‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 70 sur 130 · Bird’s eye pepper, Capiscum baccatum · texte numérisé non relu

Bird’s eye pepper, Capiscum baccatum

2. Pile formée de pierres énormes, située à quelques milles de Saiisbury et que

l’on croit avoir appartenu à un temple druidique. (iVofe du traducteur.)

sente, dans presque toutes ses parties, une teinte rouge qu’il doit à la matière ferrugineuse qu’il renferme ; il est arrosé par un grand nombre de ruisseaux, dont la réunion forme la Lucalla , rivière qui, après avoir parcouru le district d’Ambaca, va se jeter dans le Coanza à Massangano. On traverse la Lucalla au moyen de pirogues entretenues par un brave homme qui afferme le passage au gouvernement, et qui fait payer aux voyageurs un droit équivalent à dix centimes par tète. Quelques milles plus loin, nous arrivons à Ambaca, place autrefois importante, mais qui n’est plus qu'un pauvre village , admirablement situé sur une petite colline , au milieu d’une plaine entourée de hautes montagnes. On y trouve une prison et la demeure du commandant, qui est assez confortable; mais ni citadelle, ni église, bien qu’on y voie encore les ruines d’un édifice religieux.

Nous sommes reçus à merveille par le commandant Arsenio di Carpo, qui parle un peu anglais. Il me recommande un régime fortifiant pour combattre ma faiblesse, et me donne le premier verre de vin que j’aie bu depuis que je suis en Afrique ; l’amélioration que j’en éprouve immédiatement me permet de comprendre les effets de la fièvre et de les analyser. Je suis moi-même étonné de la confusion qu’ils avaient jetée dans mon esprit; malgré tous mes efforts, il m’a été impossible de prendre aucune observation lunaire, depuis que nous avons quitté Ngio, et de faire le moindre calcul ; j’ai vainement essayé d’apprendre quelques mots du Bunda, qui est le dialecte en usage dans ce pays-ci; bien plus, j'ai parfois oublié le nom des jours de la semaine et celui de mes compagnons; il est probable que je n’aurais pas su dire le mien si on me l'avait demandé. Je pensais continuellement à la nature de ma fièvre, je croyais en avoir découvert le principe, et j’étais sûr de me guérir lors du prochain accès ; mais les premiers frissons dispersaient toutes les théories qui avaient germé dans un coin de mon cerveau.

On dit que la population de ce district s’élève à plus de quarante mille âmes; il y avait autrefois, à dix ou douze milles au nord d’Ambaca, une mission appelée Cahenda, et le nombre des individus qui, dans la province, savent lire et écrire, est vraiment extraordinaire; c’est l’œuvre des jésuites et des capucins, qui l’ont enseigné d’abord; depuis leur expulsion par le marquis de Pombal, les indigènes ont continué à se servir mutuellement

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de professeurs. On a conservé dans le pays une grande vénération pour les bons pères ; tout le monde parle ici des jésuites avec reconnaissance, et je regrette qu’ils n’aient pas laissé la Bible aux populations qu’ils ont instruites, et qui auraient trouvé dans les saintes Écritures la lumière dont les a privés le départ de leurs guides spirituels.

Pendant la nuit que j’ai passée à Ambaca, dans la maison del senor de Carpo, j’ai été mordu au pied par un insecte bien connu dans le midi de l'Afrique, où il se nomme tampan : c’est une espèce de tiquet, dont la taille varie depuis la grosseur d’une tête d’épingle jusqu’à celle d’un pois; il se niche de préférence entre les doigts ou les orteils, et se gorge de sang jusqu’à ce qu’il en soit rempli : c’est alors un sac d’un bleu foncé, dont la peau est tellement coriace et résistante, qu’il est impossible de la faire éclater en la pressant avec les doigts. Aussitôt que vous avez été mordu par le tampan, vous ressentez une douleur cuisante mêlée de démangeaison qui envahit toute la jambe; une fois que le venin est parvenu à l’abdomen, il vous cause des vomissements et vous purge avec violence ; quand cette purgation n’est pas produite, il vous donne la fièvre, ainsi que je l’ai éprouvé moi-même à Tèté, où je fus mordu plus tard ; je tiens d’un Portugais intelligent, qu’on a vu parfois la mort succéder à cette fièvre. La sollicitude que mes amis de Tèté manifestaient à l’égard de mes Zambésiens pour les préserver des tampans, qui sont communs dans presque tous les villages, prouve la terreur que leur inspire cet insecte ; quant à moi, j’en ai été quitte pour souffrir pendant huit jours d’une cuisson assez vive dans la partie mordue.

