Par 10® 25' latitude sud, 20* 15' longitude est
cabane ; l’un d’eux est pris par mes gens, comme il se baissait pour pénétrer dans la hutte , dont la porte n’est pas plus haute que celle de la niche d’un chien , et reçoit un coup de lance dans la partie la plus charnue de son corps.
Les fusils sont retrouvés et rendus, mais les perles ont disparu sans retour, et je n’ai pas de quoi les remplacer; j’ai beau expliquer aux marchands que ce n’est pas nous qui avons commis ce vol, ils répondent que les voleurs ont été amenés par moi, et que j’en suis responsable. Ces trafiquants appartiennent à la tribu des Bangalas , chez qui l’exaction est maintenant une habitude , et comme nous devons , avant peu , traverser leur territoire, j’ai le plus grand désir de terminer ce différend. Mes Zambésiens ont offert leurs anneaux, leurs coquilles; je propose d’y joindre le reste de mes grains de verre et de mes chemises : rien ne peut les apaiser. On nous reproche de n’être venus au village que parce qu'on nous y a forcés, d’avoir contraint les guides à nous accompagner malgré eux, de n’avoir pas su qu’ils avaient fait venir les marchands bangalas ; on met à notre charge tous les torts dont nous avons à nous plaindre , et l’affaire ne peut se régler que si nous donnons un bœuf et une défense d’éléphant. Je comprends que les indigènes qui sont partis de l’intérieur pour se rendre à la côte , n’aient jamais pu parvenir à leur destination. Mes Zambésiens sont tellement découragés, que plusieurs d’entre eux proposent de retourner à Linyanti ; mais la perspective de revenir sur mes pas, quand nous touchons au seuil des établissements portugais, me désespère, et je ne peux pas l’accepter. J’emploie tous les moyens de persuasion qui sont en mon pouvoir, et, après avoir déclaré à mes hommes que, s’ils retournent chez eux, je poursuivrai seul mon voyage, je rentre sous ma tente et j’élève ma pensée vers Celui qui entend nos soupirs. La toile s’écarte bientôt, j’aperçois la tête du lidèle Mohorisi ; « Nous ne voulons pas vous quitter, me dit-il; ne vous attristez pas ; nous vous suivrons partout où vous irez; c’est l’injustice des Chiboques et des Bangalas qui nous a découragés un instant. » Ils viennent tous les uns après les autres , et avec leur simplicité naïve ils me disent de me consoler, ■ qu’ils sont tous mes enfants, qu’ils ne reconnaissent pour chefs que Sékélétou et moi, et qu’ils mourraient volontiers pour me défendre; que s’ils ne se sont pas battus avec les Chiboques , c’est pour ne pas me désobéir; qu’ils
ont parlé tout à l’heure dans l’amertume de leur esprit, et parce qu'ils sentaient qu'ils ne pouvaient rien dans cette occasion ; mais que, si nos ennemis nous attaquent, je verrai bien ce qu’ils sont capables de faire. »
Le bœuf que nous offrons aux Chiboques est refusé, parce qu’il a perdu le bout de la queue; Ionga s’imagine qu’on le lui a coupé afin d’introduire un charme dans la plaie ; je propose à mes gens de faire subir la même opération aux bœufs qui nous restent, afin d’empêcher qu’on n’en veuille. Cette idée, qui les fait beaucoup rire, est mise immédiatement à exécution ; et bien qu’on n’ait pas l’air de s’inquiéter des maléfices pratiqués sur nos bêtes, personne depuis lors ne nous a tourmentés pour avoir un de nos bœufs.