‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 68 sur 130 · Elle s'appelle également vallée de la Cassangé · texte numérisé non relu

Elle s'appelle également vallée de la Cassangé

PAYSAGE DE LA PROVINCE D'ANGOLA — MASHILA OU PALANQUIN ANGOLAIS, BAOBAB ET EUPHORBES.

de terre, des haricots, des choux, des oignons, des tomates, enfin tous les légumes que l’on mange en Europe ; on y voit aussi des bananiers et des goyaviers qui doivent, à en juger d'après leur nombre et leur taille, dater de l'époque où le pays appartenait aux indigènes ; mais les orangers, les ananas, les figuiers, et les anacardiers ne sont plantés que depuis peu de temps. Les trente ou quarante négociants c{ui habitent Cassangé, font tous partie de la milice dont ils sont officiers ; quelques-uns d’entre eux se sont enrichis en confiant à des Pombeiros (commerçants natifs) une certaine quantité de marchandises que ceux-ci vont porter au loin dans l’intérieur du continent.

Il existe dans le royaume d’Angola une ancienne loi qui défend aux Portugais de franchir la frontière; d’après cette loi, tout négociant européen qui est tué en dehors de la colonie , est considéré comme ayant été l’agresseur dans la lutte où il a trouvé la mort; on a voulu par là éviter de punir les indigènes qui auraient été provoqués à répandre le sang portugais. Cette mesure est la preuve d’une impartialité que nous sommes loin d’avoir dans nos rapports avec les Cafres , à qui nous faisons la guerre sans nous être demandé si les premiers torts n’appartiennent pas à nos colons.

Toutefois, malgré les gouverneurs qui ont essayé de faire revivre cette loi, les négociants de Cassangé étendent peu à peu leurs relations sur les rives du Uuango. D'après ce que j’ai pu voir pendant les huit jours que j’ai passés chez eux , ils m'ont semblé dans une situation prospère. Je suis pour ces bons Portugais un objet de curiosité s’il en fut ; ils m’ont pris tout d’abord pour un agent du gouvernement anglais envoyé en Afrique au sujet de la traite des nègres ; à présent qu'ils connaissent ma profession , ils ne peuvent pas deviner quel rapport peut exister entre les devoirs d’un missionnaire et les calculs astronomiques dont ils me voient fort occupé. « Est-ce que tous les missionnaires sont docteurs en médecine? m’est-il souvent demandé ; mais vous êtes donc aussi docteur en mathématiques?» Il faut que vous soyez plus qu’un missionnaire pour savoir calculer la longitude.... Quel grade occupez-vous dans l’armée? » Toutes ces questions me sont continuellement adressées. La raison que je leur donne pour justifier mes moustaches paraît les satisfaire, en ce qu’elle explique pour quel motif les hommes

Uii EXPLORATIONS

ont de la barbe et les femmes n'en ont pas; mais ce qui est, pour tous les Portugais que je rencontre, une incroyable anomalie, c’est qu’appartenant au sacerdoce je puisse avoir une femme et quatre enfants. Lorsqu’ils m’interrogent à cet égard, je leur demande à mon tour s’il ne vaut pas mieux être marié que d’avoir des enfants sans l’être. Quelle que soit leur opinion sur ce chapitre, ils n’en sont pas moins hospitaliers et m’invitent généreusement à rester avec eux pour jouir des fêtes de Pâques.

16 avril. — On célèbre aujourd’hui l’anniversaire de la résurrection de Notre-Seigneur; il n’y a pas de prêtre à Cassangé, et c’est moins une solennité religieuse qu'une réjouissance publique. Les gens de couleur ont habillé un mannequin, destiné à représenter Judas Iscariote ; ils l’ont monté sur un bœuf et ils le promènent dans toute la ville ; c'est à qui prodiguera les malédictions et les insultes au misérable juif que le mannequin a la prétention de figurer. Tous les indigènes, vêtus d’étoffes aux couleurs éclatantes, vont souhaiter une bonne fête aux principaux négociants , dont ils espèrent bien recevoir un cadeau en échange. Ce présent consiste la plupart du temps en indienne que le donataire n’accepte pas toujours, mais dont le refus n’a rien qui blesse le donateur.

Vers dix heures du matin, nous nous rendons chez le commandant ; à un signal donné , deux des quatre pièces de canon qui composent l’artillerie de Cassangé commencent une salve qui dure quelque temps, à la grande admiration de mes hommes qui se font une idée superlative de la puissance du canon. Le drapeau portugais est déployé au son des trompettes en signe de joie, à propos de la résurrection du Sauveur, et le capitaine Neves invite les principaux habitants du lieu à venir prendre leur part d'un festin qu’il s’est efforcé de rendre digne de la circonstance. Tous les fruits étrangers, tous les vins de Portugal, sont à profusion sur la table, où l’on voit en même temps des biscuits d'Amérique, du beurre de Cork et de la bière d’Angleterre. Après le repas on se met à jouer aux cartes, ce qui est le divertissement ordinaire, et l’on continue jusqu’à onze heures du soir. Il m’a semblé que les habitants de Cassangé étaient polis et obligeants entre eux. La fièvre est très-commune dans l’endroit qu’ils habitent, et la plupart ont une hypertrophie de la rate. Il n’y a dans la ville ni médecin , ni pharmacien , ni maître d’école.

ni prêtre, et quand on est malade on se fait soigner par un ami et l'on espère en Dieu. Au reste, comme il arrive toutes les fois que l'homme est abandonné à lui-mème, l'instinct médical des habitants est assez développé ; ils ont, à l’égard des maladies les plus communes dans le pays, des idées très-justes, et ils ne manquent pas de se communiquer entre eux les découvertes que l'expérience ou le hasard a pu leur enseigner.

Aucun de ces Portugais n’a sa femme avec lui ; généralement ils ne viennent ici qu’avec l’intention de gagner quelque chose et de retourner à Lisbonne ; ce qui nuira toujours au succès de la colonie. La plupart ont des enfants avec des femmes de l’endroit; et pour moi, qui ai vu à l’égard des mulâtres les préjugés ridicules dont on les rend victimes , j’ai été vraiment heureux de la manière dont les gens de couleur sont traités par les Portugais de cette province. Il est très- rare qu'ils abandonnent leurs enfants, chose qui est si commune dans le Midi; bien loin de les repousser, le père les fait asseoir à sa table et s’occupe de leur avenir comme s'ils étaient Européens. Les mulâtres employés en qualité de commis par les négociants partagent les repas du maître, et cela sans se préoccuper de la différence de couleur. Je sais bien que le nombre des blancs est si peu de chose en comparaison de celui des noirs, que cette position le3 oblige à certains ménagements; toutefois je n'ai vu nulle part d'aussi bons procédés entre les indigènes et les Européens. Si quelquesuns des colons de nos frontières avaient la certitude que le gouvernement anglais refusera de soutenir leurs prétentions arrogantes, nous n’aurions pas tant à nous plaindre de l’hostilité des Cafres ; c’est l’insolence des uns qui produit celle des autres.

Du plateau de Cassangé, l’œil embrasse une grande partie de la vallée du Quango ; c'est une plaine étendue, légèrement ondulée, couverte d’herbe et parsemée de grands bois ; une chaîne de montagnes, appelée Tala Mungongo *, s’élève à une distance d’à peu près vingt milles et forme la rampe occidentale de la vallée ; sur l’ancienne carte portugaise qui m’a servi pour me diriger dans mon voyage, elle porte le nom de Tala Mugongo.qui signifie château de rocs, et la source du Coanza y est placée, tandis

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