AGUAS BLANC AS, CARMEN ALTO, PAMPA CENTRAL
A 2 kilomètres à peine de la baie d'Antofagasta , si imposante avec ses blocs de porphyre amygdalaire , on pénètre dans la zone des nitrates de soude. Jai pu, grâce à Tamabilité de M. Manselli, visiter son exploitation de nitrates à la Salitrera del Carmen.
Entre les parallèles 2 3 et 2 5 , à une soixantaine de kilomètres en ligne droite de la côte du Pacifique entre Antofagasta et Pampa Alta , il m'a été permis d'étudier des exploitations de nitrate de soude ou salitreras. Celles-ci ont une étendue plus grande que celle qui leur est actuellement assignée. Les dépôts de nitrate d'Aguas Blancas , par exemple , partent du 2 5* parallèle et se continuent au delà du 2 4*. Le dépôt le plus rapproché d' Antofagasta est celui de Portezuelo connu sous le nom de Salar del Carmen. Ce dernier, vu sa couleur terreuse et son état hygrométrique , a Tapparence d'une terre fraîchement labourée. Le nitrate de soude dé Salar Carmen décèle , à l'analyse :
Nitrate de soude 35 . 00 p. 100.
e ir . (de soude 2.21
Suliate { , , . ,
( de magnésie 0.04
lodate de soude 0.02
Chlorure de sodium 28.22
Matières insolubles 34 • 5 1
Un phénomène d'ordre purement local a lieu à Salar del Carmen : le dépôt de nitrate en cet endroit est, paraît-il, Tobjet d'une nouvelle exploitation tous les cinq ans. Ayant pu me rendre parfaitement compte de la déliquescence du nitrate de soude , je suis arrivé à cette conclusion que les dépôts de nitrate d'Aguas Blancas situés entre la Sierra del Arbol et le groupe montagneux de Très Tetas devaient alimenter ceux de Salar del Carmen. A
Aguas Blancas, les dépôts de nitrate reconnus sur une longueur de 2 2 kilomètres et une largeur de a o kilomètres ont , en réalité , une longueur de plus du double dans la direction nord.
A mesure que l'on remonte au nord-nord-est vers Cuevilas, Carmen Alto et Pampa Central, la qualité du nitrate de soude devient sensiblement meilleure.
Au point de vue géologique , les dépôts de nitrate de soude se subdivisent, d'une manière générale, en quatre oh cinq niveaux superposés.
En commençant par le plus inférieur on rencontre: i^leri/wo ou agglomération de cailloux roulés; 3° la coba ou cova, sorte d'argile avec cristaux de if^i-âSÎ^^'Vïl^K-.g^sS».. sulfate de chaux accompa- 2':^™'^fwS^'* gnés souvent de thénardile
fij,i*.«/-A,b««rf,.r«4i«i**™w (jy sulfate de soude anhy- S''^,j;srS.^Ï^*;^S^:ïï?^ ^j.^. 30 ig conjeh ou chlo-
Mjoù» e«,agylom^meinAa7:i&Êa:rvulir fUTe de Sodîum mélangé
de terre; 4" le calicke eu ni-
Coupe générale des dépàls Je nitrate de wude trate de SOude proprement dans le désert d'Atacama. i. i i . -,
dit, dans la proportion de
35 p. 100 avec chlorure de sodium et terre; 5° la costra ou
croûte de surface, mélange de terre et de chlorure de sodium.
L'analyse de la coba de Salar del Carmen est la suivante ;
Nitrate de soude 5 . 90 p. 1 00.
Chlorure de sodium 27.21
Sulfate de chaux a ■ 36
Matières insolubles 61 .73
Humidité 2 ■ 80
Aux environs immédiats de Pampa Central (Chili) , à Salar Blanco ou Pampa Blanca , j'ai trouvé à la surface du sol des cristaux de mésotype ou natrolite en noyaux sphéroïdaux radiés, puis au-dessous la coba avec cristaux de thénardite. Ceux-ci s'effleurissent vite au contact de l'air; ils prennent alors une couleur blanche.
A Pampa Central , le nitrate de soude est diversement coloré. La coloration jaune est la plus commune; elle est due au chromate de potasse ou tarapacaïte GrO^K^. Aux alentours de Pampa Central, j'ai observé un nitrate de soude huileux en raison probablement de la présence d'un carbure.
C'est vers 1826 que Ton commença à exploiter en grand le nitrate de soude dans la province de Tarapaca; il était alors envoyé au Chili pour y être raffiné ; c'est pour cela que le nitrate de soude a été connu en Europe sous le nom de salpêtre da Chili. Les dépôts de nitrate de soude se reconnaissent à première vue à certains caractères qu'il est bon d'indiquer ici. Les terrains connus sous le nom de Salares forment à la surface du sol des masses caverneuses saillantes , composées de chlorure de sodium , de sulfate de soude et de chaux mêlés à des quantités de terre variables. C'est sous cette couche qu'on trouve le nitrate de soude mélangé de terre. Le nitrate de soude remplit généralement les dépressions naturelles du sol et laisse entrevoir l'existence de petits bassins où les eaux ont dû s'accumuler à un moment donné. Il y a encore un caractère extérieur qui permet de reconnaître la présence du nitrate de soude : ce sont es nombreuses crevasses en forme de polygones irréguliers qui se croisent en tous sens sur le sol. Ces formes très bizarres sont le résultat du retrait du nitrate de soude qui, en cristallisant, s'est divisé ainsi en prismes. Il semble bien que ce soit au pied des Cerros, là où le terrain est le plus en déclivité, que les dépôts de nitrate de soude sont les plus riches.
