Voir Explorationt datu eàfrigue autlrale, pages 743 e
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trente de leurs compagnons étaient morts de la petite vérole. En outre, six des plus jeunes, fatigués de couper du bois pour une maigre pitance, résolurent d'aller danser devant les chefs du voisinage, et de gagner ainsi quelque chose. « N'y allez pas, disaient les autres; nous ne connaissons pas les gens de ce pays-ci. > Ils n'en partirent pas moins, et se rendirent auprès de Chisaka, un métis qui résidait à peu de distance vers le nord, et qui avait mis le feu, quelques années avant, à toutes les villas portugaises de la rive gauche du fleuve. Ils allèrent ensuite chez Bonga, fils d'un autre chef mulâtre, qui bravant le gouverneur de Tété, avait construit une estacade à l'embouchure de la Louénya, située à quelques milles au-dessous du village portugais *. Ayant appris des Hakololos qu'ils arrivaient de Tété, Bonga leur fit mauvais accueil : < Pourquoi venez-vous, dit-il ; vous demeurez chez mon ennemi ; vous apportez un sortilège qui me fera mourir. « En vain ils assurèrent qu'ils n'avaient rien de commun avec les Portugais, qu'ils étaient étrangers, venus de bien loin, avec un Anglais dont ils attendaient le retour; Bonga les fit mettre à mort. > Nous ne nous plaignons pas des trente victimes qu'a faites la petite vérole, ajoutèrent ceux qui nous apprenaient ces tristes nouvelles; ils ont été pris parle Marimo (l'Être suprême); mais notre cœur souCTre pour les six jeunes gens qui ne devaient pas mourir ; et que Bonga nous a tués, i
Demander réparation, et faire punir l'auteur du meurtre, on n'y songeait même pas. Bonga avait pris un ofGcier de l'armée portugaise, et le condamnant k des travaux serviles, lui avait fait piler du maïs; aucun châtiment n'avait puni cette offense. On avait, au contraire, décerné à Donga le titre honoriQque de capitaine, dans l'espoir de s'en faire un allié ; mais il n'en avait pas moins gardé son estacade.
L'un des .Uakololos fit observer ■ qu'ils avaient de la viande ; ils auraient désiré que ce fût du bœuf; mais ce n'était que du cochon. Le docteur voudrait-il en mangerî — Est-ce que cela se
1. Le Dom d« Bong», qui ïigiiiBectut-tigrB, ne s'applique pai ici au rrbo de Uariano, donl l'estacade le trouvait i l'embouchure du Houtau. II détïgae !• fiU ds t4yiud^, qtii pendant que toutes les Tarces porlugaiieg étaient réunies sur les bords de la Louiuya, fui envoyé par son père à Teté, et brûla tout ce village, i l'eiception de l'égliie et du fort
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demande? reprit un autre; s'il n'en veut pas, cela sera pour ses gens. » Ils se levèrent pour partir, et l'un d'eux ajouta: « Nous dormirons cette nuit. >
L'hôtel du gouvernement fut mis à notre disposition avec beaucoup d'obligeance par le m^or Tito d'Araujo Sicard. C'est une maison de pierre, à un étage, couverte en chaume, ayant pour croisées des stores de calicot, et pour plancher delà terre battue.
Les Makololos y transportèrent nos bagages; Singéléka, le ménestrel de la bande, suivit les porteurs en autant les clochettes du pays natal, et en chantant des couplets énergiques, faits pour la circonstance.
On se rappelle qu'à l'époque où Livingstone revint en Angleterre, le bruit se répandit que le gouvernement portugais avait donné des ordres pour que les Makololos fussent défrayés par l'Ëtat jusqu'au retour du docteur. Cette conduite généreuse du Cabinet de Lisbonne avait touché beaucoup d'Anglais, et soulagé l'esprit du docteur d'une vive inquiétude. Rassuré & cet égard, celui-ci prit tout le temps de rédiger la relation de son voyage, avant de se remettre en route pour continuer son œuvre. Quand le gouvernement britannique promet une chose, sa parole n'est mise en doute par aucun de ses nationaux ; il en résulte que les Anglais ont le tort d'ajouter foi aux assurances des cabinets d'une moralité moins sévère. Les Makololos n'entendirent jamais parler des secours promis; et le gouverneur de Tété pas davantage. Les fonctionnaires, eux-méme.'i, attendaient leur traitement depuis plusieurs années; et prétendre leur faire nourrir une centaine d'individus était, de la part du gouvernement portugais, se montrer généreux aui dépens de la bourse d'autrui, genre de bienfaisance qui d'ailleurs n'est pas très-rare. Les pauvres Makololos en furent réduits à couper du bois, et à le colporter dans le village, où ils demandaient quelques denrées en échange. Ne recevant rien de Mozambique, ils seraient tombés dans une misère profonde sans la générosité du major Sicard. Celui-ci leur donna de la terre, des houes pour la cultiver, et leur fournit des vivres, en attendant la moisson' .
