LE DOC TEL' B ATTAQUE PAH UN LION
en même temps que moi ; mais derrière le hallier j'apercevais la queue du lion qu’il dressait avec colère; et, me retournant vers ceux qui accouraient, je leur dis d’attendre au moins que j’eusse rechargé mon fusil. Pendant que j’enfonçais les balles, j’entendis pousser un cri de terreur; je tressaillis et, levant les yeux, je vis le lion qui s’élançait sur moi. J’étais sur une petite éminence : il me saisit ù l’épaule, et nous roulâmes ensemble jusqu’au bas du coteau. Rugissant à mon oreille d’une horrible façon, il m’agita vivement comme un basset le fait d’un rat; cette secousse me plongea dans la stupeur que la souris parait ressentir après avoir été secouée par un chat, sorte d’engourdissement où l’on n’éprouve ni le sentiment de l’effroi ni celui de la douleur, bien qu’on ait parfaitement conscience de tout ce qui vous arrive ; un état pareil à celui des patients qui , sous l’influence du chloroforme , voient tous les détails de l’opération , mais ne sentent pas l’instrument du chirurgien. Ceci n’est le résultat d’aucun effet moral; la secousse anéantit la crainte et paralyse tout sentiment d’horreur, tandis qu’on regarde l’animal en face. Cette condition particulière est sans doute produite chez tous les animaux qui servent de proie aux carnivores; et c’est une preuve de la bonté généreuse du Créateur, qui a voulu leur rendre moins afTreuses les angoisses de la mort. Le lion avait l une de ses pattes sur le derrière de ma tête; en cherchant à me dégager de cette pression, je me retournai, et je vis le regard de l’animal dirigé vers Mébalué, qui le visait à une distance de quinze pas ; le fusil du maître d’école, un fusil à pierre, rata des deux côtés ; le lion me quitta immédiatement , se jeta sur Mébalué, et le mordit à la cuisse. Un individu, à qui j’avais sauvé la vie dans une rencontre avec un buffle qui l’avait jeté en l’air, essaya de donner un coup de lance au lion pendant que celui-ci attaquait Mébalué; l’animal, abandonnant alors le maître d’école, saisit cet homme par l’épaule; mais au même instant, les balles qu’il avait reçues produisant leur effet , il tomba frappé de mort. Tout cela n’avait duré qu’un moment et devait avoir eu lieu pendant le paroxysme de rage qu’avait causé l’agonie. Le lendemain, lesfiakatlas, pour faire sortir du corps de l’animal le charme dont ils s’imaginaient qu’il avait été doué, firent un immense feu de joie sur le cadavre du lion, l’un des plus gros, disaient-ils, qu’ils eussent jamais rencontrés. Non -seulement
j’avais eu l’humérus complètement écrasé, mais encore j’avais été mordu onze fois à la partie supérieure du bras.
La blessure que fait la dent du lion est analogue à celle d’une arme à feu ; elle est généralement suivie d’une abondante suppuration , d’un grand nombre d’escarres , et laisse une douleur qui se fait sentir périodiquement dans la partie blessée. Je portais ce jour-là une veste de laine épaisse qui, je le suppose, essuya tout le virus des dents qui me traversèrent le bras , car j’échappai aux souffrances particulières que subirent mes deux compagnons d’infortune, et j’en fus quitte pour une fausse articulation dans le bras gauche. Celui de nous trois qui avait été mordu à l’épaule me montra sa blessure l’année suivante ; elle venait de se rouvrir, précisément dans le même mois où elle lui avait été faite. Ce curieux incident mérite l’attention des hommes de science.
