‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 11 sur 59 · Voir Exploratioiu dam VAffxqut auttrole, p. ] 6fi · texte numérisé non relu

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moignait de sa générosité. Dieu l'avait fait nu, disait-il ; c'était pour cela qu'il n'avait jamais voulu mettre aucun habit. Ce raisonnement est le même que celui de certaines gens . de notre connaissance qui mangent avec leurs doigts, et qui justifient leur malpropreté en disant que les mains ont précédé les fourchettes. Notre Baenda revint le jour suivant, et cette fois avec sa femme et sa fille. Elles apportaient chacune un pot de bière aûn que nous pussions boire avant de partir. Aussi avenantes, aussi modestes que pas une de celles que nous avons vues en Afrique, ces femmes étalent bien velues, même parées, comme le sont d'ailleurs toutes les femmes des Batokas. Il en est dont les oreilles sont entourées d'anneaux d'étain, souvent jusqu'à neuf à chaque oreille.

Les fiaendas-Pézis, nous l'avons dit plus haut , se frottent le corps avec de l'ocre rouge. Quelques-uns prennent de l'écorce intérieure de différents arbres , et en tressent des bandelettes d'environ deux pouces de large. Après s'être rasé le derrière de la tête ainsi que le tour des oreilles , qui se trouve dénudé sur une largeur d'un pouce, ils enduiitent d'un mélange d'ocre rouge et d'huile les cheveux qu'ils ont sur le crâne, et les entourent de leur bandelette, ce qui produit l'effet d'un joli petit bonnet de police.

Quelques rangs de perles conomunes, un peu de fil d'archal autour des bras, l'indispensable pipe, et la petite pince de fer avec laquelle il tient le charbon, quand il veut l'allumer, forment tout le costume du plus élégant des Va-lout-nu.

Les autres facultés semblent assez développées chez ces Baendas-Pézis ; mais ni les remontrances, ni les sarcasmes ne les font rougir de leur état. II est probable que le moindre vêtement éveillerait leur pudeur. Des fillettes d'une dizaine d'années, qui jusqu'alors avaient été peu vêtues, ayant été choisies & Kolobeng pour garder nos enfants, on les habilla de pied en cap. Au bqut d'une quinzaine elles se couvraient bien vite la poitrine si l'on traversait la pièce où elles couchaient. Parmi les Zoulous, plus le tablier est petit plus la honte est grande quand par hasard il se dérange.

Le tabac est largement cultivé, pendant l'hiver, sur la rive gauche du Zambèse; et peut-être n'ya-l-ii pas au monde de plus grands fumeurs que les habitants de cette région. La pipe ne

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leur sort guère des lèvres; maisjamais fumeurs plus polis ne se sout rencontrés en chemin de fer. Quand ils viennent nous apporter leurs présents, bien qu'ils soient chez eux, pas un n'allumerait sa pipe avant de nous avoir demandé si cela ne nous déplaît pas.

Ils ont une manière de fumer qu'ils prétendent supérieure à toute autre, et que nous soumettons au jugement de nos amateurs de tabac. Après avoir aspiré la fumée, comme tout le monde, ils en rejettent la partie la plus grossière; puis une brusque inhalation leur en fait ressaisir et avaler, comme ils disent, la véritable essence, l'esprit même de la plante qui, par la méthode habituelle, est complètement perdu.

Le tabac baloka jouit dans le pays d'une extrême faveur ; il est certain qu'il est à la fois d'une très-grande force et d'un prix trèsminime. Pour quelques grains de verre on en donne une chatte qui doit approvisionner t^ut fumeur raisonnable au moins pendant six mois. Il est tellement fort qu'il occasionne des maux de tête au seul fumeur que nous ayons dans notre bande; mais cette qualité le fait recherclier des naturels qui viennent de très-loin pour en acheter*.

