‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 82 sur 130 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Colonie d’oiseaux. — Le village de Cbitlané. — Meurtre de la Bile de Mpololo. — Exécution du meurtrier et de sa femme. — Mes compagnons retrouvent leurs femmes avec d'autres maris. — Une bande de sujets de Masiko. — Liberté de parole. — Canot frappé par un hippopotame. — Gonyé. — Aspect des arbres à la fin de l’hiver. — Sombre atmosphère.

— Frôlons. — Paquets envoyés par M. Moffat. — Soupçons des Makololos et réponse aux Malébélés qui les apportent. — Sir Murchison a reconnu la véritable forme du continent africain. — Arrivée à Linyanti. — Grand picho. — Sékélétou en uniforme. — Caravane envoyée à Loanda pour y porter de l’ivoire. — Difficultés commerciales. — Les Makololos font deux razzias pendant l’absence du docteur. — Rapport sur la région du nord-est. — Les Makololos désirent se rapprocher de la côte. — Discussion de ce projet. — Le docteur s'informe du chemin à suivre pour se rendre à la côte orientale. — Attente de la saison des pluies. — Manière dont les naturels passent leur temps pendant les grandes chaleurs.

— Avenir favorable préparé aux missionnaires. — Ben-Habib désire se marier. — Choix d'une jeune fille. — Hospitalité de Sékélétou. — Hydrogène sulfuré et malaria. — Conversation avec les Makololos. — Leur conduite et leur caractère. — Désir de Sékélétou d'acheter un moulin à sucre, etc. — Les ânes. — Adieux de Mamiré. — Excuses de Motibé.

J’ai planté des graines de palmiers dans différents villages de la vallée ; déjà celles de Libonta commençaient à pousser; malheureusement les souris , qui abondent partout dans ce pays-ci , les ont détruites.

31 juillet. — Nous avons quitté Libonta, et nous poursuivons notre route vers Linyanti. A Chitlané, on nous fait présent des jeunes d’une colonie de Linkololos (anaslomus lamelligerus ) , échassiers noirs un peu plus gros qu’une corneille , qui se nourrissent de coquillages , surtout d’ampullaires , et qui nichent en société au milieu des roseaux. C'est toujours au même endroit qu’ils élèvent leur couvée ; la place qu’ils ont choisie , bien connue des naturels , appartient au chef qui , à certaines époques de l’année, fait prendre la plupart des jeunes. Le produit de la mois-

son qui nous est oll'erl, c’est ainsi qu'on désigne dans le pays cet enlèvement des jeunes linkololos, s’élève à cent soixante-cinq petits n’ayant pas encore de plumes; on dit qu’il y en aurait eu deux fois autant si l’on n’avait pas attendu, pour les prendre, l'arrivée de Mpololo, qui remplit les fonctions de chef. Les adultes vont par bandes nombreuses sur les rives du Liambye; ils sont maigres et dépenaillés; les jeunes, en revanche, sont très-gras; mangés rôtis, ils passent pour l'un des mets les plus délicats de la vallée. La récolte de ces oiseaux est une occasion de réjouissance ; il est d’usage que la personne à qui l'on en fait présent les distribue à ses amis : c’est en général ce qui arrive lorsque l’on tue un bœuf ; chacun en a sa part; et nous mangeons dans chaque village celui qui nous y a été donné, afin de le partager avec les habitants.

La bourgade de Chitlané est située , comme toutes celles de la vallée, sur une éminence dont la plate-forme n’est jamais gagnée par les eaux ; elle a été néanmoins bien près d’être inondée à la saison dernière, où la crue a été plus forte qu'on ne l’avait vue de mémoire d’homme. Il y a énormément de malades dans ce moment-ci, comme il arrive toujours lorsque les eaux se retirent; les variations de température que l’on subit dans la journée doivent être également fort mauvaises pour la santé.

Il existe à Chitlané un véritable figuier banian des Indes qui s’est multiplié, sur un espace considérable, au moyen des coulants qui sortent de ses branches et qui prennent racine dans la terre, ce qui l’a fait nommer, par les indigènes, more oa maotou, l'arbre qui a des jambes. Il est assez curieux que tous les arbres de cette famille soient pour les nègres un objet de vénération ; depuis la vallée Barotsé jusqu’à Loanda , on les considère comme un préservatif de tous les maux.

1" août. — Nous arrivons à Naliélé, où nous trouvons Mpololo dans la plus grande affliction ; sa fille était accouchée depuis peu de temps ; il lui envoyait une part de tous les bœufs qui étaient tués dans la ville et de tous les aliments qu’il recevait en sa qualité de représentant de Sékélétou. Rien n’était plus naturel; mais cette conduite excita l’envie d'un méchant homme qui le haïssait pour je ne sais quel motif, et qui, s’étant glissé pendant la nuit dans la hutte de l’accouchée, étrangla la mère et l’enfant. Il espérait cacher son crime en incendiant la hutte ; mais le craquement des bâtons qu’il frotta l’un contre l’autre pour se procurer

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du feu, réveilla l’un des serviteurs de la victime ; pris sur le fail, il fut jeté à l'eau avec sa femme, que l’on accusait d’avoir connu ses intentions et de ne les avoir pas révélées. La malheureuse prétendit qu’elle avait fait tous ses efforts pour détourner son mari du crime qu’il méditait; il aurait suffi qu'un seul témoin confirmât ses paroles pour que sa vie fût épargnée.

