LE CHAMP D'APPLICATION
Le premier arbre abattu fut façonné en une grande croix, car il faut que la croix se lève d'abord pour que le Christ attire ensuite tout à Lui.
Quand Temblème du salut, principe et fin de toute fondation, s'éleva sur la colline au milieu d'un bouquet de palmiers, alors, précédé de sa cour portant sa natte, son arc, ses flèches, agitant des grelots de fer et des lances, parut le roi Pore.
« Oh! je dors bien tranquille, s'écria-t-il, depuis que mes frères les blancs sont arrivés ! »
Il avait appris à connaître le prix de la sécurité : il était'le témoin décrépit de toutes les guerres qui pendant de longues années avaient ensanglanté son petit royaume (1). Ce n'est pas qu'il ait choisi jamais son rang à la tête des braves, mais quand l'ennemi était signalé, il fuyait dans un antre des montagnes connd seulement de fidèles serviteurs : il était défavorable à toute résistance : il avait accueilli les missionnaires parce qu'il voyait en eux des défenseurs contre les nègres musulmans et les Arabes d'Oujigi, il venait pour assister à l'édification de la petite cité chrétienne.
(I) Ann. des mis. dÂf,
LES MISSIOx\S DU LAC TANGANIKA. 299
Il affecta, lui et ses cent fils, d'aller s'asseoir au pied de la grande croix dont le sens lui fut expliqué, et de ce poste éminent, le roi patriarche se complut à regarder le travail qui commençait de paraître. '
Tout d'abord il put admirer l'adresse de MM. Joubert et Vischer; ils perçaient de balles les crocodiles de la rivière Maongolo qui venaient, rejetés par Teau, s'étendre à la surface comme de longs soliveaux. Les deux chevaliers tueurs de monstres, après avoir délivré les travailleurs de ces dangereux voisins, pourvoyaient aussi à la nourriture de la colonie en tuant des buffles.
De toute part le bois arrivait par ordre du roi sur un vaste terrain de 80 hectares. Huit ménages chrétiens venus de Mouloueva travaillaient avec entrain, ils étaient aidés des sujets de Pore ; tout ce peuple bourdonnait comme une ruche. La chapelle fut bâtie d'abord, puis la maison des Pères, ensuite celle des enfants, puis les cases des jeunes ménages, puis les magasins et les étables. La ville fut emmantelée d'un mur en pisé, accosté de quatre bastions. On eût cru voir naître une ville du temps d'Athènes ou de Tyr.
Ainsi se trouvait réalisée cette description d'un des plus fidèles évocateurs de la vie antique:
« Je regardais avec admiration cette ville naissante, semblable à une jeune plante qui, ayant été nourrie par la douce rosée de la nuit, sent dès le matin les rayons du soleil qui viennent l'embellir. Elle croît, elle ouvre ses tendres boutons, elle étend ses feuilles vertes, elle épanouit ses fleurs odoriférantes avec mille couleurs nouvelles. A chaque moment qu'on la voit on y trouve un nouvel éclat. Ainsi fleurissait la nouvelle ville sur le rivage de la mer. Toute la ville retentissait des cris des ouvriers et des coups des marteaux. Tous les chefs amenaient le peuple au travail dès que l'au-
rore paraissait et le roi Idoménée, donnant partout des ordres lui-même, faisait avancer les ouvrages avec une incroyable diligence. »
Qu'on remplace Idoménée par Pore, la Méditerranée parle Tanganika, et la description s'applique à la jeune cité de Kibanga, ou plutôt de Lavigerie-ville, car ainsi fut-elle appelée; tant cet admirable Fénelon avait eu l'intuition des jours primitifs !
La ville construite, on tint conseil.
Afin d'éviter tout soupçon, toute jalousie de la part du roi, le P. Provicaire fit connaître à Pore quel serait au gré des Pères le régime intérieur de TEtat. Le pouvoir restait tout au roi, les Pères se réservaient d'administrer le village qu'ils fondaient. Quant aux affaires mixtes, les Pères et le roi devaient s'en entendre.