Les diverses tribus des Béchuanas se désignent entre elles par le nom de différents animaux ; usage qui semblerait prouver qu'autrefois ceux-ci étaient adorés chez elles , comme certains autres parmi les Égyptiens. Le mot Bakatla signifie textuellement : ceux (les gens) du singe ; Bakuéna, ceux de l’Alligator ; Batlapi, ceux du poisson ; et chacune de ces tribus ressent une crainte superstitieuse de l’animal dont elle porte le nom. Elles se servent aussi du mot bina (danser), relativement à la désignation qui leur a été donnée ; de manière que si vous voulez savoir à quelle tribu appartient un Béchuana , vous lui dites : « Que dansezvous ?» Il est probable que la danse faisait partie de leur ancien culte. Jamais ils ne mangent l’animal qui a donné son nom à leur tribu , et ils répondent par le mot ila ( haine ou terreur ), lorsqu’il est question de le tuer. On trouve, dans le pays, des traces d’anciennes tribus éteintes que représentent encore quelques individus, comme. par exemple les Bataous, ceux du lion; les Banogas, ceux du serpent. L’emploi du pronom ceux ou ils, bama, wa, va, ova, am-ki, etc., se retrouve dans presque tous les noms des tribus africaines. Mo ou lé désigne une seule personne; ainsi mokouain signifie un seul membre de la tribu des Bakouains ; et lékoa un seul homme blanc ou un Anglais, makoa plusieurs Anglais ’.
). L’s ajoute à la fin du mot pour désigner le pluriel constitue dès lors un
Je m’attachai à la tribu des Bakouénas ou Bakouains, dont le chef, nommé Séchélé, habitait Shokuané. J’avais été frappé tout d’abord de son intelligence et de la profonde sympathie qui nous attirait l’un vers l’autre ; cet homme remarquable a nonseulement embrassé la foi chrétienne, mais encore il s’est fait le missionnaire de son peuple.
Son grand-père, Mochoasélé, qui avait beaucoup voyagé, avait été le premier qui révéla aux Bakouains l'existence des hommes blancs. En 1808, deux Européens, qui probablement étaient le docteur Cowan et le capitaine Donovan, traversèrent le pays, descendirent le Limpopo et furent enlevés par la fièvre, ainsi que tous les individus qui les accompagnaient. Les docteurs ès pluie de l’endroit où ils moururent, craignant que les wagons de ces étrangers n'eussent le pouvoir de dissiper les nuages, les firent jeter dans la rivière , ainsi que me le raconta le fils de celui qui commandait la bourgade où périrent ces voyageurs ; il se souvenait d’avoir mangé de l’un des chevaux qu’avaient amenés les blancs, et il avait trouvé à la viande de cheval le même goût qu’à celle du zèbre. Ces voyageurs ne furent donc pas mis à mort , ainsi qu’on l’avait dit , par les Bangouaketsés , puisqu’ils étaient arrivés sains et saufs dans le pays des Bakouains. A cette époque, ces derniers étaient riches en bestiaux, et, parmi les preuves nombreuses que l'on a du dessèchement de la contrée, on montre des rivières où venaient boire autrefois des milliers de têtes de bétail, et qui, aujourd’hui, n’ont plus même assez d'eau pour désaltérer quelques vaches.
Séchélé était encore enfant, lorsque son père, appelé aussi Mochoasélé , fut assassiné par ses sujets , pour avoir enlevé les femmes des chefs qui lui étaient soumis. Ses enfants avaient été épargnés, et leurs amis prièrent Sébitouané, chef des Makololos, qui se trouvait alors dans ces parages , de les réintégrer dans la position qu’ils devaient occuper. Sébitouané entoura la ville des Bakouains pendant la nuit ; au moment où le jour commençait à paraître, il fit proclamer par son héraut qu’il était venu pour
pléonasme; nous l’emploierons néanmoins pour nous conformer à l’usage ; le docteur Livingstone met un s à Bakouains, à Baralongs, etc. ; il n’en met point à Makololo, Makalaka. Nous avons cru devoir l’ajouter partout, excepté à Bushmcn, où le pluriel est rendu sensible par le changement de terminaison.
