L'HÉRITAGE
« Où sont donc ces deux héros, mes frères autrefois, si le passé n'est pas un songe? Maintenant la terre, productrice des vivants, les recouvre déjà dans Argos, au seiu de leur patrie.
Paroles d'Hélène, Iliade d'Homère;
Ce fut le 24 janvier 1879 que les PP. Deniaud, Augier, Jérôme Beaumeister, de la première caravane, parvinrent au Tanganika,dont Léon XIII leur avait donné les bords en héritage. C'était une vaste et belle patrie que ces rivages faits à souhait pour la douceur de la vie; ils se prolongent sans fin pendant des centaines de lieues, le long de leurs falaises de grès rouge; ils sont déchiquetés et dentelés, frangés d'herbes qui s'en détachent et deviennent des radeaux vivants et des îles. Les caps de l'un des deux rivages correspondent aux golfes de l'autre, comme si la terre s'était fendue pour former la coupe d'une mer intérieure.
L'accident le plus en saillie sur cette mer est la presqu'île Oubouari : elle s'allonge au nord-ouest, et, montagneuse, elle est parallèle à la côte montagneuse : le lac, en effet, n'est pas serti d'une seule chaîne de rochers. Souvent une autre chaîne se juxtapose à celle du bord et s'élève même au-dessus d'elle. C'est
280 HISTOIRE DKS MISSIOxNS.
ainsi qu'à l'ouest, dans l'Oufipa, quand les montagnes les plus voisines du lac ont mis le voyageur à 2,000 mètres au'dessus du lac, alors commencent de hauts plateaux d'une vaste étendue, entourés au loin de nouvelles montagnes comme d'autant de châteaux d*eau qui les arrosent sans cesse et les fertilisent.
Un autre exemple de ces doubles contreforts de la coupe lacustre se rencontre au nord-ouest dans le Mazanzé. «Supposez, dit un témoin oculaire, qu'un coin de rOcéan se soit solidifié tout à coup au moment d'une tempête, vous aurez le spectacle des monts de ce pays. »
Les monts de la presqu'île Oubouari, situés en face des premiers, les égalent en altitude. Un plateau (1) s'étend des uns aux autres et forme l'isthme qui rattache la presqu'île à la rive occidentale.
Des bouquets de borassus flabelliformes couronnent les hauteurs : au fond des vallons, des arbres variés et des lianes capricieuses se réunissent en bosquets au-
tour d'étangs en miniature couverts de nénuphars bleus. Les buffles, les éléphants, les antilopes, habitent seuls l'éden de ces vallées et de ces coteaux.
Au nord du lac, en inclinant un peu vers l'ouest, s'élève le Sambourizi.
En face de lui, du côté de l'est, les monts de l'Ousighé laissent tomber à pic dans l'eau leurs flancs couverts de verdure et leurs torrents.
Plusieurs fois les montagnes s'entr'ouvrent pour laisser passer de grands fleuves.
De la forêt, où de hauts murs de granit séparent le versant du lac du versant de l'Océan Indien, accourent toutes les eaux du pays de la Lune par le Malagarazi.
(t) Le plateau de Kasoukou.
Des montagnes du nord qui séparent le bassin du Nil du bassin du Congo, vient le Roulizi; du sud-ouest, le Loufoukou; du nord-ouest, le petit Maongolo et surtout la Mtambala; enfin, vers le milieu du lac, à l'Occident, laLokouga, cachant sous les herbes son cours invisible, va porter au Congo le trop-plein du réservoir lacustre qu'auraient bientôt rempli, sans cette issue souterraine, des affluents qui ne tarissent jamais.
Ces puissantes eaux, ces superbes rochers, ce lac profond, sont revêtus d'un coloris que rehaussent presque toujours les ©mbres d'un ciel nuageux, et par intervalle seulement, le soleil équatorial, à qui nul front humain ne peut résister longtemps, fait flamboyer dans son lit profondément encaissé, la nappe de$ eaux et leurs plages sablonneuses.
