‹ Explorations du Zambèse et de ses affluents et découverte des lacs Chiroua et NyassaChapitre 24 sur 59 · Mon, arai, non; il Taut pagaj«r · texte numérisé non relu

Mon, arai, non; il Taut pagaj«r

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sagesse et de folie, d'intelligence et d'absurdité. Sans aucun doute, les Africains sont parfois d'une bêtise aussi provoquante que de mauvais serviteurs à peau blanche; mais notre conduite, aux yeux des noirs, doit souvent paraître folle et stupide.

Le 1 6 septembre, nous abordions h l'tle de Richokomané, qui renferme un village. Toutes les fois que nous approchons d'une bourgade où nous ne sommes pas connus, c'est en criant d'un ton joyeux : Malotida.' Malonda! c'est-à-dire choses à vendre, que nous annonçons notre présence. Si nous avons pu nous faire suivre d'un habitant du dernier bourg, il explique à ceux 'chez lesquels nous arrivons que nous sommes des gens paisibles. Ici on nous a d'abord évités; et personne n'a rien voulu nous vendre, jusqu'au moment où une femme plus aventureuse que les autres nous a cédé un poulet. Une fois le marché ouvert, la foule est accourue, nous apportant plus de farine et de volailles que nous n'en désirions.

Les femmes de Richokomané sont aussi laides que celles des bords du Nyassa : qui pourrait être jolie avec le. péléléî Une fois nous avons vu cette parure aux lèvres des jeunes gens ; et l'on nous a dit que chez les Mabihas, tribu de la rive droite, les hommes portaient le pélélé tout aussi bien que les femmes.

Au-dessus de Kichokomané, sur la rive gauche, est une plaine qui a près de deux milles de large; elle -est excessivement féconde, et parsemée de villages. A l'époque où nous les avons visités ces villages étaient vides ; les habitants demeuraient sur les bancs de sable de la rivière; bancs de sable entièrement nus, et presque à fleur d'eau. En amont de cet endroit, nous avons trouvé partout la môrae chose.

Ces pauvres gens avaient laissé derrière eux la majeure partie de leurs grains et de tout ce qu'ils possédaient; ce n'était pas leur avoir, mais leur personne elle-même qu'ils craignaient qu'on ne leur enlevât. La grande route de la traite, qui va du Nyassa à Quiloa, se dirigeant du sud-ouest au nord-est, vient justement de ce côté ; et il serait dangereux pour ces tribus de rester chez elles dans cette saison, où les voleurs d'hommes sont en course.

En passant près de l'une de ces boui^ades établies dans la rivière, nous y vîmes deux tètes humaines qui gisaient ^ur le

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sable. Le soir nous nous arrêtâmes à deux milles de ce village. Avant le lever du soleil, un parti nombreux d'hommes armés vint à notre camp. Trois de ces hommes nous apportaient chacun un poulet, que nous ne voulûmes pas acheter, en ayant fait provision la veille. Nous nous éloignâmes; la bande nous suivit.

Quand nous eûmes déjeuné, des habitants de la rive gauche traversèrent la rivière à la nage, et se réunirent au corps principal. Leur intention était évidemment de nous attaquer à une place oii il nous faudrait raser la berge. Mais leur projet fut déjoué par une forte brise qui nous fit passer à l'endroit voulu avant que le gros de la troupe y fut arrivé. Ces hommes dis-' parurent, et se remontrèrent un peu plus loin, sur une côte boisée qui longeait la rivière. Ils se hâtaient de gagner une courbe où nous devions nécessairement nous approcher du bord. Une flèche ayant été lancée au premier bateau, nous nous éloignâmes de la berge autant que faire se pouvait; et nous essayâmes de faire entendre que nous n'étions pas venus pour nous battre. « Pourquoi alors avez-vous tiré un coup de fusil? nous fut-il demandé. — Pour tuer une vipère, afin qu'elle ne tuât personne; elle est restée là-bas oii vous pouvez la voir. -

Le chef de nos canotiers, se mit dans l'eau, s'approcha d'eux courageusement; et leur dit avec chaleur que nous étions des gens paisibles, ne faisant pas la guerre; que nos compatriotes achetaient du coton et de l'ivoire, non des hommes ; qu'ils désiraient venir et faire du commerce avec eux. Que nous partirions dès que nous aurions vu la rivière, et qu'ils n'avaient rien à craindre.

