‹ Explorations et missions dans l'Afrique équatorialeChapitre 38 sur 66 · GESTA DEI PER FRANCOS · texte numérisé non relu

GESTA DEI PER FRANCOS

Ce n'était donc pas en vain que Livingstone avait défoncé la porte de TAfrique.

Ce n'était pas en vain non plus que Cameron et Stanley avaient élargi son œuvre.

Quelqu'un venait d'entrer par la porte ouverte, quelqu'un de faible et de désarmé, quelqu'un de silencieux, s'avançait vers les drames sanglants de l'humanité et ^ les magnifiques épanouissements de l'éden équatorial, à travers les sentiers mystérieux obstrués de visions macabres.

Ce quelqu'un, c'était celui qui vient à son heure par la route qu'ont préparée les hommes : c'était, de tous les initiateurs le plus grand, c'était le Christ.

Son représentant, le pilote du monde, les yeux en garde contre le sommeil, assis à la poupe du navire terrestre, la main au gouvernail, entouré du cercle des évoques et des nations chrétiennes, prêt à refouler toute entreprise de l'erreur, à dilater toute conquête du vrai, avait dit à la France, la première née de l'Église et la plus prompte à exécuter ses desseins*: France ! France de saint Louis, toi qui ne conquiers pas pour spolier mais pour civiliser, toi qui as en Algérie et au Sénégal les clefs de l'Afrique maintenant connue, vois

LES MISSIONS DU LAC TANGANIKA. 2l3

la misère des esclaves, écoute le cri des opprimés et envoie tes fils.

Et six caravanes d'apôtres français partirent de la Maison carrée, traversèrent la Méditerranée, la mer Rouge, virent leSinaï, recueilli le soir dans ses souvenirs, abordèrent Tîle de Zanzibar, cette perle de TOcéan Indien, qui semble tout promettre par sa fécondité et les belles espérances que la verte nature y fait fleurir sans cesse, et, enfin, firent provision de force au seuil français et hospitalier de l'Afrique orientale, chez les pères du Saint-Esprit, à Bagamoyo.

Deux pensées animaient les envoyés de TÉglise, ils les ont ainsi formulées : « Nous sommes les premiers, malgré notre insuffisance et notre indignité, qui depuis l'origine du christianisme allons représenter Notre Sei-

gneur et son Eglise dans ce monde sauvage, barbare et encore à peu près inconnu ; deux cents millions d'âmes sont devant nous qui nous tendent invisiblement les bras, comme ces infidèles de la Macédoine que Paul vit en songe. »

Ils disaient encore : « Nous voici, nous tenons la place de la France, nous allons porter sa langue et son influence dans les profondeurs africaines. Nous sacrifions à notre pays par avance tout ce qui nous est cher, et nos vies mêmes : nous appartenons à toutes ses provinces, et nous les représentons ainsi toutes dans cette entreprise du dévouement et de la foi. Si nous y périssons,, qu'elle se souvienne seulement que dix de ses enfants, de ses prêtres, sont morts obscurément en pensant à elle et l'aimant jusqu'à la fin. »

Ainsi parlaient ces conquérants spirituels^ ces rédempteurs d'âmes.

Le spectacle était grand.

L'Angleterre au Cap, l'Amérique à Libéria, ll3 Por-

tugal à Teté et à Senna, la Hollande dans la république du Transwaal et celle d'Orange, tous les États de l'Europe établis en Afrique par la permission de la Providence, étaient les témoins de cet avènement fatidique de la France et, plus puissants par leurs vœux pacifiques que les pouvoirs politiques ne Tétaient par leurs armes, les missionnaires de Lyon et de Vérone, les oblats de Marie immaculée, les fils de Saint-Jean de Matha ou de François d'Assise, les trinilaires et les pères du Saint-Esprit, qui étendaient à Torientet à Toccident les ailes de leur pacifique armée; toutes ces légions d'apôtres aux bannières diverses, mais à l'unique amour, debout dans l'ordre deleur dévouement et sous la discipline de Léon Xlll,le long de la circonvallation qu'ils forment sur les côtes pour assiéger lentement, dans la douleur et la patience, les hauts plateaux de l'Afrique, citadelle fortifiée du mal, tressaillaient en contemplant, en applaudissant l'entrée en scène de la France.

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