‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 73 sur 130 · QUELQUES- UNS DES ROCHERS DE PUNGO ANDONGO · texte numérisé non relu

QUELQUES- UNS DES ROCHERS DE PUNGO ANDONGO

Portugais ont une aversion profonde pour le lait, ou plutôt un préjugé contre cet aliment salutaire, et il est rare que dans le pays on se donne la peine de traire les vaches ; ils pensent que l’on peut en prendre le matin , mais qu’il donne la lièvre, si l’on en fait usage après midi. Je ne vois pas qu'il y ait de graves motifs pour n’en pas mettre quelques gouttes dans son café , lorsqu’on vient d'en absorber dix fois plus sous forme de fromage.

Le fort de Pungo Andongo est situé, par 9° 42’ 14" latitude sud, et 15° 30’ longitude est, au milieu d’un groupe de rochers trèscurieux, taillés en colonne et qui s’élèvent à plus de cent mètres de hauteur. Ces rochers sont formés d’un conglomérat de fragments arrondis de nature diverse, renfermés dans une matrice de grès d’un rouge sombre, et reposent sur une couche puissante de grès semblable, où sont contenus, en très-petite quantité, quelques-uns des galets qui entrent dans la composition des colonnes. On y a trouvé un palmier fossile , pareil à ceux qui gisent sur la côte orientale, et, si la formation du terrain d’ Andongo est du même âge que celui de Tété, il recouvre peut-être de la houille, ainsi qu’on en a trouvé à l’est du continent. Les sources de pétrole, qui existent, dit-on, dans le voisinage de Cambambé et à Dandé même, sembleraient indiquer la présence de charbon minéral, bien que je ne sache pas qu’on en ait découvert à la surface du sol dans le royaume d’Angola, ainsi qu’on l’a fait dans la province de Tété. Les piliers gigantesques de Pungo Andongo doivent avoir été formés par un courant maritime venant du sud-sud-est ; il est facile de voir, en les considérant d’un point élevé, qu’ils suivent cette direction ; et leur origine remonte à l’âge où les rapports de l'Océan et de la terre différaient complètement de ce qu’ils sont aujourd’hui , bien avant l’époque ou le globe terrestre fut prêt à devenir la demeure de l’homme.

Les fragments dont le conglomérat de ces piliers est formé sont des morceaux de gneiss, de schiste argileux, de mica et de grès schisteux, de trapp et de porphyre, dont la plupart sont assez gros pour faire supposer que ces rochers sont les derniers vestiges de bancs énormes de galets primitifs. Plusieurs petits ruisseaux coulent çà et là parmi cette réunion de piles gigantesques dont le centre est occupé par le village ; il suffirait de quelques

EXPLOITATIONS

hommes pour défendre contre toute une armée cette position qui fut longtemps le boulevard des Jingas, premiers possesseurs du district.

On nous a fait voir sur l’un de ces rochers l'empreinte d'un pied qui passe pour être celui d’une reine célèbre dont tout le pays reconnaissait l’autorité. En face de ces rudes essais d’inscriptions commémoratives, on sent toute la valeur de l’écriture. L’histoire d'Angola rapporte qu'en 1621 , l’illustre reine dona Anna de Souza fut envoyée à Loanda, comme ambassadrice, par son frère Gola Bandy , roi des Jingas, pour négocier la paix, et qu’elle étonna le gouverneur par la promptitude et la noblesse de ses réponses; comme celui-ci mettait au nombre des conditions du traité le payement d’une somme que les Jingas devraient donner tous les ans : « On parle de tribut à ceux que l’on a conquis, répliqua la reine ; je viens proposer la paix et non la soumission- » Elle resta quelque temps à Loanda , obtint ce quelle était venu demander, fut convertie, baptisée par les missionnaires, et rentra dans son pays avec honneur. Quelque temps après elle monta sur le trône à la place de son frère, qu’elle passe pour avoir empoisonné, et fut vaincue par les Portugais en 1627 dans une grande bataille où presque toute son armée fut détruite ; elle parvint à un âge très-avancé, et mourut dans la foi catholique, où elle était rentrée après une longue apostasie. Les Jingas forment toujours une peuplade indépendante au nord de leur ancien territoire ; on n'a pas d’exemple qu’une tribu africaine ait jamais été détruite.