Pendant que notre brave mokadamo parlait ainsi, le vieux scélérat qui commandait la bande, descendit de la berge en tapinois, et se glissa derrière nous avec une douzaine de ses archers. Arrivés l.î, ces hommes bondirent, commencèrent une danse furieuse, l'arc tendu, prenant déjà leur visée, et gesticulant avec frénésie. Le chef leur dit alors de se cacher derrière les troncs d'arbre, accumulés dans l'eau, et de tirer sur noua. Le gros de la bande, resté sur la rive, et que nous avions en face, nous visa également. Les mousquets y étaient nombreux. L'armée avait derrière elle un épais fourré, où elle pouvait

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disparaître en un din d'œil, circonstance qui donne toi^ours une grande hardiesse aux gens dont l'arc et les flèches sont les armes principales.

Malgré ces démonstrations il nous répugnait d'en venir aux coups, l'ne demi-heure se passa, nous exposant à chaque minute à recevoir une balle ou une flèche empoisonnée. Nous cherchions à leur faire comprendre que nos armes valaient beaucoup mieux que les leurs, que nos munitions étaient abondantes ; mais que nous ne voulions pas tuer nos frères ; car nous étions tous les enfants du Grand-Esprit; et que s'il fallait nous battre la faute en retomberait sur leur tête.

Cette dernière parole, d'un usage fréquent parmi eux, produisit tant d'efTet que le chef et son escorte désarmèrent aussitôt ; puis s'approchèrent pour traiter avec nous. La rivière, disaientils, leur appartenaient; ils ne permettaient pas aux blancs de s'eu servir; à moins de payer pour cela un droit de passage. C'était un peu humiliant; mais il fallait céder ou se battre; l'humiliation était préférable au sang versé ; bref nous avons acheté la paix avec trente yards de cotonnade.

Le chef et sa suite se déclarèrent nos amis pour toujours, et nous dirent qu'ils nous feraient de la cuisine pour quand nous repasserions. Sur cette assurance, la voile fiit déployée ; et nous partîmes fort contents d'avoir arrangé l'afTaire.

Tous les autres, qui étaient demeurés au bord de t'eau s'empressërent de gagner le sommet d'un détour de la bei^e, afin, pensions-nous, de voir marcher notre guigue. Mais à peine étions-nous vis-à-vis d'eux qu'ils nous envoyèrent une grêle de balles et de flèches empoisonnées. Nous nous trouvions si près de la rive que toutes les flèches tombèrent au-delà des bateaux ; cependant quatre balles traversèrent la voile, juste au-dessus de nos têtes. Dès qu'ils eurent lire, les assaillants se jetèrent dans le bois et dans l'herbe, excepté deux d'entre eux, qui nous visaient, l'un de son arc, l'autre de son mousquet, lorsqu'une de nos balles les mit en fuite.

A peine avions-nous fait mille yards qu'ils reparurent. Chacun de nous tira plusieurs fois au-dessus de leurs têtes pour leur faire comprendre la portée de nos rifles ; et tous se renfoncèrent dans le bois. N'os amis, restés sur le banc de sable, prirent également la fuite ; mais pas un d'eux n'ayant tiré sur nous, on ne

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ET SES AFPLUBMTS. 407

leur Qt aucune menace ; et ils s'éloignèrent sans crainte avec leur cotonnade>

La bande espérait probablement tuer l'un des nôtres; et à la faveur du désordre qui en résulterait, elle comptait sans doute piller les bateaux. Ce n'est que dans les endroits oii l'on fait le commerce d'esclaves que les indigènes de cette partie de l'Afrique sont d'humeur sanguinaire.

Ceux qui nous ont attaqués ont une mauvaise réputation, même dans leur propre tribu. Un Arabe que nous avons rencontré plus haut, supposant que nous descendions la rivière, nous conseilla de ne pas aborder prés de ces villages, dont la population est perQde, et voiis attaque sans y être provoquée. L'expérience que nous en avions faite confirmait la vérité de ces paroles.

