DE LA CORDILLÈRE INTÉRIEURE ROLIVIENNE
En pénétrant dans les provinces de Porco, Chichas, Sur Lipez, on est sur un territoire quechua. Là les Indiennes se livrent pendant la saison sèche de l'hiver aux douceurs de la vie pastorale, tandis que leur famille va quérir en Argentine le
60 GÉNÉRALITÉS GEOLOGIQUES.
maïs nécessaire à laHmentation de Tannée, L'Indien quechua est, par tempérament, très sobre et très craintif; il est maigre et résistant tout à la fois.
Pendant tout le jour, il garde avec une finesse toute particulière ses moutons ou ses lamas, qui broutent les rares herbes de la pampa bolivienne. Lorsque le voyageur, monté sur sa mule, aperçoit en Bolivie des troupeaux de lamas et de moutons, il peut croire un instant quils sont abandonnés à euxmêmes, mais il n en est rien. L'Indien est caché dans un pli de terrain, et, si vous vous avisez de tuer une de ses bêtes, il paraît sortir de terre et court immédiatement à votre rencontre. Cesl là, il faut l'avouer, un excellent moyen pour se ravitailler et connaître l'Indien des pampas. Le soir, l'Indien quechua étabht son campement en plein air, autour d'une barrière circulaire au milieu de laquelle il entretient nuitamment un feu.
Ici et là, dans les passages ou défilés un peu fréquentés, il n'est pas rare de rencontrer des apachetas, ou pyramides de pierres , élevées à Pachacamak, sorte de divinité quechua. Aucun Indien ne passe devant un apacheta sans y ajouter à son tour une pierre pour marquer son passage.
D'après Luis Brackebusch, qui signale des apachetas dans la partie nord de l'Argentine, ce mot viendrait de apachi «faire porter». L'Indien, en apportant sa pierre, remercie ainsi Pachacamak de lui avoir donné les forces nécessaires pour transporter ses fardeaux.
Les mœurs des Indiens quéchuas se sont modifiées à travers les âges. Les Quéchuas ne portent plus aujourd'hui comme leurs ancêtres des parures en turquoise, mais ils ont conservé quelques recettes bien étranges, comme celle qui consiste à rougir leur boisson avec de l'hématite en cas de douleurs d'estomac.
A Pulacayo, dans la province de Porco, on peut voir une multitude de cases indiennes construites en terre argileuse, étagées autour de la montagne minière et habitées par une
population de Quéchuas aux longs cheveux tressés^*'. Ceux-ci sont occupés aux travaux d'extraction des minerais de la mine Huanchaca. Les filons métallifères de Pulacayo sont dans la dacite. A. W. Stelzner, en parlant des roches des Cordillères Argentines, allègue qu elles rappellent très vivement les dacites et non moins vivement certaines roches éruptives tertiaires de Hongrie et de Transylvanie, entre autres, par exemple, une dacite de Kapnik et une dacite de Kisbanya sud-sud-ouest de Klausenbourg.
L'opinion de Stelzner me paraît applicable à quelques roches volcaniques des Cordillères de Bolivie, entre autres à celles de San Antonio de Lipez et de Pulacayo. Quant à Tàge de l'apparition des dacites bohviennes, je croirais volontiers qu'elles sont plus récentes que les grès rouges qu'elles traversent.
En ce qui concerne le remplissage des filons de Pulacayo, il semble que ce soit par voie humide qu'il s'est fait. L'apport des métaux, si l'on considère leur manière d'être sur les épontes, doit résulter de l'activité de sources thermo-minérales. Celles-ci, en effet, ont comme imprimé le sceau de leur circulation en concrétionnant les métaux à la façon des stalactites.
C'est surtout à l'état de sulfures que l'on rencontre le zinc, le plomb, l'antimoine et l'argent à Pulacayo; on trouve aussi plus rarement une association de bismuth et d'étain dont la présence n'est pas sans importance au point de vue de la minéralisation du sol bolivien '^^
L'argent de Pulacayo, comme celui de San Vicente (envi-
^^) La pigmentation des parties extérieures de la peau des Indiens Quéchuas et Aymaras est très voisine de la couleur des masses gréseuses rongeàtres plus ou moins foncées qui sont très développées en Bolivie. Celte observation me parait d*autant plus iniérpinanta àâgnaler qu*il y a là probablement un assez curieux effet de mimétisme.
^*^ Lors de mon passage à Pulacayo, M. Luis Sola, administrateur de la Compagnie Huanchaca, s*est dessaisi en ma faveur, au proGt de la science, de très beaux échantillons de cuivre gris, de blende et de bournonite ; aussi je suis heureux de lui témoigner ici mes plus sincères remerciements.
rons de Huanchaca), se trouve inclus dans le cuivre gris qui, lorsqu'il est cristallisé en druses , est d'un très bel effet.
Les ramifications de la Cordillère intérieure sont formées par des grès permiens (?) et des phyllades siluriens qui ont été coupés par endroits par des roches volcaniques. Les filons de Tasna et de Chorolque ont une même orientation; à Tasna, la bismuthine et le wolfram prédominent. Dans un échantillon de bismuthine que j'ai recueilli à Tasna, il est aisé de reconnaître une paillette d'or natif.
Les filons du Cerro Chorolque sont assez réguliers; certains disparaissent en coin. La richesse des minerais consiste en bismuth aurifère et en étain, mais cette richesse, loin d'augmenter en profondeur, diminue; de sorte qu'il est supposable que les métaux sont arrivés à la surface par sublimation. Dans le Cerro Espiritu, à l'ouest du Cerro Chorolque, on exploite le bismuth natif et la bismuthine qu'accompagnent généralement la pyrite de fer et le cuivre gris.
Aux environs de Quechisla, dans la direction de Portugalete, l'érosion a été si considérable que , même s'il y avait eu des dépôts glaciaires, on ne trouverait certes, pour cette raison, ni stries, ni pohs sur les roches; mais je doute fort qu'il y ait jamais eu de glaciers dans cette partie des Hauts-Plateaux.
L'érosion a creusé dans les grès rouges des environs de San Vicente des cavités qui servent aujourd'hui de retraites à quelques Quéchuas troglodytes.
C'est encore à l'érosion qui faut attribuer les abris sous roche de Colcha (Nor Lipez), au-dessus de l'étang Utul. Ces abris, comme j'ai pu m'en rendre compte, ont servi d'emplacements à d'antiques tribus quéchuas, qui faisaient encore usage d'ocrés rouges et jaunes.
A San Vicente , on peut voir dans les haldes de la Mina Guernica , outre des cristaux de bournonite , de nombreux amas de cuivre gris d'une teneur respectable en argent, qui seront sans aucun doute utilisés à un moment donné.
Les terrains primaires de San Vicente sont disloqués par Tapparition de roches volcaniques tracli y tiques, qui sont ellesmêmes injectées de minerais. Le solde San Vicente, au-dessus de 4^000 mètres, est naturellement pauvre en végétation; il ne donne asile qu à quelques viscachas ou biscachas de la famille des Chinchillides. Les ChinchiUas [Chinchilla lanigera)^ dont la fourrure est si recherchée aujourd'hui, se cantonnent dans les montagnes de la province de Sur Lipez.
Le Haut-Plateau de Bolivie se prolonge topographiquement au delà de San Antonio de Lipez, pour constituer la région justement nommée la Puna Argentina^^\ c est-à-dire la zone la plus élevée de la République Argentine.