Aucun voyageur ne semble avoir pénétré chez les riverains du Zambèse au delà du Kariba. Nous avons demandé au chef de Koba, si quelque tradition ne mentionnait pas la visite d'un étranger. « Non, m'a-t-il répondu ; nos pères sont morts sans nous avoir dit qu'ils avaient vu des hommes comme vous. C'est pour moi un grand honneur de voir aujourd'hui ce qu'ils n'ont jamais contemplé. • Quelques autres, faisant allusion à l'habitude qu'ont les vieillards de raconter des faits surprenanis, se sont écriés : t Nous sommes les véritables anciens. Nous savons maintenant des choses plus merveilleuses que nos ancêtres ; car nous vous avons vus. ■

Le seul récit où il soit question de la venue d'un étranger dans ces parages, se rapporte à Simoëns, qui a remonté le Zambèse jusqu'à Sanyatl, mais s'est arrêté à la gorge du Kariba. Sui<

I. Cette prédilecliDD pour le mal de me D'est pas excepliaonslte, comme on pourrait le croire; le capilsina Burton l'a retrouvée sur la roule de Zanzibar au Tanganyilia. Dans cerlaiiies parlies du midi de l'Arriqi^ en ajoule i la bière diverses rtcines qui U rendeot délesiabte, mais lui communiquent cette précieuse faculté d'alourdir le cerveau. iNoii du irodacieur.)

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vaot les indigènes, etd'après ce que nous a dit lui-même le compagnon de ce brigand, le voyage de Simoëna fut une razzia continuelle, dans le genre des tournées de Séquasha. Ainsi que les Boers, et tant d'autres que nous avons connus, cet homme, dont le souvenir est toujours vivant à Tété, se prévalait de ses conquêtes en représentant ceux qu'il avait pillés comme étant des Landines, avec qui les Portugais se trouvaient alors en guerre. Quand on lui eut dit que c'étaient des Bahoués, de la nation des Batokas, il répondit simplement : * Ils étaient nus, ce qui me les a lait prendre pour des Matébèlés. ■ Après avoir amassé, avec l'aide de ses bandes, d'énormes quantités d'ivoire et d'esclaves, Simoëns fut tué sur les bords du Zingési, près du village de Mpendé, où l'attaquèrent les forces combinées des vassaux de Ghisaka.

Hais si avant nous les trafiquants n'avaient jamais pénétré jusqu'ici, des esclaves, appartenant à Séquasha et à son associé, ont suivi la trace de nos pas, et sont venus chez les Bahoués peu de temps après notre passai^e. Ces misérables, aj'ant dit qu'ils étaient nos enfants, ont acheté une grande quantité d'ivoire au prix intime de quelques grains de verre par défense. Ils ont en outre fait l'acquisition de dixgrandes pirogues neuves, qu'ils ont payées chacune six rangs de perles rouges ou blanches, ou bien deux brasses de calicot écruj enlin ils ont emmené un lot de belles jeunes lUles qui ne leur ont pas coûté plus cher.

Nous étions convaincus depuis longtemps que le cabinet de Lisbonne s'était rendu coupable, peut-être sans intention, de duplicité à notre égard. Des ordres officiels, ainsi que nous l'avons dit, avaient été envoyés de Portugal aux fonctionnaires de la province pour qu'ils eussent à notis seconder de tout leur pouvoir; mais ces ordres ne devaient pas être exécutés sans réserve. D'après ce que nous avons observé il est évident que des instructions particulières sont venues en contrecarrer l'effet. Il est possible que ces instructions aient dit toutsimplement qu'il fallait nous surveiller; mais dans un endroit où presque tout le monde, depuis le gouverneur jusqu'au déporté, fait le commerce d'esclaves, de tels ordres ne pouvaient se traduire que de cette façon : > Veillons à ce que nos agents les suivent de près, aOn d'étendre le cercle de nos affaires. • Npus étions tellement persuadés qu'en ouvrant cette région, où pas un Portugais n'a-

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SSt LE ZAHBÈSE

vait osé pénétrer jusqu'alors, nous nous faisions les instruments involontaires de la traite, que si notre parole n'avait pas été donnée de reconduire chez eux nos anciens compagnons noua aurions quitté le Zambëse, et gagné la Rovouma, ou pris toute autre voie qui nous aurait menés dans l'intérieur. Ce fut avec un amer chagrin que nous vîmes exploiter par les traitants le bien que nous aurions voulu faire.