On le voit : les religieux n'empiétèrent pas sur le pouvoir civil, ils ne réclamèrent que la place au soleil et le droit de régir ceux qui, d'eux-mêmes, s'étaient soumis à la discipline chrétienne. Leur pouvoir et celui du roi furent d'autant plus forts que chacun d'eux ne sortit pas de l'ordre limité de ses attributions respectives. Les affaires ainsi réglées, le roi se retira dans les montagnes.
Les hommes rachetés par les Pères, les femmes dont ils avaient payé la dot formaient autour de la chapelle un village de personnes élevées fort au-dessus de l'esclavage, moins par la récompense qu'elles obtenaient de leurs travaux que par leur dignité de chrétiens et leur communion au corps du Christ.
A trois cents mètres de ce village était celui des adultes, soumis comme le premier à la direction des Pères, ils aspiraient au mariage chrétien comme à une récompense de leur travail et ne tardaient pas à être incorporés dans le premier village.
Un troisième groupe de cases était la demeure d'indigènes, venus là pour être en sûreté, et admis sur le terrain de la mission à la condition qu'ils n'auraient qu'une femme par ménage, qu'ils s'abstiendraient de pratiques superstitieuses et assisteraient aux instructions, qu'ils viendraient, selon leur expression, demander le remède qui leur permît de bien vivre.
A un kilomètre de distance était la petite agglomération des réfugiés, admis aux mêmes conditions que le troisième village.
Sur tous ces groupes l'autorité des Pères rayonnait : elle s'exerçait plus directement sur les deux premiers, mais les deux autres l'acceptaient aussi et plus loin, dans l'intérieur des terres, sur les rives du lac, ceux qui ne subissaient pas encore la discipline chrétienne désiraient s'y conformer; ces formes humaines qui s'étaient cachées pour échapper aux nègres musulmans dans les cavernes des montagnes accouraient avec Kisamba leur chef et recueillaient sur le terrain de la mission les lambeaux épars de leur peuple.
C'était le cas de répéter avec le psaume : qu'il est bon, qu'il « est délicieux d'être frère et d'habiter ensemble, c'est comme l'encens qui descend de la tête d'Aaron sur sa barbe, sur sa barbe et jusque sur les franges de son vêtement. » Ainsi la douce influence des Pères descendait des villages chrétiens sur les autres villages, jusqu'aux lisières extrêmes de la colonie chrétienne, jusqu'au point où elle confinait aux jongles. En ce lieu de l'Afrique ne disons donc plus que les noirs sont maudits: le psalmiste n'a-t-il pas ajouté: Là où les frères habitent ensemble, le Seigneur verse à jamais la bénédiction et la vie.
L'Alsace toujours française, en contribuant à l'apostolat qui est une œuvre essentiellement française, fit
302 mSTOIRE DES VISSIONS.
aux ap«5tres da-Tanganika le don d'une cloche qui se balança majestueasement ao-dessas de la chapelle : elle répandit ponr la première fois sa rumeur argentine sur les quatre villages et porta Tappel sonore de la Térité très loin à travers les feuilles. Elle réveillait à l'aurore les mille travailleurs qui se dispersaient dans les champs : quand le soleil devenait trop ardent, elle les réunissait pour la prière, le repas, Tinstruction, et le soir elle les rappelait encore de sa voix douce, ailée, comme celle de l'ange, vers les feux du soir et le repos bien mérité. Quelque chose de Tâme de la patrie absente semblait s'exprimer dans le son de cette cloche alsacienne : la cloche figure si bien par son harmonie Tunion des âmes chantant d'une même voix, soudées en quelque sorte au feu d'un amour divin jusqu'à ne faire plus qu'un métal tout vibrant de leur intime union.
A cette voix du Christ, comme à celle d'un amphion divin, la cité naissante, évoquée de la barbarie et sortant de l'ombre des bois, s'élevait vers l'utile, le bien, le vrai, le beau. La cloche sonnait, sonnait, appelant les âmes infidèles partout où elles souffraient, partout où elles pleuraient, répercutée par les montagnes et portée au loin sur la douceur silencieuse des eaux.