Le village de Tété a pour assise un coteau de grès, situé sur
I. Dtji en 1866, le major Sicard a'éUit momlri fort géDéreui pour la docMur UvingtloDA et pour ses Makololos. Voir Ezplortaioiu 4lant FÀfriqat auttrate, page SBT. (Nou du tradacieuri)
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la rive droite du Zambèse, dont la largeur est ici de neur-cent soixante yards (près de neuf cents mètres). Des ravins peu profonds, suivant une ligne parallèle à celle du fleuve, sillonnent le coteau, et forment les rues; car c'est à la crête de ces ravines que les maisons sont construites. A l'exception d'un étroit sentier, la surface de ces rues, lorsque nous arrivâmes, était complètement envahie par l'indif^o; on aurait pu en recueillir des tonnes. Le fait est que l'indigo, le séné, le datura stramonium, et une espèce de casse sont les mauvaises herbes de l'endroit; il faut les arracher et les brûler tous les ans pour nettoyer le sol qu'on veut mettre en culture.
Une muraille de pierre et de boue entoure la ville, qui n'est habitée que par la colonie ; c'est k l'extérieur que vivent les indigènes. Le fort et l'église, situés près du Qeuve, servent tous deux à la défense des habitants.
La population blanche est restreinte, et l'on peut dire choisie, car la plupart de ceux qui la composent sont ici en vertu d'un jugement qui les a cheissés du Portugal, au grand avantage de leurs concitoyens. L'élément militaire y prédomine; les convicts, et les soldats classés sous le nom à'incorrigibUs, ont une solde très-faible, et tirent leurs principales ressources des produits que leurs noires épouses obtiennent de leurs jardins. On peut se figurer l'état moral d'une pareille sopété. Les officiers eux-mêmes touchent rarement ce qui leur est dû par l'I^tat; mais ils s'arrangent de manière k épouser les filles ou les veuves de riches négociants, et font le commerce d'ivoire, au moyen des esclaves qu'ils ont acquis de la sorte. fUne sécheresse désolante se produit fréquemment dans la banlieue de Tété; et la récolte y est souvent compromise. Gela peut venir, au moins en partie, de ce que la ville est placée entre deux chaînes de montagnes, courant du nord au sud, et qui paraissent exercer sur les nuages une puissante attraction. On voit souvent pleuvoir sur ces montagnes, alors qu'il ne tombe pas une goutte d'eau dans la ville, non plus que dans le voisinage.
La première saison que nous passâmes à Tété fut précisément sèche. Trois fois lespauvres femmes avaient ensemencé leurs jardins, et sans qu'il y parût , les plantes à peine levées mouraient immédiatement. Un quatrième semis avait eu le même sort,' quand les habiles de la localité découvrirent ce qui chassait les
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nuages : c'était notre pluviomètre. Nous l'avions établi àsns notrejardin; et ce malheureux instrument, qui passait pour effrayer la pluie, nous fit regarder comme des oiseaux de malheur. A leur tour, les Makololos mettaient la sécheresse sur le compte des habitants. ■ Ils ont chez eux, disaient-ils, une quantité de sorciers qui ne veulent pas laisser pleuvoir. -
La population africaine est généralement superstitieuse ; mais celle de Tété l'est d'une façon particulière. Composée d'étrangers appartenant i des peuplades diverses, toutes les superstitions y convei^ent, et forment un foyerauquel se brûle la dose de sens commun que pouvaient avoir les métis. Ils croient à une foule d'esprits malins, vivant dans l'eau, dans l'air, dans la terre, engeance invisible et mauvaise qui n'a d'autre plaisir que de torturer les honunes. Heureusement que cette engeance maudite a un faible pour la bière, et un énormeappétit,d'oùil résulte qu'on peut l'apaiser de temps i autre, en lui offrant i boire et à manger. Le serpent est pour eux l'objet d'un culte; et d'horribles images de ce reptile sont attachées dans les cases où il se trouve des malades.
Ceux des Africains dont l'intelligence est pure de toutes ces sottises, croient à un Être suprême qui a créé toute chose, qui habite au-dessus des astres, et qu'ils appellent Moroungo; mais ils ne l'invoquent jamais, ne savent rien des relations qu'ils ont avec le Grand-Esprit, ni de l'intérêt que celui-ci porte aux hommes. Suivant eux, les' esprits de leurs ancêtres sont tous . bons; et, en certaines circonstances, les secondent dans leurs entreprises. Quand un homme s'est coupé les cheveux, il a soin de les brûler ou de les enterrer secrètement, de peur qu'un sorcier, ou un individu qui a le mauvais œil, ne vienne s'en emparer et ne s'en sçrve pour l'affliger de maux de tête. Ils croient à la vie ^ture ; mais ne savent rien de l'élat du barimo, ainsi qu'ils nomment l'esprit du défunt.
