‹ Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe et voyages à travers le continent de Saint-Paul de Loanda à l'embouchure du Zambèse de 1840 à 1856Chapitre 97 sur 130 · Antilope noire · texte numérisé non relu

Antilope noire

de Katolosa, qui prélève, dit-on, des valeurs considérables sur les étrangers qui tombent en son pouvoir.

Nos guides sont chargés de viande de buffle séchée, qu’ils ont l'intention de vendre à Tèté ; l’un deux est un beau jeune homme, qui ressemble tout à fait à l’Arabe Ben-Habib.

Un grand nombre de Banyaïs sont d’une couleur café au lait de nuance pâle , ce qui est considéré dans tout le pays comme une très-grande beauté. La blancheur relative de la peau est au moins aussi estimée chez eux qu’elle peut l'être parmi nous. Ils divisent leur toison en petites mèches d’environ trente centimètres de longueur, qu’ils entourent de l’écorce d’un arbre trempée dans une teinture rougeâtre. Ainsi coiffés, ils me rappellent les anciens Égyptiens. La masse de laine dont leur tête est couverte retombe sur leurs épaules; mais en voyageant ils relèvent tous leurs tortillons et les rassemblent en nœud sur le sommet du crâne. Ils sont généralement d’une très-grande propreté.

Comme nous n’entrons pas dans les villages, et que nous marchons moins longtemps que d’habitude, àcause de l’étal de maladie d’un de mes compagnons, j'ai l’occasion d'observer les expédients qu’emploient mes hommes pour suppléer aux vivres qui nous manquent; ils recueillent sur les fourmilières de grands champignons blancs d’excellente qualité ; ils découvrent le mokouri, trèscommun dans la région des Mopanés, en percutant le sol avec des pierres. Ils se procurent également, de la même façon et au même endroit, une autre racine tuberculeuse, de la dimension d’un navet, et qu’ils appellent bonya. Cette racine ne détermine pas de douleurs dans les articulations , comme le fait le mokouri , et prend en hiver un goût de sel très-sensible. Nous avons en outre un fruit que les Makololos appellent ndonyo, et les Bambiris donyolo ; c’est une petite drupe qui devient noire en mûrissant, et qui est d’autant meilleure , comme aliment , que le noyau en est petit. Mes hommes connaissent assez bien la plupart des arbres que nous rencontrons, et l’on obtient de curieux détails en les questionnant sur telle ou telle espèce; le shékabakadzi , par exemple, s'allume beaucoup mieux par le frottement que les autres arbres de la forêt. Comme son nom l’indique, une femme surprise par la nuit peut aisément se procurer du feu avec le bois qu’elle en obtient.

Cette région est couverte de galets parfaitement arrondis, et

de gravier de micaschiste, de granité, de gneiss, contenant beaucoup de talc, et d’autres roches que nous avons vues entre le Kafoué et la Loangoua ; on y trouve de grandes terrasses de sable rouge, offrant une légère cohésion, et qui s’émiette sous les doigts avec facilité. L’eau pénètre si aisément cette couche de sable et de gravier, que la végétation y souffre de la sécheresse une grande partie de l'année; aussi n’y voit-on pas de ces grands arbres qui croissent sur les bords du Zambèse. Toutes les rivières ont des lits sablonneux, et nous traversons de grands espaces où l’on ne trouve pas une goutte d’eau en dehors de la saison des pluies. .Près de nous s’élèvent, à une hauteur considérable, les montagnes de Lokolé, situées au sud de l’endroit où nous sommes, et qui nous séparent du Mazoé, dont le sable est aurifère. Le grand nombre de cavités circulaires et aux parois unies que présente la falaise de grès, lorsqu’on- le rapproche des bancs de cailloux roulés et de sable lavé que nous trouvons dans cette région inférieure , semblerait annoncer qu’autrefois les vagues de la mer battaient les flancs du plateau oriental. Une grande partie des monts qui se trouvent placés entre le Kafoué et la Loangoua affectent, du côté de l'est, la forme des bancs de vase que la marée découvre en se retirant. Les excavations tubulaires, dont nous venons de parler, sont plus abondantes que partout ailleurs au versant des sillons peu élevés de grès à teinte grise que l’on rencontre ici ; comme les galets sont composés des mêmes roches que les montagnes qui sont à l’ouest de Zumbo, tout fait présumer qu’un courant s’est précipité du sud-est dans la direction où ces cavités apparaissent, et que, détourné par ces montagnes vers le territoire des Maravis, au nord de Tèté, il a creusé ces cavernes circulaires , où ces peuplades emmagasinent leurs grains , et où elles vont se réfugier pour échapper à leurs . ennemis. Je n'ai pas vu de terrasses dans cette partie de la contrée; mais, si je ne me trompe, cette région doit offrir les mômes ondulations que la partie méridionale du continent américain. C'est dans les gorges qui sont au sud-est, au sud, au sudouest et à l’ouest de celui-ci, que se trouvent les principaux gites aurifères ; et la ligne du courant qui, dans mon hypothèse, aurait été frapper contre les montagnes de Mbourouma , renferme les lavages d’or qui sont au nord-est de Tèté.