Nous avons su plus lard qu 'aussitôt qu'il fut décidé que nous nous rendrions k la Rovouma, le gouverneur général du Mozambique, le senhor d'Almeida, partit pour Zanzibar, et s'efforça d'obtenir du sultan qu'il prit celte rivière pour ligne de démarcation entre ses fitats et les possessions portugaises. Mais cette tentative, qui bvait été fôite d'après les renseignements que nous avions donnés dans une note lue à la Société géographique de Londres, fut heureusement déjouée par le colonel Rigby, consul des États britanniques à Zanzibar ; et le gouverneur général dut se contenter du cap Delgado pour frontière nord de la province portugaise.

La brise vivifiante du plateau des Batokas nous dispose mieux que jamais à écouter la voix des oiseaux, 11 est possible que cela tienne à la fraîcheur de la température, mais leurs accents nous paraissent plus variés qu'ils ne le sont d'ordinaire. Un joli petit oiseau noir, à épaules blanches, que nous n'avons pas vu ailleurs, probablement un tisserin, se pose sur les brindilles les plus élevées des grands arbres, et nous jette sa mélodie, comme si au milieu de ces villages déserts il était joyeux de revoirlafigurederhomme.il va d'un arbre à l'autre, et chante en volant, bien qu'il ne s'élève pas comme l'alouette. Résistant 4 la gelée, il pourraitétre une acquisition intéressante pour les amateurs d'oiseaux et les sociétés d'acclimatation.

L'indicateur n'est pas le seul oiseau du pays qui soit attaché à l'homme. En différents endroits, où la veuve et la lavandière sont tenues pour sacrées par les indigènes, elles s'approchent de nous sans crainte. Si nos petits oiseaux étaient moins persécutés par nos gamins, l'affection qu'ils ont pour l'homme se montrerait davantage.

Séabenzo, te chef que nous avons trouvé près du Tyotyo, est venu avec nous sur les plateaux ondulés des highlands. Comme il n'avait pas de vivres, nos hommes non plus, nous avons tué un

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éléphant. A moins que la viande ne fasse réellement défaut, ou qu'on n'ait la fièTre de l'ivoire, on ne peut y songer sans regret. Ces nobles animaux, qui à l'état domestique pourraient être si utiles, sont, je le crains bien, destinés à disparaître avant qu'il soit loug-temps. Maïs dans l'entraînement de la chasse on oublietout; etnous avons pris partàl'attaque avec non moins d'ardeur que ceux qui ne pensaient qu'à la graisse et à la chair de la bête.

Les ouvrages du capitaine Harris et de Gordon Cumming renferment tant de détails sur ces massacres d'animaux qu'on s'étonne de voir presque tous les livres, qui depuis lors ont paru sur l'Afrique, souillés de pâles imitations des récits de ces grands chasseurs. Les uns nous disent avoir échappé à des périls qui, d'après la connaissance que nous avons des animaux de cette région, exigent de nous beaucoup de charité pour croire que celui qui en parle les a jamais courus, même en rêve ; les autres vous racontent des faits qui vous amèneraient à conclure que la proportion des bouchers de naissance est aussi grande dans le Royaume-Uni que celle des cabaretiers dans la ville de Glascow.

D'après la quantité d'ivoire que l'on amène sur les différents points d'où il s'exporte, on à estimé à trente mille le nombre d'éléphants qui sont tués chaque année'.