En haut des falaises douze nations forment au lac une vivante couronne. Ce sont d'abord les belles races de l'ouest. Maroungou, Ougoua, Ouboudjoué, Ougoma, Bakombé, Mazzanzé, sont les noms étranges dont elles se nomment en leurs langues trop diverses; puis règne le peuple de TOuvira sur ,les pentes du mont qui marque au loin le nord-ouest. A l'Orient, à partir du nord on trouve les populations riches et bien groupées de rOusighé, les races neuves et timides de l'Ouroundi : au sud d'Oujigi, c'est la solitude; les brigands l'ont faite, ils ont arraché par le fer et le feu Tun des fleurons de la couronne du lac; puis vient, au sud, rOufipa, peuple encore inviolé.
Adoucis par la nature, tous ces peuples manifestent ce qu'ils pourraient devenir par un fond de religiosité qui les met bien au-dessus de tous les athées et de tous les positivistes. Ils n'ont point de temple, le ciel et la terre leur en tiennent lieu : ils ont du moins des lieux de sacrifice. Ils croient à l'immortalité de l'âme. Les
habitants de TOuroundi enterrent les morts dans la posture de suppliants, à genoux, les mains jointes, leurs armes étendues à leurs pieds (l). ils prient leurs ancêtres et parfois Dieu, Tancôtre de leurs ancêtres, entend la prière et Texauce. Ils ont donc leurs dieux lares, ils les invoquent dans la guerre, les sauvent avant tout dans la défaite, les figurent par des pieux grossiers formés à la ressemblance des anciens hommes et rangés autour d'un tapis d'herbes fraîches; de cet atrium champêtre les femmes sont exclues; les hommes y discutent les intérêts de la vie publique.
Au milieu des cultures on voit aussi le petit temple des Mzimous, qui ressemble à une habitation de nains ; ce sont les esprits des familles, les esprits des villages : à eux la tutelle des champs, la garde des héritages. On ne naît point, on ne se marie pas, on n'accomplit aucun acte de la vie civile, ou même de la vie privée, on ne meurt pas sans que ces Mzimous ne reçoivent des offrandes et des sacrifices.
Pour les naturels toute la nature est peuplée d'esprits : ils nomment l'esprit le Mzimou, comme ils disent, de chaque promontoire, de chaque île, de chaque montagne. Les esprits des rivières sont plus méchants que tous les autres, car ils entrent dans les crocodiles et les excitent à dévorer les hommes. On n'apaise ces animaux possédés du Mzimou qu'en leur jetant pieds et poings liés une autre victime, qu'ils dévorent aussitôt. Ce sont, comme le minotaure des grecs, des puissances implacables : on essaierait en vain de les apaiser en ne leur offrant que de la farine. Les dieux du lac, de ses caps et de ses îles, engloutissent une quantité de vivres, de poissons et de chèvres, de perles, qu'on leur
(1) Bulletin de Fœuvre de Saint-Augustin, n» 46, avril 1883.
sacrifie. Pour obtenir leur faveur on fait boire aux enfants l'eau qui découle des rames. Un coq habite les trois îlots du New-Yoïk Herald ; il tient en éveil un esprit qui, sans ce coq, pourrait se jeter sur les navigateurs.
Derrière ces dieux mythiques, partout répandus dans la nature, au-dessus d'eux, plane et règne Kabesia, qu'on peut invoquer en tout lieu, à qui partout l'on peut sacrifier. C'est lui qui a fait le ciel et la terre, c'est lui qui forme les enfants dans le sein de leur mère, c'est chez lui que vont les morts, il place près de lui les bons, loin* de lui les méchants, c'est lui qu'invoquent d'abord les rameurs lorsque leurs rames agiles font filer les canots légers comme de grands arbres abattus : «Il faut prier Dieu d'abord, ensuite nous ramerons avec force, prions donc Dieu d'abord» ; puis ils invoquent la mer et la prient de porter leurs enfants, les vents, tout ce qu'ont invoqué les anciens Hellènes, ils prient les esprits du lac de préserver du crocodile et de l'hippopotame, d'être favorables au maître du bateau, afin qu'eux-mêmes puissent, après un voyage prospère, chasser la faim et la soif, en se partageant la chair d'une chèvre.