Nous avons passé la nuit au versant des monts Zimika , où

nous avons trouvé en abondance de l’eau pluviale contenue dans des puisards nombreux et profonds. J’y ai vu , pour la première fois , des montagnes au sommet nu et lisse, et nous avons traversé de larges chaussées de gneiss et de porphyre syénitique se dirigeant du nord au sud.

Nous approchons de Tèté, et je me félicitais d'avoir échappé aux vexations qui nous attendaient sur la route , lorsque , le lendemain matin , quelques individus nous aperçurent et allèrent prévenir de notre passage les habitants de la bourgade voisine. Ceux-ci nous poursuivirent immédiatement, et nous menacèrent de nous dénoncer à Katolosa, dont nous traversions le territoire sans qu’il nous l’eût permis. Nous leur avons donné deux petites défenses d’éléphant : car, s’ils avaient exécuté leur menace, il est probable qu’il aurait fallu céder tout notre ivoire.

2 mars. — Nous venons de franchir une contrée pierreuse, où nous sommes entrés immédiatement après notre dernière aventure. Nous n’avons pas trouvé de sentier au milieu de ces rocailles, et je m’arrête à huit milles de Tèté , que l’on écrit quelquefois Tetté, et qu’on appelle aussi Nyungoué. Mes compagnons me demandent de continuer notre roule ; mais je suis trop fatigué pour cela. J’envoie au commandant les lettres d’introduction qui m’ont été données dans la province d’Angola, et je me couche dès que mon lit est préparé. Depuis longtemps nous n’avons plus de provisions, et mes hommes ne vivent que du miel et des racines que nous trouvons sur notre passage.

Vers deux heures du matin , nous avons été réveillés par deux officiers et une compagnie de soldats , qui apportaient tous les matériaux d’un déjeuner civilisé , et de plus une mashila pour me porter à Tèté’. Mes compagnons s’imaginèrent que l’on venait nous attaquer, et m'appelèrent avec effroi. Je n’avais pas pu dormir, tant j’étais accablé de fatigue ; mais après ce bon déjeuner mes forces étaient revenues : c’est le meilleur repas que j’aie jamais fait de ma vie. Nous sommes partis immédiatement pour Tèté ; je ne me suis pas même aperçu de la difficulté du chemin, qui était pourtant si rude, que l’un des officiers prétendait qu’il y avait de quoi vous démolir.

1. Maison du commandant, située par IC 9' 3" latitude sud, 33* 28' longitude est.

La seule chose qui ait égalé pour moi le plaisir que m'a procuré ce déjeuner, est la jouissance que j’ai éprouvée en me couchant dans le lit de il. Gabriel , à Saint-Paul de Loanda ; mais cette fois mon plaisir a été vivement rehaussé par la nouvelle que Sébastopol était pris et la guerre terminée.

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