Il n'y a pas le moindre commerce sur la partie de la Rovouma dont ces bandits occupent les bords. Mais en amont de leur territoire le mouvement des pirogues est très-actif. Les peuplades de l'intérieur, qui récoltent de grandes quantités de riz, en échangent une portion contre le sel que les riverains extrayent de certaines parties de la berge ; et le transport se fait par eau.

Nos assaillants ne comptaient pas trouver chez nous grande résistance. Il» ont dit à un chef du voisinage que s'ils avaient su qui nous étions, il.o nousauraient laissé passer,« car les Anglais mordent ferme. ■ A notre retour eCTectivemeot ils ne nous ont point inquiétés, bien que nous soyons restés plus d'une heure on vue de leur bourgade.

Une fois sortis de là sains et saufs, nos gens avaient repris courage ; mais la plupart avaient été bien effrayés. « Ce n'était pas ce genre de peur qui vous fait sauter par dessus bord et courir à toutes jambes, nous disait l'un d'entre eux; mais celle qui vous fait monter le cœur aux lèvres, vous ôte les forces, et vous rend aussi incapable de vous battre que l'est une fenmie. >

Sur le territoire de Chonga Michi, à quatre-vingts ou quatrevingt-dix milles de la câte, nous avons trouvé des gens de la même tribu que ces rapaces ; mais cette fois très-convenables, et recevant bien les étrangers.

Des Makoas, dont le pays est au sud, ont émigré et sont venus

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s'établir ici. On les reconnaît à une cicatrice qu'ils portent sur le front, et qui a la forme d'un croissant, dont les pointes sont dirigées vers les yeux.

La triba des Makoas possède toute la contrée qui est à l'ouest de Mozambique, et ne permet à aucun Portugais de pénétrer sur son territoire à plus de deux beures de marche du fort. Une montagne, nommée Pau, siluée à quelques dix ou douze milles de celui-ci, a été visitée de nos jours par un officier anglais accompagné d'un Portugais; et cette visite n'a pu avoir lieu que grâce k l'amitié particulière du chef pour le dernier de ces gentlemen. Il y a trois cents ans que les Portugais ont le fort de Mozambique; mais là, comme ailleurs, leurpouvoirne s'étend que sur le pays qu'ils découvrent de l'affût d'un canon.

Matingoula, le chef des Makoas que nous avons trouvés au bord de la rivière, un homme hospitalier et communicatif, nous a dit tout ce qu'il savait de la Rovouma et des contrées qu'il connaissait. Il était allé & Mozambique avec des esclaves; une autre fois à Iboé. Dans l'un de ces deux voyages il avait acheté un mousquet, dont II ne se servait pas, et qu'il voulait troquer pour de l'étofTe. Comme nous avions reçu de lui des vivres en assez grande quantité nous lui offrîmes une couverture de voyage. Il l'examina, dit qu'il n'avait jamais vu d'étoffe pareille; qu'elle ne lui plaisait pas, et qu'il aimait mieux de la cotonnade.

* Mais cela vous tiendrait chaud la nuit. — Oh! répondit-ij, je n'ai pas besoin décela pour dormir. • On lui donna un morceau de calicot qui ne valait pas le tiers de la couverture; et qu'il prisa bien davantage. Ses sujets refusèrent également de nous céder leurs volailles pour nos magnifiques indiennes. Il est probable qu'on leur en avait donné autrefois qui n'avaient rien valu. Dans tous les cas ils préférèrent la cotonnade bleue, tout unie, et fort commune, dont ils avaient l'expérience.

Des ruches d'écorce, posées sur les grands arbres des deux rives, se voient dans tout le parcours de la rivière. On y recueille d'excellent miel, dont on nous offrait de grands pots en échange d'un petit morceau d'étolTe. Nous n'avons trouvé de cire nulle part; dés qu'on n'en met pas en vente 11 est probable qu'elle est considérée comme rebut, et jetée quand on clarifie le miel.

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A Mïclii, le plateau qui jusque-là borne la vue sur les deux rives, et dont les flancs, d'une hauteur de six à huit cents pieds, produisent l'elTet de chaînes de montagnes, s'écarte de la Rovouma. Il est remplacé par une plaine ferlile, d'oîi s'élèvent des monts détachés formés de granit. Sur la rive droite le plateau, semble courir au sud, en gardant toujours son aspect montagneux. Sur l'autre rive, il se prolonge vers l'ouest pendant encore plusieurs milles, puis se détourne vers le nord.