Le manguier crott d'une manière luxuriante au-dessus de Lupata, etfoumitune ombre -épaisse. Son fruit délicieux, meilleur en cet endroit que sur la cAte, nourrit pendant une partie de l'été les indigènes qui en prennent soin. Comme il y a de ces arbres qui donnent en novembre, et d'autres en mars, tandis que la force de la production est entre ces deux époques, on a des mangues en abondance pendant quatre mois de l'année.
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Les indigènes les aiment beaucoup ; malgré cela rien ne les décide h planter un manguier. Ils sont intimement convaincus que celui qui fait venir un de ces arbres ne tarde pas à mourir.
Les Makololos, ainsi que les indigènes, aimaient ce fruit avec passion ; mais lorsqu'au moment du départ nous leur conseillâmes d'en prendre des noyaux pour les planter chez eux, ils refusèrent, en disant . qu'ils ne voulaient pas mourir encore, » tant ils s'étaient pénétrés de cette croyance que ce serait commettre un suicide. Une autre superstition, répandue même parmi les Portugais originaires de Tété, veut que celui qui plante un caféier n'ait plus de bonheur à espérer en ce monde ; ils prennent cependant du café, et n'en paraissent que plus heureux.
La sécheresse continuant toujours, un chef du voisinage pratiqua diverses manœuvres pour évoquer la pluie ; mais ses incantations restèrent snns résultat. A son tour, le curé de Tété, un Goanais, voulant satisfaire ses compatriotes, annonça une processionen l'honneur de saint Antoine, afin d'obtenir de l'eau par l'entremise du bienheureux. La première supplique demeura sans réponse. Pour la seconde, on prit mieux ses mesures; et la procession qui, cette fois, avait eu lieu après la nouvelle lune, fut suivie d'une averse tellement copieuse, que !e toit de chaume de notre hétel en fut effondré. Il en résulta que la semaine suivante le bienheureux saint Antoine reçut une couronne d'or du prix de vingt-deux livres {cinq cent cinquante francs), pour avoir procuré cette pluie si nécessaire. J
Nous n'avons jamais regardé avec mépris les rites d'aucune église; mais dans cette occasion l'irrévérence allait tellement loin , — les fidèles agenouillés se livraient entre les répons à des rires et à des plaisanteries incroyables, et ne cessaient même pas leurs grimaces en marmottant VOra pro nobis, — qu'il nous vint malgré nous à l'espril que s'ils ajoutaient foi, ainsi que les indigènes, à l'évocation des nuages, ils ne croyaient pas à autre chose.
Ici la plupart des arbres produisent leurs feuilles au mois de mai, époque où l'hiver commence, et restent dépouillés Jusqu'aux pluies qui arrivent en novembre. Plusieurs d'entre eux ont la curieuse habitude de se réveiller plus t6t, comme si d'instinct ils comptaient sur la pluie. Ainsi au commencement d'oc-
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tobre, quand la sécheresse est à son comble, alors qu'il n'y a pas une goutte de rosée, ils commencent à émettre des bourgeons; et les voilà poussant, en quelques jours, des feuilles de teintes diverses, parfois même des fleurs brillantes. C'est de la même manière que les arbres devancent, à ce que l'on dit, la venue du printemps dans les réglons arctiques, et y déploient des feuilles nouvelles en un moment où la terre est gelée à nne profondeur plus grande que celle où descendent les racines. [Les Portugais ont un grand nombre d'esclaves, qui tous ont les vices ordinaires de leur caste, et sont menteurs, voleurs et dissolus. En général les Portugais sont des maîtres humains. Il est rarequ'ils fassent subir un traitement cruel aux hommes qui leur appartiennenl, ce qui peut venir autant^e leur bonté d'âme que de la crainte de perdre leurs esclaves en les poussant à fuir. Ils n'achètent pas un adulte sans faire eu même leinps l'acquisition de toute sa famille, du moins autant que possible. Us s'efforcent ainsi de l'attacher à sa nouvelle résidence par les liens domestiques. Déserter, en pareil cas, serait abandonner tout ce qui lui tient au cœur ; et cela pour recouvrer une liberté qu'il perdrait probablement au premier village ; car le chef pourrait bien s'emparer de lui, et ne se ferait pas scrupule de le revendre comme esclave.