1. Dans la note suivante , que nous devons i l'obligeance de M. Simmonds, il D'£9t question que de l'iTotre importé àAia les Iles BriUmniques ; celui qu'on «Xpert* de l'Inde et du royaume de Siam, et qu'on envoie en Cliine; celui qui, de Zanzibar et de la cAle orientale d'ftfrii^e «st Tendu dans l'jnde et aui Btatg- Vnis, enBn l'ivoire des possessions françaises n'est pas compris dan» ce tableau t Itoirt it (dut genre [denu d'ûiphanl, de mont tt dhippomlame) importé dans le Royaume-Uni de 18S6 i 1863.

QnlnttDi. Vilinl. LlTrss.

1858 1Î,ÎT9 410,608

Uoyenne pour chaque année. 10,721 ""332^M3

L'importaUon des denU de morse et d'hippopotame est i peine de dit i douze tonnes par an; il n'y a donc pas lieu de s'en occuper relativement au calcul

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sut LE ZÂUBÈSE

Les grandes oreilles des éléphants que reti'acentles anciennes médailles romaines , prouve^it que les animaux représentés sur ces médailles étaient originaires d'Afrique. Or il est probable qu'ils avaient été apprivoisés par les nègres de l'intérieur; on ne voit nulle part qu'un Européen de cette époque ait osé l'entreprendre; et chose singulière, depuis les Romains et les Carthaginois, l'éléphant africain n'a plus été domestiqué, bien qu'on lui croie plus d'intelligence qu'à l'espèce asiatique.

Celui, on plutdt celle que nousavons tuée dernièrement, hisait partie d'une troupe d'éléphantes placées k la lisière d'une forêt située près de Motoula. La femelle dont il s'agit était la plus rapprochée de nous. Trois balles, dont une explosible, lui furent logées dans le corps. L'ne de ses compagnes, de moins grande taille, se retourna, et se mit à nous charger; mais elle rebroussa chemin en se voyant tant d'ennemis, ets'éloigna avec les autres. La bande s'arrêta à deux reprises différentes pour attendre la blessée, qui n'était plus capable de la suivre, et ne l'abandonna à son triste sort que lorsque la fuite devint d'une nécessité impérieuse. Notre éléphante, malgré ses trois balles, franchit un mille et demi (plus de deux mille quatre cents mètres), puis s'arrêta et s'appuya contre un arbre. Quelques-uns de nos hommes s'en étant approchés, lui envoyèrent toute la chaîne de leurs mousquets. Elle agita sa trompe, se posa doucement sur un genou, puis sur l'autre, courba lentement les deux jambes de

que nous avons ï faire. La dirCcuItê est de savoir k quel poids nous devons réduire la moyenne de la dent d'éléphant. Si les cargaisons de difTérenles provenances na noua donnent qu'un chiffre de 30 ou 2b livre) , celles de Zanzibar et du Uozambique s'élivent à 60 ou 80. En porlant la moyenne t 30 livres, ce chiffre noua donne environ 4OO0O défenses, ou 20000 élépfaanta. Si maînteDant on y ajoute l'eiporiaiion des autres marcbi^s on peut largement estimer à 3OO0O le nombre des éléphants détruits chaque année pour leur ivoire.

Noue avons cité plus baul ce chiffre de trente mille; mais, r^gle générale, les éléphants ne perdent pas leurs défenses; nous n'en avons jamais trouvé que d«s morceaux qui provenaient de dénis brisées en arrachant des racines d'arbre. Ainsi toute défense apportée au marché appartenait à un éléphant qui a cessé de vivre; et si l'on pense au nombre d'élépbantcaui détruits aranl que leurs dente soient d'aucune valeur, il est probable que le nombre des éli'pbants tués chaque année s'élève 4 40 DOO. Nous avons bien vu qu'en certains endroits la moyenne du poids des défenses est de SO livres; nous ne parlons pas des dents monstrueuses qui en pèsent de 130 à làO, on en a cite de plus de 100 livres; mais nous rappellerons que le marché de Zanzibar, dont l'exportation ne fait pas partie du tableau que nous avons donné, reçoit annueliement 20000 défenses.