12 mai. — Ce matin, au moment de nous quitter, le senor Arsenio m’a généreusement pourvu de pain et de viande pour aller jusqu’à la station prochaine, et m’a donné deux miliciens en remplacement de notre caporal de Cassangé, dont nous nous séparons ici. Vers le milieu du jour, j’ai demandé à m’abriter du soleil dans la maison du senor Mellot, qui demeure à Zangu ; j’étais si faible qu’il m’a été impossible de faire la conversation, même de rester sur une chaise , il a fallu absolument me coucher. Lorsque je me suis levé pour partir, j’ai trouvé une volaille que mon hôte m’avait préparée lui-même, et un verre de vin, grâce auquel je n’ai pas eu le frisson que j'attendais ce soir. L’hospitalité dont tous les Portugais, sans exception, ont fait

preuve à notre égard, m'a touché profondément; et je n’y pense jamais sans éprouver une ardente gratitude.

14 mai. — Gabinda.où nous passons notre dimanche, est l’un des chefs-lieux d'arrondissement du district d’Ambaca ; c’est une petite ville ou plutôt un village entouré de plantations de bananiers et de manioc, et situé dans une admirable vallée traversée par un ruisseau ; plus nous avançons, plus le pays devient pittoresque ; la chaîne bleue des hautes montagnes de Libollo que nous avions au sud, à trente ou quarante milles de distance, en arrivant d’Ambaca, nous est maintenant cachée par d’autres montagnes plus voisines; les monts de Kiwé et de Gahenda, qui, vus du même endroit, découpaient nettement leur silhouette grise à huit ou dix milles du côté nord, .sont maintenant à notre droite, et nous y touchons presque; de l’endroit où nous sommes, la plaine verdoyante et légèrement ondulée où est situé Ambaca, forme un bassin que de hautes montagnes aux flancs déchirés environnent de toutes parts; et poursuivant notre route à l'ouest, nous entrons dans le district sauvage de Golungo Alto.

Un certain nombre de Mambaris qui retournent^ Bihé suivent le même sentier que nous. Quelques-uns d'entre eux ont pénétré jusqu’à Linyanti, et sont assez maladroits pour exprimer le déplaisir qu’ils éprouvent de voir les Makololos sur le chemin de Loanda. « Vous ne savez pas, leur disent-ils, de quelle façon le commerce se fait avec les blancs ; à la nuit close, on porte son ivoire sur le bord du rivage, où le lendemain matin il est remplacé par les marchandises que vous donnent en échange les hommes blancs qui vivent au fond de la mer. Gomment ferezvous pour vous entendre avec eux? Pourrez-vous entrer dans l’Océan et les prier de venir vous trouver? » On est surpris d’entendre débiter cette fable, lorsqu’on est si près de la côte. Mes Zambésiens qui gagnent de l’expérience, et qui devinent parfaitement les motifs de la mauvaise humeur des Mambaris, leur répondent qu'ils seront enchantés de faire connaissance avec les hommes-poissons qui habitent l’Océan.

Il y a pour un Highlander une joie si grande à retrouver des montagnes, que j’oublie ma lièvre en gravissant les masses de micachiste, revêtues de forêts, qui entourent la résidence du commandant de Golungo Alto, située par 9° 8’ 30" latitude sud, et 15° 2' longitude est. Le district est d’une admirable beauté

dans ouïe son étendue; le flanc des montagnes y est couvert de grands arbres, au feuillage de toutes les nuances, parmi lesquels s’élève le gracieux palmier qui fournit au commerce l’huile dont on fait du savon, et dont on extrait la liqueur enivrante connue sous le nom de totUly. Çà et là des groupes de montagnes ressemblent à des vagues puissantes acculées au fond d'un golfe étroit, et qui tout à coup se seraient solidifiées ; les petites maisons des indigènes, perchées au sommet des collines, feraient supposer chez leurs propriétaires un goût prononcé pour les beautés delà nature; mais c’est probablement au désir d’échapper à la malaria du fond de la vallée, qu’il faut attribuer l'heureuse situation de leur demeure.

