Colobo à camail
DANS L'AFRIQUE AUSTRALE, leur avait dit que nous étions venus de la mer, cela ne signifiait pas que nous étions sortis du fond de l’eau ; mais cette fable avait été largement répandue dans les contrées du centre par les Mambaris, et cette fiction avait trop de charme pour n’être pas exploitée par les gens qui composaient mon escorte ; aussi ne manquaient-ils point, lorsque je ne pouvais pas les entendre, de se vanter d’être conduits par un véritable homme-sirène. « Voyez plutôt sa chevelure! » s’écriaient-ils avec orgueil. Et quand ils me parlaient des individus qu’ils avaient harangués, ils medisaient que ces gens-là avaient bien envie de voir mes cheveux.
Comme les étrangers dont il était question avaient la tête couverte de laine, ainsi que les gens qui m’en parlaient, il me fallut renoncer à l’espérance de voir quelque chose de plus, en fait d’Européens, que deux mulâtres portugais faisant le commerce d’ivoire, de cire et d’esclaves.
16 janvier. — Après une marche assez courte, nous arrivons dans une vallée charmante ayant à peu près un mille et demi de largeur, et qui, se dirigeant à l’est, va rejoindre une prolongation peu élevée du Monakadzi ; un cours d’eau serpente au milieu de ce vallon plein de fraîcheur; et sur un petit ruisseau qui , de l’occident, vient se jeter dans cette rivière sinueuse, est située, par 12° 37’ 35" latitude sud et 22<) kT longitude est, la ville de Kabompo ou plutôt de Sliinté, car c’est le nom qu’il préfère
Lorsque Manenko jugea que le soleil était assez élevé dans sa course pour que nous pussions faire une entrée qui nous portât bonheur, nous nous dirigeâmes vers la ville, qui est cachée au milieu d’un bosquet de bananiers et d’autres arbres des tropiques d’une végétation luxuriante. Les rues sont droites et contrastent complètement avec celles des Béchuanas, qui sont des plus tortueuses. C'est là que nous vîmes pour la première fois des huttes carrées, à toiture ronde, construites par des indigènes. Les palissades, ou plutôt les murailles qui renferment les cours, sont merveilleusement alignées; elles se composent de perches dressées à quelques pouces de distance les unes des autres, et cette distance est remplie avec de grandes herbes ou des broussailles feuillues soigneusement enlacées. Nous avons trouvé dans ces enclos de petites
I. Chez toutes ccs peuplades, les villes sont désignées par le nom du cher qui les gouverne.
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plantations de tabac, de canne à sucre, de bananiers, et une solanée dont les Balondas sont extrêmement friands. Les perches qui forment les palissades reprennent souvent racine, et des arbres de la famille du ficus indica sont plantés à l’entour, alin de procurer de l’ombreaux habitants, qui ont d’ailleurs pour ces arbres une sorte de vénération. Des chèvres broutaient çà et là autour des huttes, et lorsque nous apparûmes, une foule de nègres, tous complètement armés , se précipitèrent vers nous comme s’ils avaient voulu nous dévorer. Quelques-uns avaient de3 fusils, mais la manière dont ils les portaient montrait suffisamment qu’ils étaient plus habitués à se servir de l’arc et des flèches qu’à manier les armes des blancs; enfin, après nous avoir entourés et regardés pendant une heure , ils commencèrent à se disperser.
Les deux mulâtres portugais dont nous avions entendu parler avaient érigé leur camp vis-à-vis de l’endroit où nous devions établir le nôtre. L’un d’eux, qui était contrefait, chose rare dans ce pays-ci, vint nous faire une visite que je lui rendis le lendemain matin. Son compagnon, un homme de grande taille, était d’un jaune maladif qui le faisait paraître plus blanc que moi; mais il avait la tête garnie d’une couche épaisse de laine qui rendait toute méprise impossible. Ces mulâtres possédaient une bande de jeunes filles qu’ils tenaient enchatnées, et qui arrachaient avec une houe les grandes herbes dont le sol était couvert en face de leur bivouac. Ils arrivaient du pays de Lobalé où ils avaient acheté leurs esclaves ; ils étaient en outre accompagnés d’un certain nombre de Mambaris, et tout cela était conduit militairement, au son du tambour et de la trompette, suivant le système des colons portugais. C’était la première fois que les gens de ma suite voyaient des esclaves enchaînés. «Ce ne sont pas des hommes, s'écriaient-ils (voulant dire par là que c’étaient des animaux), ce ne sont pas des hommes qui traitent leurs enfants de la sorte. »
Les Balondas sont de véritables nègres, ayant sur la tête et sur le corps une plus grande quantité de laine que pas un Cafre ou un Béchuana. Ils sont en général d’une couleur très-foncée ; on en trouve cependant quelques-uns dont la peau est d’une teinte assez claire. Une grande partie des eslaves qui ont été jadis exportés au Brésil étaient nés dans cette région du continent africain; mais, en dépit de la ressemblance qu’ils ont dans leur ensemble avec le nègre typique, je n’ai jamais pu croire, après