‹ Explorations et missions dans l'Afrique équatorialeChapitre 36 sur 66 · LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

LIVINGSTONE

i"^ mai 187S (S) Restait le corps, pieusement embaumé. Comment

(1) Aujourd'hui est mort l'Anglais

Qui avait les cheveux différents des nôtres; Venez tous à la ronde voir l'Anglais.

(2) « C'est là, avait écrit Livingstone, le genre de sépulture que je préférerais entre toutes : Je voudrais reposer dans ces grands bois si calmes, si calmes, les tombes en Angleterre sont froides et pressées et pauvre Mary est à Shupanga. » Telle avait été la pensée du voyageur, en 1868, alors qu'il pressentait sa mort sur ces mômes rives du Bangoueolo où cinq ans après son corps devait être enseveli (voir ch. vr, 3^ partie).

parvint-il en Angleterre? Tout lecteur a reconnu dans le cortège qui traversait l'Afrique avec tant de prudence et de courage la caravane qui naguère avait franchi le continent sous la conduite de Livingstone. Pourtant il était difficile de le reconnaître. Les serviteurs, si timides avant le trépas de leur maître, avaient entrepris la tâche herculéenne de porter jusqu'aux îles de la mer les reliques de ce héros, afin que, selon la croyance antique, ses os reposassent plus tranquillement au milieu de ses concitoyens. Il semblait qu'à jamais victorieuse et des obstacles et de la mort, l'âme de Livingstone les dirigeât encore. On a vu les porteurs, arrivés au pays de la lune, feindre d'inhumer leur fardeau. Ils suivirent avec solennité le chemin de Kouihara jusqu'à ce point de la route où, sûrs de n'être plus aperçus, ils dénouèrent les bandelettes, ouvrirent le suaire et dispersèrent dans le jungle les tiges de sorgho qu'il renfermait. Ils enterrèrent l'enveloppe afin qu'il ne restât aucune trace de leur stratagème et, marchant dans l'herbe pour ne pas laisser de vestiges, ils revinrent pendant la nuit et rejoignirent la caravane chacun isolément. Le corps du maître fut mis dans un nouvel étui de moindre longueur formé de l'écorce d'un ngombé. Il n'attira plus l'attention des peuplades superstitieuses.

Bientôt on fut en vue de Bayamoyo. Les nobles serviteurs virent avec douleur que leur tâche était finie (i). Une des croisières de l'escadre anglaise amena le capitaine Prideaux, consul britannique. Des mesures furent prises sur-le-champ pour transporter le corps à Zanzibar (février 1874) et, de là, dans les îles de la mer.

(1) M. Waller nous a transmis les noms de ceux qui portèrent Livingstone : Sonngolo, Chouma, Clioupéré, Adiambéri, Soféré, Souzi; ces noms-là sont dignes d'ôtre illustres.

Souzi et Shuma assistèrent aux secondes funérailles comme ils avaient pris part aux premières, et l'imagination du poète en vient à confondre les deux sépultures, quand, pèlerin fidèle aux voûtes de Westminster, il rêve des voûtes boisées de l'Ilala ; quand les arceaux lui rappellent les branches du mwoulé de Tchitombo et qu'il compare le silence de l'église antique à la paix des forêts primitives (1).

(l) Voir & la fin du volume le résumé chronologique.

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