‹ Explorations et missions dans l'Afrique équatorialeChapitre 27 sur 66 · LE SAUVETAGE · texte numérisé non relu

LE SAUVETAGE

Quand Dagambé vit autour de lui Textermination croître (1), il se dit que peut-être les indigènes étaient assez convaincus de la puissance des Arabes et qu'il serait temps de maîtriser l'ivresse du crime qu'il avait laissée déborder sur des créatures innocentes. Il mit de ses gens dans un des canots restés sans maîtres, et ies envoya secourir les malheureux, de sorte que d'un côté ses hommes fusillaient, de l'autre ils sauvaient de la mort. Une femme refusa d'être prise à bord, préférant la chance de se sauver en nageant à la crainte d'être esclave.

'^ Le vrai sauveteur était là, celui dont personne ne repoussait la main secourable. Livingstone était debout sur le rivage, son premier mouvement fut de décharger ses pistolets sur les assassins. Dagambé protesta contre son immixtion dans une querelle sanglante. Lui-même se souvint qu'un divin Sauveteur avait dit : Remets ton épée dans le fourreau. Il fit arborer le drapeau britannique, envoya ses hommes dans le champ de carnage recueillir les fugitifs. Les personnes qui vinrent à lui

(1) Quatre cents personnes avaient péri, et ce chiffre donné par les Arabes est bien au-dessous de la vérité, on ne saura jamais le chiffre exact des honimes tués dans ce massacra prémédité.

furent protégées, et les épaves du massacre réunies le soir près de sa maison, à Tabri de son pavillon protecteur.

Pendant que Livingstone et Dagambé, l'un sur le rivage et l'autre sur le fleuve, organisaient le sauvetage, les esclaves du camp et les femmes des traitants organisaient le pillage du marché.

Tout à coup Ton entendit s'élever sur la rive gauche du fleuve des lamentations affaiblies par la distance.

Était-ce que la nouvelle du massacre était parvenue de Tautre côté?

Non, mais le massacre s*y continuait.

Tayamoyo, le principal auteur du crime de la rive droite, tirait sur les habitants de la rive gauche, et ceuxci se lamentaient sur des morts nouveaux, ignorant combien de leurs amis étaient couchés dans les profondeurs du Loualaba.

Sur la rive gauche, des colonnes verlicales de fumée s'élevaient et surplombaient en couches horizontales au-dessus des villages incendiés, tandis qu'à leur base le feu dévorait en un instant et les chaumières et la moisson, et le bois de chauffage soigneusement entassé dans les huttes, et tous les fruits du travail des pauvres^

Livingstone priait le Père dont le règne doit un jour venir. Il faisait promettre à Dagambé d'ordonner la fln de la fusillade et de l'incendie. Toute la nuit, toute la journée suivante, la bande des incendiaires et des meurtriers se gorgea de chèvre et de volaille au milieu des ruines qu'elle avait faites.

Le soir elle reprit son œuvre.

Vingt-sept villages furent détruits.

A minuit, Livingstone se leva pour écouter et regarder l'horizon. L'enfer était toujours devant ses yeux. Toujours il entendait le bruit de la fusillade lointaine.

DERNlEHS VOYAGES. 21'7

Le lendemain, 1" juillet, à 1 heure de l'après-midi, les acclamations des femmes du camp lui firent savoir que les limiers de Tayamoyo avaient fini leur besogne. Ils commençaient de repasser la rivière. Ils revenaient possesseurs de quarante-quatre esclaves et portant les têtes de deux chefs notables. Ils marchaient tambour battant, déchargeant leurs mousquets en signe d'allégresse, et jetant des cris de triomphe comme pour dire à tous :

« Saluez le retour des vainqueurs, la venue des héros (1)!

Livingstone dit : « Je pars (2). »

(•2) p. IG5.

Page 1