(Note du traducteur .)
venger la mort de Mochoasélé, et ordonna immédiatement à ses hommes de frapper à grands coups sur leurs boucliers de peau. La panique fut extrême du côté des assiégés, qui s’enfuirent de la ville, comme on s’enfuit d’un théâtre où le feu vient d’éclater ; pendant ce temps-là les Makololos, avec une adresse qui n’appartient qu’à eux, décochèrent leurs javelines sur cette foule terrifiée. L’w'surpateur fut mis à mort ; et Séchélé, réintégré dans ses fonctions héréditaires, conserva pour Sébitouané un profond attachement. Les faits que je viens de rapporter me conduisirent plus tard, comme on le verra, à visiter la région nouvelle et fertile que ce même Sébitouané avait parcourue bien longtemps avant moi.
Séchélé épousa les filles de trois de ses chefs subalternes, qui, en raison du lien de parenté qu’ils avaient avec lui, ne l’avaient point abandonné pendant les mauvais jours. Cet usage est l’un de ceux qu’on emploie pour cimenter l’union de la tribu, dont le patriarcat est la forme gouvernementale; chaque homme, en vertu de sa paternité, est le chef de ses enfants; ceux-ci bâtissent leurs cases alentour de la sienne , et , plus sa famille est nombreuse, plus son importance est grande ; d’où il résulte que l’on considère les enfants comme de véritables bienfaits et qu’on les traite avec bonté. Au centre de chaque cercle de huttes se trouve une place, ayant un foyer, et qui s’appelle la kotla : -c’est dans cet endroit que tous les membres de la famille se rassemblent, qu’ils travaillent, qu’ils prennent leurs repas, et que se racontent toutes les nouvelles du jour. L’n pauvre s’attache à la kotla d’un riche ; il est dès lors considéré comme faisant partie de la famille. Un sous-chef a un certain nombre de kotlas autour de la sienne; et la réunion de toutes ces kotlas, dont celle du chef principal forme le centre, constitue la cité. Le cercle de huttes qui entoure immédiatement la kotla du chef est occupé par ses femmes et par tous ceux qui ont avec lui quelque lien de parenté ; il attache les sous-chefs à sa personne et à son gouvernement par des alliances avec leurs filles, qu’il épouse, comme le fit Séchélé, ou qu’il fait épouser à ses frères. Les gens riches du pays tiennent beaucoup à être alliés à de grandes familles; si vous rencontrez des étrangers et que les serviteurs de l’homme principal de la bande n’aient pas tout d’abord proclamé la parenté de celui-ci avec l’oncle de tel ou tel chef, vous entendez le
maître leur dire tout bas : « Apprenez-lui qui nous sommes. » Le serviteur commence alors, en comptant sur ses doigts, l’explication de l’arbre généalogique de son maître , explication qui se termine par cette nouvelle importante, que l’individu qui conduit la caravane est le demi-cousin de tel ou tel personnage illustre.
A l’époque où je le connus , Séchélé était donc à la tête des Ba— kouains. La première fois que je tentai d’officier en public, il me dit qu’il était d’usage parmi les gens de sa tribu, lorsqu’un nouvel objet leur était présenté, de questionner à cet égard celui qui apportait la chose nouvelle, et qu’il me demandait la permission d’en agir de même avec moi. Comme je lui dis que je répondrais très-volontiers à toutes les questions qu’il m’adresserait , il me demanda si mes ancêtres croyaient être jugés après leur mort ; je répondis affirmativement et je lui fis la description du « Trône où siégera dans toute sa gloire celui devant qui fuiront le ciel et la terre , » etc. « Vous m’épouvantez , me dit-il ; vos paroles ébranlent tous mes os, et la force m’abandonne. Mes ancêtres vivaient cependant à la même époque que les vôtres; pourquoi vos pères n'ont-ils pas envoyé dire aux miens ces effroyables choses ? Mes aïeux ont ainsi quitté la terre et ont passé dans les ténèbres sans savoir où ils allaient. » Je lui expliquai les obstacles que l’on rencontre au nord de son pays ; comment il avait fallu que la science, se développant peu à peu, nous permît d’arriver par le sud, où nous abordions au moyen de nos vaisseaux ; et je lui exprimai la confiance où j’étais que, suivant la parole du Christ, l’Évangile serait un jour connu du monde entier.