Nous connaissons un singulier exemple de servitude volontaire. Un nègre, appelé Chibanti, jeune homme actif et plein d'intelligence, qui nous pilotait sur le Zambèse, nous dit an jour qu'il s'était vendu lui-môme. Nous lui demandâmes ce qui l'y avait décidé ; il nous répondit qu'il était seul au monde, qu'il n'avait ni père ni mère, aucun parent qui pût lui donner un verre d'eau s'il était malade, ou à manger s'il avait faim. Il alla donc se vendre au major Sicard, un bon maître, dont les esclaves ont peu de travail et une nourriture abondante. ■ Je reçus, dit-il, en payement trois pièces de calicot de trente-trois yards chacune ; j'achetai un homme, une femme et un enfant qui me coûtèrent deux pièces d'étoffe ; il m'en resta une de bénéfice. ■ Ce capital, joint au travail de son petit cheptel, lui avait permis d'accroître le nombre de ses esclaves ; et au bout de deux ans il en possédait assez pour former l'équipage d'un grand canot. Son maître, qui avait de l'ivoire à transporter à Quilimané, le cbargea de cet envoi, et lui donna de l'étoffe pour
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louer des rameurs. Il prît oaturellement sea propres esclaves, retira de cette affaire un profit considérable; et trouva qu'en se vendant il avait fait une excellente spéculation ; car il n'avait pas même à se nourrir; et s'il tombait malade, son maître le ferait soigner. ^
Des noirs parfois sacrifient leur qualité d'hommes libres, et deviennent esclaves sans autre cérémonie que de rompre une lance devant celui qu'ils prennent pour maître. Un officier portugais, mort depuis cette époque, avait décidé l'un de nos Makololos à se Qxer à Tété, au lieu de partir avec les autres, et cherchait à lui faire briser une lance devant lui, formalité bien simple mais significative, par laquelle notre homme se serait reconnu esclave. Celui-ci avait trop de finesse pour donner dans le panneau , et conserva sa liberté ; c'était un grand docteur-ëséléphants; il accompagnait les chasseurs, leur disait quand il fallait attaquer la béte, et leurdonnait des talismans infaillibles pour le succès de l'entreprise.
' Loin de ressembler h leurs pÈres, les métis portugais sont des maîtres impitoyables ; leur brutalité envers leurs esclaves est un fait reconnu, et justifie cette parole d'un Portugais rempli d'humanité : • Dieu a fait les blancs, Dieu a fait les noirs ; c'est le diable qui a fait les métis. >
Les officiers et les marchands envoient des bandes d'esclaves sous la conduite d'un bomme sur, pour chasser l'éléphant et acheter de l'ivoire ; ils leur donnent une certaine quantité de verroterie, de cotonnade, etc., dont le prix doit être représenté par un certain nombre de défenses.
C'est une bonne fortune pour les chasseurs quand l'animal est tué près d'un village ; ils y trouvent non-seulement k échanger la viande de la béte contre de la bière et de la farine ; mais encore à faire emplette d'ivoire, ce qui est une occasion de dépenser beaucoup de temps, de boisson et de paroles.
La plupart des Africains ont la passion du commerce ; ils s'y livrent avec ardeur, et plutôt par amour de la chose que pour le profit qu'ils en retirent Un négociant de Tété nous disait que tes indigènes lui apportaient souvent une défense, qu'ils réfléchissaient au prix qui leur était offert, voulaient davantage, débattaient le marché, se retiruent à l'écart pour se demander conseil, et partaient sans nen conclure. Le lendemain ils vont
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chez an autre, exposent leurs cooditioDs, réfléchissent, parlent, se consultent, ne finissent rien, et continuent ce manège sans plus de résultat, jusqu'au moment où n'ayant plus personne à voir, ils cèdent la précieuse défense pour un prix souvent inférieur à celui qu'ils en ont trouvé d'abord. Ce qui les pousse à faire traîner l'affaire, c'est l'importance que leur donnent à leurs propres yeux les cajoleries des négociants, qui les flattent pour les amadouer, importance qu'ils préfèrent même à leur intérêt.
La médecine est exercée dans le pays sur une très-grande échelle^. Indépendamment des praticiens réguliers, qui ont de l'expérience, connaissent la nature et l'effet de cerlains médicaments, et rendent de véritables services, il y a les spécialités. Par exemple les docteurs-ès-éléphants, qui préparent une drogue réputée indispensable à quiconque veut attaquer le noble et sagace animal. Pas un chasseur ne s'aventurerait dans cette périlleuse entreprise sans être muni de ce talisman. Les docteursès-crocodiles vendent un spécifique non moins nécessaire, qui protège son possesseur contre le redoutable amphibie. Pendant notre séjour à Tété, il nous arriva, sans le vouloir, d'offenser les docteurs de cette dernière école en tirant sur une de leurs bétes, qui se chauffait au soleil. Trës-irrités, les doctes personnages vinrent trouver les Makololos, et demandèrent à grands cris pourquoi l'homme blanc avait tué leur animal.
