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CARACOLES

A 42 kilomètres au sud- est de Sierra Gorda se trouve le village de Caracoles. Là, la plupart des maisons, comme à Antofagasta, sont construites en bois et n'ont point d'étages. Cette remarque a son importance au point de vue géologique en raison des nombreux tremblements de terre qui ébranlent cette région.

La montagne ou cerro au pied de laquelle est bâti Caracoles a une forme en dos d ane provoquée par une éruption porphyrique qui s'est fait jour au milieu de roches suprajurassiques. Cette venue porphyrique m'a semblé avoir eu heu longtemps après la formation des sédiments.

Caracoles, en espagnol cocjuille enroulée, tire son nom des

fossiles jurassiques que Ton rencontre çà et là aux alentours. J'ai recueilli :

1** A Caracoles : Posidonia ornati Quenstedt; Posidonia DaU masi Dumortier, espèce en tous points semblable à celles de la Voulte ( Ardèche) ; Macrocephalites macrocephalas Schlot. ; G/jphœa Darwini Forb. ;

2** A Marmolès (environs de Caracoles) : Ancyloceras, une espèce voisine de A. Calloviense de Kelloway Morris; Reineckia Stuebeli Stein; Reineckia Douvillei Stein; Perisphinctes du groupe curvicosla Oppert'*', un lit à écailles de poissons, fish-bed.

Terrajirv-JiLra^jwiLef

Vue du Cerro Carrasco à Caracoles (Chili).

Filon argentifère au contact des roches éruptives et sédimentaires. Direction du Glon N.-S.

Bien qu'il ait été signalé déjà à Caracoles des espèces qui pourraient être classées dans l'étage oxfordien, je n'ai trouvé que des espèces calloviennes,

Je mentionnerai encore tout près du village de Caracoles , au sommet d'une montagne ou cerro, dans un calcaire jaunâtre, la présence de lingules jurassiques appartenant à Lingala Plagemanni [cï.) Moricke.

^*^ Je dois à i obligeance de M. H. DouvîUé, professeur à TEcole des mines, d avoir pu déterminer ces fossiles de Caracoles.

Il est intéressant de constater combien sont étendues les espèces de Caracoles que Ton voit représentées dans les deux hémisphères.

A Caracoles, les principaux filons d'argent ont une direction Nord-Sud; ils plongent dans des calcaires noirs compacts d*àge

ff jurassique. Au groupe minier de California, ces calcaires portent des empreintes de bélemnites indéterminables absolument aplaties par métamorphisme dynamique.

Il faut signaler tout spécialement aux environs de Caracoles le marbre de Marmolès. Ce der- Disposition fiionienne en chapict nier m'a paru être uu produit

des minerais d'argent à Caracoles. j /, i • ,r IJ

^ de métamorphisme thermal des

calcaires suprajurassiques. Je ne saurais, au reste, mieux le comparer quant à son mode de formation qu'au marbre de Carrare des Alpes Apuennes (Italie). C'est bien à un phénomène de métasomatisme que l'on a affaire ici, c'est-à-dire à une recristallisation des calcaires jurassiques.

A Caracoles, j'ai observé certains porphyres à grands éléments très altérés; vers la Quebrada Honda, j'ai recueilU une roche très fraîche , un gabbro à olivine au Cerro Pedregoso audessus de sédiments jurassiques.

Le sulfate de baryte ou barytine est, comme à Pontgibeaud (France) , la gangue habituelle des filons d'argent. Au groupe minier de California, j'ai trouvé du chlorure d'argent avec du silicate de cuivre SO* CuH^ (Dioptase).

Le chlorure d'argent s'associe parfois au chlorure de sodium dans la proportion de 1 1 p. loo pour former la huantajayite, mais jusqu'ici on n'a rencontré cette association qu'à Huantajaya (province de Tarapaca).

