I. Tala Mungougo, littOialemeul : Contemplez la montagne
KXPLüHATIUjSS
que cette rivière, que nous ne rencontrerons qu’en approchant de Pungo Andongo, prend naissance bien plus loin au sud-ouest dans les environs de Bihé. Il est étjmnant qu’on n’ait pas. rectifié les erreurs qui ont été publiées sur cette région ; le capitaine Neves, et quelques autres, ont sur le cours des rivières de ce pays-ci des données positives qu’ils communiquent volontiers ; et cependant, sur les nouvelles cartes qui ont été envoyées d’Angola en Europe, le Quango et le Coanza sont représentés comme étant la même rivière, et Cassangé est placé à peu près à cent milles de la situation qu'il occupe. C'est sans doute au fréquent emploi du même nom qu’il faut attribuer la méprise qui a fait confondre les deux fleuves que nous venons de citer ; nous avons traversé plusieurs Quango, mais tous insignifiants, excepté celui qui sert de drain principal à cette vallée. La répétition des noms de chef, comme celui de Catendé, par exemple, n’est pas moins embarrassante : aussi, pour ne pas augmenter la confu- * sion, déjà trop grande, qui existe entre les différents points des pays que j’ai visités, me suis-je abstenu de les baptiser de nouveau.
La vallée de Cassangé est couverte de villages ; mais ils n’ont pas de situation permanente , et l’on dit qu’ils étaient bien plus nombreux avant l’expédition que les Portugais firent contre les Bangalas en 1850.
Comme je l’ai dit plus haut, cette vallée est d’une fertilité excessive; mes Zambésiens ne se lassent pas d’admirer combien elle serait propre à la culture du sorgho ( holcus torghum), et ils s’irritent du peu de terrain que les habitants ont défriché. La terre n’a jamais besoin d’être fumée; seulement, plus elle a été cultivée, plus les récoltes sont abondantes ; le sol vierge y donne moins qu'un ancien jardin et, à en juger d’après le manioc et le mais que je vois dans un champ de vieille date, je n'ai pas de peine à croire que ces plantes y soient parvenues au plus grand développement qu’elles puissent jamais atteindre. Les bêtes à cornes y réussissent également bien , et cette puissance de fécondité sans exemple est presque entièrement perdue. Les Portugais, ainsi que les mulâtres, dirigent toutes leurs pensées, tous leurs efforts vers le commerce de cire et d’ivoire; et, tandis que la contrée qu’ils habitent nourrirait des troupeaux sans nombre et produirait une quantité de blé incalculable , les indigènes vivent de manioc , et
vie d’un bivouac dans la province d'angola — viande séchant au soleil, euphorbes en arbre et palmiers olEifEres,
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les Européens achètent de la farine, du biscuit, du beurre et du fromage qu’on leur apporte d'Amérique.
Nous vendons aux négociants de Cassangé l’ivoire que Sékélétou nous a conlié pour établir la différence qui existe entre le p.rix qu'on en retire chez les blancs et celui qu’on en donne chez les Makololos. Il est naturel que les Portugais puissent payer l’ivoire qu'on leur apporte bien plus cher que les marchands duCap qui sont obligés de faire un voyage pénible et ruineux pour venir le chercher; aussi le résultat de l’opération enchante-t-il mes Zambésiens: deux mousquets, trois petits barils de poudre, de gros paquets de verroterie, de la serge et de l’indienne anglaise, en quantité suffisante pour habiller la bande entière, et tout cela pour une seule défense d'éléphant, tandis qu’ils ont l'habitude d’en donner deux pour un fusil. Avec une seconde dent nous achetons du calicot, qui est ici la monnaie courante, et qui payera nos frais de route jusqu'à Loanda ; les deux autres sont échangées contre du numéraire destiné à l'acquisition d'un cheval que nous voulons offrir à Sékélétou.
Sous l’empire de la joie et de la surprise que leur cause le marché que nous venons de conclure, mes Makololos s’imaginent que les marchands du Cap les ont indignement volés, en leur payant leur ivoire un prix ridicule en comparaison de celui qu’ils viennent d’obtenir ; ils n’ont aucune idée de la valeur du temps, et il m’est bien difficile de leur faire comprendre que cette différence de prix résulte des frais de transport; ils sont persuadés que, si les Portugais venaient chercher leur ivoire à Linyanti, ils le payeraient tout aussi cher que celui qu’on leur apporte. Us finissent pourtant par saisir l’explication que je leur fais de la manière dont le prix d’une chose s’établit , en voyant décroître celui des objets qu'ils achètent, à mesure que nous approchons de Loanda; et ils en tirent cette conclusion, qu'ils feront mieux d’aller jusqu'à cette ville que de repartir immédiatement pour retourner chez eux.