Nous sommes admirablement reçus par le lieutenant Antonio Canto e Castro, commandant du district, jeune homme plein de mérite, à qui je conserve au fond du cœur une sincère affection ; il déplore, comme toutes les personnes intelligentes que j’ai rencontrées dans ce pays-ci, la négligence dont on fait preuve à l’égard de cette belle contrée. Le dernier recensement porte à vingt-six mille le nombre des feux renfermés dans ce district ; en attribuant quatre individus à chacun de ces foyers, la population s’élèverait à cent quatre mille habitants. Le chiffre des portefaix (carregadores), dont le gouvernement a le droit de disposer pour le transport des marchandises à la côte, est de sii mille pour ce district seulement, et il n'y a pas même de route qui permette de franchir sans peine ce trajet effectué par tant de monde. C’est depuis 1845, époque à laquelle nous avons multiplié nos croiseurs sur la côte de Guinée, que ce système coercitif pour le transport des marchandises a été adopté dans le royaume d'Angola; autrefois, chaque négociant se procurait dans l’intérieur, en même temps que de la cire et de l’ivoire, un certain nombre d’esclaves qui rapportaient eux-mêmes les articles achetés par leurs maîtres, la cargaison tout entière, y compris les porteurs, étant destinée à une exportation immédiate. Mais lorsqu'en 1845 une surveillance plus active eut empêché la traite des nègres, il fallut aviser à un autre moyen de transport , et ce fut l’administration coloniale qui se chargea d’y pourvoir. Un négociant a-t-il besoin de trois cents carregadores pour apporter à la côte les objets de son trafic, il s’adresse au gouverneur général ; celui-ci donne au commandant d’un district l'ordre de fournir la

quantité de portefaix qui lui a été demandée ; à son tour, l’individu qui est à la tête de chaque village, caporal ou lieutenant, reçoit l’ordre d’envoyer à l’endroit indiqué un nombre d’hommes proportionnel à celui des habitants de sa commune. Le négociant, en échange du service qui lui est rendu , paye au gouvernement la sommede mille reis1, environ quatre francs par charge d'homme, et au porteur, cinquante reis par jour, ce qui fait à peu près vingt centimes ; comme chaque étape ne dépasse guère huit ou dix milles, la dépense ne laisse pas que de paraître assez lourde à des gens habitués jusqu’ici au travail gratuit de leurs esclaves; ils n’ont cependant fait aucun efTort pour établir un chemin praticable aux voitures. L’autorité n’a pas songé davantage à créer des voies de communication , ce premier besoin d’un pays ; et personne, pas même les indigènes, ne profite des richesses de cette contrée fertile.

Quelques jours passés avec le bon Antonio m’ont rendu assez de force pour me permettre de contempler avec bonheur le paysage luxuriant qui se déploie devant sa maison. Partout des montagnes verdoyantes, dont la plupart, cultivées jusqu’au sommet, sont couvertes de manioc, de café, de coton, d’arachides, de bananiers, d’ananas, de goyaviers, d’anacardiers, de papayers, de chérimolias, que les missionnaires ont apportés jadis de l’Amérique du Sud. Jt^ne connais pas d’endroit qui rappelle plus que celui-ci la baie de Rio Janeiro, dont la beauté n’a pas d’égale. Je reviendrai plus loin sur la fertilité merveilleuse du district de Golungo.

24 mai. — On est ici en plein hiver ; tous les soirs les nuages se rassemblent au-dessus des montagnes, du côté de l’ouest, le tonnerre gronde et il pleut une partie de la nuit ou le lendemain au point du jour. Il est rare que les nuages se dispersent avant la fin de la matinée, ce qui occasionne des brouillards, phénomène que je n’ai jamais vu se produire à Kolobeng. Le thermomètre est dans le jour à 80 degrés (26° centigrades 6/9), et, lorsque la nuit approche, il tombe à 76 (24° centigrades 4/9).