Les Portugais croyaient autrefois que le district de Pungo Andongo était d’uife insalubrité particulière, et ils en avaient fait un lieu de déportation ; il est maintenant avéré quetfest la partie la plus saine de la province. L’eau y est d’une pureté remarquable et le sol peu compacte ; le pays, découvert et légèrement ondulé, forme une pente adoucie qui va rejoindre le Coanza, dont les bords constituent la frontière méridionale des possessions portugaises. Au delà du fleuve se déploient au sud et au sud-ouest les hautes montagnes des Libollos. On voit au sud-est le territoire également montagneux des Kimbondas ou Ambondas, nation indépendante et brave au dire du colonel Pirès, et dont les membres hospitaliers et loyaux possèdent un grand nombre de bêtes à cornes ; leur territoire renferme beaucoup d’abeilles, dont la

cire, très- abondante et soigneusement recueillie, est vendue aux Portugais avec lesquels les Ambondas ont toujours eu d’excellentes relations.

Les Akos ou Hacos, qui appartiennent à la famille de ces derniers, habitent la rive gauche du Coanza un peu au-dessus du Pungo Andongo; ils faisaient autrefois le commerce des noirs et se bornent aujourd’hui à faire de temps en temps l’acquisition d’un esclave qu’ils achètent aux Portugais et qu’ils payent avec de la cire. J’ai vu donner ici quinze francs pour un jeune garçon qui était, disait-il, du pays de Matiamvo; à la même époque, j’achetais une paire de bottes très-bien faites, en bon cuir tanné et qui montaient jusqu’aux genoux, pour la somme de sept francs cinq centimes, ce qui était le prix exact d’une livre d’ivoire que j’avais cédée à M. Pirès; l’esclave valait par conséquent deux paires de bottes ou deux livres d'ivoire.

Les Libolloâ n’ont pas une aussi bonne réputation que les Ambondas, mais le Coanza renferme toujours assez d’eau pour servir contre eux de ligne de défense.

La fortune du colonel Pirès est un bel exemple de la position à laquelle un homme intelligent et laborieux peut parvenir dans ce pays-ci ; il était domestique sur le vaisseau qui l’y a transporté, et c’est aujourd'hui le plus riche négociant du royaume d'Angola ; non-seulement il possède plusieurs milliers de têtes de bétail, mais, s’il y était contraint, il pourrait opposer à l’ennemi quelques centaines d’esclaves parfaitement équipés.

Pendant que je jouissais de l’hospitalité de ce prince marchand, dont la demeure, spacieuse et confortable, est située en dehors des rochers et domine tout le pays environnant, j’appris le naufrage du Forerunner qui portait en Angleterre mes dépêches, mes cartes et mon journal ; tous mes papiers étaient perdus ; mais je fus si heureux de savoir que le lieutenant Bedingfeld, l’ami qui s’en était chargé, avait échappé à la mort, que je me consolai facilement de la perte que j’avais faite ; et, profitant d| la bonté du colonel Pirès, je me mis à récrire mon journal et je restai jusqu’à la lin de l’année chez cet hôte généreux.

Le colonel avait, à six milles de Pungo Andongo, un autre établissement qu’il visitait toutes les semaines, et où je l’accompagnais presque toujours afin de me distraire et de me reposer du travail. Il existait dans les deux endroits des anacardiers qui té-

moignaient de la différence que l’élévation des lieux apporte dans la température; à Pungo même, auprès des rochers, ces arbres ne faisaient qu’entrer en fleurs, tandis qu’à la station voisine, placée beaucoup plus bas, leurs fruits étaient déjà presque mûrs. Les cocotiers et les bananiers, qui prospèrent à ce niveau inférieur, donnent peu ou point de fruits à la station plus élevée; j'ai constaté une différence de température de 7° (4* centigrades) entre les deux établissements; elle était, auprès des rochers, de 67° (19° centigrades 4/9) à 7 heures du matin, de 74 (23* centigrades 2/9) à midi, et de 72 le soir (22“ centigrades 3/9).

L’un des esclaves du colonel, un tout jeune homme, presque un enfant, ayant mangé des citrons qu’il avait dérobés, s’en fut à la rivière pour se laver la bouche, afin de dissiper l’odeur qui l’aurait fait découvrir ; un alligator le saisit et l’entraîna auprès d’une île située au milieu du courant; l’enfant se cramponna aux roseaux et fit si bien que le reptile ne puf parvenir à l’en arracher, ce qui donna le temps de prendre un canot et de voler à son secours ; le monstre lâcha prise immédiatement , car il n’est pas brave hors de l’eau ; mais ses dents avaient laissé des marques nombreuses sur l’abdomen et sur la cuisse de sa victime, dont les bras et les jambes portaient l’empreinte de ses griffes.