Un soir nous avions appâté un hameçon avec un chieo, l'un des morceaux de prédilection du crocodile ; mais les docteurs vinrent détacher l'appât ; car ils protègent leur monstre , en vertu de ce principe, que plus il y a de crocodiles, plus on vend de la drogue qui met à l'abri de leurs atteintes. Peut-être aussi préféreraient-ils mangerla proie eux-mêmes. Dans ces parages, ainsi que dans la mer du Sud, beaucoup d'indigènes mangent da chien sans se préoccuper de la nourriture de celui-ci. .
Non moins en faveur auprès des Portugais que des natifs, le ■ devin ou docteur-ès-dés, est l'un des princes de la corporation.
1. n ne faut pu oublier que dans cette région la médecine comprend toujours k traitement moral. Non-seulement elle s'occupe des maladies , mais encore des cbagriasetdesdétira.Elle.bitleseiorcismes, conjure les périls, apaise les Enprits, et donne le succès. Par ce motif il n'y a qu'un mot pout désigner le remède et charme, les drogues et les talismans, (.Vote du Iriidticfnir.)
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La police rentre dans sa spécialité ; c'est lui qui recherche les voleurs. Quand une chose a disparu 11 se rend à l'endroit où le vol a été commis; il examine les lieux, jette sesdés, attend quelques jours, et moyennants&laire, dénonce le larron. II est assez rare qu'il se trompe ; car ne se fiant pas complètement h sa science, il a partout des agents secrets, dont les démarches, les questions, les renseignements personnels le mettent à même de découvrir le coupable.
Depuis l'introduction des armes à feu, des docteurs-ès-mousquets, ont surgi, et vendent le médicament qui fait les habiles tireurs. Il y a les docteurs-ès-pluie , ès-naufrage, etc. Tous les spécifiques de ces différentes écoles sont de petits talismans, dont la vente appartient aux docteurs. Ils se portent suspendus au cou, et préservent du mal celui qui en est pourvu. Quelquesunes de ces amulettes renferment la drogue efficace ; les autres ne font qu'en accroître la puissance; mais plus on en possède plus on est protégé.
L'indigo, ainsi que nous l'avons dit, croît d'une manière luxu riante dans les rues de Tët^ ; il y acquiert trois ou- quatre pieds de hauteur; il en est de même pour la casse de Seona'. Les habitants n'en tirent aucun parti; néanmoins ils trouvèrent mauvais que nous eussions fait cueillir des échantillons de ces plantes, par les Makololos.
Un coton de première qualité est cultivé par les indigènes ; mais sur une très-petite échelle, et n'est employé qu'à la fabrication d'une étoffe grossière. Autrefois les Portugais le faisaient recueillir, à très-bas prix, et l'échangeaient dans le Manica pour de la poudre d'or. C'est maintenant le calicot de provenance étrangère qui est usité comme article d'échange.
Une tribu voisine cultive la canne, et fabrique un peu de sucre; mais les rouleaux de bois dont elle se sert pour l'extraction du jus sont tellement primitifs, elle s'entend si mal, en outre, àépurerle sirop qu'elle n'obtient qu'un produit très-inférieur.
Le fer magnétique, ainsi que le charbon de terre, abonde aux environs de Tété. Une couche de houille que nous avons pu mesurer, sur la tranche d'une falaise, y présente vingt-cinq pieds
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d'épaisseur. Le charbon de cette couche, essayé dans le foyer du steamer, y brAla biea dès la première expérience. Les cendres, toutefois, renfermaient une masse de résidus schisteux. Supposant que cela pouvait tenir aux agents atmosphériques, dont l'influence s'exerçait depuis des siècles sur la paroi de cette veine, nous forâmes un puits à une dizaine de mètres, et U fut constaté que le charbon s'améliorait à mesure que la fouille était plus profonde.
On trouve de l'or dans le lit des rivières & deux jours de marche de Tèté. Les indigènes en connaissent parfaitement la valeur; mais il est rare qu'ils se donnent la peine de le recueillir; et quand ils le font ils ne creusent jamais à plus de quatre ou cinq pieds; ils redoutent l'éboulement du sable, et ont peur d'être enterrés tout vifs. A l'époque où les trafiquants se rendaient aux lavages d'or avec des centaines d'esclaves le produit était considérable; maintenant Use réduit à fort peu de chose. Ces terrains aurifères ont toujours été possédés par des tribus indépendantes. On n'y a jamais fait de tranchées profondes, comme cela se pratique en Australie ou en Californie ; et des bassins de bois pour laver le métal, sont les seules machines que les mineurs de ce pays-ci aient jamais employées.