1. Les 1000 reis valent ordinairement 6 fr. 12 c. Le docteur Livengstone en traduit la valeur par environ 3 shellings, ce qui ferait à peu près 3 fr. 75 c. Le change est tellement variable dans certaines colonies que nous avons cru devoir conserver les chiffres du docteur; ils expriment sans doute l’équivalent des 1000 reis en monnaie européenne à l’époque de son séjour à Loanda.

(Soie du traducteur.)

Nous traversons plusieurs cours d’eau rapides qui ne tarissent jamais, et qui vont se jeter dans la Lucalla et dans la Luinha (prononcez Louinya); on pourrait utiliser avec avantage ces ruisseaux qui présentent des chutes nombreuses; mais on laisse toutes ces forces oisives, et toutes ces eaux vont se perdre dans la mer sans profit pour personne. A Gambondo, vaste éclaircie au milieu d’une forêt composée d’arbres énormes, et qui se trouve à huit milles de Golungo Alto, nous voyons de nombreux charpentiers convertir en planches des pièces de bois gigantesques , en suivant la même méthode que Uobinson Crusoé ; un arbre de cent vingt centimètres de diamètre, et qui a de quinze à douze mètres sans branches, est abattu, débité par billes d’un mètre et demi de longueur, fendues à leur tour en solives que l’ouvrier réduit en planches de vingt-cinq millimètres d’épaisseur, non pas avec une scie, mais au moyen d'une hache. Tout ce travail a pour but la confection de petits coffres, dont il se fait un grand débit à Cambondo, et qui, pourvus de charnières, d’une serrure et d'une clef, fabriquées par le charpentier lui-même, ne coûtent pas plus de deux francs cinq centimes chacun. Mes Zambésiens ne résistent pas au désir de posséder de pareils chefs-d’œuvre, ils en achètent plusieurs, qu’ils ont eu la constance de porter sur leur tête, nonseulement à la côte, mais ensuite de Loanda jusque chez eux.

A Trombéta, je remarque avec plaisir les fleurs qui ornent le jardin, et qui décorent la maison du sous-commandant ; c’est la première fois que je vois une habitation entretenue avec goût et, si l'on peut dire, avec, amour, depuis que j’ai quitté celle de Mozinkoua dans la province de Londa ; des massifs de fleurs et d’ananas sont plantés entre les arbres qui s’élèvent de chaque côté de l’avenue : disposition heureuse que j’ai retrouvée dans plusieurs autres parties de cette province, où d'ailleurs il suffit d’empêcher une plante d’être étouffée par les mauvaises herbes, pour qu’elle se développe avec succès.

Il y a quelques années, la propriété du sous-commandant était couverte de bois et lui coûta quatre cents francs; il y a planté neuf cents caféiers qui ont commencé à produire au bout de trois ans, et qui, se trouvant en plein rapport la sixième année de leur plantation, doivent donner aujourd’hui à ses quatre cents francs une valeur de vingt-cinq mille francs. Tous les arbres fruitiers, y compris la vigne, donnent ici deux récoltes par an, sans travail

et sans irrigation ; il en est de même pour les céréales et pour les légumes, et, si l’on met à profit les brouillards de l’hiver, on peut avoir trois récoltes de pois, de fèves, etc. Aujourd’hui le coton est mûr sur les terres du commandant; celui-ci toutefois ne parait pas y prendre un bien vif intérêt; je crois lui avoir entendu dire que le cotonnier prospère dans cette région, mais que la double saison de pluies dont le pays est favorisé, ne lui est pas toujours avantageuse. Quant aux figues et aux raisins, ils font merveille ; et la seule chose dont se plaignent les cultivateurs est l’absence de route, qui ne leur permet pas de transporter leurs produits; toutes les denrées sont ici d’un bon marché incroyable.

