Cent vingt-cinq francs
avec surprise les conditions de cette vente, qui sonnaient singulièrement à leurs oreilles, et que cependant ils s’empressèrent d'accepter.
Nous nous étions posés dans nos relations avec les membres de la tribu comme de simples étrangers, n’ayant aucun contrôle à exercer sur eux ; c’était par la persuasion que nous cherchions à influer sur leur esprit; et, après les avoir instruits en causant , non moins que par des leçons publiques, je les laissais agir suivant leur propre conscience; jamais nous n'avons désiré qu’ils lissent le bien simplement pour nous plaire, ni songé à nous croire responsables de leurs mauvaises actions. Notre enseignement améliorait l’esprit général; nous en avions la preuve dans les nouveaux mobiles qui agissaient sur la conduite du peuple; cinq fois nous avons empêché la guerre par notre seule influence sur l’opinion publique; et dans les affaires individuelles, où notre voix était méconnue, les parties ne se comportaient pas plus mal qu’avant notre arrivée. Comme toutes les peuplades africaines dont il sera parlé dans cet ouvrage, les Bakouains sont lents à se prononcer en fait de matières religieuses; mais, dans tout ce qui a rapport à leurs affaires, ils ont l’esprit pénétrant et la compréhension vive.
On peut les croire stupides quand la chose dont il s’agit est en dehors de leur sphère; mais, dans tout le reste, ils montrent plus d’intelligence qu’on n’en rencontre chez ceux de nos paysans qui n’ont pas reçu d’éducation. Us ont tous des idées très-exactes sur les bœufs, les vaches, les moutons et les chèvres; ils savent parfaitement quelle est la nature des pâturages qui conviennent à chacune de ces espèces d’animaux , et ils choisissent avec beaucoup de discernement les différents terrains qui sont le mieux appropriés aux diverses plantes qu’ils cultivent.
Les habitudes des animaux sauvages ne leur sont pas moins familières, et généralement ils possèdent bien les maximes qui formulent leurs idées morales et politiques.
L’endroit où nous nous étions établis d’abord, chez les Bakouains, s’appelle Chonuané, et fut visité la première année de notre séjour par une de ces sécheresses qui ont lieu de temps en temps, même dans les régions les plus favorisées de l’Afrique.
La croyance à la faculté de faire pleuvoir est l’un des articles de foi le plus profondément enracinés chez ces peuplades; le
chef Séchélé était lui-même un docteur célèbre dans cet art, et il croyait implicitement à son pouvoir. Il m’a souvent avoué qu’il lui était plus difficile de renoncer à cette croyance qu’à toutes celles dont le christianisme lui commandait l’abjuration.
Je lui expliquai que la seule manière possible d’arroser les jardins était de choisir quelque rivière ne tarissant jamais, de creuser un canal et d’irriguer les terrains adjacents. Il adopta immédiatement cette idée, et bientôt la tribu tout entière se dirigea vers le Kolobeng, cours d’eau situé environ à quarante milles 1 de Chonuané. L’expérience réussit admirablement pendant la première saison. Les naturels creusèrent le canal, firent le barrage en échange de l’assistance que je leur avais prêtée pour construire une habitation carrée à leur chef; c’est également sous ma direction qu’ils bâtirent leur école. Notre maison, située sur les rives du Kolobeng, qui donna son nom à l’établissement, était la troisième que j’avais élevée de mes propres mains. Un indigène m'avait appris à forger le fer ; et m’étant perfectionné dans cet art par les conseils de M. MofTat, qui m’enseigna en outre à charpenter et à jardiner, je devins assez habile dans presque tous les métiers ; comme , de son côté , ma femme savait faire les vêtements, le savon et la chandelle, nous réunissions à peu près tous les talents indispensables à une famille de missionnaire établie au centre de l’Afrique; position où le mari doit être un Jean-fait-tout au dehors, et la femme une servante à tout faire dans l’intérieur du ménage.
Mais il plut encore moins pendant la seconde et la troisième année; c’est à peine si, pendant ces deux ans, il tomba dix pouces d’eau , et le Kolobeng finit par se dessécher. Tant de poissons périrent par suite de cette circonstance, que toutes les hyènes du voisinage accoururent au festin et ne vinrent pas à bout de dévorer complètement ces masses putrides. Un vieil alligator, dont jamais on n’avait eu à se plaindre, fut également au nombre des victimes; on le trouva dans la vase, où il avait échoué.
La quatrième année ne fut pas plus favorable ; il ne tomba pas assez d'eau pour que les grains pussent parvenir à leur maturité. Rien n’était plus désolant. Nous creusions le lit de la rivière de plus en plus à mesure que l'eau tarissait, nous efforçant, mais