Cuncuma vocifer. Gray
déposer une belle pièce dans sa blague; il descend alors; sans se presser, mais en battant des ailes ; au bruit qu’il fait, le pélican relève la tête, et croyant sa lin prochaine, il pousse un cri d'effroi dont profite le rapace pour enlever ce qui se trouve dans le carnier du pêcheur. Le pélican ne poursuit pas l'aigle qui l’a dépouillé ; il reprend son travail, oubliant dans sa terreur qu’il a eu la poche pleine, ou peut-être sachant gré au noble oiseau qui s'éloigne, de lui avoir laissé la vie.
Un petit poisson de la taille du vairon, etqu'on appelle moshèba, monte à la surface de l'eau, qu’il rase sur une étendue de plusieurs mètres, afin de sortir dn sillage de nos pirogues. C'est au moyen de ses nageoires pectorales, dont il se sert comme le poisson volant , qu'il franchit cet espace ; toutefois il sautille, et l’on ne peut pas dire qu’il vole.
De nombreux iguanes, appelés mpoulous par les indigènes, se chauffent au soleil, sur les branches qui dominent le cours du fleuve, et plongent précipitamment dès qu'ils nous aperçoivent ; leur chair, tendre et gélatineuse, est très-estimée des naturels, et mon premier rameur tient à la main sa javeline pour frapper ceux des iguanes qui ne disparaissent pas trop vite. A chaque détour subit du fleuve, de gros alligators, que nous effrayons tout à coup, glissent du rivage et tombent lourdement au fond de l’eau.
Entre Katima-Molélo et Naméta, les rapides, beaucoup moins rapprochés, sont éloignés de quinze à vingt milles les uns des autres ; l’eau profonde qui les sépare, renferme de grands troupeaux d’hippopotames, et l’on voit partout sur la rive les sillons creusés par ces animaux lorsqu’ils vont paître chaque nuit. Une fois sortis du fleuve, c’est par l’odorat qu’ils retrouvent l’endroit où il est situé ; mais lorsqu’il a plu pendant longtemps, il leur est impossible de retrouver leur chemin , et ils deviennent bientôt la proie du chasseur qui profite de leur détresse.
Je ne pourrais pas dire le nombre d’hippopotames dont l’une de ces bandes est composée, car ils sont presque toujours cachés sous l’eau; mais à en juger par les têtes qui se montrent successivement à la surface du fleuve afin d’aspirer l’air, j’ai tout lieu de penser que leurs troupeaux sont nombreux. Us recherchent les endroits où la rivière est paisible, afin de n’avoir pas à lutter contre le courant qui les entraînerait et de pouvoir dormir tranquil-
lement. Ils passent toute la journée à sommeiller et à bâiller sans rien voir autour d’eux, bien que leurs, paupières soient ouvertes. Les mâles profèrent une succession de ronflements qui se font entendre à un mille de distance ; l’un d’eux, complètement caché dans l’eau et sur lequel passe ma pirogue, pousse un grognement très-marqué.
Pendant son premier âge, le petit de l’hippopotame se tient sur le cou de sa mère, et celle-ci, connaissant le besoin que le jeune amphibie a de respirer plus souvent qu’elle, parait fréquemment à la surface de l’eau. C’est un animal qui a peu d’intelligence ; toutefois la crainte du danger développe chez lui une certaine réflexion. Dans le Zambèse, il respire à pleine poitrine, la tête complètement sortie du fleuve, tandis qu’ailleurs, dans les rivières de Londa, où on lui fait une chasse active, il se tient caché au milieu des plantes aquatiques, ne met à l’air que ses naseaux, et respire si doucement qu’on ne se douterait pas qu’il existe , sans les empreintes que ses pieds ont marquées sur la rive.
MANIÈRE DONT LA «MELLE DE L'HIPPO?OTAME PORTE SON PETIT QUAND IL EST JEl NB,