Un peu plus loin , en quittant les montagnes et en descendant vers la côte , nous voyons la terre devenir de moins en moins féconde. A notre droite se trouve la Senza, qui prend le nom de Bengo en approchant de son embouchure; les plaines qui s’étendent sur ses bords sont protégées contre l’inondation par des chaussées, et les habitants sont tous occupés à faire venir des grains, des légumes et des fruits , qu’ils envoient par eau à Saint- Paul de Loanda. Les jives de la Senza sont infestées par les moustiques les plus féroces que nous ayons rencontrés; pas moyen de reposer un instant; je suis hébergé dans une maison portugaise , mais j’ai- bientôt fait de déserter ma chambre pour aller me coucher autour du feu de mes hommes, dont le vent me renvoie la fumée qui me protège contre cette infernale engeance. Mon hôte s’étonne du mauvais goût dont je fais preuve, et moi je n'en reviens pas de son insensibilité ; il a fini , du reste comme tous les habitants de ce village, par s’habituer à ce supplice, qui équivaut au mal de dents, ou tout au moins à un clou qui vous percerait continuellement le taljn.

A mesure que nous approchons de la mer, mes compagnons envisagent les choses sous un jour plus sérieux, et ne sont pas sans inquiétude. L’un d’eux me demande si, dans la ville, nous pourrons tous veiller les uns sur les autres, afin de nous protéger mutuellement. * Supposez, dit-il, que l’un de nous s’écarte pour aller chercher de l’eau, sera-t-il possible aux autres de voir si on ne va pas l’enlever? — Je comprends votre pensée, lui ai-je répondu ; si vous n’avez pas confiance en moi , vous pouvez retourner dans votre pays ; je ne connais pas plus que vous la ville où nous allons, mais rien ne vous arrivera qu’il ne m’en arrive

autant à moi-même. Jusqu’ici nous n’avons abandonné aucun des

nôtres, et nous ferons là-bas ce que nous avons toujours fait. »

La plaine, quelque peu élevée, qui entoure Luanda, forme un plateau stérile, comparativement aux contrées qui la précèdent. Arrivés sur ce plateau , nous apercevons l’Océan , que mes compagnons contemplent avec un respect mêlé d’effroi. « Croyant ce que nous avaient dit les anciens, s’écrient-ils, nous pensions avec nos pères, que le monde n’avait pas de bornes, et le monde nous dit tout à coup : «C'est ici que je finis; au delà, je n’existe « plus. • Us s’étaient figuré la terre comme une plaine sans limites.

Ils commençaient à craindre de souffrir de la faim , et j’étais incapable de les rassurer en leur promettant des vivres , abattu que j’étais moi-mémepar l’inquiétude et par la maladie. A la fièvre qui me dévorait, s'était jointe une dyssenterie qui m'obligeait à descendre de mon bœuf toutes les dix minutes , quelquefois plus souvent; et le 31 mai, tandis que nous descendions la pente qui conduit à Loanda, je me sentais profondément découragé en pensant qu'au milieu d'une population de douze mille âmes , il ne se trouvait qu’un seul Anglais. Je me demarylais naturellement avec anxiété si c’était un homme généreux et bon, ou l’un de ces êtres détestables qu’il vaudrait mieux ne pas rencontrer sur sa route.

J’ai su plus tard que ce gentleman, appelé M. Gabriel, commissaire de la Grande-Bretagne pour la suppression de la traite des nègres, avait envoyé au-devant de nous sur le chemin de Cassangé pour m’inviter à descendre chez lui ; malheureusement son émissaire et moi nous nous étions croisés. Lorsque nous avons franchi le seuil de sa résidence , je fus ravi du grand nombre de fleurs soigneusement cultivées que j’aperçus dans le jardin, et j’en conclus, ce dont j'acquis bientôt la certitude, que M. Gabriel avait un cœur véritablement anglais.

Me voyant aussi malade, il m’offrit généreusement sa propre chambre; je n’oublierai jamais la sensation délicieuse quej'éprouvai en me retrouvant dans un bon lit , après avoir couché pendant six mois sur la terre. Je m'endormis aussitôt, et mon hôte, qui vint me retrouver presque immédiatement, se réjouit de me voir plongé dans un sommeil aussi profond.

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