La Huantajayite ou Lechedor des mineurs a été reconnue

dès i853 , et étudiée en 1878 par A. Raimondi dans les « Annales de la Société de pharmacie de Lima, n*" 6 ». D'après ce savant, la huantajayite cristallise en cubes, comme les chlorures de sodium et d'argent dont elle est formée. Généralement, elle se présente sous forme de minces croûtes d'argent salin qui, examinées à la loupe, se montrent constituées par l'agglomération de petits cubes qui mesurent à peu près 1 millimètre de côté. La huantajayite se présente encore sous la forme de petites croûtes qui offrent une structure fibreuse analogue à celle que présente souvent le chlorure de sodium ou sel commun. Enfin ce minéral affecte quelquefois une structure semi-cristalline et s'introduit en tous sens dans le carbonate de chaux argileux et ferrugineux qui sert de gangue à d'autres minéraux d'argent, entrant quelquefois pour plus de 10 p. 100 dans le poids total du minerai. Pour dissoudre une proportion si grande de chlorure d'argent dans une solution de chlorure de sodium, il a certainement fallu une température très élevée. Or on conçoit que la combinaison n'a pu s'effectuer qu'au moment du remplissage métallifère des filons de Huantajaya, s'il est vrai qu'ils sont l'œuvre d'une activité thermale et peut-être solfatarienne. En ce qui concerne la découverte des mines d'argent de Caracoles, elle ne remonte pas au delà de l'année 1870. A cette époque, le désert d'Atacama appartenait encore à la Bolivie. Des Indiens auraient apporté à Cobija des minerais pour en connaître la nature et la valeur. C'étaient des boules de chlorure d'argent, d'une teneur de 60 p. 100. Une expédition fut immédiatement organisée pour retrouver les gîtes métallifères d'où les Indiens avaient tiré leurs échantillons. Après avoir longtemps erré dans le désert, elle finit par rencontrer à Caracoles des amas de chlorure d'argent. Aujourd'hui, les mines de Caracoles sont épuisées ; les sulfures qui , en profondeur, ont remplacé les chlorures sont devenus de plus en plus pauvres en argent.

A Caracoles, dans la nuit du i*'"' au 2 juillet igoS, vers

3 heures du matin, je fus subitement réveillé par des secousses séismiques horizontales. J'appris qu'à Caracoles des phénomènes de ce genre étaient très fréquents et que les secousses avaient une intensité plus grande vers le nordouest.

A défaut d'observations de longue durée, j'ajouterai que, s'il peut exister un rapport quelconque entre les mouvements du sol et les bruits souterrains, il faudrait chercher aux environs d'Aguas Dulces, au lieu nommé El Quimal, le foyer initial des tremblores de Caracoles, car il y a là un bruit souterrain constant.

Verres de Caracoles colorés en violet. — Tant à Antofagasta qu'à Caracoles, j'ai ramassé des débris de verre d'une couleur franchement violette. Cette coloration s'accusait dans l'épaisseur du verre. Ayant moi-même observé qu'en moins de huit jours des verres blancs prenaient une teinte rose violacée, je me suis demandé naturellement à quelles influences était due une semblable coloration.

Depuis les connaissances toutes nouvelles sur la radio-activité de la matière, nous savons que si l'on place pendant un certain temps un fragment de sel de radium dans un flacon de verre , ce dernier prend peu à peu une teinte violacée qui regarde l'épaisseur du verre.

Que s'est-il donc passé? Une suroxydation, sans doute, de l'oxyde de manganèse contenu dans le savon du verrier. Il y a donc tout lieu de croire à un phénomène analogue pour nos verres.

Quant à la substance rayonnante capable de produire de tels effets de coloration, il est supposable qu'elle vient du soleil, dont l'action serait plus puissante dans la zone torride qu'ailleurs^^'. Le sol, tout saturé de nitrate de soude d'aspect

^^^ Depuis, j'ai recueilli en France à la d'oxydation et éminemment propre à surface du sol des débris de verre colorés en rendre compte de Faction exercée par les rose , coloration due à un commencement rayons solaires.

blanchâtre, pourrait peut-être en Toccurrence produire des rayons secondaires.

