‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 7 sur 130 · De 55 à 56* centigrades · texte numérisé non relu

De 55 à 56* centigrades

2. Je parlerai plus loin d’un insecte qui, dans les environs d’Angola, distille chaque nuit une quantité d’eau considérable.

rent que j’avais lié Séchélé par un charme quelconque ; et je reçus plusieurs députations des anciens delà tribu qui venaient me supplier de lui permettre de produire seulement quelques ondées. « Si vous refusez, disaient-ils, le blé mourra et nous serons dispersés; laissez-le faire pleuvoir encore une fois; et nous tous , hommes , femmes et enfants , nous irons à l'école et nous chanterons des prières aussi longtemps que vous voudrez.» C’est en vain que je leur affirmais que tout mon désir était de voir Séchélé faire en toutes choses ce que lui dictait sa conscience; et je souffrais vivement de leur paraître insensible.

Parfois des nuages s’amoncelaient au-dessus de nous , faisant naître l’espoir; le grondement du tonnerre semblait présager une averse abondante; mais c’était encore plus rare que les beaux jours à Londres, et le lendemain matin le soleil se levait dans un ciel d’une pureté qui nous désespérait.

Les indigènes, trouvant fort pénible d’attendre dans l’inaction que Dieu voulût bien leur envoyer de la pluie, entretenaient l’idée consolante tju’ils pouvaient l’attirer par différentes préparations telles que des chauves-souris carbonisées, l’urine épaissie du daman de montagne ( lhjrax capensis), qu’ils prennent aussi en pilules comme antispasmodique, sous le nom de sueur en pierre'; ils employaient également certaines parties intérieures de divers animaux, telles que le foie du chacal, le cœur du babouin et du lion, certains calculs formés de poils qu’on trouve dans les entrailles des vieilles vaches, des peaux et des vertèbres de serpents et toute espèce de plantes, de bulbes, de tubercules et de racines que l'on peut rencontrer dans le pays.

Quelle que soit votre incrédulité dans la puissance des Bakouains à obtenir que les nuages répandent leurs ondées bienfaisantes , la politesse étant nécessaire partout , vous leur dites avec douceur qu’ils s'abusent relativement au pouvoir qu’ils s’attribuent sur l’atmosphère; le docteur ès pluie choisit alors une certaine racine bulbeuse, la pèse et en administre une infusion froide à un mouton qui expire cinq minutes après; une partie de cette même racine est convertie en fumée et s’élève vers le ciel ; le surlendemain il vient à pleuvoir, et la conséquence que l’on en

1. Cette urine, qui est toujours déposée au même endroit par le daman, ainsi que le pratiquent certains autres pachydermes, se transforme sous l’action du soleil en une substance noire et poisseuse, d’où lui est venue cette dénomination.

tire est facile à comprendre. De nos jours même, cette logique serait tout aussi triomphante en Angleterre , si nous avions subi une aussi longue sécheresse.

Comme les Bakouains supposaient qu’il devait y avoir une relation quelconque entre l'annonce de la parole divine dans leur village et ces années désastreuses, ils regardaient la cloche de l’église d’un assez mauvais œil ; mais le respect et la bienveillance qu’ils nous témoignaient ne se démentirent pas un instant. Je n’ai jamais eu, du moins que je sache, un seul ennemi dans la tribu ; le seul reproche qu’on m’y ait adressé sortit de la bouche d’un homme influent et plein de sens, qui était l’oncle deSéchélé. « Nous vous aimons autant que si vous étiez l'un des nôtres, me dit-il; vous êtes le seul homme blanc avec qui nous puissions devenir familiers (thoaëla) ; mais nous voudrions vous voir abandonner ces prédications et ces prières continuelles ; nous ne pouvons pas nous habituer à cela; vous le voyez vous-même, il nous est impossible d’obtenir de la pluie, tandis que les tribus qui ne prient jamais en ont abondamment. » Le fait était vrai ; nous voyions souvent pleuvoir sur des collines situées à peine à dix milles de Kolobeng, et nous n’avions pas une goutte d’eau. Je crains, s’il en était innocent, d’avoir plus d'une fois maudit le prince qui dirige l’atmosphère.

Quant aux docteurs ès pluie , ils avaient toutes les sympathies du peuple, et non pas sans motifs. Pour bien comprendre la force de leurs arguments, que je vais citer plus bas, il faut se placer à leur point de vue, et se persuader, comme ils le font tous, que les médicaments agissent par une sorte de magie ; c’est même par le mot charme que l’on doit traduire celui qui, dans leur langue, désigne un remède quelconque.

le docteur en médecine. Bonjour, ami ! que de drogues autour de vous ! Ce pays-ci produit donc toute espèce de médicaments?

le docteur ès pluie. Oui , mon ami , et je vais en faire bon emploi, car toute la contrée a bien besoin de la pluie que je suis en train de faire venir.

le docteur en médecine. Ainsi, vous croyez réellement que vous pouvez commander aux nuages? Quant à moi, je crois que Dieu seul en a la faculté.

le docteur ès pluie. Nous avons tous les deux la même croyance : c’est Dieu qui fait la pluie ; mais, au moyen de ces

philtres, je le conjure de nous l’envoyer; et, la pluie survenant, il est clair que c’est à moi qu’elle est due. Je m’en suis chargé pendant bien longtemps pour les Bakouains, lorsqu’ils étaient à Shokuané ; interrogez-les , ils vous diront tous la même chose.

le docteur en médecine. Mais Notre-Seigneur nous a dit nettement, par ses dernières paroles, que c’est en son nom seul que nous pouvons prier Dieu d'une manière efficace.

le docteur ès pluie. Il vous l’a dit; mais Dieu nous a parlé différemment. Il nous a créés les premiers, et il nous aime bien moins que les blancs. Il vous a donné la beauté, des vêtements, des fusils, de la poudre, des chevaux, des chariots, et beaucoup d’autres choses qui nous sont inconnues. Pour nous , il est sans amour et ne nous a donné que le bétail, l’asségai 1 et la faculté de faire pleuvoir. Il ne nous a pas même fait un cœur pareil à celui des blancs ; nous ne nous aimons pas les uns les autres. Les tribus voisines mettent des talismans autour de notre pays afin d’empêcher qu’il n’y pleuve, pour que nous soyons dispersés par la faim et que nous allions augmenter leur puissance en nous réfugiant dans leurs villages ; il faut bien que nous détruisions leurs charmes par les nôtres. Dieu nous a donné une seule chose que vous ne connaissez pas, c’est la science de faire pleuvoir. Malgré notre ignorance, nous ne méprisons pas les dons que vous possédez ; nous ne comprenons rien à votre livre, et pourtant nous le respectons ; vous ne devez pas mépriser notre petit savoir, bien qu’il se rapporte à ce qui vous est caché.

le docteur en médecine. Je ne méprise pas ce que j’ignore; je crois seulement que vous vous trompez quand vous dites que vos préparations peuvent avoir de l’influence sur les nuages.

le docteur És pluie. C’est justemement là ce que disent tous les gens qui parlent d'une chose qu'ils ne savent pas. Lorsque nos yeux se sont ouverts, nous avons trouvé nos anciens qui savaient faire pleuvoir, et nous marchons sur leurs traces. Vous qui envoyez chercher du maïs à Kuruman et qui arrosez vos jardins , vous pouvez vous passer de pluie , mais nous , c’est impossible ; et, si nous n’avons pas d’eau, le bétail sera sans pâture, les vaches n’auront pas de lait, nos enfants périront, nos femmes s’enfui-

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