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derrière, et tomba morte. C'est maintenant avec douleur que nous écrivons ces lignes '.

Un cri de joie partit de la bouche de nos hommes. Le reste de la bande accourut; et poussant des cris sauvages, ils dansèrent une ronde triomphale autour de la victime.

N'ayant pas eu de viande depuis trois ou quatre jours, ils croyaient pouvoir manger à eux seuls" tout l'éléphant, et n'étaient pas disposés à en donner la moindre part aui gens de Seabenzo. Mais après s'être gorgés toute la nuit, et bien qu'en reprochant au docteur d'avoir assez peu de sens pour ne pas rester là jusqu'à ce que la dernière bouchée fût dévorée, ils abandonnèrent plus des trois quarts de la béte à Seabenzo, auquel nous ftmes présent des deux défenses.

La trompe de l'éléphant d'Afrique est tellement massive à son point d'insertion, placé à la partie supérieure de la face.

1, Celle femelle était d'une Uille ordinaire; nous l'avons mesurée avec loln, elle Dous a donné les chiffres suivants:

Pied», iwicw

Hauteur prisa au garot 8 3 1/2

Circonférence du pied de devant 3 7

Longueur de la trompe depuis la pointe jusqu't Tieil 6 10

D'un Œil à l'autre 1 2 1/2

De l'ŒÎl au conduit auditif 1 3 l/J

De l'œil i la michoire inférieure 1 4 3/4

De l'ceil & l'insertion de la queue. 9 10

Longueur de la queus 3 4 1/2

Demi-circonféreDce, prise au milieu de la poitrine 6 0

Demi-ci Tconférence de l'abdomen 7 11/2

Du cou au pied de devant. 5 1

De l'abdomeci au pied de derrière 3 3 1/2

Du méat auditif au bord eitems 2 9

Largeur de l'oreille piiie diagotMlemeot 4 3

Du pied de dfrrière ila croupe 7 6

IMmentiont d'un fœtut d^iUptumt omW à terme, ayani quatre plaeetHai, pourctu de coiylidom :

Pied*, ponces.

Hauteur prise au garot 2 6

Circonférence du pied de devant 1 1

Du pied de derrière ï la croupe 2 5

Du bout de la trompe à l'eitr^miié de la queue 6 0

Du bout de la trompe jusipi'à l'œil 1 7 1/2

De l'œil au méat auditif 0 7 'l/'S

Du méat auditif au bord externe de l'oreills 1 3 1/?

Demi-circonférence de la poitrine 1 1

Demi-circonférence de l'abdomen 1 8 1/î

Longueur du cordon 3 - 7

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S28 1£ ZAUBÈSE

qu'elle en fait paraître le front convexe. Tranchée àsa naissance elle est assez lourde pour, que d'après nos compagnons, il n'y ait dans leur tribu que deux ou trois hommes qui puissent la soulever.

Les éléphants commettent d'affreux ravages parmi les bouquets d'arbres que nous trouvons sur le plateau. Ils cassent les grosses branches aussi aisément que nous rompons un brin de céleri; et souvent ilsarrachent des arbres de belle taille pour l'unique plaisir d'employer leur force.

Pendant notre séjour à Hotounta, un splendide météore éclaira la totalité du ciel. L'observateur, qui l'avait derrière lui, se retourna, et vit persister les raies lumineuses, pendant plusieurs secondes, sur la ligne qu'avait suivie le météore. On aU tribue ordinairement cet effet à l'impression produite sur la rétine par le corps étinceknt; mais dans le cas actuel cette impression n'avait pas eu lieu, puisque le météore avait passé derrière l'observateur; et cependant les raies ont été nettement aperçues. Le rayonnement des planètes et des étoiles réclame aussi une explication différente de celle qu'on en donne habituellement.