« Vous ne pourrez jamais franchir cette région, reprit-il en désignant le Kalahari ; vous ne parviendrez pas chez les tribus qui demeurent au delà du désert ; c’est complètement impossible, même pour nous autres noirs, excepté quand la pluie a été plus abondante qu’à l’ordinaire et qu’il en résulte une énorme quantité de melons d’eau ; nous qui connaissons la contrée, nous péririons certainement sans eux. » Je lui répétai que j’avais foi dans la parole du Christ , et nous nous séparâmes. On verra plus loin que Séchélé me prêta son assistance, et m’aida à traverser ce désert qui avait opposé à tant d’autres voyageurs une limite infranchissable.
Dès que l’occasion d’apprendre à lire lui fut donnée, Séchélé
s’y appliqua avec tant de zèle, que, d'une maigreur relative qu'il devait à sa passion pour la chasse, le défaut d’exercice le fit passer en peu de temps à un véritable embonpoint. M. Oswell lui apprit à connaître les chiffres, et il sut l’alphabet le premier jour de ma résidence à Ghonuané. Je ne vins jamais à la ville sans qu’il me pressât de lui lire quelques chapitres de la Bible ; il aimait beaucoup Isaïe et se servait, pour exprimer son admiration, delà phrase que mon professeur de grec, sir D. K. Sandford, employa une fois à l’égard de l’apôtre Paul, dont il lisait les épltres : « C’était un fameux homme que cet apôtre Paul !» « Un fameux homme que cet Isaïe ! » disait le chef des Bakouains.
Voyant combien j’avais à cœur de faire accepter la parole du Christ au peuple de sa tribu, il me dit une fois : « Vous imaginezvous qu’il suffit de parler à ces gens-là pour leur faire croire ce que vous leur dites ï Moi je ne peux rien en obtenir qu’en les battant; si vous voulez, j’appellerai mes chefs, et, au moyen de nos litupas ’, nous aurons bientôt fait de les décider à croire. » L’idée d'employer la persuasion pour convertir ses sujets , qu'il n’aurait pas daigné consulter sur quelque matière que ce fût, lui paraissait bouffonne; il trouvait qu’ils devaient.* s’estimer trop heureux d’embrasser le christianisme , dès l’instant qu’il le leur ordonnait. Séchélé ne cessait pas de déclarer à son peuple qu’il était pleinement convaincu de la vérité de l'Évangile, et ne manquait jamais, dans toutes les discussions qui s'élevaient à cet égard, de professer la foi chrétienne ; du reste, il agissait avec la même droiture dans tous les actes de la vie. Il sentit longtemps avant moi les difficultés de sa position et me disait souvent : « Combien je regrette que vous ne soyez pas venu dans ce pays-ci avant que nos coutumes m’aient enlacé de leurs filets ! » Effectivement, il ne pouvait pas renvoyer ses femmes sans faire preuve d’ingratitude envers leurs parents, qui avaient tout fait pour lui pendant ses jours d’adversité.
Dans l’espoir d’entraîner les autres à partager son attachement à la religion chrétienne, il m’invita à venir chez lui pour prier en famille ; je n’y manquai pas, et je fus surpris de la façon dont il formulait sa prière dans un style à la fois simple et élevé qui lui appartenait, car il possédait admirablement sa langue.
1 Fouets faits avec de la peau de rhinocéros.
Nous souffrions beaucoup, à cette époque, d'une sécheresse dont on verra plus loin les détails ; et, à l’exception des membres de sa famille, dont il exigeait la présence, personne ne se rendait à ces réunions pieuses. * Autrefois , me disait-il , quand un chef aimait la chasse, tout le monde se procurait des chiens et chassait avec passion; préférait-il la danse ou la musique, chacun manifestait un goût particulier pour ces divertissements ; et, s’il buvait beaucoup de bière, c’était à qui s’adonnerait à la boisson. Mais quelle différence dans cette- occasion-ci ! j’aime la parole de Dieu, et pas un de mes frères ne l’écoute avec moi. >• La famine qui résultait de la sécheresse et qui, dans l’esprit des habitants, s’associait à l’importation de la foi chrétienne, était surtout la raison qui éloignait les faux dévots ; une croyance qui, loin de remplir l’estomac , paraît nous condamner à souffrir de la faim, ne produit guère d’hypocrites.
