ET LES MONTAGNES ENVIRONNANTES
Le lac Titicaca est quatorze fois plus grand que le lac de Genève (Keith Johnston) et moitié moins grand que le lac Ontario (Sir Martin Gonway). Il se serait appelé Titi Karka, Titi Ccaka, Titi Ccan-na, si l'on s'en réfère au manuscrit du Père Baltasar de Salas sur l'histoire de Gopacabana, 1618- 1626, imprimé dans la revue de La Paz, la Brisa (vol. I, n° 2 , oct. 3i , 1898).
Les rives du lac Titicaca sont essentiellement tourbeuses du côté de Huaqui. Des joncs nommés « totoras » y croissent en extrême abondance; aussi les Indiens s'en servent-ils à défaut de bois pour construire des petites barques ou «balsas». Gelles-ci ne peuvent avoir qu'une durée éphémère, car elles restent continuellement sur l'eau ; il est vrai que , dès qu'une balsa a cessé d'être bonne, l'Indien en reconstruit très rapidement une nouvelle uniquement avec les totoras.
De Huaqui on entre directement dans la partie du lac Titicaca nommée Uinamarca par un chenal qui facilite considérablement le transit actuel entre le Pérou et la Bolivie. Le lac Titicaca n'a jamais eu, à mon avis, l'étendue que lui assigne Sir Martin Gonway, qui le fait arriver jusqu'aux ruines de Tiahuanaco.
GÉOLOOIB. 5
laPBiaCklK RATIOUALE.
Aucun dépôt lacustre ne vient attester une pareille assertion. J'ai bien constaté aussi que le niveau du lac Titicaca avait fortement baissé, mais je n'ai pas évalué à plus de 200 mètres de longueur, dans la direction Huaqui-Tiahuanaco, la surface tourbeuse recouverte anciennement par les eaux. Cet abaissement est évidemment du à l'évaporation en général, et je ne serais pas éloigné de croire qu'il résulte aussi d'un changement climatérique.
Le lac Titicaca a un effluent, le Desaguadero. Ses eaux, au sortir du lac, sont potables; elles ne se chargent de sel que dans leur traversée à travers la pampa saline aux environs d'Ayoma , à trois lieues au sud-ouest de Coro Coro ; elles arrivent enfin saturées de sel dans le lac Poopo. Le lac Poopo ou Pampa AuUagas est une véritable lagune salante dont les eaux disparaissent insensiblement, si bien que l'on peut d'ores et déjà supposer le moment où l'emplacement du lac aura l'aspect de la pampa saline d'Uyuni'^l
D'après J.-B. Minchin , « le lac Poopo possède à son extrémité sud une issue, le rio Laca-Ahuira, dont le courant, à peine visible, occupe un lit large de 3o yards et profond de 3o à 4o pieds. A une distance d'un mille du lac, le rio disparaît sous terre pour réapparaître à trois milles plus loin, dans la direc-
t'^ Je lis, dans V Illustration du 18 novembre 1 go5 , qu*il est question de demander au lac Titicaca Ténergie électrique nécessaire pour mettre en marche les chemins de fer du Pérou. • Ce lac , est-il écrit, est la plus haute masse d'eau navigable de Tunivers. Isolé dans une dépression des Andes, il est en quelque sorte suspendu au-dessus des routes fluviales du continent, dans une contrée aride et inhabitée. Son déversoir, le Desaguadero, large seulement d'une quarantaine de mètres, marque la frontière entre le Pérou et la Bolivie. Tout récemment encore , on le franchissait au moyen d'un pont formé
de couches de roseaux flottant sur Teau et soutenues par des chaînes de fibres végétales accrochées à des piliers dont Tintervalle était occupé par des portes à deux battants. Le soir à 6 heures, chaque république s'enfermait chez elle à double tour ; elle rouvrait sa porte à 8 heures du matin. Les chemins de fer du Sud Péruvien, qui passent à 4«ooo mètres d'altitude, consomment journellement pour 7,000 francs de houille. Après avoir utilisé pour leur exploitation l'eau descendue du lac Titicaca , il resterait encore une force disponible de 6,000 chevaux. »
GENERALITES GEOLOGIQUES. 67
tion Ouest; il continue alors son cours sans interruption jusqu'à la Salinas de Coiposa ». Je ne serais pas éloigné de croire, en tenant compte du phénomène d'évaporation , que l'infiltration souterraine contribue à jouer un rôle prédominant dans l'appauvrissement du lac Poopo.
Le plateau sur lequel coule le Rio Desaguadero au sortir du lac Titicaca constitue, avec celui du Thibet, les deux plus hautes plates-formes du globe. Celle sur laquelle est situé le lac Titicaca représente un centre d'où a rayonné jadis le flambeau de civilisations américaines éteintes, comparables à celles de la Chaldée et de l'Egypte.
Tiahuanaco, avec ses immenses dépôts de cendres qui forment le substratum du sol foulé à l'heure actuelle, Tiahuanaco, avec ses épaisses couches de terre de dénudation qui ont heureusement sauvé de la destruction des âges, d'importants vestiges de son art symbolique et de son architecture géométrique, Tiahuanaco, enfin, m'a montré aujourd'hui quelques-uns de ses secrets qui paraissaient ne jamais devoir être dévoilés, et l'archéologie en est uniquement redevable à la géologie *''.
Les massifs montagneux de Tiahuanaco qui courent dans la direction de Viacha à l'est, et de Huaqui à l'ouest pour
''' On sait maintenant que les grandes portants d'un appareil de construction
pierres de Tiafauanaco, qui présentaient tout semblable à la nouvelle enceinte que
par leur alignement une certaine aDslogie j'ai exhumée le a8 octobre 1903 k l'est
avec le quadrilatère mégalithique de Cru- des mégalithes d'Hakhapana. cnno en Bretagne, sont des vestiges im-
former les contreforts de la Cordillère des Andes boliviennes ou Cordillera Real appartiennent vraisemblablement par leur faune au terrain dévonien. Ils sont très dénudés, comme l'indiquent les sinuosités profondes dues à l'action érosive des eaux météoriques, et le travail de démolition dont ils continuent à être l'objet pendant la saison des pluies modifie peu à peu le relief général du Haut-Plateau bolivien.
En effet , des matériaux détritiques boueux provenant de la démolition des masses gréseuses dévoniennes constituent, au bénéfice du plateau sous-jacent, des apports nouveaux de sédimentation.
Au sud de Tiahuanaco se détache d'un massif montagneux le cerro Illampu, qui doit être distingué du somniet gigantesque de la Cordillère intérieure [Cordillera Real) : l'Illampu ou Sorata. Je ne mentionnerai ce a cerro» que parce qu'il renferme de l'étain et de l'argent, si je dois m'en rapporter aux échantillons qui m'ont été soumis. Mais le terrain le plus digne d'attention de tous les environs de Tiahuanaco est incontestablement le carboniférien.
Celui-ci forme des failles parallèles à la grande Cordillère et occupe dans la région du lac Titicaca, de l'est à l'ouest, des synclinaux. 11 n'est pas rare de rencontrer dans la Isla del Sol des fougères du genre Sphenopteris , Nevropteris, qui appartiennent sans aucun doute à la flore carboniférienne.
La Bolivie n'a donc rien à envier aux autres pays au point de vue des ressources indispensables à l'industrie : elle a l'eau pour la force motrice (le Desaguadero et d'innombrables petits torrents aisément captables); le charbon, encore inexploité mais utilisable, et des richesses minières telles qu'Hugo Reck, en parlant de l'altiplanitie , disait qu'elle était une table d'argent supportée par des piliers d'or.