Devant lequel de tous ces faux dieux l'homme est-il responsable de ses actes? Devant tous et, leurs volontés étant contradictoires, devant aucun. Si Thomme n'a pas de responsabilité, il n'a pas non plus de droit, ni de dignité : aussi partout sur les bords du lac, l'indigène s'abaisse et s'humilie devant ce qui est inférieur à l'homme; il se sent vaguement châtié, mais, paresseux de nature, il n'accepte que malgré lui le travail expiatoire. Il n'a nul respect de la propriété du faible, nul amour des parents âgés qu'il rejette aux jungles, et, comme il a plusieurs dieux, il a plusieurs femmes, pa-
trimoine qui, dit-il, peut échapper d'un pied léger à Tenvahisseur. Enfin l'homicide est chez l'indigène à l'état habituel, et il est une conséquence du spiritisme idolâtrique dont il est infatué. Les esprits ont en effet leurs prêtres, personnages qui seraient grotesques s'ils n'étaient tragiques : le» sorciers. Ces vils suppôts de l'idolâtrie sont poussés par les démons à faire disparaître de leur âme et de leur corps l'image de Dieu pour y former celle de la bête. On ne les voit que vêtus de peaux de singe et de chat sauvage, pourvus de dents, de griffes, coiftés d'écorce et parfois de cornes d'antilope, le corps peint d'argile rouge, tenant à la main des pinceaux, des amulettes, des gourdes pleines de cendre et de fumier, et s'ils meurent, ils ont la prétention de devenir des hyènes; ils ont un principe qu'ils exploitent ; nul à leur gré ne meurt naturellement, ils cherchent le coupable, le désignent, lui font boire des poisons qu'ils préparent dans TOubembé : il faut qu'un holocauste de plusieurs millions d'hommes soit offert aussi chaque année au mensonge malheureusement accepté par l'ignorance et la stupidité.
Au bord du lac, les institutions sont ici très simples, et là très compliquées. Au Mazzansé il n'est d'autorité que celle des chefs de famille. Une seule famille peut compter jusqu'à quatre cents personnes dont le tiers sont capables de manier l'arc. C'est la gens antique. Ailleurs l'organisation politique est plus perfectionnée. Dans rOuroundi les chefs de village obéissent aux chefs de district, et tout le pays est sous l'autorité d'un même roi, le Moami, qui demeure au nord du lac, et très loin dans les terres. Au nord du lac Victoria et au pays de la Lune où les rois sont propriétaires du sol, dans l'Afrique australe chez le Muatayamvo, le roi a des vassaux tributaires : le pouvoir central peut être plus
accentué qu'au bord du Tanganika, mais il semble avoir partout la même origine : la famille. Partout, à tous les degrés, il est respecté des sujets qui ne répugnent jamais à l'obéissance. Nulle part l'État ne s'immisce dans les familles où le père reste roi, comme au temps des patriarches.
La capitale du lac est Oujigi. Est-ce une ville? non. C'est à peine un grand village. Vu de loin, paisible dans ses verdures, il plaît; mais qu'on y pénètre, on désire d'en sortir. Les rues sont des sentiers tortueux qu'on s'ouvre soi-même à travers les herbes.
C'est là que les Arabes ont en magasin de quoi satisfaire les puérils désirs des riverains, afin de les appâter, de les asservir ensuite : devenus importants par la nonchalance même des indigènes qui viennent s'approvisionner chez eux, ils ne souffrent pas qu'un drapeau rival flotte près du leur; vaguement inquiets pourtant de- voir un jour finir leur règne, ils se concertent pour décider quel peuple riverain du lac ils iront exploiter, afin de le traîner ensuite saignant et mutilé sur la place publique d'Oujigi.
Là les hommes, les enfants, s'entassent dans un désordre affreux. Ils sont attachés, dit le P. Guillemé, en longues files, les uns avec les autres, par des chaînes : à quelques-uns on a percé les oreilles, pour y passer une corde qui les retient unis. Là, des squelettes vivants se traînent péniblement à l'aide d'un bâton : ils n'ont plus de chaîne, parce que leur faiblesse suffit à les retenir. Ils ont le dos marbré de meurtrissures et de cicatrices (1), qui sont les traces du fouet et du bâton; les maîtres les laissent mourir de faim.