Je n’ai vu nulle part la servitude moins apparente que chez le colonel Pirès. L’ordre et la propreté régnait dans toutes les parties de l'établissement, tandis qu’en général le désordre et la saleté caractérisent le service des esclaves, comme s’ils avaient pour principe de travailler le moins possible.

Il existe, dans le voisinage de la station où j’allais toutes les semaines, un grand nombre de sépultures des anciens Jingas; les .tombes que l’on y voit encore sont tout simplement de grandes plates-formes en pierre sur lesquelles sont déposés des vases grossiers dont ces peuplades se servent pour boire et pour faire cuire leurs aliments ; quelques-unes sont disposées en cercle de six à neuf mètres de tour et affectent la forme d’une meule de foin ; on n'y voit aucune trace d’inscription ou d’hiéroglyphe quelconque. En général les indigènes du royaume d’Angola choisissent de préférence, pour y déposer.leurs morts, la lisière des chemins les plus fréquentés, particulièrement l’endroit où deux routes se croisent, où deux sentiers se rencontrent ; ils plantent des euphorbes, ou d’autres arbres de la même famille, autour des tombeaux

et sur la tombe elle-même où ils déposent, comme les Jingas, des vases de différente nature dont ils se servent pour faire la cuisine et pour boire, des pipes brisées, parfois un arc et des flèches.

Le gouvernement portugais a voulu détruire cette coutume et n’y a pas réussi ; en vain a-t-il désigné dans chaque district un endroit particulier pour la sépulture des morts, et prononcé une amende contre celui qui enterrerait quelqu’un en dehors du cimetière : les indigènes ont persisté dans leur coutume, et recherchent la croisée des routes avec autant d’ardeur qu’autrefois pour y déposer les restes de leurs parents.

Entre le Coanza et le Pungo Andongo, la terre est couverte d’arbres peu élevés, d’arbrisseaux et d’excellents pâturages. T y ai vu, avec le plaisir qu’on éprouve à retrouver d’anciennes connaissances, des glaïeuls aux vives couleurs, l’amaryllis toxique, l’hémanthe écarlate et d’autres plantes bulbeuses tout aussi belles que dans les environs du Cap.

11 est étonnant que l’agriculture soit aussi négligée dans le royaume d’Angola ; jamais on n’a essayé d’y cultiver du froment au moyen d’irrigations ; la charrue n’y a pas même pénétré, et la houe des indigènes est le seul instrument aratoire en usage dans le pays. C’est le manioc , dont les principes nutritifs ne sont pas en quantité suffisante pour entretenir la force de l’homme, qui fait le principal objet de la culture angolaise; on le mange rôti, grillé ou bouilli, tel qu'on l’arrache, ou fermenté, grillé et desséché et réduit en farine , ou bien encore râpé tout simplement; on en' fait des ragoûts, de la bouillie, des gâteaux où il entre du sucre et du beurre , on en varie les préparations de manière à ne point s'en fatiguer; mais il n’en devient pas plus fortifiant, et les mulâtres, dont il constitue la principale nourriture, sont bien loin d’avoir l’énergie de leurs pères : toutefois il .présente des avantages réels ; ses feuilles bouillies font un excellent plat de légumes; comme fourrage, elles augmentent d’une manière considérable la quantité de lait que produisent les chèvres ; ses tiges sont un bon combustible et donnent beaucoup de potasse ; sa culture n’exige aucun travail ; il suffit de l'ésherber une fois pendant les deux années qu’il met à mûrir, lorsqu’il se trouve dans un endroit sec; placé dans un terrain d’alluvion arrosé par la pluie ou inondé tous les ans, il ne lui faut que onze ou douze mois pour arriver au point où on le récolte ; ses feuilles ne se rident

pas comme celles des autres plantes quand elles sont restées longtemps sans eau , et il supporte bien la sécheresse. Dans la province d’Angola, on place sur une toile les râpures que l’on a obtenues de sa racine, on les frotte avec la main tandis qu’on les arrose à grande eau, et l'on en sépare ainsi la matière glutineuse qu’elles renferment; celle-ci, entraînée dans un vase placé audessous de la toile, retirée de l’eau , exposée au soleil et séchée complètement sur un feu doux au moyen de plaques de fer, où elle est étendue et remuée avec une petite baguette, se réunit en globules et forme le tapioca du commerce. Le manioc n'est jamais attaqué par les charançons , et il exige si peu de soins , qu’il est excessivement bon marché sur les lieux où on le cultive; la meilleure farine de manioc, celle qui peut être convertie en tapioca ou en amidon de première qualité, se vend couramment, dans tout l’intérieur de la contrée, dix centimes les dix livres, lit au milieu de pareilles sources de richesses, la province d’Angola n’a que des sentiers pour voie de communication , et pas d’autre moyen de transport que les épaules de ses habitants.

