‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 44 sur 130 · Les Dieux ou les âmes dns morts · texte numérisé non relu

Les Dieux ou les âmes dns morts

Je suis allé à Katongo pendant mon séjour à Naliélé ; situé par 15° 16' 33" de latitude , le coteau boisé, sur lequel ce village est bâti , s'élève du fond de la vallée par une pente insensible , et a beaucoup de ressemblance avec la chaîne qui sépare le désert de la région du Nil. Mais ici, au lieu de froment, les Banyétis font venir du millet, du mais, du sorgho, dont le grain est magnifique et d’une blancheur admirable. Ils ont de beaux jardins où ils cultivent l’yam1, la canne à sucre, l'arum d’Égypte, la patate douce, l’arachide, le jatropha manihot, le jatropha utilissima , qui est une variété du précédent, mais à peine vénéneuse. Si l’on ajoute à ces produits les citrouilles, les melons, les haricots, les fruits sauvages qu’ils récoltent, les oiseaux d’eau , et l’énorme quantité de poisson que l'on trouve dans le fleuve et dans ses affluents , on comprendra facilement la prédilection des indigènes pour la vallée Barotsé.

De la crête du coteau, la vue est admirable; le jour où nous nous y sommes trouvés, les nuages couvraient le ciel du côté de l’ouest, et l’ombre empêchait le regard de s’étendre au loin et d’embrasser l’horizon ; mais le fleuve scintillait au fond du val ; de nombreux troupeaux de bêtes à cornes paissaient l’herbe verte autour des villages dont la vallée est parsemée ; des léchés pâturaient par centaines, mêlés tranquillement aux animaux domestiques, et sachant bien qu’il leur suffit d’être à deux cents mètres des habitations pour n’avoir pas à craindre les flèches des naturels. Aussitôt que les armes à feu pénètrent dans la région qu’elles habitent, les antilopes ne tardent pas à connaître la portée des balles , et se tiennent toujours à une distance de cinq à six cents mètres des stations dont elles approchaient auparavant.

Je supposais qu'en raison de la hauteur où il est situé , Katongo devait offrir toutes les conditions de salubrité que je cherchais dans le pays; mais les indigènes me répondirent que la fièvre y sévissait comme ailleurs. Lorsque les eaux se retirent, elles laissent à découvert une telle masse de vase et de débris de toute espèce, que les naturels eux-mêmes subissent cruellement l’influence des miasmes qui s’en dégagent. L’herbe y est si épaisse que l’on n'aperçoit nulle part le terreau noir qui forme le fond de ce lac périodique; elle y est si haute , que lorsqu'elle tombe en

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