‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 89 sur 130 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Admirable vallée. — Mes hommes tuent deux éléphants. Moyen de mesurer la hauteur de ces animaux. — Leur nourriture. — Sémalemboué. — Coiffure de ses sujets. — Leur manière de saluer. — Ancienne résidence de Sébitouané. — Passage du Kafoué. — Hippopotame. — Villages et montagnes. — Formation géologique. — Prodigieuse quantité de grands animaux. — Pluies. — Charge d’un éléphant. — Afflux de vie animale sur le Zambèse et sur ses bords. — Décoloration de l’eau. — Une Ile habitée par dos hommes et des buffles. — Ruses de chasse des indigènes. — Agriculture. — Un albinos tué par sa mère. — Coupable de tlolo. — Femmes visant à faire ressembler leurs lèvres aux mandibules d’un canard. — Premiers symptômes de la traite des nègres de ce côté-ci du continent. — Hostilité de Sélolé. — Mystification d’une bande armée. — Assassinat d’un maraudeur italien. — Vitalité de l’éléphant. — Conseil aux jeunes sportmen. — Village de Mbourouma. — Conduite suspecte de ses sujets. — Les guides essayent de nous retenir. — Village et peuple de Mbourouma. — Réputation que nous font nos guides.

13 décembre. — Le pays est sillonné de vallées profondes de la plus grande beauté ; les roches sous-jacentes, de formation plutonique, ont produit un sol excessivement fertile; la grosse bête y abonde, et pendant le jour des troupes de buffles couvrent les clairières et souvent les hauteurs.

Nous franchissons le M bai , et je trouve dans son lit des roches de marbre rose. Quelques petites montagnes des environs de cette rivière sont coiffées de marbre d’une blancheur admirable qui est supporté par des roches de nature volcanique. Des pluies torrentielles tombent fréquemment sur ces montagnes et font déborder les ruisseaux avec une telle promptitude, que cinq de mes hommes, qui viennent de passer presque à pied sec pour aller chercher du bois sur l’autre rive, sont obligés de revenir à la nage. La température a considérablement baissé par l’effet de ces pluies quotidiennes ; plusieurs fois, au point du jour, le thermomètre est descendu à 68" (20° centigrades) , et n’en marquait alors pas plus de 7 h (23° centigrades 3/9) au coucher du soleil; nous en

avons généralement de 72 à 74 le matin , de 90 à 96 à midi (de 32 à 35' centigrades 5/9), et de 80 à 84 à la lin du jour (de 26 à 30" centigrades); toutefois la sensation produite par ce changement de température n’est pas désagréable.

14 décembre. — Hier nous sommes entrés dans laplusbelle vallée qu’il soit possible de voir, et où abondait le gros gibier. Apercevant un buffle couché dans l’herbe, je me dirigeai vers lui dans l’espérance de nous procurer de la viande, et il reçut trois de mes balles; comme il se retournait pour nous charger, nous courûmes vers des roches qui pouvaient nous offrir un abri. Avant que nous y fussions arrivés, trois éléphants, probablement attirés par le bruit qu'ils avaient entendu, nous coupèrent la retraite, puis se détournèrent brusquement et nous permirent de gagner les rochers. Le buffle, pendant ce temps-là, s’éloignait d’une allure fringante; pour n'étre pas complètement frustré dans notre espoir, j’envoyai de très-loin une balle au dernier des éléphants, qui, à la grande joie de mes hommes, eut l’une des jambes de devant brisée. Les plus jeunes de mes compagnons l'eurent bientôt contraint de s’arrêter, et un coup de feu dans la tête l’expédia immédiatement. La joie que manifestèrent mes hommes à la vue de cette abondance de viande me rendit très-heureux.

Ce matin , pendant qu’ils dépeçaient l'éléphant , un grand nombre de villageois vinrent prendre part à la fête et s’inviter au festin. Nous étions sur la pente d’une vallée délicieuse, parsemée d’arbres et arrosée dans tous les sens par de nombreux ruisseaux. Je m’étais éloigné du bruit pour examiner quelques roches formées de grès schisteux , quand je vis à l’extrémité de la vallée, c’est-à-dire à une distance d’environ deux milles, une éléphante et son petit; elle était debout et s’éventait avec ses grandes oreilles, tandis que l'éléphanteau se roulait joyeusement dans la vase. A l’aide de ma longue-vue je distinguai une partie de mes compagnons qui, sur une longue file, arrivaient auprès des deux éléphants. • Ils sont partis en disant : Notre père verra * aujourd’hui de quelle nature sont les hommes qui l’accompa- « gnent, - me dit Sékouébou qui était venu me retrouver. Je montai alors sur le haut du coteau pour suivre la chasse du regard et voir de quelle manière s’y prendraient les chasseurs. L'excellente bête ne se doutait pas de l’approche de l’ennemi, et se laissait téter par son petit, qui pouvait avoir deux ans. Tous les deux allèrent

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