Le 3 décembre 1887, c'était la fête de saint François X.ivier, la cloche avait sonné l'heure de la prière et de l'instruction religieuse : vers midi, un Père aperçut des nègres accourir du haut des collines et se diriger vers les villages. Bientôt après, sur les mêmes hauteurs parurent, armés jusqu'aux dents, les hommes de proie, les sectateurs du chamelier de Médine.
Distribuer les munitions aux néophytes de la cité chrétienne, leur défendre de tirer sans Tordre des Pères, les disposer à opter entre l'esclavage et la mort
pour le malheur le plus glorieux et à vendre chèrement leur vie, ce fut l'affaire de quelques instants: le Père supérieur et le père Winke se portent en avant. « Holà! que faites-vous? disent-ils aux pillards, quelle est votre impudence de violer le territoire de la mission? Groyezvous que ces villages renferment un bétail que vous puissiez vendre ? Votre insolence est grande envers des Français I Retirez-vous, allez faire en d'autres guérets votre triste moisson (1). » Ils disaient, et derrière eux, la fusillade se faisait entendre du côté de la mission: c'étaient les chrétiens qui par ordre de leurs chefs tiraient à poudre, les pauvres habitants du pays, qui étaient venus se blottir sous les ailes protectrices des pères, tremblaient de tous leurs membres.
La poésie antique, quia su rendre immortelles les grandes douleurs de l'humanité en son enfance, la poésie d'Euripide ou d'Eschyle pourrait seule peindre cette scène d'esclavage qu'on put contempler des bastions de la mission. Si l'on veut bien se reporter aux lettres des missionnaires, on verra que ce n'est pas sortir du vrai, qu'emprunter l'expression de calamités indicibles, au grand langage des Suppliantes, ou des Sept contre Thèbes.
Le chef Mohammed approchait : vêtu de rouge, couvert de sang, sa barbe était noire, son teint de la couleur de l'airain, on entendait l'air frémir agité par les lances, les flèches, les détonations, les cris sauvages des ravisseurs qui se précipitaient sur leur proie, les cris désespérés des victimes, des femmes, des enfants, (^es hommes qu'on égorgeait; on attachait leurs mains derrière leurs^épaules, on les enchaînait tous ensemble avec les lianes de leurs forêts. On introduisait leurs
(1) Ces paroles ne sont pas textuelles, mais le sens eji est donné dans une lettre des Pères.
créaient leurs prétentions, ni si leurs sujets étaient en Afrique les assassins ou les victimes. Les rois africains n'en craignaient pas moins pour leur puissance menacée, les arabes pour leur commerce de chair humaine. Ceux-ci s'étaient habitués à considérer comme leur proie les territoires que TEurope s'adjugeait; ils sentaient approcher le moment où ils ne pourraient plus compter sur l'autorité musulmane, ils se hâtaient d*épuiser les sources de la vie africaine : le nombre des esclaves augmenta, et les religieux du Tanganika furent accusés de complicité avec les envahisseurs.
D'un autre côté, les fonds qui soutenaient en Europe les conquérants spirituels de l'Afrique et lient menacés d'un coup de main. En Italie le gouvernement, au mépris de laloi des garanties promulguée le 13 mai 1871, cessait de respecter l'initiative spirituelle du souverain pontife, et voulait en 1884 disposer à son profit des biens fournis par toutes les nations catholiques poar servir à la civilisation du monde. En France, de 1876 à 1885, le gouvernement, de plus en plus oublieux de la mission apostolique de la nation, désavouait par de publics outrages le dévouementdes missionnaires etsupprimait 578,000 fr. de crédits affectés au culte algérien. Cette atteinte portée aux missions équatoriales, jointe aux menaces et aux intrigues musulmanes au nord du Tanganika, purent déterminer les Pères d'Alger à accepter une proposition qui leur fut faite par le roî Léopold.