D'après ce qu'on nous en avait dit, les rapides de Kébrabasa éveillaient tellement notre curiosité que nous étions bien décidés & nous y rendre; et nous profitâmes de ce que le fleuve était plus bas que d'habitude, pour aller voir ces rochers pendant qu'ils étaient à découvert. Nous y arrivâmes le 9 novembre. De Tété au Panda Mokoua, où s'arrôte la navigation, le pays est montueux, et boisé sur les deux rives. Le Panda Mokoua, situé h deux milles au-dessus des rapides, est une montagne coiffée de dolomite, qui renferme des mines de cuivre.
Parmi les arbres de la forêt, le baobab, remarquable entre tous, se distinguait non-seulement par sa masse, qui aurait fait prendre ses voisins pour de simples arbustes, mais aussi par son ëcorce d'une teinte exactement la même que celle de la syénîte égyptienne.
Le baobab caverneux, dont nous avons parlé plus haut, mesurait soixante-quatorze pieds de circonférence; l'un de ceux que nous vîmes en allant aux rapides, en avait quatre-vingtquatre; et il y en a de cent pieds de tour sur la côte occidentale.
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Leur grosseur prodigieuse a fait croire à plusieurs personnes que ces baobabs étaient plus anciens que le déluge de Noé : d'ob elles ont conclu que ce déluge n'avait jamais eu lieu. Mais nous avons examiné des centaines de ces colosses; et malgré leur dimension, le nombre de leurs anneaux concentriques nous a prouvé que les plus volumineux de ces arbres, dont le bois est si tendre, n'ont pas plus de quinze cents ans',
La chaîne élevée de Kébrabasa, formée en grande partie de montagnes coniques, revêtues d'arbres malingres, traverse le Zambèse, et l'enferme dans une gorge rocailleuse d'environ quatre cents mètres de lai^e. Au fond de cette gorge, que les eaux remplissent à l'époque où elles débordent, sont des masses rocheuses entassées péle-méle dans un étal de confusion indescriptible. La gravure ci-jointe ne donne qu'une faible idée de la scène, en ce sens que les montagnes qui enserrent le fleuve ne s'y trouvent pas.
C'est la syénite qui domine; quelques parties de cette roche, disséminées dans la masse, sont d'une belle couleur de lapislazuli ; quelques autres sont grises. Les blocs de granit rose abondent également ; et ces énormes débris, joints à des roches métamorphiques tordues et enchevêtrées, précipitées çà et là dans tous les sens, offrent un exemple de dislocation et de désordre qui comblerait de joie un professeur de géologie. A l'époque où le Zambèse estdébordé, tout ce cliaos disparait, et la surface du fleuve n'est pas moins unie en cet endroit qu'en aval des rapides, où sa laideur est d'un demi-mille, c'est-à-dire de huit cents mètres.
Dans la saison sèche, le courant occupe le fond d^pne cunette, dont les bords, pendant la saison des crues, ont été polis et cannelés parles eaux tourbillonnantes, comme la margelle des vieux puits d'Orient par le frottement de la corde. En maint endroit ce sillon d'écoulement n'a pas plus de quarante à cinquante yards'; il forme de brusques détours, se dédouble parfois, et produit de petijes cataractes. Nos mâts, bien qu'ils
1. Voir Exploratiotu dant l'Afrique autlrate, page 183, où de cutîbuï d^l sont donués sur reitrême vitalilé du luolMb.
1. Le yard, famposi; de trois pieds aoglaia, représenlc un peu plus de 01 c limèircs (0,914).
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Dijl.zeObïGoO<^le
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eussent trente pieds de hauteur, n'arrivaient pas au niveau qu'atteint le fleuve à l'époque des grandes eaux ; et la sonde descendait à dix brasses sans y rencontrer te fond.
Des trous cylindriques, de la dimension d'un puits, sont creusés dans les parois de la gorge ; leur profondeur est si grande en certains endroits, que lorsqu'une roche surplombante empêche le soleil d'y pénétrer, l'eau y est complètement froide. Quelquesunes de ces galeries sont percées à jour comme un tunnel; et, nous le répétons, les parois du chenal sont aussi bien polies que si elles l'avaient été par les moulins d'Aberdeen . Il faut que la pression de l'eau soit énorme pour que pareil effet se produise- Elle a enfoncé dans les creui, et d^ns les tissures, des cailloux roulés, qui n'ont pas l'air de tenir, et qu'on ne peut détacher qu'avec le maillet. Ce que nous avons vu ici de la puissance de l'eau peut donner une idée de l'action des milliers de cataractes qui existent sur la terre.
Au dire des Portugais que nous avions questionnés sur le Kébrabasa, quelques rocs détachés, au nombre de trois ou quatre, y surgissaient du fleuve, et un steamer pourrait aisément franchir la passe, bien qu'elle fût dangereuse pour les canots des indigènes. Ils ajoutaient que si, avec la mine, on faisait sauter un ou deux de ces rocs, on passerait alors sans difâcullé.