Le cours navigable du Coanza est compris entre son embouchure et une grande cascade, voisine de Cambambé, qui est, diton, à trente lieues au-dessous de Pungo Andongo. On trouve un peu plus haut, par 9* 41' 26" latitude sud, et à peu près 16* longitude est, une autre chute au confluent du Lombé, où l’on tue quelquefois des éléphants et des hippopotames. Entre ces deux points le fleuve est rapide, et coule généralement sur un fond rocailleux. Sa source a été placée jusqu’ici au sud-est ou au sud-sud-est de l’embouchure du Lombé, dans le voisinage de Bihé, dont la situation n’est pas déterminée. A Sanza on m’afCrme que c’est à huit journées de marche, et presque directement au sud de ce dernier endroit, que le Coanza prend naissance. Cette assertion parait confirmée par la rencontre que nous avons faite de nombreux indiJ vidus venant de Bihé, qui tous arrivaient à Sanza, d’où les uns se dirigeaient ensuite vers Loanda , les autres vers le pays de Matiamvo : il est donc probable que la source du Coanza n’est pas très-éloignée de Sanza.

Malgré la salubrité du Pungo Andongo et la température agréable de ce beau district, j’y fus repris par la fièvre ; pendant que je gardais la chambre, je reçus la visite d’un chanoine indigène qui faisait une tournée dans l’intérieur de la province

pour administrer les sacrements du baptême et du mariage. Il y avait peu de temps qu’il était revenu de Lisbonne, où il avait accompagné le prince de Congo, et avait été décoré d’un ordre honorifique par le roi de Portugal, en récompense des services qu’il a rendus dans ce pays-ci. Extérieurement c'est un véritable nègre , mais il n’en commande pas moins le respect ; et le colonel Pirès, qui le connaît depuis plus de trente ans, déclare que c’est un excellent homme. 11 n’y a que trois ou quatre ecclésiastiques à Loanda ; ce sont tous des hommes de couleur, mais ayant reçu l’éducation nécessaire pour remplir leurs fonctions. Pendant mon séjour dans la colonie, le gouverneur proposait à tous les jeunes gens qui voulaient entrer dans le sacerdoce, de les envoyer en Portugal et de les faire instruire à l’université de Coimbre. Je tiens de bonne source que le roi de Congo professe la foi chrétienne et qu’il n’y a pas moins de douze églises dans son royaume, où des missionnaires avaient fondé autrefois un établissement à San Salvador, qui en est la capitale. Ces églises sont en assez bon état; les indigènes les entretiennent et ont conservé quelques-unes des cérémonies religieuses qu'ils ont vu pratiquer dans leur enfance; par exemple ils baragouinent quelques phrases sur les morts, en imitation des prières latines que l’Église catholique prononce en pareil cas. S’il sagit du monarque, on l’entoure d’une grande quantité d'étoffe, où il reste enveloppé jusqu’au moment où arrive un prêtre de Loanda qui sacre son successeur. Le roi de Congo prend toujours le titre de seigneur d’Angola, qu’il portait à l'époque où les Jingas, premiers possesseurs du sol, le reconnaissaient pour suzerain; et jamais il n’écrit au gouverneur de Loanda sans se nommer le premier, comme s’il s'adressait à un vassal. Les Jingas lui payaient autrefois un tribut de cauries, coquillages que l’on trouve dans l’île qui protège le havre de Loanda ; ils refusèrent un jour le payement de ce tribut , et le roi de Congo donna aux Portugais l’ile qui fournissait les coquilles : ce fut ainsi que la domination des Européens s’établit sur ce point de la côte.

L’instruction religieuse est très -peu développée dans les royaumes d’Angola et de Congo ; mais la foi chrétienne y jouit d’une certaine faveur. C’est probablement l'insalubrité du climat qui empêche les prêtres de résider dans l'intérieur des terres; ils vont seulement y faire des tournées pastorales, ainsi que je

i’ai dit plus haut, et sont accueillis à merveille par les populations, qui non-seulement payent leurs services religieux, mais encore leur fournissent gratuitement tous les objets qu’elles peuvent leur procurer. En présence du dénûment spirituel où sont aujourd'hui les habitants du Congo et de la province d’Angola, il est probable que l’arrivée de quelques missionnaires protestants réveillerait un peu d’activité chez les prêtres catholiques et stimulerait leur zèle.

CH4PITHE XXU.