La conférence de Berlin avait décidé que Teffort de la colonisation belge porterait sur le Congo supérieur. Le roi Léopold offrit de céder aux ouvriers apostoliques Ie$ deux forts de Mpala et de Rarema. situés en face ran de Taulre. Tud sur la rive occidentale, l'autre sur
lii,.
la rive orientale du lac, tous deux à soixante-dix lieues au sud de Kibanga, et communiquant par des barques allant de Tun à Tautre.
Trois cents nègres armés devaient veiller désormais sur la sécurité des Pères. Ces noirs chevaliers étaient formés et conimandés par M. Joubert, un héros qui, après avoir offert sa vie à la papauté avant 1871, et depuis lors à la France envahie, voulait Tolfrir encore à la cause de Thumanité, blessée par l'esclavage africain, dans son corps inviolable.
Mpala ne tarda pas à être assiégée par les brigands, mais sur ces hommes sans discipline, les orphelins de la mission remportèrent une brillante victoire. Un orphelin, un seul fut frappé mortellement, mais aussitôt Tun de ses amis le couvrit de la grâce du baptême comme d'un bouclier d'or.
Karéma fut le siège épiscopal de Monseigneur Charbonnier. L'un des plus grands rois des bords du lac Kapoufi lui offrit un sceptre en forme de houlette pastorale, et l'envoya chercher par son premier ministre. L'évêque marcha triomphalement d'étape en étape : à chaque village, il recevait des dons opulents. A son arrivée, les habitants de la capitale se rangèrent sur deux rangs, et déchargèrent leurs armes dans l'air. Après les présentations faites selon l'étiquette si exigeante des Africains, eut lieu l'exhibition du stéréoscope, c'est-àdire des grands édifices de l'Europe, des bateaux, des villes, de tous les beaux dehors de la civilisation matérielle, mais les enfants des hauts plateaux eurent le bon sens de mettre au-dessus de tout les portraits de Jésus et de la vierge Marie. Le prince royal disait en les voyant : « Salut ! salut I seigneur Jésus, salut I disait-il avec un visage tout épanoui de joie, en battant des mains ; salut aussi à vous, sainte Marie, mère de notre
créaient leurs prétentions, ni si leurs sujets étaient en Afrique les assassins ou les victimes. Les rois africains n'en craignaient pas moins pour leur puissance menacée, les arabes pour leur commerce de chair humaine. Ceux-ci s'étaient habitués à considérer comme leur proie les territoires que l'Europe s'adjugeait; ils sentaient approcher le moment où ils ne pourraient plus compter sur l'autorité musulmane, ils se hâtaient d'épuiser les sources de la vie africaine : le nombre des es^claves augmenta, et les religieux du Tanganika furent accusés de complicité avec les envahisseurs.
D'un autre côté., les fonds qui soutenaient en Europe les conquérants spirituels de l'Afrique étaient menacés d'un coup de main. En Italie le gouvernement, au mépris de laloi des garanties promulguée le 13 mai 1871, cessait de respecter l'initiative spirituelle du souverain pontife, et voulait en 1884 disposer à son profit [des biens fournis par toutes les nations catholiques pour servir à la civilisation du monde. En France, de 1876 à 1885, le gouvernement, de plus en plus oublieux de la mission apostolique de la nation, désavouait par de publics outrages le dévouement des missionnaires etsupprimait 578,000 fr. de crédits affectés au culte algérien. Cette atteinte portée aux missions équatoriales, jointe aux menaces et aux intrigues musulmanes au nord du Tanganika, purent déterminer les Pères d'Alger à accepter une proposition qui leur fut faite pàv le roî Léopold.
La conférence de Berlin avait décidé que l'effort de la colonisation belge porterait sur le Congo supérieur. Le roi Léopold offrit de céder aux ouvriers apostoliques les deux forts de Mpala et de Karema, situés en face l'un de l'autre, l'un sur la rive occidentale, l'autre sur
la rive orientale du lac, tous deux à soixante-dix lieues au sud de Kibanga, et communiquant par des barques allant de Tun à Tautre.
Trois cents nègres armés devaient veiller désormais sur la sécurité des Pères. Ces noirs chevaliers étaient formés et commandés par M. Joubert, un héros qui, après avoir offert sa vie à la papauté avant 1871, et depuis lors à la France envahie, voulait l'offrir encore à la cause de Thumanité, blessée par l'esclavage africain, dans son corps inviolable.
