est pas la jouissance du palais^qu’ils recherchent, ils bornent leur ambition à remplir leur-, estomac. Leurs repas sont toujours trèsnombreux, et , comme ils méprisent l'individu qui mange seul, je ne manque jamais d’inviter le chef ou quelque personnage important de la tribu à venir prendre le café avec moi. Ils ont eu bientôt une véritable passion pour ce breuvage, qui est considéré par certaines peuplades comme ayant des vertus prolifiques. Ils connaissent parfaitement la canne à sucre, et la cultivent dans la vallée Barotsé, mais ils ne savent pas la méthode d'en extraire le sirop , encore moins la manièt*e«de le faire cristalliser ; le seul emploi qu’ils fassent de la caéne se borne à la mâcher. Sékélétou aime énormément le café lucré et les biscuits dont j’ai encore une petite provision. « Je sais, me dit-il, que votre cœur m’est attaché, car je sens le mien qui s’échauffe en partageant votre nourriture ; le café des Griquas et des marchands qui sont venus me visiter pendant que vous étiez au Cap, n’était pas de moitié si bon que le vôtre, parce que c’était mon ivoire et non pas moi qu’ils aimaient. » C’est une manière assez originale de mesurer l’affection qu’on inspireià ses amis.
Sékélétou et moi, nous avon, bohémiens où nous passons 1 sont infestées de vermine, taj généralement propres; l’abi ment à l’habitude où sont leu
s les deux une petite tente de t, car les huttes des Makalakas s que celles des .Makololos sont ce d'insectes y est due probablehabitants de recouvrir le sol d’un enduit composé de terre et de bou*e de vache qu’ils renouvellent fréquemment. Lorque nous dissions nos tentes auprès de quelque village , nous étions réveillés^par les souris qui nous couraient sur la figure ou par les chiens alfatltté&qui rongeaient
JF
nos souliers et n’en laissaient que la semelle; nous nous décidions alors à demander qu'on nous logeât dans une hutte ; celles des Makololos, du meilleur genre, sont composées de trois murailles circulaires ayant des trous en guise de portes, ainsi qu’on en voit aux niches des chiens, ce qui vous oblige à vous baisser pour y entrer, même quand vous êtes à quatre pattes. La toiture, qui ressemble à un chapeau chinois , est formée de baguettes ou de roseaux que l’on attache fortement au moyen de bandes circulaires, lixées par des morceaux de l’écorce intérieure du mimosa. La charpente, ainsi préparée, est posée au-dessus du mur circulaire et s’appuie, par les bords, sur des pieux également rangés en cercle et qui servent de colombage à la troisième muraille; la couverture de chaume est faite avec une herbe souple et fine, reliée, comme la charpente, au moyen de lanières d’écorce de mimosa ; elle se projette assez loin au delà du mur, descend à quatre pieds du sol et procure aux habitants l’ombre la plus salutaire qu’ils puissent trouver dans le pays. Ces cabanes sont excessivement fraîches, même parles journées les plus chaudes, mais elles manquent d’air et l'on y étouffe pendant la nuit.
Le lit se compose tout uniment d’un paillasson fait avec des joncs et de la ficelle ; la hanche est bientôt endolorie sur une couche aussi dure, qui ne permet pas à cette partie proéminente de faire un trou pour se loger, comme il arrive quand on dort sur le sable ou sur l’herbe.
La route que nous suivions alors nous conduisit un peu audessus de Séshéké, dans un endroit appelé Katonga, où il existe un village* appartenant à un bashoubia qui porte le nom de Sékhosi. Le fleuve y est un peu plus large qu’à Séshéké, et n’a pas moins de six cents mètres ; dans la première partie de son cours, il se dirige vers l’est et coule avec une certaine lenteur.
Lorsque les canots de Sékhosi vinrent nous prendre, l’un des camarades de Sébitouané se leva en regardant Sékélétou ; * Ce sont les aînés qui, dans le combat, ouvrent l’attaque, » dit-il d’une voix grave. L'allusion fut immédiatement saisie ; tous les jeunes gens, y compris le chef, cédèrent la préséance aux anciens, et attendirent sur la rive que l’on eût transporté leurs aînés sur l’autre bord. Malgré la vivacité des rameurs, il fallait de six