‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 62 sur 130 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Déversoir entre les rivières du Midi et celles du Nord. — Vallée profonde.

— Ponl rustique. — Fontaines au versant des coteaux. — Village de Kabinjé. — Heureux effet de la foi au pouvoir des charmes. — Demande de poudre et de calicot anglais. — Le Kasaï. — Tour vexatoire. — Disette. — Absence de gibier. — Demande déraisonnable de Katendé. — Grave offense. — Droit de péago sur un pont. — Avidité des guides. — Vallées inondées. — Traversée à la nage du nuana Loké. — Observations des Makolulos sur la fécondité de ces terres incultes. — Différence de couleur dieu les Africains. — Arrivée nu village des Chiboqucs. — Impudent mensonge du chef. — Notre camp est entouré par ses guerriers.

— Leurs exigences. — Perspective de combat. — Changement de route.

— Été. — Fièvre. — Ruches et coucou indicateur — Instinct des arbres.

— Le bœuf Sinbad. — Absence d’épines dans les forêts. — Plante particulière aux jardins abandonnés. — Mauvais guides. — Insubordination réprimée. — line bande de voleurs. — Embarras croissants. — Village d'Iango l’aura. — Contrariétés produites par les marchands Bangalas. — Découragement des hommes de ma suite. — Leur détermination.

24 février. — Après avoir franchi les plaines submergées qui touchent au Dilolo, nous entrons sur un territoire que l’inondation n'atteint pas, et dont les villages reconnaissent l’autorité d’un chef qu’on appelle Katendé ; arrivé là, je découvre avec surprise que les terres plates que nous venons de traverser forment un déversoir entre les rivières du Nord et celles du Midi : car les eaux du district où nous sommes actuellement prennent une direction septentrionale pour aller se jeter dans le Rasai ou Loké, tandis que les rivières que nous avons rencontrées jusqu’à présent coulaient toutes vers le Sud.

Nous sommes parfaitement accueillis au premier village où nous nous arrêtons, et, comme nous y trouvons des gens de bonne volonté qui s'offrent à nous servir de guides, nous congédions ceux que nous avait donnés Ratéma. Nous nous dirigeons vers le nord-ouest, et nous arrivonsà la première vallée réellement profonde que j’aie rencontrée depuis mon départ de Kolobeng. Un

ruisseau arrose le fond du val, situé à cent ou cent vingt mètres au-dessous du niveau des plaines qui couronnent les deux côtés du plateau ; des arbres d’une grande élévation croissent en lignes épaisses le long des bords de cette petite rivière, et de belles fleurs émaillent le terrain qui les entoure. Nous traversons un pont rustique, où nous avons de l’eau jusqu’au-dessus des genoux ; et après avoir franchi la côte opposée et marché pendant deux heures, nous arrivons à une autre vallée tout aussi belle, et dont le milieu est également arrosé par un ruisseau limpide. On trouvera sans doute puéril que je m’arrête à noter un événement d’aussi peu d’importance que la rencontre d’une vallée : c'est une chose qui est si commune en tous pays ! mais comme les vallons que je viens de citer sont des embranchements du val où est situé le lit du Kasai, et que cette rivière, ainsi que ses affluents, s’alimente d’une façon toute spéciale, aux flancs mêmes des coteaux de la vallée qu’elle traverse, le lecteur m’excusera d’appeler son attention sur la nature plus accidentée de la région où nous sommes.

On remarque, en différents endroits, sur le versant des coteaux qui forment ces vallées, des sources filtrantes environnées d’arbres élancés toujours verts, à larges feuilles, et de la même espèce que ceux dont les bords de la rivière sont garnis ; une herbe serrée y tapisse généralement la terre, et c’est moins une fontaine qu’un marécage ; l’eau s’en écoule lentement, elle glisse goutte à goutte dans le ruisseau qui est au fond du vallon, et ces fontaines verdoyantes sont assez nombreuses pour donner au paysage un cachet particulier. Il est évident qu'elles sont produites par l'infiltration des eaux qui couvrent les plaines supérieures pendant plusieurs mois de l’année, et que la différence que l’on remarque entre la végétation vigoureuse qui entoure ces fontaines filtrantes et les arbres chétifs que l’on trouve sur le plateau , résulte du dessèchement prolongé auquel le terrain de la plaine est soumis, après avoir été inondé pendant une période plus ou moins longue.

Nous arrivons dans la soirée au village de Kabinjé ; celui-ci nous envoie du tabac, du mais et du mutokuané ou bang ', par le messager que nous lui avons adressé pour lui faire part de

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