Il est intéressant pour moi d’observer les effets de la politique restrictive qui est suivie par le gouvernement du Cap à l’égard des Béchuanas ; comme toutes les mesures de prohibition commerciale, la loi qui interdit l'achat des armes et des munitions de guerre à des tribus qui sont loin de nous être hostiles , porte un préjudice notable à ceux qui l'ont mise en vigueur. Non-seule-
ment l’administration du Cap, en cédant aux vœux d'une compagnie audacieuse qui avait intérêt à désarmer des peuplades dont elle enlève les enfants et les bestiaux, favorisa l’esclavage qu’elle réprouve , mais la poudre et les armes, qui ont pénétré dans l’intérieur par une autre voie, y arrivent en si grande quantité qu’elles y ont maintenant dix fois moins de valeur qu’à l’époque où elles ont été prohibées; le seul résultat que le gouvernement colonial ait obtenu, c’est d’avoir privé les négociants du Cap d’une branche de commerce importante et d'avoir enlevé aux Béchuanas inoffensifs de nos frontières le moyen de se défendre contre des ennemis insatiables. Au moment de quitter Cassangé, le senor Rego me propose, avec une obligeance parfaite, de me donner un soldat pour m’accompagner jusqu’à la station d’Ambaca, et mes Zambésiens me témoignent le désir de retourner dans leur pays. On leur a dit que je ne les conduisais à la côte que pour les vendre , qu’arrivés à Loanda on les mettrait dans un navire, et qu’on les engraisserait pour les manger, les blancs étant des cannibales. Je leur demande s’ils ont entendu dire qu'un Anglais ait jamais vendu quelqu’un, si je n’ai pas refusé de prendre l’esclave que Shinté m’a offerte, et si parfois je les ai trompés; j’ajoute néanmoins que, s’ils éprouvent la plus légère crainte à cet égard, ils font bien de ne pas me suivre à la côte , où j’irai sans eux , car j’ai l’espérance d’y rencontrer plusieurs de mes compatriotes. Ils me répondent qu’ils ont cru devoir m’informer de ce qu’on leur avait dit , mais qu’ils ne veulent pas me quitter et qu’ils viendront avec moi. Cette affaire terminée, le commandant leur donne un bœuf et m'invite à dîner pour me faire ses adieux. Les négociants de Cassangé nous accompagnent dans leurs hamacs, portés par des esclaves , jusqu’au bord du plateau où la ville est bâtie, et je me sépare d’eux, emportant dans mon cœur le souvenir ineffaçable de leur généreuse bonté. Non contents d’avoir pourvu à ma nourriture et à celle de mes hommes pendant notre séjour parmi eux, ils me donnent des lettres de recommandation pour les amis qu’ils ont à Loanda, et les prient de me recevoir et de m’ouvrir leur demeure, car il n’y a pas d’hôtel dans la ville, et, si l’on n’y connaît personne qui vous héberge, il faut coucher à la belle étoile. Uue Dieu ne les oublie pas dans leurs jours d'infortune!
De Cassangé, qui est situé par 9' 37’ 30” latitude sud, et 17’
DANS L’AFRIQUE AUSTnALE.
