‹ Explorations et missions dans l'Afrique équatorialeChapitre 11 sur 66 · SÉPARATIONS · texte numérisé non relu

SÉPARATIONS

Sébilouané ^ s'entretenait encore avec Livingstone lorsqu'une blessure qu'il avait reçue le jour de sa première bataille, h Mélita, se rouvrit. Il comprit que son temps était fini. Des médecins indigènes furent appelés, mais, flatteurs autant qu'ignorants, ils hésitèrent à porter le fer dans la blessure.

Livingstone brava ceux qui pourraient l'accuser de la mort du chef: il prit avec lui Robert, l'aîné de ses fils, et vint voir Sébitouané mourant.

« Approchez, dit le chef, et voyez dans quel état je me trouve. Maintenant tout est fini. »

A ce moment le chrétien déchira pour lui le voile qui cache aux yeux des païens la vie d'outre-tombe.

« chef, dit-il, c'est maintenant l'heure d'entrer dans votre vraie patrie. C'est là que vous verrez vos aînés de la race blanche, Abraham, un pasteur comme vous et dont le sein s'ouvre à tous les justes, Jacob et Moïse, deux pasteurs, David, qui fit la guerre et qui chanta la paix, Jésus, fils de David, qui m'envoie vers vous et que vous eussiez reçu s'il lût venu dans votre pays. Vous verrez si son hospitalité est aussi large que

la vôtre, et tandis que la partie la plus noble de vousmême recevra cette hospitalité divine, voire corps ne sera pas anéanti dans sa maison d'argile, il n'y sera qu'endormi ; il se relèvera auréolé de gloire et c'est en vain qu'on l'aura déposé dans la terre. »

« Que dites-vous? jamais Sébitouané ne sera déposé dans la terre, il est immortel. »

Ainsi parlait un médecin courtisan, mais le chef, sentant qu'il expirait, fit appeler sa femme et montrant le fils du missionnaire :

« Je voudrais, dit-il, qu'on donnât un peu de lait à ce petit enfant. »

Ce fut ainsi qu'il passa de la terre au monde diviriy avec simplicité.

Roi d'un peuple pasteur, il fut inhumé dans ses élables, et ses bœufs, selon l'usage, piétinèrent sur sa tombe jusqu'à ce qu'elle fût complètement effacée.

Nul aujourd'hui ne sait la place où Sébitouané dort.

Après les funérailles Livingstone écrivit dans son journal :

« Je ne pouvais m'empêcher de songer au sort de Sébitouané dans cet autre monde dont il n'avait entendu parler qu'au moment de quitter celui-ci. Je

Page 1