Des arbres fruitiers, des figuiers banians gigantesques, des meules plus ou moins usées, des cercles de pierres, sur lesquelles étaient posées les caisses de sorgho, indiquent la place où il y avait autrefois des villages. Le seul motif que l'on assigne à l'abandon de cette belle contrée est la peur de la voir envahie de nouveau par les Matébélés.

Le terrain s'incline maintenant à l'ouest, et descend peu à peu vers la vallée des Makololos.

A deux jours de marche du village batoka le plus rapproché des Highlands, nous avons rencontré des chasseurs qui mettaient le feu à l'herbe sèche, afin d'attirer le gibier par la végétation nouvelle, qui paraîtra dès que l'incendie aura fait la place nette. Ici, nous en avons déjà fait la remarque, l'herbe est excellente pour le gros bétail. Nous voyons nos hommes manger une de ces plantes herbacées, dont les feuilles d'un brun rougeâtre, sont finement dentées en scie. Elle a exactement la même saveur que la racine de réglisse, et porte dans le pays le nom de Kézou-Kézou.

La tsétsé, que les fiatokas appellent ndoha, n'existe pas

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sur ce plateau, bien qae les buffles et les éléphants y abondent.

Un petit piège, amorcé avec une souris, et destiné à prendre la genette, est d'ordinaire la première chose qui nous annonce que nous approciions d'un village. Mais c'est le chant du co^, le bruit du pilon à farine, ou les cris joyeux des enfants qui nous apprennent que les cases ne sont plus qu'à une distance de quelques pas, lant elles sont bien cachées par les arbres.

4 août. Nous arrivons k Moachemba, le premier des villages batokas soumis à l'autorité de Sékélétou ; et nous apercevons distinctement les colonnes de vapeur qui s'élèvent des chutes, bien que nous en soyons encore k plus de vingt milles. On nous dit que les pluies ayant manqué cette année, la récolte est perdue, et que de Séshéké à Linyanti la faim est très-grande. Nos hommes reçoivent ici la confirmation de quelques-uns des rapports qui leur ont été faits sur leurs familles par les Batokas des montagnes. La femme de Takelang a été exécutée pourcrime de sorcellerie, comme toujours, par Mashotlané,. le chef du village de ]a Cataracte. Les deux épouses d'inclilkola, croyant qu'il était mort, se sont remariées'; etMasakasa apprend avec un vif déplaisir qu'il y a deux ans, sur la nouvelle qu'il avait été tué, ses amis ont jeté son bouclier dans le gouffre des chutes, ont exterminé ses bœufs, et ont fait une oi^e funéraire en son honneur. Il a l'intention de les renier. « Quand ils viendront me saluer, dit-il, je leur répondrai : Masakasa est mort; il appartient i l'autre monde, et n'est pas ici. S'il était là, vous le sentiriez bien ; car il puerait mainfenant. >

Les tristes nouvelles qu'on nous avait données du résultat dfe la mission fondée à Linyanti par le révérend Helmore nous sont également confirmées. Plusieurs des missionnaires, ainsi que les indigènes qu'ils avaient amenés de Kuruman en qualité de domestiques, ont succombé à la fièvre; et les autres sont partis.

Nous avons passé toute la journée du 7 près du village du vieux chef batoka, appelé Moshobotouané, l'homme le plus corpulent que nous ayons vu en Afrique. C'est un accès de fièvre très-grave de Charles Livingstone qui nous a retenus. Le malade a pris une dose de nos pilules fébrifuges; le lendemun il a pu marcher pendant trois heures ; et le neuf, après avoir fait les

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huit milles qui nous séparaient des ctiutes, il s'est livré jusqu'au soir à l'exercice fatigant d'admirer ce qu'il avait sous les yeui. Nous étions déjà dans la même vallée que Linyanti ; et la fièvre de Charles était la même que celle qui traitée seulement, ou plutôt mal iraitée avec un peu de poudre de Dover, fut si fatale au pauvre Helmore; fièvre dont les symptômes, pour les personnes étrangères à la médecine, ont tout à fait l'apparence de ceux d'un empoisonnement.