De petits morceaux de houille, recueillis sur les bancs de sable, montrent que ce précieux minéral existe sur les bords de la Rovouma, ou de l'un de ses tributaires. Les indigènes savent que la houille est combustible. Ayant remarqué au petit iac de Chidîa le grès de Tété, couvert d'arbres fossiles, tel qu'on le voit sur les rives du Zambèse, nous avions dit au capitaine Gardner que cette roche indiquait avec certitude la présence de la houille. Les quelques morceaux trouvés ensuite ont confirmé cette assertion. Il est probable que le terrain houillier s'étend du Zambése à la Rovouma, sinon au delàdecetie rivière.

Quelques roches , situées en aval de Michi , ont gardé la ligne du niveau habituel des eaux ; elle y est marquée A trois pieds au-dessus du point qu'atteignait la rivière lors de notre passage.

C'est à quelques milles des Makoas de Matingoula, du cAté de l'ouest, que nous avons retrouvé des Makondés, qui celte fois étaient de braves gens. La guerre et la traite leur avaient fait quitter leurs villages; et ils habitaient les bancs de sable. Un vieillard, à l'air vénérable, nous hèla comme nous passions; et nous demanda si nous n'allions pas lui parler. 11 déposa son fusil, quand il vit que nous abordions, et vint â notre rencontre. Son frère, qui l'accompagnait, donna une poignée de main à tous les gens du bateau, ainsi , disait-il , qu'il l'avait vu faire à Quiloa.

« Vous avez donc vu des blancsî

— Oui ; mais jamais de votre qualité, > répondit-il avec politesse.

Ces hommes étaient très-noirs, et fort peu couverts. Une jeune femme, parée avec la dernière recherche, et maniant la gaffe aussi adroitement que le plus habile canotier, nous amena une pirogue toute pleine de jeunes filles, qui désiraient nous voir. Celte élégante portait une coiffure de perles rouges, posée

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sur l'oreiUe; un collier de beaux grains de verre de diverses couleurs; deux bracelels d'airain ciselé au bras gauche; et un rien d'éUifTe : à peine pour deux farthings.

En avançant vers l'ouest, nous avons vu la rivière incliner un peu au sud; et dans certaines parties, nous l'avons trouvée plus profonde qu'aux environs de la côte. Mais h cent quarante milles de son embouchure, en tenant compte des sinuosités de son cours, des rochers'd'un tuf tendre commencèrent à paraître. A dix milles de ces roches la Hovouma se rétrécit, devient de plus en plus rocailleuse ; et k cent cinquante-six milles de la mer, d'après nos calculs, il fallut nous arrêter. Nous nous trouvions alors environ à deux degrés de la cdte, mesurés k vol d'oiseau.

A pariir de Michi, peu d'incidents qui mérilent d'être notés. Sept canots chargés de riz et de sel, nous accompagnèrent pendant quelques jours ; et plus nous avancions, plus les habitants devenaient polis.

C'est juste au-dessous' de l'Ile de Nyamatolo, située par ll*.53' latitude sud, et 3S*.I6' longitude est, que nous nous sommes arrêtés. Près de l'Ile est un rapide dont les rochers laissent entre eux de petits détroits, que les canots des indigènes peuvent aeuls franchir. 11 y a peu de chute, et les rives sont basses; toutefois ces rochers nous fermaient le passage. D'après les renseignements qu'on nous avait donnés, la portion navigable de la Rovouma devait fournir une course d'un mois, à partir de son embouchure ; mais quand la hauteur des eaux est normale, un bateau peut gagner en six ou huit jours, les obstacles qui nous ont empêchés d'aller au delà, et que paraissent offrir tous les fleuves africains.

La Hovouma est remarquable par les plateaux élevés qui flanquent ses bords depuis l'océan Indien jusqu'à une distance d'environ quatre-vingts milles. Les cataractes des autres .rivières se produisent dans les montagnes: celles de la Hovouma se trouvent dans une région plate, où les montagnes n'apparaissent que dans le lointain. C'est du cdié de l'ouest et du nord, que s'élèvent de la plaine des monts bleuis par l'éloigaement, et que d'après leur forme nous supposons d'origine ignée.