Mes compagnons sont enchantés de l'accueil que nous recevons partout; leur joie de rentrer chez eux couverts de gloire est indicible. Mais , hélas ! ils éprouvent une déception à laquelle ils n'avaient pas songé ; la plupart de leurs femmes ont pris d'autres maris.» Après tout, s’écrie Mashaouana, dont l’une des épouses s’est mariée avec son voisin, les femmes ne sont pas rares ; il y en a autant que de brins d’herbe, et j’en retrouverai une autre. » Le pauvre garçon fait tous ses efforts pour paraître indifférent, mais il ajoute d’un air passablement irrité : « Si je tenais celui qui l’a prise, comme je lui couperais les oreilles! » J'essaye de consoler tous ces pauvres maris en leur disant que, malgré la perte de leurs femmes, ils en ont encore plus que moi et qu’ils peuvent s’en contenter; mais la pensée qu’un autre mangeait tranquillement leur maïs, tandis qu’ils supportaient la fatigue et la faim, est pour eux bien amère. Quelques-unes de leurs femmes apparaissent, tenant dans leurs bras de tout petits enfants, nés quinze ou vingt mois après qu’ils furent partis ; mais cela n’excite chez eux aucun mécontentement. Ceux qui n’avaient qu’une épouse me prient de demander qu’on la leur rende ; je m’adresse au chef, il ordonne aux seconds maris de restituer les femmes qu’on leur réclame , et tout finit par s’arranger.

Dimanche 5 août. — De nombreux auditeurs ont religieusement écouté le sermon que je leur ai fait aujourd'hui ; certes, il en est parmi eux qui se souviendront de mes paroles, qui adresseront leur prière au Créateur, et qui sans cela n’auraient jamais pensé à Dieu. La bonté dont ils font preuve à mon égard, le respect qu’ils m'accordent et que m’ont témoigné toutes les tribus du centre, me permettent d'affirmer qu’on sera toujours bien reçu, bien traité par les indigènes de ces provinces, toutes les fois qu’on aura sincèrement l’intention de leur faire du bien : ils pourront combattre la doctrine , la repousser entièrement ; ils n’en seront pas moins respectueux pour celui qui l’apporte.

à’ous étions encore à Naliélé , quand nous fûmes rejoints par

'des sujets de Masiko , chargés de la part de leur maître de nous exprimer tous les regrets qu’il avait eus de ne pas nous voir, et de nous dire qu’il avait respecté mes ordres et vécu en paix avec tout le monde, jusqu’au jour où son frère Limboa était venu enlever ses femmes, tandis qu’elles se rendaient à leurs jardins, et l’avait assiégé. Il avait alors offert à ses hommes de se mettre à leur tête pour repousser les assaillants ; mais ceux-ci lui avaient répondu : » Laissez tuer vos serviteurs ; vous ne devez pas mourir. » Les jeunes Barotsés qui lui faisaient cette réponse avaient été formés au métier des armes par Sébitouané , et repoussèrent l’ennemi, auquel ils tuèrent dix hommes et en blessèrent autant. Quant à Limboa, rentré dans ses foyers, il s’imposa lui-même une amende de trois esclaves et les envoya à Masiko pour expier la faute qu’il avait faite en lui déclarant la guerre. Les messagers qui me donnaient ces nouvelles, m’apportaient en même temps, de la part de leur chef, une défense d'éléphant, deux calebasses de miel, deux paniers de maïs et une corbeille d’arachides. Les Makololos, qui les regardaient comme rebelles, eurent d’abord de la peine à leur parler sans aigreur; néanmoins je finis par obtenir qu’on les traitât convenablement. » Ils ont quitté Sébitouané qui leur avait donné des bœufs et des vaches, » me disait Mpololo pour justifier l’irritation qu’il ressentait contre ces Barotsés. Il ne pouvait pas comprendre que je pusse les approuver d’avoir recouvré leur indépendance, même au prix de leurs bestiaux, car tous ceux qui, en Afrique, sont habitués au laitage dès leur enfance, souffrent énormément dès qu’ils en sont privés. Je leur ai parlé, à cette occasion, du bénéfice mutuel qu’ils trouveraient à échanger du bétail contre les canots des Balondas.

On trouve encore ici quelques vieux compagnons de l’ancien chef Santourou ; protégés parleur âge, ces vieillards s’expriment avec une extrême liberté sur le compte de ces parvenus de Makololos, qui montrent à leur égard la plus grande tolérance. L’autre jour, par exemple, des Makololos influents causaient avec moi de diverses choses : « Ne les écoutez pas , s'écria l’un de ces vieux Barotsés en interrompant celui qui me parlait, ces gens-là ne sont tous que des voleurs. » Cette boutade fit sourire ceux qui en étaient l'objet. Il est à remarquer que pas un des anciens de ce pays-ci n’a conservé la tradition d’aucun tremblement de terre ; la promptitude avec laquelle tous les habitants de celte contrée

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