longitude est, nous avons encore trois cents milles à franchir pour arriver à Loanda. Le nègre qui nous sert de guide appartient à la milice, dont il est caporal ; natif d’Ambaea, il sait lire et écrire, ainsi que la plupart de ses compatriotes que l’on désigne sous le nom d’Ambakistas. Il est accompagné de trois esclaves qui le portent dans un :ipoia, espèce de hamac suspendu à une perche. Pour ne pas fatiguer ses esclaves qui sont trèsjeunes , et qui n’auraient pas la force de le porter longtemps de suite, il fait la plus grande partie de la route à pied ; mais quand nous approchons d’un village, il remonte dans son tipoia et n’en descend que lorsqu’on ne peut plus nous apercevoir. C'est un homme assez curieux et qu’il est intéressant d'observer; deux de ses esclaves portent donc son tipoia , qu’il soit dedans ou qu’il marche avec nous ; le troisième est chargé d’une caisse d’un mètre de long, qui contient ses vêlements, son écritoire et ses assiettes. Il est très-propre, très-méticuleux dans tout ce qu’il fait; et, bien qu’il soit complètement noir, il ne trouve pas d’injure plus grande à jeter à la face des gens de sa couleur, que de les appeler hèrjre. Veut-il acheter un objet quelconque daus un village, il s’assied , mélange un peu de poudre à canon avec de l’encre, et demande le prix de l’objet qu’il veut avoir, par un billet d’une écriture soignée qu’il adresse pompeusement à l’illustrissimo senor à qui appartient la boutique; du reste, la qualité d’illustrissime est donnée à tout le monde dans le royaume d’Angola; le marchand répond de la même manière, et, si notre acheteur est satisfait, il écrit de nouveau pour conclure le marché. Une énorme quantité de papier se consomme annuellement dans la province par l’effet de celte coutume fort peu expéditive. Malheureusement les habitudes de notre guide ne sont pas toujours aussi réjouissantes; un pays où il y a des esclaves est une mauvaise école, même pour celui qui est libre, et je trouve moins de franchise et de probité chez notre caporal que chez mes Zambésiens. 11 est souvent d’accord avec les gens qui nous trompent, et reçoit une part du profit illicite qui a été fait sur nous. J’ai été obligé de lui interdire de se mêler de nos marchés et même d’approcher de l’endroit où nous les débattons. Mais, cette réserve faite, nous n’avons qu’à nous féliciter de l’avoir , et j’ai vu plus tard avec plaisir qu’il avait été nommé sergent-major.
En quittant Cassangé, le 21 avril, nous avons d’abord franchi
la partie de la vallée qui s’étend de l'endroit où cette ville est construite, jusqu’au pied du Tala Mungongo. Le 22, nous avons traversé une petite rivière nommée Lui; le 24, un ruisseau appelé Luare, et nous avons passé la nuit au bas de la montagne, dont l’élévation est de trois cents à quatre cent cinquante mètres. Les nuages qui flottaient au-dessus de la vallée , est déchiraient contre les flancs du Mungongo, et la sensation que l’herbe chargée de pluie nous produisait, en nous fouettant la figure, n’était rien moins qu’agréable. Ce côté-ci de la montagne est exactement pareil à celui que nous avons descendu en venant des hauteurs de la province de Londa ; il est évident que la vallée qui s’ouvre entre les deux rampes a été formée par dénudation, car on y voit encore des parties du plateau qui la remplissaient autrefois , et qui présentent les mêmes strates horizontales, de même nuance, de même structure, et à la même hauteur que celles de la chaîne que nous gravissons actuellement. L’une de ces masses isolées, qui porte le nom de Kasala, est située à l'est -sud -est de l’endroit par où nous sortons de la vallée, à dix milles environ à l'ouest-sud-ouest du plateau de Cassangé. Ses flancs abrupts sont tellement perpendiculaires, qu’il est presque impassible, même aux naturels, de les gravir, malgré l’appât des nids de marabouts qu’ils trouveraient au sommet, et de la récolte de plumes précieuses que l’on pourrait y faire. Il y a, dit-o'n, un lac sur la partie méridionale de la plate-forme, et, pendant la saison des pluies, une sorte de douve naturelle entoure la base du Kasala. Quelle situation précieuse pour le château fort d'un seigneur féodal ! une terre labourable d'une certaine étendue, couronnant, à plus de trois cents mètres au-deSsus de la plaine, un rocher complètement taillé à pic!
L’un des habitants de Cassangé m’a dit que nous pourrions gravir en quatre heures le versant du Mungongo ; et, bien que je sois trempé et que j’aie maintenant la fièvre, je commence avec ardeur l’ascension de la montagne. Le sentier est roide et glissant; des gorges profondes s’ouvrent de chaque côté, laissant à peine au voyageur la place nécessaire pour y poser les pieds. Mais il ne nous faut qu’une heure pour arriver au sommet, et nous nous trouvons sur un plateau semblable à celui qui s'étend de l’autre côté de la vallée, plateau couvert de grands arbres.
parmi lesquels je distingue le Mononga-Zambi, qui porte des fruits de la grosseur d’un boulet de trente-deux.