De Ngomano, qui est à trente milles en àmont de Nyamatolo, jusqu'à Tsenga, ou à Kotakota, lieux d'embarquement des

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Arabes sur le Nyassa, la distance est, dit-on, de doaze jours. Les cataractes du Chiré nous obligeant h beaucoup moins de portage, il fut décidé qu'il valait mieux conduire le vapeur à sa destination par la route qui nous était familière , et où nous étions connus, que de passer chez des peuplades à qui nous pouvions être suspects.

En amont de notre point de retour la Rovouma se rétrécit de plus en plus, du moins & ce que nous dirent les tiabitanls. Us nous racontèrent qu'un bateau rempli d'esclaves avait été lancé par un Arabe au-dessus des rapides, et qu'il s'était brisé au premier écueil *. Beaucoup d'entre eux affirmaient toi^'ours que la Hovouma sortait du Nyassa, et qu'à l'origine elle était fort étroite. Un hoomie déclarait même l'avoir vue s'échapper du lac, vue de ses propres yeux, et se montrait mécontent de nos questions qui paraissaient mettre en doute sa véracité. D'au* très personnes nous ont donné des renseignements qui nous semblent meilleurs; les voici tels que nous les avons reçus. A deux jours, c'est-à-dire à trente milles de l'endroit où nous nous sommes arrêtés, la Hovouma est rejointe par le Liendé qui, venant du sud-ouest, prend sa source dans les montagnes, situées à l'est du Nyassa. La grande route que suivent les traitants pour se rendre à Quiloa, c6toie le bord de cette rivière où, pendant la saison sèche, on n'a de l'eau que jusqu'à la cheville. La Rovouma vientelle-méme de l' ouest-nord-ouest. Quand vous avez passé l'embouchure du Liendé à Ngomano, dont le nom signifie lieu de rencontre, et dont le chef s'appelle Ndondé, vous trouvez la rivière tout étroite ; et vous êtes chez les Ajahouas.

Les habitants de Nyamatolo cultivent de grands terrains et font d'abondantes récoltes. Ils ne demeurent dans cette Ile qu'en été; c'est dans les bois que sont leurs villages permanents. Nous sommes entrés dans quelques-uns de ces villages pendant que nous étions en chasse; nous y avons vu de grandes quantités de grain qu'y avaient laissés les absents ; et dans certaines

1. LMdie d'une pareille expérience esl-sUe venue 1 deux maîtres da nations diDérenle*, ou bien n'est-ce qu'une légendeT Nous l'ignoroni; mail les riTenios du Zambèse, on se le rappelle, attribuent le mïme bit k un marchand de Tâté, qui aurait lancé, en amont du Kébrabasa, une pirogue où se IrouTaient deux eiclave». Voir page 161. (iVote du traduettui).

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parties de la forêt, outre de nouveaux dépôts du même geore, nous avons trouvé de grands vases remplis de graine de sésame. Cette dernière nous a été offerte soit en présent, soit comme objet de vente, sous le nom de mafouta qui veut dire graisse.

On nous a également apporté un peu de copal, ce qui nous fait croire que ces articles sont achetés par les Arabes. Le tabac, mis en paquet, était fort abondant et à très-bas prix. Nous avons rencontré des cotonniers ; mais nous n'avons vu employer le coton que pour faire des filets de pêche.

De tous les produits que l'expédition a trouvés dans ces parages le plus précieux est un bois de teinture, provenant d'une liane de la grosseur de la jambe, et qui, d'après l'expérience qu'en a faite le docteur Kirk, donne une couleur jaune à la fois très-belle et très-solide.

Bien que d'une taille moins colossale que ceux des rives du Zambèse, les baobabs qui croissent au bord de la Rovouma portent des fruits plus de deux fois plus gros que les autres. Ils venaient de perdre leurs grandes fleurs blanches lorsque nous sommes passés; et ils avaient encore beaucoup de fruits de l'année précédente.