Nous avons fait un cadeau à Moshobotouané, et lui avons dit en même temps ce que nous pensions de ses razzias sanglantes chez les Batokas, dont il est le frère. Une remontrance produit plus d'effet quand elle est précédée d'un acte bienveillant. Moshobotouané ne prit certainement pas lanôtre en mauvaise part, ainsi que l'a témoigné le présent qu'il nous a fait k son tour, et qui consistait en un bœuf accompagné d'une abondante provision de farine et de lait. Il possède un troupeau considérable de bétes bovines, et dévastes herbages ^r les bords du Lékoné. On se figure être chez soi, même ici, en voyant ces bœufs et ces vaches pÂturer dans les prés. La tsétsé habite les arbres qui forment, au couchant, la lisière des prairies de|Moshobotouané; que le bouvier se relâche un instant de sa surveillance, et le troupeau, en s'égarant de ce côté, serait entièrement perdu.

Les femmes, dans ce village, sont plus nombreuses que les hommes; conséquence inévitable des expéditions du chef. L'épouse de Sima, une Batoka, est venue à la rencontre de son mari ; elle lui apportait les meilleurs fruits de la contrée pour lui témoigner la joie qu'elle avait de son refour. Sima est justement le seul de la bande qui ramène une femme de Tété, celle qu'il a obtenue de Ghisaka par son talent de danseur. D'après nos idées, l'ancienne épouse aurait dû être peu satisfaite en se voyant une rivale, et surtout plus jeune qu'elle ; mais elle lui a fait bon accueil, et l'a emmenée chez eux, tandis que le mari restait avec nous.

Comme nous allions au village des Cataractes nous avons rencontré plusieurs vrais Makololos. Us sont d'une teinte moins foncée que les autres ; ont la peau brune, mais d'un ton chaud et riche. Ils parlent lentement, d'une manière déUbérée.et prononcent distinctement chaque parole.

A peine étions-nous arrivés, que Mashotlané, le chef du vil-

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ET SES AFFLOBNTS. 231

lage, s'est dirigé vers le hangar oùinous nous trouvions. Un petit garçon portait devant lui son tabouret, siège bas, et à trois pieds, sur lequel il s'est assis d'un air digne. Il a promené ses regards autour de lui pendant quelques secondes, lésa arrêtés sur nous, et a prononcé le mot rouméla (bonjour ou salut). Puis il nous a ofTert de la viande bouillie d'hippopotame, en aprisun morceau, et a passé le reste aux gens de sa suite qui ont tout mangé. Quant & ses razzias chez les voisins, il les a excusées en disant que les . Batokas, lorsqu'il était allé chez eux pour recueillir le tribut, l'avaient attaqué, et lui avaient tué quelques hommes. Les motifs qu'ils allèguent pour justifier leurs maraudes sont très-souvent les mêmes que ceux que donne César dans ses Commentaires. Il en est peu qui avouent, comme le vieux Moshobotouané, qu'ils attaquent leurs voisins parce qu'ils en ont le pouvoir et qu'ils espèrent 6tre vainqueurs.

Nous avons retrouvé ici Pitsané, qui en 1854 est venu avec nous à Saint-Paul de Loanda. I! est chargé par Sékélétou d'acheter trois chevaux à des marchands griquas qui sont venus de Kuruman, et qui voudraient avoir neuf grosses défenses pour chacune de leurs misérables bëtes.

Dans ta soirée, au moment où régnait le calme le plus profond, Takelang, celui dont la femme a été exécutée comme sorcière, a déchargé son mousquet et s'est écrié : * Je pleure mon épouse; ma cour est déserte; je n'ai plus de foyer.- Puis il a poussé des cris lamentables.

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