Je jette un regard sur cette vallée dont la fertilité égale celle du Mississipi , et je songe à la masse énorme qui a été entraînée lors de sa formation , au nombre de siècles qu’il a fallu, pour que le dépôt des matières qui constituent la plaine sur ses deux rives ait accumulé ces strates puissantes, et pour qu’ensuite il ait été creusé à trois ou quatre cents mètres de profondeur, sur une étendue qui n'a pas moins de cent milles (cent soixante et un kilomètres), et je suis saisi de vertige en essayant de gravir les degrés qui conduisent à l'infini. Les différentes époques géologiques sont des bornes milliaires qui surgissent de cet océan sans rivage; la création dont nous faisons partie, n’est qu’un point de la série merveilleuse où se révèle la puissance du Créateur, dont chaque étape sur la route du progrès est la manifestation. Bien loin d'affaiblir le sentiment religieux au cœur de l'homme, l’étude de cette science le conduit à penser que la preuve d’amour que Dieu nous a donnée en nous envoyant son Fils , n'est peutêtre pas le seul témoignage de sollicitude qu'il ait fourni à la terre pendant les siècles dont l’humanité a perdu la mémoire.
A quelques milles du sommet de la rampe, nous arrivons au village de Tala Mungongo, où je passe la nuit dans une. maison , chose qui m’est fort agréable, car l’élévation des lieux où nous sommes, et l’approche de l’hiver, refroidissent la température au point que la plupart de mesgens sont enrhumés. On trouve ici, et dans plusieurs stations portugaises, des espèces d’auberges ou plutôt d’asiles à peu près analogues aux caravansérails de l’Orient. Ges maisons de refuge sont construites , suivant l’usage du pays, avec des branches et du pisé; elles contiennent des chaises, une table, une grande jarre remplie d'eau, et des bancs formés de tringles de bois qui servent de couchettes. On n’y est pas très-mollement; mais cela vaut beaucoup mieux que d’être par terre , sous les débris de ma tente de voyage, qui ne me préservent plus des ondées tropicales; et j’en ai profité jusqu’au moment où je me suis aperçu qu’on y avait certains camarades de lit extrêmement désagréables.
27 avril. — Cinq heures de marche à dos de bœuf à travers un pays charmant, où les bois alternent avec les prairies comme dans la province de Londa, nous conduisent à un village de Ba-
sangos, peuplade soumise à l’autorité portugaise. Nous traversons plusieurs ruisseaux qui coulent vers l’ouest, et dont la réunion forme le Quizé, l’un des affluents duCoanza. Nous n’avons qu’à nous louer des Basangos, comme, au reste, de toutes les peuplades que les Portugais ont conquises; toutefois, les Basangos et lesBangalas ne sont pas entièrement subjugués; mais les gouverneurs de la province d’Angola aiment mieux se contenter du faible tribut que leur payent ces villages éloignés, que de n’en rien recevoir du tout.
On peut considérer tous les habitants de cette région comme de -véritables nègres; la peau foncée, les lèvres épaisses, le nez épaté, le crâne saillant dans le sens de la hauteur, l'occiput allongé, la tête couverte de laine, se rencontrent généralement dans ce pays-ci ; mais il est excessivement rare que tous ces caractères soient réunis chez un seul individu. Ils ont assurément de grosses lèvres, mais beaucoup d’entre eux ne les ont pas plus saillantes ni plus épaisses que certains Européens , et la nuance de leur peau varie du brun foncé au jaune clair. A mesure que nous avançons du côté de l’ouest, la couleur s'éclaircit pour se rembrunir un peu plus loin, sous l'influence de l’air humide de la côte. L’élongation du crâne n’est pas non plus un caractère constant chez la race africaine ; les populations de la côte orientale, les Cafres, par exemple, ont la tête aussi bien faite que les Européens; et lorsque, après une longue habitude de les voir, j’ai pu faire abstraction de la couleur de la peau , il m’est arrivé plus d’une fois d'être frappé de la ressemblance de certains indigènes avec quelques-unes de? notabilités d’Anglelcrre. Chez les Bushmen et chez les Hottentots, la forme de la tête est particulière, ainsi que la disposition de la laine qui leur sert dechevelure; au lieu de présenter cette masse épaisse et crépue qui couvre la tête des Maravis et des Balondas, leur toison est un composé de petites touffes éparpillées sur le crâne et qui , chez les individus qui portent les cheveux courts, offrent l’aspect de grains de poivre noirs attachés à la peau. Tout en voulant respecter l’opinion des individus qui ont fait de l’ethnologie leur principale étude, il m'est impossible d’admettre que les traits exagérés , qu’on nous donne comme étant ceux du type nègre, caractérisent la majorité des populations chez aucune des peuplades qui habitent le centre de l’Afrique australe. Pour moi, les monuments des anciens
DANS L’AFRItJUE AUSTRALE. (iJI
Égyptiens offrent des types beaucoup plus vrais des Balondasque les ligures de tous les ouvrages d’ethnologie qui me sont tombés entre les mains.