Il y avait trois ans que Séchélé faisait profession de croire au christianisme et d’y être sincèrement attaché. M’apercevant néanmoins des difficultés de sa situation et compatissant d’ailleurs au sort de ses pauvres femmes, qui étaient de beaucoup les sujets les plus distingués de notre école, je ne désirais pas qu’il se pressât de les renvoyer et de recevoir le baptême ; d’autant plus que sa principale épouse, la seule qu’il dût garder, était bien la plus stupidement attachée aux vieux principes de la tribu. J’ai entendu dire que depuis lors elle s’était amendée ; mais que de fois je lui ai vu faire la moue et témoigner, par l’expression de sa figure, du mépris que lui inspiraient les idées nouvelles de son mari, qui, chaque fois qu'on célébrait l’office, était obligé de la renvoyer de l’église pour aller mettre sa robe !
Lorsqu’ enfin il vint me prier de le baptiser, je lui demandai simplement de quelle façon il croyait devoir agir, maintenant qu’il avait la Bible entre les mains et qu’il pouvait en faire la lecture. Il retourna chez lui, donna des vêtements neufs à ses femmes, ainsi que tous les objets qui garnissaient leurs cases, et les renvoya chez leurs parents avec la déclaration expresse qu’il n’avait rien à leur reprocher, et qu’il ne se séparait d’elles que pour se conformer à la volonté de Dieu.
Le jour où il se fit baptiser, avec ses enfants, un grand nombre de personnes assistèrent à la cérémonie; quelques-unes croyaient, d’après une calomnie qu’avaient répandue dans le
Sud les ennemis du christianisme, qu’en pareil cas on faisait boire aux convertis une infusion de cervelles d’hommes morts : elles furent très-étonnées de voir que l'eau seule était employée dans le baptême. Ayant vu des vieillards verser des larmes pendant tout le temps du service, je leur demandai en sortant, quelle avait été la cause de leur chagrin ; ils pleuraient de voir leur père s'abandonner lui-même, comme disent les Écossais à propos d’un suicide, et paraissaient croire que j’avais usé de magie à son égard , pour m’emparer de son esprit et de son cœur. C’est alors que commença une opposition que nous n’avions jamais éprouvée; tous les amis des femmes divorcées protestèrent contre la nouvelle religion, et l’on ne vit plus à l'église que les membres de la famille du chef et quelques autres personnes. Les habitants continuaient à nous traiter avec une bienveillance respectueuse ; mais Séchélé m’avouait qu'ils lui disaient de ces choses qui, autrefois, si on avait osé les lui faire entendre, auraient coûté la vie à leurs auteurs. Après tout ce que nous avions fait, il était dur de voir nos travaux obtenir aussi peu de résultats; mais nous avions semé le bon grain et nous savions qu’il germerait un jour, quoique nous pussions mourir avant d’en recueillir les fruits.
Dès notre arrivée chez les Bakouains , nous avions acheté une pièce de terre, bien que cette formalité fût superflue dans un pays où l’acquisition du sol était une chose complètement neuve. Il nous aurait suffi, pour nous conformer à l'usage, de faire la demande d’un terrain convenable et de nous y établir, ainsi qu’aurait pu le faire tout autre membre de la tribu ; mais nous expliquâmes aux habitants que nous voulions éviter les motifs de dispute qui pourraient naître un jour, à l’époque où la terre acquerrait de la valeur, ou si par hasard il prenait fantaisie à un chef peu raisonnable de réclamer notre terrain, lorsque nous aurions fait de grandes dépenses poury bâtir une maison. Ce raisonnement ayant paru très-juste, nous donnâmes des marchandises pour une valeur de cinq livres ', en échange du terrain qui nous fut accordé; nous convînmes, en outre, qu’une pièce de terre pareille serait concédée à tout autre missionnaire, quel que fût l’endroit où la tribu allât se fixer. Tous les Bakouains écoutèrent