Après avoir péniblement exploré huit ou dix milles de ces rapides, nous revînmes à bord persuadés que le simple examen des cataractes demanderait plus de travail que nos Portugais n'en croyaient nécessaire pour les faire disparaître. C'est pourquoi nous redescendîmes le Zambèse, aQn de prendre des vivres, et de nous préparer à une étude plus sérieuse de cette gorge.
Repartis le 22 novenrtire pour le Kébrabnsa', nous étions le 24 au pied des montagnes. La journée s'avançait; on jeta l'ancre au milieu du courant. Jamais les canotiers ne passent la nuit sur le fleuve; ils abordent tous les soirs. Les habitants de Chidima, qui occupent la rive droite, et sont des Banyais, gens indépendants, accoutumés à regarder les marchands portugais
1. Les indigènBs appellent cet endroit KaoTo-biua (fln ou rupture du service); le Dom de Kéiira, que lui douneat les Portugais, slgnilie la même chose. Ici en effet la navigation est interrompue; les grands canoU déchargent leurs marcbandises, dont le transport se lait par terre jusqu'à Chicova.
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comme leurs tributaires, surpris de nous voir manquer & l'usBge, en conçurent des soupçons. A la chute du jour ils nous crièrent de la rive : • Pourquoi restez-vous sur l'eau , et ne venez-vous pas dormir à lerre, comme font tous les autres ? »
Nos Makololos, qui se sentaient aussi indépendants que les Banyaîs, leur répondirent : ■ Nous sommes retenus au fond de l'eau par du fer ; vous voyez bien que nous ne ressemblons pas k vos Bazoungous'. »
Cette insinuation, légèrementamplifiée, nous sauva du tribut. Il est agréable de faire un présent; mais les Banyaîs privent tes étrangers dece plaisir en transformant le cadeau en amende; le ton dont ils réclament est si arrogant qu'il n'y a qu'un marchand transi de peur qui puisse supporter leur insolence. Ils refusent souvent de toucher à ce qui leur est offert ; ilsle rejettent, se moquent du marchand d'esclaves, et lui ferment le passage jusqu'à ce que le tribut soit arrivé aux dernières limites.
Le lendemain, ayant pris terre, nous partîmes pour notre exploration. Un Por'ugais indigène, les hommes de sa suite, et douze Makololos, portant nos bagages, se trouvaient avec nous.
Les montagnes nous protégeaient de leur ombre; l'air était d'une fraîcheur délicieuse; majs bientôt le chemin devint affreux; et le soleil, que les montagnes ne masquaient plus, fut d'une effroyable ardeur. Pas vestige de sentier. Si nos guides ne nous avaient point affirmé le contraire, nous n'aurions jamais pensé qu'il y avait eu des pas le long de ces sables mouvants, ou sur ces rochers que nous avions tant de peine à -gravir.
Ces roches brisées, tordues, gisant dans tous les sens, ne doivent pas seulement leur aspect singulier à ce désordre chaotique; elles sont revêtues d'une substance noire et brillante, comme si elles avaient été vernies au noir de fumée, après avoir été soumises au polissage. Il «■ f probable que c'est le fleuve qui dépose cet enduit au moment de l'inondation ; car ce vernis particulier ne s'étend qu''aux roches situées entre le niveau des crues les plus hautes, et une ligne placée environ à quatre pieds audessus des eaux les plus basses.
La même remarque a élé faite au sujet des rapides de l'Oré-
. Hommei Ulanc»; et spécitlement les Portugais, seul» peaux-bluchescoonus
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ET SES AFFLUENTS. bS
noque et de ceux du Congo. On a également attribué la coloration des roches de ces rapides à quelque dépAt fluvial qui ne se fornie que par un courant très-fort. On en trouverait ici la preuve ; car ce phénomène apparaît seulement dans l'endroit où le fleuve est resserré entre des roches , appuyées à de hautes montagnes.endroitoù, pendant l'inondation, le courant a le plus d'impétuosilé. Rien de pareil ne s'observe lorsqu'en face des rochers est une berge sableuse, et qu'entre les deux rives l'espace tst considérable'.
La chaleur du roc était si grande que la plante des pieds de nos hommes en était brûlée, malgré son épaisseur, et que nousmêmes nous en étions fatigués en dépitde nos chaussures. C'est à peine si la marche de la journée fut de quatre milles à vol d'oiseau; et pour nous tous elle avait été trop longue.
