‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 6 sur 130 · Soixante-quatre kilomètres et demi · texte numérisé non relu

Soixante-quatre kilomètres et demi

en vain , d'en puiser quelques gouttes pour empêcher les arbres fruitiers de mourir. Les aiguilles qu'on laissa dehors pendant plusieurs mois ne se rouillèrent pas; et toute la partie aqueuse d'un mélange d’acide sulfurique et d’eau, qui servait pour une pile électrique, s’évapora complètement, au lieu de s’accroître comme elle aurait fait en Angleterre. Les feuilles des arbres étaient ridées et amollies, bien qu’elles ne fussent pas mortes ; et celles du mimosa restaient fermées en plein jour comme elles le sont pendant la nuit.

Au milieu de cette effroyable sécheresse, rien n'était plus étonnant que de voir les fourmis aller et venir avec leur vivacité habituelle. J'enfonçai à midi la boule d’un thermomètre à trois pouces dans la terre, le mercure marqua de 132 à 134 degrés Farenheit1 2; si je plaçais à la surface du sol différents scarabées, ils expiraient au bout de quelques secondes; mais cette effroyable chaleur ne faisait qu’augmenter l’activité des fourmis noires à longues jambes. Elles ne sont jamais lasses ; il faut que leurs membres soient doués de la puissance que les physiologistes attribuent aux muscles du cœur de l'homme, et qui sera le partage de tous nos autres organes dans cette sphère supérieure où notre plus cher espoir est d’arriver un jour. Où ces fourmis pouvaient-elles prendre l’humidité qui leur est nécessaire ? Notre maison avait été bâtie sur une espèce de poudingue ferrugineux très-dur, afin d'empêcher les fourmis blanches d’y pénétrer; celles-ci n’y vinrent pas moins , en dépit de la précaution; et non-seulement elles purent, malgré cette chaleur desséchante, délayer le sol pour y former les galeries où elles vont et viennent à l’abri des oiseaux, mais lorsque nous ouvrîmes leurs chambres souterraines , nous y trouvâmes une humidité surprenante. 11 n’y avait cependant pas de rosée ; et la maison étant située sur le roc, elles ne pouvaient pas communiquer avec la rivière, qui coulait au pied de la colline, environ à trois cents mètres plus bas. Auraientelles, par une faculté qui leur serait propre, le moyen de créer de l’eau en combinant l’oxygène avec l’hydrogène des végétaux qui forment leur nourriture ’ ?

Cependant la pluie n’arrivait pas. Les Bakouains s’imaginè-

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