Nous traversons un district fertile et bien peuplé, avant d’arriver à Sanza, et nous nous retrouvons sur les bords du Quizé ; je vois avec bonheur un champ de froment où le blé est magnifique sans qu’il ait eu besoin d’irrigation, et dont les épis gonflés ont au moins de dix à douze centimètres de longueur; c’est pour mes compagnons un objet de vive curiosité ; ils ont vu et goûté de mon pain lorsque j’étais à Linyanti , mais c’est la première fois qu’ils aperçoivent du blé; celui-ci est cultivé par M. Miland, Portugais aimable, dont le jardin offre beaucoup d’intérêt, en prouvant qu’à cette hauteur au-dessus du niveau de la mer, le sol peut produire dans cette région non-seulement du blé, mais encore tous les légumes d’Europe. Nous découvrons un peu plus loin que le café s'est propagé de lui-même dans certaines parties de ce district; on le trouve également au sommet du Tala Mungongo, à trois cents milles de la côte occidentale, où les jésuites l’ont apporté jadis.
30 avril. — Nous passons la journée du dimanche à Ngio, tout près de l’endroit où le Quizé traverse notre chemin pour aller se jeter dans le Coanza. Le pays est plus découvert, mais toujours très-fertile, et suffisamment boisé ; des cours d’eau nombreux le sillonnent dans tous les sens , la terre y est couverte d’une herbe épaisse ayant un mètre de hauteur, des villages sont dispersés dans la plaine, et renferment souvent la maison carrée d’un mulâtre portugais qui est établi dans ces lieux pour y faire du commerce. Les habitants de ces villages ont des bœufs , des vaches et des cochons.
Tous les huit ou dix milles on trouve, sur la route que nous suivons, des espèces de bivouac, formés d’appentis, composés de perches et d’herbe, où s’arrêtent les nombreux voyageurs qui vont à la côte ou qui en reviennent. Les indigènes portent les marchandises sur la tète ou sur l’épaule, dans un panier attaché à deux bâtons, d’une longueur de deux mètres, et qu’on appelle , motité. Ces deux perches se projettent en avant de l’individu qui les porte; quand celui-ci veut se reposer, il les plante dans la terre, appuie son fardeau contre un arbre, ou le soutient vertical lement, et se recharge sans effort quand il a repris haleine.
Toutes les fois qu’une bande de porteurs , ou même notre petite troupe , arrive à l’un des bivouacs dont nous avons parlé, et s’y installe pour y passer la nuit, ceux qui viennent après et qui trouvent la place occupée, construisent de nouveaux appentis, ce qui n’est pas difficile, car il ne manque pas d’herbe sur le bord du sentier. A peine êtes-vous établis que des femmes arrivent de leur village , et viennent vous proposer de la farine de manioc , des arachides, des yams.de l’ail et du piment'. Toutes ces femmes sont très*polies dans les offres qu’elles vous font, et, à en juger par les rires et la quantité de paroles dont elles entremêlent la vente, il est évident que le métier ne leur déplaît pas.
Deux de mes compagnons ont la lièvre, et cela n’a rien d'étonnant; l’humidité est si grande et les nuits tellement fraîches, qu’il m’a fallu renoncer aux observations astronomiques ; je ne suis pas beaucoup plus à l'abri sous ma tente que dehors ; toutefois , enveloppé dans ma couverture, je suis moins sensible à l’influence de la rosée.
J’aurais eu du plaisir à faire plus ample connaissance avec les habitants de ce pays-ci ; mais le vertige que m’a donné la fièvre est si grand, que je suis obligé de me cramponner sur mon bœuf pour y conserver l’équilibre, et que je me traîne péniblement à l’endroit où je peux me coucher dès que j’ai mis pied à terre; je le regrette d’autant plus que tous les Portugais vous accueillent parfaitement et croient qu’on les dédaigne quand on passe auprès d’eux sans leur adresser la parole.
Le paysage qui s’offre à nos regards, au moment où nous entrons dans le district d’Ambaca, est embelli par de hautes montagnes qui s’élèvent dans le lointain; l’herbe y est beaucoup moins haute que celle que nous avons rencontrée jusqu’ici, et tout le pays est verdoyant et plein de fraîcheur. A notre gauche se dressent des rochers de la même nature que ceux de Pungo Andongo, et qui rappellent le Stonehenge de Saiisbury’, avec cette différence qu’ici les piliers sont d’une taille gigantesque. Cette région, d’une fécondité surprenante, est renommée pour les bestiaux qu’on y élève, et pour le bon marché des denrées de toute espèce que la terre y produit en abondance. Le sol pré-