‹ Explorations géologiques dans l'Amerique du Sud suivi de tableauxChapitre 28 sur 69 · LE SOULÈVEMENT DE LA CÔTE CHILIENNE · texte numérisé non relu

LE SOULÈVEMENT DE LA CÔTE CHILIENNE

Un grand nombre de naturalistes, pour ne citer que les plus célèbres, D'Orbigny, Darwin, Dana, Cuming, Forbes et Philippi, ont parlé des soulèvements de la côte chilienne.

Les observations de D'Orbigny, de Cuming, de Forbes et de Philippi sont de nature à révoquer en doute l'idée d'un soulèvement progressif.

Cuming, après le tremblement de terre survenu à Valparaiso le 1 9 novembre 1822, écrivait à la Société géologique de Londres l'appréciation suivante : «La mer vient baigner les murs de la maison que j'habite, de la même manière qu'avant 1822 , et les vaisseaux occupent le même mouillage. »

Pour ma part, je m'élève hautement contre la théorie du soulèvement graduel de la côte du Chili.

J'ai observé les terrasses de Guayacan et, plus en détail, celles d'Antofagasta. Ces dernières, jusqu'à Playa Blanca et au delà , sont constituées par des amas de coquilles subfossiles agglutinées par du chlorure de sodium. Beaucoup de ces espèces subfossiles vivent encore actuellement dans la mer.

A ao kilomètres au sud d'Antofagasta, vis-à-vis de la Quebrada de la Chimba , des bancs d'huîtres actuelles s'élèvent à plus de 26 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est bien évident que les eaux, après avoir occupé les emplacements des terrasses de la Chimba et de Playa Blanca, les ont abandonnés à la suite d'un effort orogénique survenu, à mon avis, à une époque qui n'appartient pas au domaine de l'histoire.

En effet, la découverte que je fis, autour de l'île de la Chimba ou Tomoya , de momies indiennes repliées intentionnellement

sur elles-mêmes avec leur mobilier funéraire me montra suffisamment que ces enfouissements préhispaniques n avaient subi aucun déplacement dans leur ordre primitif, ce qui n'aurait pas manqué de survenir dans le cas d'un soulèvement progressif de la côte.

Aussi bien, les subfossiles de Playa Blanca^'', du fait quils n'étaient aucunement roulés, prouvaient assez que l'apparition des terrasses avait eu lieu d'une façon fortuite.

Pour se fixer sur la nature de ces prétendus soulèvements, il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que la surface de la terre est soumise à des changements dont la cause paraît inhérente à sa constitution même.

Si, comme je le suppose, la croûte solide de la terre s'épaissit progressivement sous l'action de la force centrifuge, la diminution consécutive du volume total amène nécessairement des bossellements et des affaissements^^'.

Bien des terrains aujourd'hui exondés ont été autrefois submergés et la possibilité du retour des eaux n'est rien moins que probable dans les régions que nous foulons actuellement.

Si l'on observe plus fréquemment sur le long des côtes en général des exhaussements , la raison est que ceux-ci sont plus visibles en ces endroits, car le niveau de la mer varie peu.

Les terrasses de la côte du Chili méritent donc à plus d'un titre de retenir l'attention du naturaliste.

^*^ Oliva peruviana Lamk. , Triton radis Brod. , etc.

^*^ 11 convient naturellement de tenir compte , dans l'agencement des matériaux composant la croûte terrestre, de Taction de la pesanteur. Du conflit de cette action avec celle de la force centrifuge naissent des dislocations d*ordre purement mécanique d*où paraissent découler toutes les

conséquences relatives à Téconomie générale du globe. Il ne s'agit pas , à mon point de vue , de se demander si les aflaissements terrestres sont dus à des tremblements du sol qui donneraient naissance à des éruptions volcaniques, mais de voir dans les phénomènes volcaniques une conséquence graduelle de la rétractilitë de la Terre au cours de son évolution.

Page 1