‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 86 sur 130 · SS · texte numérisé non relu

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des incisives est pratiquée chez les Batokas, au même âge que la circoncision parmi d’autres peuplades, et que chez les uns comme chez les autres c’est une cérémonie secrète. Les Makololos donnent à celte coutume une origine plus facétieuse : d’après eux, la femme d’un chef ayant mordu son mari à la main, en se querellant avec lui. fut condamnée à perdre ses incisives, et la mode en fut adoptée par tous les membres de la tribu ; mais cela n’explique pas comment cette coutume s’est perpétuée jusqu’à présent.

Les Batokas, riverains du Zambèse, sont en général d'une nuance très-foncée, d’un type extrêmement inférieur, et portent le cachet nègre dans ce qu’il a de plus dégradé; mais on trouve fréquemment la teinte café au lait chez ceux qui habitent les plaines élevées où nous arrivons maintenant. J'ai beaucoup de Batokas de Mokouiné parmi les hommes de mon escorte; ils sont bien moins sensés, bien moins impressionnables que .tout le reste de la bande, et par conséquent bien plus difficiles à conduire ; c'est probablement à la brutalité féroce des anciens chefs de ces peuplades qu’il faut attribuer la dégradation de la race.

Outre Sékouébou et Kanyata, les deux individus que j’ai mentionnés plus haut comme chefs de la caravane , nous avons été rejoints à Mosioatounya par un autre Makololo, appelé Monahin, à qui est réservé le commandement des Batokas. J’ai quelques Banajoas conduits par Mosisinyané, et enfin un petit groupe de Barotsés et de Bashubias sous les ordres de Touba Mokoro ; ces derniers m’ont été donnés par Sékélétou, en raison de leur habileté comme nageurs ; ils sont chargés de pagaies et sauront fort bien , disent les Makololos, s’emparer pendant la nuit des pirogues que l’on pourrait nous refuser. Chacun de ces groupes forme une compagnie distincte sous le commandement de son chef, qui lui transmet les ordres que j’ai donnés et qui lui distribue les vivres; tous ont leur endroit séparé , à l'intérieur du camp ; ils se chargent tour à tour d’arracher de l’herbe pour faire mon lit, s'en acquittent en conscience, et je suis admirablement couché.

26 novembre. — Dans la crainte que la tselsé n’existe dans ce pays-ci, je vais à pied d’une station à l’autre, et les bœufs restent en arrière avec leurs gardiens, qui les amènent pendant la nuit. En arrivant aux villages gouvernés par Mariba, nous traversons l’üngouési, petite rivière qui, ainsi que le Lékoné, se dirige vers

le centre et va se jeter dans le Zambèse, un peu au-dessus des rapides.

Les couches de gneiss, qui constituent la roche sous-jacente de la plus grande partie de cette région , s'inclinent vers l’intérieur du continent; elles sont fréquemment assez élevées pour qu'on en voie presque les bords, et supportent des roches de trapp augitique diversement placées ; l'inclinaison générale de ces strates a lieu du nord au sud ; mais, près de la tissure basaltique de Mosioatounya, elles s’étendent de l’est à l’ouest et plongent vers le nord, direction qui leur fut probablement imprimée par la force éruptive du basalte.

Nous passons au milieu des restes d’une très-grande ville qui a dû être longtemps habitée; les meules de gneiss, de trapp et de quartz que l’on y trouve encore, sont usées sur une épaisseur de plus de six centimètres; quant à l’ivoire des tombeaux, il a disparu depuis longtemps; celui qui recouvre la sépulture du père de Moyara est déjà presque réduit en poussière , et c’est à peine s’il y a douze ans qu’il y a été placé. Nous avons remarqué cette rapide altération de l’ivoire dans toute la contrée des Batokas. Le pays qui entoure ces ruines est garni de bois entremêlés de pâturages découverts. A mesure que nous nous élevons au-dessus du niveau des basses terres, l’herbe devient plus courte et présente un aspect différent des jongles impénétrables de la vallée Ilarotsé.

Chose remarquable, nous retrouvons ici les mêmes arbres que nous avons rencontrés en descendant vers la côte occidentale. Le boabab et une espèce de sterculier, l’arbre le plus commun des environs de Loanda, prospèrent et abondent dans cette région ; le moshouka, que nous avons trouvé auprès de Tala Mungongo, est maintenant couvert de fruits pareils à de petites pommes; ces fruits ont le goût de la poire , une écorce très-dure et renferment quatre gros pepihs; nous en trouvons partout des quantités prodigieuses, et les naturels nous en apportent d’énormes panerées. L’arbre qui les donne parvient à une hauteur de quatre à six mètres ; ses feuilles, dures et lustrées, sont aussi larges que la main ; on ne le trouve jamais sur les terrains bas; il est cité avec éloge à la fin de l’ouvrage de Bowdich , et non sans raison; mes hommes, pendant une période assez longue, n’ont presque pas eu d'autre nourriture que ses fruits.

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La pluie n’est pas encore tombée partout; dans certains endroits le sol est desséché et les feuilles s'inclinent tristement vers la terre ; toutefois les arbres fruitiers ne souffrent pas de la sécheresse, à moins qu’elle n’arrive au moment de leur floraison. Mes Batokas affirment que personne n’est jamais mort de faim dans ce pays-ci. Nous nous procurons des manékos : c'est un fruit curieux, de la grosseur d’une noix, et dont l’enveloppe cornée se divise en cinq parties contenant une matière glutineuse extrêmement douce et fort agréable ; on en jette les pépins, qui sont couverts d’un duvet jaune et soyeux. Nous avons aussi en abondance des mamoshos et des motsouris. Je vois les Batokas manger la pulpe qui renferme la noix vomique, des motsintsélas et des fèves qu’ils appellent njou et qui sont contenues dans une grande cosse de forme carrée. Cette région produit encore d'autres fruits qui ne sont pas mûrs : ceux du motsikiri, par exemple, qui est un arbre oléifère de la plus grande beauté , dont le feuillage est extrêmement touffu, persistant et d'un vert sombre. Je crois sans peine que l'on ne meurt pas de faim dans ce pays-ci. Nous voyons également des arbres dont l'espèce est introduite dans nos jardins, et que les Batokas eux-mêmes ont plantés dans les leurs , chose que je n’ai vu pratiquer nulle part chez les autres peuplades. Nous trouvons à chaque pas un leucodendron qui, dans tous les endroits où il n’y a pas encore eu de pluie, tourne ses feuilles de manière qu'elles ne présentent que leur tranche aux rayons du soleil ; les acacias et le bauhinia replient, en pareille circonstance, les deux moitiés de leurs feuilles l’une contre l’autre , de façon à présenter le moins de surface possible aux rayons qui les dévorent, imitant ainsi les eucalyptes d’Australie.

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