Départ de Pungo Andongo. — Étendue de la puissance portugaise. — Rencontre de marchands et de porteurs. — Fourmis rouges. — Descente du Tala-Mungongo. — Arbres à fruits de la vallée de Cassango. — Moule comestible. — Oiseaux. — Village de Cassangé, — Quinine et Calhory.

— Maladie de l’enfant du capitaine Néves. — Châtiment d’un devin. — Mort' de l'enfant. — Superstitions. — Pouvoir des chefs, leurs fonctions.

— Charmes. — Négociants pombeiros. — Fièvre succédant aux vents d’ouest. — Ressources que présente le royaume d’Angola aux manufactures anglaises, qu’il peut approvisionner de matières premières. — Caravanes pour le trafic de l'ivoire. — Choix d'une hyène. — Opinion des Makololos sur les Portugais. — Dette de Cypriano. — Un enterrement.

— Terreur inspirée par l'âme des morts. — Matinées admirables. — Traversée du Quango. — Coutumes des Rashinjés. — Arrivée sur le territoire de Sansawé. — Présent des Pombeiros. — Halle prolongée. — Un coup sur la barbe. — Attaque dans une forêt. — Transformation subite des sentiments hostiles d'un chef en intentions pacifiques sous l’influence d’un revolver. — Femmes esclaves. — Manière de parler aux esclaves. — Affluents du Congo ou Zaïre. — Traversée de la Loajima. — Extérieur et coiffure des habitants.

1" janvier 1855. — La copie de mon journal est terminée; je quitte Pungo Andongo et nous allons coucher à Candumba, où le colonel Pirès a de nombreux troupeaux et où il a donné des ordres pour qu’on nous préparât une ample provision de beurre et de fromage. Nous suivons la rive droite du Coanza ; elle est formée de cette couche de grés, renfermant des galets de diverse nature, que l’on retrouve partout dans ce district ; la plaine est unie, couverte de grands bois où il est facile de pénétrer, et présente d’excellents pâturages.

A l’embouchure du Lombé, nous nous éloignons du Coanza, et prenant au nord-ouest, nous traversons une plaine verdoyante jusqu'au village de Malangé, où nous rejoignons le sentier que nous avons suivi pour venir à Loanda. A quelques milles de Malangé, le sentier se bifurque et, se dirigeant vers l’ouest, cou-

duit à un nouveau district nommé le duc de Bragance ; il traverse, pour arriver à ce district, la Lucalla et plusieurs de ses affluents. Toute cette région est dépeinte comme étant d'une excessive fertilité ; on rapporte que le territoire situé à l'ouest de Bragance est montagneux, bien boisé, bien arrosé ; le café sauvage y est, diton, si abondant que les huttes des naturels sont construites avec des caféiers. Le Dandé, la Senza et la Lucalla prennent, m'a-t-on dit, leur source dans une chaîne de montagnes.

De nombreuses tribus indépendantes habitent la région qui est au nord de celle-ci. ta domination portugaise s’étend principalement sur les peuplades dont nous avons traversé le territoire ; elle n’est fermement établie que sur la région comprise entre le Goanza et le Dandé ; le Quango forme sa limite orientale, à trois cents milles de la côte ( 483 kilomètres ). D’après les données incomplètes que fournit le recensement annuel des quinze ou seize districts dont la province est composée , la population angolaise est au moins de six cent mille âmes.

En quittant Malangé, nous suivons rapidement le sentier par lequel nous sommes venus, et sans nous en écarter un instant. Nous espérions nous procurer un peu de semence de blé à Sanza ', mais il n’y en avait pas, et nous ne rencontrerons plus sur notre passage d’endroit où le froment soit cultivé.

La couche sous-jacente de toute cette région est toujours composée du même grès que le district de Pungo ; toutefois le grain en devient plus fin à mesure que nous avançons vers l’est, et un peu de mica s’y ajoute. Nous trouvons le schiste argileux à Tala Mungongo par 9° 42' 37" latitude sud, 1 7° 27’ longitude est, où il s’étend un peu du côté de l’ouest. La structure générale est une large bande de mica et de grès schisteux , s’étendant à peu près du 1 5* degré de longitude est jusqu’au centre du continent, sous la couche horizontale de roches sédimenteuses de formation plus récente qui constituent le bassin intérieur; cette bande néanmoins n’est pas la plus élevée, bien qu’elle soit la plqs ancienne.

Nous rencontrons à Tala Mungongo un natif de Bihé, qui est allé trois fois dans le pays de Shinté pour y faire du commerce ; il nous donne des nouvelles de cette région éloignée ; mais il ne

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