D'autres, en dehors du marché, sont employés par les
(1) Tous ces détails, et ceux qui vont suivre, nous sont fournis par les lettres du P. Guillemé. An. de la prop. de la foi, 1888.
Arabes à des travaux de bâtisse. Des femmes riches, portant encore les débris dérisoires de leur parure, font les fonctions de terrassiers et de maçons. Si elles refusent d*obéir aux ordres qui leur sont donnés, une mort instantanée les attend.
Leurs enfants, dit un témoin oculaire, le P. Dromeaux, sont massacrés sous les yeux de leur mère. Si vous demandez la raison de ces atrocités, les maîtres répondent : « Nous ne pouvons les vendre! il restera toujours assez de ces petits chiens que nous ne voulons pas nourrir, et qui, une fois grands, tenteraient de se venger; puis il nous plaît de faire de la peine à leurs mères en les égorgeant sous leurs yeux. »
Entre Oujigi et le lac, il est un lieu lugubre : c'est un cimetière. Dans le sentier qui mène au rivage gisent des carcasses humaines, des crânes, des tibias et des cadavres à moitié dévorés par les oiseaux de proie, par les léopards et les hyènes, ces ensevelisseuses qui ne peuvent suffire à tout engloutir dans leurs maigres ventres.
Là. sont jetés les corps embarrassants des esclaves qui tardent à mourir. Beaucoup de porteurs venus avec les caravanes ont le même sort : quand ils ne peuvent plus avancer, on leur prend leur arc, leur lance, on leur arrache les lambeaux misérables dont ils sont couverts, et on les abandonne : les bêtes font le reste. Le P. Guillemé demanda pourquoi tant de cadavres ; il reçut cette réponse : « Autrefois, nous étions habitués à jeter, dans cet endroit, les corps de nos esclaves morts, et chaque nuit les hyènes les venaient emporter ; mais cette année, le nombre des morts est si considérable, que ces animaux ne suffisent plus à les dévorer : ils se sont dégoûtés de la chair humaine (1). »
(1) Le P. Guillomé.
Près de ces choses funèbres, les vices de Sodome, ces frères de la mort, achèvent ce tableau dont aucune infannie n'est absente. De temps en temps, on entend à l'extrême horizon, du côté du sud, un bruit sourd comme celui de la terre qu'on jette à pelletées précipitées sur un cercueil, ou bien comme le bruit lointain des feux de peloton. C'est la voix du Kabogo.
On a remarqué aussi, près d'Onjigi, un symptôme étrange de l'atmosphère, accompagné de fumées et de mystérieux grondements.
Ce phénomène se produit surtout quand le ciel est nuageux. Des plaques de bitume larges et aplaties se trouvent sur le faîte des tuiles, sur les herbes hautes, sur le sommet des rochers : elles tombent du ciel.
On a remarqué aussi que le bitume flottait sur les rives du lac.
Livingstone avait entendu la voix et n'avait pas vu le bitume : il attribuait le bruit à la violence de Teau qui s'engouffrait sous des roches caverneuses.
Mais depuis Livingstone, une explication nouvelle a prévalu. La rumeur sourde qu'on entend aurait une connexion avec les plaques de bitume. Elles signaleraient un tremblement de terre au fond du lac, ou l'éruption de quelque volcan caché sous les eaux. Le bitume serait le produit des vapeurs épaissies qui en sortiraient.
Qu'elles se multiplient et que la foudre les enflamme, et Ton aurait une pluie de feu, qui tomberait sur l'épouvantable marché de marchandise humaine... Quoi qu'il en soit, voilà un volcan qui pourrait être plus mal placé.
Sans préjuger des mystérieux rapports de châtiment à crime établis par Dieu entre les cataclysmes géologiques et certains états trop désordonnés de l'humanité,
2%S Hi^T»»IBt DES MISSIONS.
il faut sonbaiter plutôt que la France joue, au bord du Tanganika. cette Méditerranée de l'Afrique, le rôle quelle a joué dans l'autre Méditerranée.