Les vallées qu'on voit dans ce trajet ont quelques habitants de latribudes Badémas; ils cultivent de petites quantités de mais, de tabac, de coton, dans tous les plis de terrain qu'il est
1. n est cerlaÎD que le polissage du roc a dû avoir tieu par le froltemeDl des eaux ; mais la force du courant est-elle bien la seule cause du dëpit noir dont la gorfte est revètueî Le laii ne liendraii-il pas plutôt à la nature des roches qu'à celle de l'eau qui les baigaeT II est probable que le frotlementn'estpas éirangerà la (iialton de l'eaduit ; mais ne faut-il pas qu'il ait lieu sur un produit particulierT Kous taissoDs ï de plus saranls le soin de discuter la question; nous ferons sicnple ment observer qu'aui rapides de Uaypure et d'Atures, "pour peu, dit M. de HuinWdl, que les roches soient en contact avec les eiux de l'Orènoque, elles prennent l'aspect du basalte ou de» fossiles enduits de plombagine. > Kousajouteroos que les roches ainsi colorées sont le quartz blaac ou le granile rougcSlre; que le même effet est produit [ar le Nil aux environs de Phila», où elles rencontrent la Syénite; et que les bioca du itélirabasa, ainsi que nous l'avons vu plus haut, sont également formés de celle dernij're racbc (i/ie chitfroek it Syénite; blocki of granité atto ofa pinftùh tîiU...). AGonyé, oii c'est du tuf, leZambèse s'étcangie, sur un espace d'un mille, dans une gorge où l'eau s'accumule et atteint de quinze i dii-huil mètres de profondeui;; il y roule en bouillonnaDl avec une puissance qui ne permet pas au nageur le plus habilo de se soutenir k la surface de l'eau ; et cependant la teinte noire du Kébrabasa n'y est point observée. Darwin a remarqué, prés de Bahia, une petite rivière dont ta fulaise présente le même phénomËne. Ici le volume d'eau est faible et le couranl peu rapide. Ce n'est plus son action qui vernit les rocbes; mais celle de la marée qui remonte la petite rivière. Nous avons du granit au tieu do syénile; et l'enduit, composé ailleurs d'oiyde de fer et de manganèse, est ici purement ferrugineux. Mais qu'il soit bruu ou noir il nous offre toujours ce trait caracltristtquo d'un; irès-faibit épaiistur qui n'augmente poi. Or si la matière du vernis était déposée par le fiduve, le dépdt s'accroîtrait chaque année. Enfin nous retrouvons l'intermittence dans les deux cas de flux marilime et de crue des eaux pluviales. Est elle pour quelque chose dans la nature des courants qui produisent cet effet de gatvanoplutieT (!foie dit iradueUar.)
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54 LE ZAMBËSE
possible d'utiliser ; et font venir du mapira, c'est-à-dire du sorgho, sur les flancs escarpés de leurs montagnes. La rivière leur fournit du poisson qu'ils prennent dans des Glets. Ils chassent le zèbre, l'antilope, et d'autres animaux en les rabattant dans les ravins, dont ils ont fermé l'issue au moyen de filets très-forts, confectionnés avec l'écorce du baobab.
Le peu de sécurité des Badémas se révèle par l'habitude où ils sont de cacher leurs vivres dans la montagne, et de n'en conserver chez eux qu'une faible quantité.
Il y a dans le pays un arbre dont l'écorce, très-amëre, est antipathique aux souris et aux singes ; les Badémas enlèvent cette écorce, la retournent, en font des sacs où ils mettent leur grain, et les déposent dans les cavernes et les crevasses de leurs pentes boisées. Par ce moyen, si leurs demeures sont pillées, il leur reste de quoi vi^re. Ils ne pouvaient, disaient-ils, nous donner aucun renseignement, et n'avaient pas de provisions, les gens de Chikasa leur ayant tout pris quelques semaines avant.
« Ne vous inquiétez pas, nous dit notre Porlugais ; ils ont peur de vous, D8 sachant pas qui vous êtes ; mais lorsque vous reviendrez ils vous vendront tout le grain qui vous sera nécessaire. >>
Nous passâmes la nuit à la belle étoile, abrités par des arbres, et sans avoir à souffrir, ni des moustiques, ni de la rosée- Aucune béte de proie ne vint même troubler notre sommeil; bien qu'un soir, pendant que nous étions là, un indigène, qui se trouvait avec d'autres sur la rive opposée, fut tué par un léopard.
Gomme nous causions autour du feu, l'un des esclaves de Tété, qui avait la prétention d'être un grand voyageur, nous raconta qu'il avait vu dans les pays du centre des hommes d'une race étrange. Ces hommes n'avaient que trois pieds de haut; ils habitaient de grandes villes, étaient fort riches en denrées de toute espèce, et avaient des cornes sur la tête.
Nos Makololos n'acceptèrent pas l'histoire, et diri.nt carrément au narrateur qu'il en avait menti. « Nous venons du centre, ajouta un grand gaillard de six pieds quatre pouces'; avonsnousdes cornes sur la tète, et sommes-nous des nains? ■
Malgré toutes les railleries, le conteur n'en voulut pas dé--