Mpala ne tarda pas à être assiégée par les brigands, mais sur ces hommes sans discipline, les orphelins de la mission remportèrent une brillante victoire. Un orphelin, un seul fut frappé mortellement, mais aussitôt l'un de ses amis le couvrit de la grâce du baptême comme d'un bouclier d'or.
Karéma fut le siège épiscopal de Monseigneur Charbonnier. L'un des plus grands rois des bords du lac Kapoufi lui offrit un sceptre en forme de houlette pastorale, et l'envoya chercher par son premier ministre. L'évêque marcha triomphalement d'étape en étape : à chaque village, il recevait des dons opulents. A son arrivée, les habitants de la capitale se rangèrent sur deux rangs, et déchargèrent leurs armes dans Tair. Après les présentations faites selon l'étiquette si exigeante des Africains, eut lieu l'exhibition du stéréoscope, c'est-àdire des grands édifices de l'Europe, des bateaux, des villes, de tous les beaux dehors de la civilisation matérielle, mais les enfants des hauts plateaux eurent le bon sens de mettre au-dessus de tout les portraits de Jésus et de la vierge Marie. Le prince royal disait en les voyant : « Salut ! salut I seigneur Jésus, salut I disait-il avec un visage tout épanoui de joie, en battant des mains ; salut aussi à vous, sainte Marie, mère de notre
3iO HISTOIRE DES MISSIONS.
seigneur Jésus: le père blanc qui est là nous dit que vous nous aimez et que vous voulez nous faire grand bien, nous aussi nous voulons apprendre à vous mieux connaître et à vous aimer. » Ensuite, s*adressant à son entourage : « Allons, mes enfants, saluez avec moi le seigneur Jésus et sa mère sainte Marie. » Malgré les belles espérances que font concevoir aux missionnaires cette ouverture des cœurs, ces sourires d'amour devant les images saintes, étaient-ils bien assurés de leur sécurité, étaient-ils persuadés que les fureurs ou les intrigues musulmanes ne les atteindraient pas dans le sud du lac aussi bien que dans le nord ? Leur fuite même montrait à quel point leurs conquêtes étaient précaires. Combien étaient-ils? cinquante.
Cinquante millions de musulmans étaient devant eux, cinquante millions d*adorateurs de la force en face de cinquante apôtres de la douceur; ici l'islamisme énorme, là le catholicisme modeste ; ici la suprême iniquité, là le suprême dévouement. Le moyen d'éviter un conflit que les musulmans devaient désirer par principe, que les missionnaires devaient amener par l'exemple même de leur vie, muette accusatrice de la vie mahométane? Isolés en face du gigantesque péril et de la vaste solitude, les pauvres missionnaires appelaient à leur secours, dans leurs lettres suppliantes, le monde civilisé. Mais la réponse même de l'Europe pouvait leur être fatale. Le jour où l'une des puissances signataires du congrès de Berlin voulut prendre une possession effective du royaume qu'elle s'était taillé dans l'Afrique orientale, le jour où la côte de Zanguebar fut bloquée, tous les royaumes musulmans, tous les nègres musulmanisés, tous les roitelets qui étaient sous la domination des Arabes, s'unirent contre l'envahisseur, menaçant d'immoler tous les Européens qui se
trouvaient en Afrique : leurs bienfaits et leurs charités seront-elles un rempart suffisant pour les missionnaires? ne vont-ils pas au contraire être les victimes de leur dévouement? ces paisibles agneaux sont à la merci de cinquante millions de loups. Sans doute les ouvriers apostoliques sont prêts à suivre cette route de la béatitude et de la gloire que leur Maître leur a tracée en* mourant, et où déjà les ont précédés leurs frères, mais s'ils meurent, que deviendra l'Afrique dépeuplée, et que dira l'histoire, de nous, témoins immobiles et insensibles, qui savions ce que cachaient, derrière le grand désert, les luxures de l'Orient féroce et doré?