Jamais crocodiles n'ont été plus à plaindre que ceux de la Rovouma. On les tue à coups de lance , on les persécute , on les chasse de toute manière. Si l'un d'eux se laisse allécher par la vue d'un étang où le poisson abonde, il est sûr de trouver bientôt le séduisant bassin entouré d'une palissade, et, à l'intérieur de celle-ci, un piège dans l'unique sentier qui permet d'en sortir. Toute celte population est avide de la chair de ces monstres. Les rives où la femelle va pondre la nuit sont fouillées pendant le jour; et les œufs qu'on en retire sont mangés avec délices. Nos hommes regardaient constamment s'ils n'apercevaient pas un de ces nids. Ils finirent par en trouver un qui renfermait trente-cinq œufs nouvellement pondus; et nous assurèrent que la femelle en pondrait autant la nuit suivante, mais dans un autre endroit.

Ces œufs étaient enfouis dans le sable, k un pied de profondeur, et placés au sommet d'une bei^e ayantdix pieds de haut. La mère creuse un trou avec ses pieds, recouvre sa ponte, l'abandonne jusqu'à ce que la rivière, en débordant, ait submergé le nid, ce qui a lieu environ trois mois après ; et revient à celte

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époque aider les petits à éclore. Nous avons vu, en Tace de Tét^, de jeunes crocodiles nager au mois de décembre ; ils rasaient le bordd'un tlot, et étaient accompagnés d'un adulte.

Il y a peu de différence, quant à la couleur, entre le blanc et le jaune de l'œuf. Pour le goût, les œufs de crocodile ressemblent aux œufs de poule, avec quelque chose de crémeux et de sucré ; et les Européens ne les apprécieraient pas moins que les nègres, si leur provenance de mangeurs d'hommes, n'en faisait un objet de dégoût.

La chasse du senzé (aulacodtts stoinderianus) animal de la taille d'un gros chat, mais dont la forme est plutôt celle d'un cochon, était alors la principale occupation des hommes et des enfants dans les lies basses qui sont entourées de roseaux. Le feu était mis en di^'ers endroits aux grandes herbes de la rive, et les chasseurs, armés de bâtons, de lances, d'arcs et de fitches, se tenaient par groupes aux diiTërentes issues par oîi le senzé pouvait sortir. Des tourbillons d'une épaisse fumée nous dérobaient parfois ces groupes ; de temps à autre de grandes nappes de flammes, d'un rouge sombre, déchiraient le nuage en rugissant, faisaient explosion, et jaillissaient au-dessus des roseaux.

Les senzès, fuyant de toutes parts, se précipitaient vers les issues qu'ils croyaient libres; et à travers la nuée fumeuse on voyait bondir les chasseurs, qui, gesticulant et dansant avec frénésie, jetaient bâtons, lances et flèches à leurs victimes. Des milans planaient au dessus des flammes, prêts à fondre sur les mantes et les sauterelles qui s'en échappaient. De petites cor*neilles, des centaines d'hirondelles, au vol ardent, traversaient la fumée, et saisissaient les mouches fugitives. Des légions d'insectes, chassés par l'incendie, sautaient dans la rivière; et le poisson agile faisait bombance *.

1. L'ïulacode est un rongeur peu connu, m£me des naturalistes qui l'ont mis tantôt avec lea marmotles, à cause de lu forme de ses dénis, tïniût avec les porcs-épics, dont il parait se rapprocher davantage. Sa robe, composée de soies grossières, anneUos de ja.une et de brun, ajant la pointe épineuse, reaire efTectivemenl dans l'uniforme de ces animaux. On ignore ses mœurs; toulefois les replis membraneux do ses grandes oreilles annoncent qu'il est nocluroe; et la manière dont on le chasse vient probableoieal de la difficulté de découvrir >a retraite, ou de l'en faire sortir pendant le jour. Ce serait une nouvelle analogie avec le poro-épic, doDt le «ommeil diurne rend la prise peu facile, et qu'oD se procura géDèralement en brillant du soufre i l'entrée de son glle.

(Note du iradutfniT).

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Le 9 octobre, nous étions de retour au Pionnier, après une absence d'un mois. Un condensateur nous avait été envoyé d'Angleterre; et l'équipage ayant bu de l'eau distillée depuis notre départ, il n'y avait pas eu à bord un seul malade, bien que l'année précédente au même endroit, les cas de lièvre eussent été nombreux. Tous ceux qui étaient avec nous avaient bu l'eau de la Hovonma; et les trois matelots anglais, qui pour ia première fois naviguaient sur une rivière africaine, avaient eu de légers accès de fièvre.

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ET SES AFFLDENT3.

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