‹ Explorations et missions dans l'Afrique équatorialeChapitre 42 sur 66 · SAUVETAGE · texte numérisé non relu

SAUVETAGE

La peuplade dont les métis avaient fait le vil instro^ ment de leur inimitié avait chassé les missionnaires de la rive orientale du lac : une autre peuplade les reçut sur la rive occidentale, et eux-mêmes, rassurant quiconque tremblait, quiconque appelait au secours, rallièrent dans leur marche à la. découverte de 'nouveaux foyers d'apostolat, une peuplade fugitive qu'ils recueillirent en. route: de sorte que pour un peuple perdu ils en retrouvèrent deux.

A Mouloueva la terre cultivable manquait à la charrue des néophytes, il fallut essaimer dans un lieu où la présence des missionnaires, sans exciter l'animosité des arabes, serait pour les indigènes une sécurité. Au moment du départ, M. Joubert, le P. Dromeaux et le P. Moinet, virent un roi tout ému paraître devant eux. C'était Kisanga, roi de la presqu'île Oubouari, c'est-àdire du lieu même que les Pères voulaient explorer pour l'habiter. La guerre était là, le roi fugitif racontait que les musulmans la faisaient à ses frères, et luimôme cherchait dans l'exil la sécurité qu'il ne pouvait donner à ses sujets. Les pères le prirent à bord : on partit et bientôt on tira la barque sur le sable d'un rivage désert. Debout à l'avant, le roi Kisanga cria d'une

voix forte au milieu du silence de mort que la guerre laissait derrière elle : les blancs sont là! Aussitôt- on vit quelques formes humaines sortir des anfractuosités des rocs où elles s'étaient cachées. C'étaient les pauvres sujets du roi fugitif; ils vinrent sans crainte à la voix de leur maître; il apprit d'eux que plusieurs de ses frères avaient été tués, qu'une femme de sa famille avait été massacrée pour n'avoir pas voulu suivre les vainqueurs en esclavage : l'œil du roi lançait des éclairs de colère : mais que pouvait-il ?

Il pria de l'attendre un peu, et se lança comme une afltilopesur les flancs à pic de la montagne. Une heure après, une longue file de femmes et d'enfants descendaient au rivage: Conduis-les chez nous, dirent les Pères au roi sans trône de l'Oubduari, ils apprendront à prier, ils ne craindront plus la guerre.

Tous voulurent prendre place dans le frêle bateau d'écorce qui s'enfonçait dans l'eau bien au-dessus de la ligne de flottaison.

Le pilote avait peur de se lancer à travers le golfe de Burton où souvent le lac devient houleux.

Les missionnaires le rassurèrent.

« Le bon Dieu, lui dirent-ils, pourrait-il laisser périr tant d*enfants qui promettaient de devenir chrétiens? »

« Batelier, disait ce conquérant, tu portes César et sa fortune. ^

La barque ne portait aucun conquérant, mais des âmes sauvées de la conquête, propriété insubmersible du dominateur des orages, et leur fortune aussi, celle de l'Église qui ne périt pas.

La foi instinctive de ces bateliers du Tanganika dans l'intervention de la Providence leur faisait trouver une parole plus vraie et plus humble que le mot de César, car la personnalité d'un homme est peu de chose sur

les flots ; l'Église est une impératrice universelle qui toujours les apaisa.

Les souffles se turent, et la barque glissa sur Teau sans ride, elle aborda dans le Mazzauzé, et le 11 juin de la môme année (1885) fut fondée la station de Kibanga. Elle est située entre le Mazzauzé et TOugouma, par le 5"* de latitude sud, entre le Lofou et le Maongolo, sur une colline, au sud du golfe de Burton et de la presqu'île Oubouari.

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