FIN DE L'EXIL
Mteza mort, rien n'empêcha qu'ils ne se rejoignissent. Ceux de Kipalapapa et du Bukuné firent d'héroïques efforts pour arriver au Bukumbi, c'est-à-dire au bord méridional du lac, ils restèrent là pendant vingt jours en face de cette eau qui les séparait de leurs frères sans pouvoir la traverser.
Mais le vingtième jour arriva la flottille de Mouanga.
Mouanga était le nouveau roi: c'était lui, l'adolescent si triste au départ des Pères, et qui en 1883 leur avait promis de les rappeler s'il arrivait au trône. Il tint sa promesse en 1885.
Ce fut à qui de ses sujets chrétiens s'élancerait dans les barques pour aller au devant d'absents si longtemps attendus. On craignait qu'ils ne vinssent pas, qu'ils ne fussent pas assez nombreux au Bukumbi pour détacher plusieurs d'entre eux qui desservissent le Ganda : on leur portait môme des présents, un seigneur du pays leur envoyait un chapelet travaillé non sans art, afin de ressaisir les Pères au moyen de ce lacet de roses consacrées à la vierge fidèle.
La flotte parut en mer. Elle amenait un bon nombre
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de chrétiens nouveaux que les catéchumènes laissés dans le Ganda avaient instruits et baptisés et qui témoignaient d*un cœur vraiment touché.
Quinze fois les rameurs hissèrent la barque sur le rivage, quinze fois à Taurore elle fut remise à flot. A Dumo, vers le nord-ouest du lac, x>n trouva sur la côte un général de Mouanga qui partait à la tête de 4,200 hommes pour exiger le paiement d*un tribut etla réparation d'une injure. Ce haut dignitaire était un des premiers 'convertis de la mission, c'était Fouké : à la vue des missionnaires il ne savait comment témoigner sa joie, il leur prit les mains et les regarda sans pouvoir dire une parole. Le lieutenant de l'expédition vint à son tour : à peine était-il près des Pères, qu'il tombait à genoux battant des mains et accompagnant ce geste d'un grand éclat de rire.
Au port de Mtevé les hommes de la contrée s'empressent pour porter les bagages des Pères et bientôt on voit apparaître le grand drapeau du roi que suit le peuple. Derrière le drapeau, sous un dais, marche un chrétien favori du roi.
La poudre tonne, on se souhaite la bienvenue, on offre aux Pères une maison dans l'enceinte réservée du palais royal où les seigneurs eux-mêmes ne pouvaient pénétrer. Les Pères, qui préféraient la proximité des petits au voisinage des grands pour prêcher la doctrine du Dieu pauvre, choisissent une propriété située sur la route de Roubaga, à deux lieues de la cour. Le roi concède le terrain, y fait construire selon le plan des Pères, fait entourer d'une haie l'enclos de bananiers qu'il ajoute à ses libéralités.
II est impossible de décrire le bonheur des pauvres indigènes à la nouvelle de l'arrivée des Pères : les mots leur manquent pour exprimer leur reconnaissance ; les
anciens catéchumènes amènent du matin au soir lev prosélytes, les femmes sont instruites par leurs épo et par leurs frères ; des villages dont le chef était chi tien comptent plus de cent adorateurs du vrai Die plus de huit cents fidèles avaient vu revenir vers euxl bï^rques voyageuse^ de TÉglise catholique,