L'exploitation de nitrate de soude repose sur des propriétés dissolvantes : or, à une température élevée, le nitrate se dissout beaucoup plus facilement que dans l'eau froide; il resterait à examiner s'il ne serait pas possible de profiter du climat même du désert d'Atacama pour raffiner sur place le nitrate de soude en substituant à la houille l'action solaire. Quant à la puissance des dépôts de nitrate de soude, elle est très variable. Le nitrate se présente en couches très irrégulières dont l'épaisseur
varie de i centimètre à plus de 2 mètres. D*après Pissis, le nitrate proviendrait de la décomposition des roches feldspathiques : « Toutes les salpêtrières , dit-il, sont entourées de hauteurs composées de roches feldspathiques ; le sable qui couvre la plaine et le terrain qui forme la pente des hauteurs ont la même constitution. Les feldspaths qui forment ces roches sont le labradorite, Talbite et Toligoclase : le labradorite contient une grande quantité de chaux, Talbite de 8 à 10 p. 100 de soude , et Toligoclase de la soude et de la potasse. On trouve donc dans ces corps la base des sels qu on rencontre dans les salpêtrières; il n'y manque que les acides. Toutes ces roches contiennent des pyrites, dont l'oxydation a pu fournir Tacide sulfurique. On sait d'ailleurs que le chlore est produit en grande quantité dans les émanations volcaniques, et qu'une grande partie des eaux qui sortent des trachytes contiennent des quantités considérables de chlorures.
« La formation de l'acide nitrique semble , à première vue , présenter plus de difficulté ; mais les expériences de Cloëz ont établi d'une manière certaine que les carbonates alcalins, mis en présence de matières oxydables, ont la propriété de condenser les éléments de l'air atmosphérique et de le transformer en acide nitrique.
« On sait d'ailleurs que, sous l'influence de l'air, les feldspaths se changent en kaolin, abandonnant leurs bases alcalines qui passent à l'état de carbonates, tandis que les silicates de fer du mica, de l'augite et de l'amphibole s'oxydent. Cette décomposition réalise les conditions requises pour produire l'acide nitrique. Les roches du désert, en s'efiritant peu à peu, se réduisent en gros sable, qui s'étend sur la pente des montagnes, d'où les pluies rares mais copieuses du désert les entraînent dans les plaines. Ces sables feldspathiques subissent la décomposition que nous venons d'indiquer et se réduisent en une terre composée de kaolin , d'oxyde de fer, de sulfate de chaux , de chlorure de sodium et de carbonate de soude. Ce dernier se change à son tour en nitrate, et, lorsque viennent d'autres
pluies , les sels les plus solubles sont emportés par les eaux qui s'infiltrent jusqu'à la base des hauteurs, tandis que le sulfate de chaux, beaucoup moins soluble, reste mêlé au kaolin. Cette couche de sulfate de chaux et d'argile, qui forme la croûte des salpêtrières , se trouve non seulement dans les plaines, mais jusqu'au sommet des hauteurs, et, en quelque endroit qu'on écarte le sable de la surface , on trouve une matière blanche , poreuse, formée pour la plus grande partie de sulfate de chaux. Lorsque les eaux d'infiltrations s'évaporent, les sels qu'elles tenaient en dissolution se cristallisent, et c'est ce qui explique pourquoi le salpêtre se trouve toujours mêlé d'une quantité plus ou moins grande de terre et de sable. »
Cette explication très ingénieuse ne me semble pourtant pas répondre aux conditions que la nature a mises en œuvre.
Origine du nitrate de soude. — La question de l'origine du nitrate constitue un problème des plus obscurs.
Étant donnée la présence du chlorure de sodium dans les dépôts de nitrate, on serait tenté d'assimiler ceux-ci à des apports marins; cependant, comme il n'y a dans les nitrates ni roches
stratifiées , ni débris coquilliers , il y \ \ ^ X ^ \ V ^ r ^ me paraît naturel de chercher en ' dehors de toute intervention ma- '^^^''•'«'''- x • v - v .
rine une explication rationnelle.
Un fait intéressant à noter est la
•t • ■» 1 Nitrate enclave dans de la Granulite
présence du nitrate de soude au (Somm«t au cemo ci«nruftgo«}
milieu de roches éruptives. ^"^^' ^'^^^'^^^
Dans le désert d'Atacama, au sommet des massifs montagneux de Pampa Cienfuegos, j'ai découvert du nitrate de soude engagé dans une roche granulitique. Ce nitrate n'est assurément pas venu d'ailleurs, il a bien dû se former à l'endroit même où je l'ai vu. Seulement, comme la roche éruptive encaissante n'est en aucune façon décomposée, il m'est impossible de m'expliquer la formation du nitrate de soude
sans admettre Tinfluence directe de phénomènes d'origine profonde.
Des lacs de nitrate de soude se seront alors formés, et le nitrate aura pénétré dans les fissures des roches. Le nitrate ensuite aura suivi la pente même du terrain pour constituer la région dite des salitres.
Les terrains de transport qui accompagnent souvent les nitrates ont bien dû être charriés à une époque où le système météorologique était tout autre qu'aujourd'hui, car il y a une absence presque totale de pluies actuellement dans le désert d'Atacama.
Parmi les substances minérales voisines du nitrate de soude ou caliche, je mentionnerai un iodate de chaux [IO^]^Ca, en cristaux monocliniques (Lautare, Carmen Alto).
L'iode contenu dans les nitrates donne à Antofagasta un rendement tel, que, pour maintenir son prix élevé eu égard à la consommation limitée, il est jeté, dit-on, chaque année plusieurs tonnes d'iode dans l'océan. On comprend dès lors pourquoi l'industrie qui consistait autrefois à extraire l'iode des algues marines en Basse-Bretagne est aujourd'hui complètement tombée.