Les métis d'Oujigi sont aussi cruels que les corsaires d'Alger. Ce n'est pas. du reste, sans une inquiétude pleine d'hostilité qu'ils voient d'année en année, depuis 1878, passer les blancs émissaires de la France et de Rome.
Lorsqu'ils arrivèrent pour la première fois, le 2i janvier 1879, les Arabes ne leur épargnèrent aucune hypocrite flatterie; mais déjà les Pères savaient à quoi s'en tenir sur ces caresses de convention. Malgré la protection du sultan de Zanzibar, qui semblait les prémunir contre toute violence, ils ne pouvaient se fixer à Oujigi, leur apostolat n'aurait pas eu de liberté ; le fouet de l'Arabe aurait prévalu peut-être sur leur prédication, et l'infamie contagieuse des mœurs musulmanes aurait pu gâter leurs néophytes. 11 fallait fuir ce lieu pestilentiel ; mais où le fuir? Au sud régnait la solitude, au nord elle commençait de s'établir; ils firent 26 lieues dans cette direction, ils atteignirent l'Ouroundi. Là de vastes champs de manioc et de patates entouraient des huttes innombrables. Elles étaient répandues à profusion sous des bouquets de bananiers. Les missionnaires campèrent sur une petite colline : ils étaient en face de la terre promise. C'était là, sans nul doute, que Léon Xlll, du centre romain de l'univers où il trône en roi pacifique, les avait envoyés pour vivre et pour mourir.
Les indigènes, en voyant descendre des collines leurs pieds glorieux, reconnurent que ce n'étaient pas là des voleurs d'hommes, et leur timidité se rassura; ils vinvent un à un, s'habituèrent à regarder ces blancs nouveaux venus, se familiarisèrent avec leur douceur» Les tribus se les disputèrent.
LES MlSijIONS DU LAC TANGANIKA. 289
L'une d'elles habitait les terres basses et insalubres qui sont près du lac, c'était la tribu des Wabikaris; une autre habitait les hauteurs, c'étaient les Romongoué.
Les missionnaires préférèrent ces derniers, et ce fut chez eux qu'ils construisirent une demeure entourée d'un jardin.
Ils n'oublièrent pas, toutefois, qu'ils étaient encore un peu rapprochés des Arabes, et ne négligèrent rien pour s'assurer de leur neutralité : le P. Deniaud alla visiter au nord du lac, dans l'Ouvira, le gouverneur d'Oujigi j cependant que le P. Dromeaux, d'une main novice mais hardie, ensemençait de grands terrains de riz et de blé, taillait et greffait la vigne sauvage, afin de pouvoir consacrer le pain et le vin dans les coupes du sacrifice. Les deux premiers baptisés furent deux noirs chérubins qui moururent, l'un sous le nom de Charles, patron du cardinal de Garthage, l'autre sous le nom de Léon, pontife suprême.
Mais déjà les métis d'Oujigi avaient comploté la perte de la mission. Ils corrompirent cette tribu des Wabikaris, qui d'abord avait offert aux pères une hospitalité, refusée, et tournèrent ce peuple ignorant contre les bienfaiteurs du pays. Un orphelin racheté par les Pères fut volé pour l'esclavage. Les Pères devaient le défendre : calmes, sans provocation, ils firent valoir leurs droits; mais à peine eurent-ils fait connaître leur prétention de reprendre l'enfant qui tendait vers eux, aux mains des brigands, ses petits bras et sa petite âme de néophyte, les Wabikaris entrèrent dans les jardins, et poussés par les esclavagistes, percèrent de leurs flèches le P. Augier, M. d'Hoop, ancien zouave pontifical, auxiliaire des missionnaires, et le P. Deniaud, qui tomba offrant sa vie pour la rédemption de toute la race noire. Les trois martyrs de la liberté chrétienne fureai
ensevelis par le P. Dromeaux et le frère Jérôme, sous le grand arbre qui les avait tant de fois abrités. Ainsi prirent-ils possession de la terre que Léon XIII leur avait promise en héritage.