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LES DEUX TOMBEAUX

Livingstone eut deux tombeaux, comme il avait eu deux patries, et comme si, confiées à deux terres fécondes, ses reliques devaient faire germer ici des chrétiens et là des apôtres. C'est le 2 mai 1873, au village de Tchitombo, au milieu des forêts de Tllala, qu'il reçoit pour la première fois les honneurs funèbres.

Le chef Tchitombo, paré de draperies rouges et blanches, ses femmes, ses sujets, se rangent en cercle autour de la kitanda qui porte le défunt. Jacob, serviteur de Livingstone, qui doit à son maître de savoir lire, prononce à haute voix les prières et les chants de la mort. Les femmes poussent des cris déchirants (1), et ces lamentations qui s'élevaient vers le ciel, aux funérailles de Patrocle ou d'Hector, n'ont point perdu depuis deux mille ans leur mélancoHe : des roulements de tambour, des volées de mousqueterie, entrecoupent la plainte des femmes. Un pleureur arrive, il bat avec les anneaux métalliques qu'il porte aux pieds la mesure d'une danse macabre ; il entonne un funèbre chant:

(1) Elles accompagnent leur plainte d'un instrument de caoutchouc dont le 80D étrange ressemble à un cri déchirant (Voyage dans V Afrique australe).

te,

Lelo koua Ënnghérésé

Mouana sisi oa konnda

Tou kammb tamb'Ennghérésé (1).

On fait ensuite Tautopsie du corps, on Tembaume, comme les Égyptiens l'auraient fait au temps de Ramsès, on détache le cœur : on le met dans une caisse de fer, on Tinhume à quatre pieds de profondeur à cet endroit même, où la veille, le missionnaire était mort en priant pour que la liberté se levât et que Tombre de la mort fût dissipée; on élève sur sa tombe un de ces menhirs de bois qui précédèrent les menhirs de pierre. Deux poteaux massifs le constituent, ils sont reliés à leur sommet par une traverse ; on coupe rherbe autour de lui, on le confie aux soins du chef Tchitombo.

Un arbre se trouve à quelques pas de là : c'est un mwoulé. Il projette sur la tombe une ombre légère, mêlée de lueurs. Souzi et Shuma disent à Jacob :

— Toi qui sais écrire, écris-ici le nom du maître : et Jacob avec la pointe de son couteau grave sur Técorce du mwoulé :

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