Quoi qu'il en soit nos verres colorés ainsi en violet , perdent cette coloration sous l'influence de la chaleur.

GALAMA.

Sierra Gorda est à 1,622 mètres d'altitude. Là le sol est constitué par de grandes masses de granulite qui, sous l'influence solaire, ou plus précisément sous l'alternative du chaud et du froid , se déhtent superficiellement en plaquettes plus ou moins grandes. J'ai pu, à quelques pas de la station de Sierra Gorda au groupe minier argentifère de San Francisco , recueilhr de beaux échantillons de bromyrite de couleur vert ohve. L'or qui accompagne l'argent en particules infimes, à Sierra Gorda, n'est pas exploité.

Il faut environ quatre heures de chemin de fer pour se rendre de Sierra Gorda à Calama. Le village de Calama est situé à 2,265 mètres d'altitude. C'est le seul point du désert d'Atacama où l'on puisse voir de la végétation entretenue par les eaux canalisées du Rio Loa. Cette végétation consiste en synanthérées, graminées, luzernes et quelques gros arbres transplantés. Calama repose sur d'anciens tufs calcaires d'origine chimique.

Les eaux du Rio Loa , actuellement encore , après s'être chargées dans leur cours de carbonate de chaux, le déposent lentement par suite du dégagement d'acide carbonique en excès sur des hydrocharidées. Ces dépôts calcaires, comparables quant à leur détail de structure aux stalactites , sont bien faits pour éclairer le problème de la formation des onyx de Pampa Neptune (2 3'' parallèle) *^l

^*) Cette édification rappelle les concré- de circulation , sur les collines situées entre

tiens stalactiformes secondaires qui se Boissy et Ormoy- la -Rivière au-dessus de

constituent actuellement aux dépens du la vallée delà Juine, près Etampes (Seine ■

calcaire de Beauce, sous Taction des eaux et-Oise).

larUMEftll MATIOSALC.

Les onyx (sauf les matières colorantes) sont du carbonate de chaux pur. Les parties zonées sont dues à des variations d'eaux incrustantes. Or il arrive souvent, comme j'ai d'ailleurs pu l'observer, que lorsque la silice s'est substituée au carbonate de chaux les onyx perdent en détail dans leur rubannement, mais gagnent en dureté et en aspect. J'ai ainsi recueilli aux environs de Pampa Central des onyx opalinisées par hydratation. Je citerai encore les rives du Rio Seco comme entièrement garnies de carbonates de chaux zones. Ce ne sont, au reste, pas les seuls phénomènes d'infiltration qu'on peut rencontrer Surface polie des pisdites dans l'Amérîque méridionale. Au-

du Uc Poopo, , , „■' /ni'-\>i

tour du iac Foopo ( Bolivie ), u convient de mentionner la présence de pisolites agglomérées, rappelant par leur forme les dragées de Tivoli. Ces pisolites du lac Poopo se sont certainement formées sous l'action de remous par couches concentriques autour d'un petit noyau calcaire ou siliceux plus ou moins bréchiforme, comme il est facile de s'en rendre compte d'après la figure ci-contre. *

Raimondi, en parlant de pisolites analogues, rapporte ce qui suit : te En 1 864 1 je pus assister, si je puis m'exprimer ainsi, à la formation de ces dragées minérales et me rendre un compte exact du phénomène, dans une visite que je fis aux eaux thermales du village d'Omate dans la province de Moquegua (Pérou). Il existe, sur les bords de la rivière Omate, plusieurs petites sources d'eau thermale chargée de carbonate de chaux. Quelques-unes de ces sources forment comme une espèce de tasse, ou petit cratère en miniature, de quelques centimètres de diamètre, remplie d'une eau qui paraît en ébullition, par suite de l'eau et du gaz qui sortent avec force d'une étroite ouverture située au fond. Qu'on suppose à présent que, sous l'influence du vent ou de n'importe quelle autre cause , quelques grains de sable viennent à tomber dans ces tasses ; ils

seront aussitôt recouverts d'une mince couche de carbonate de chaux qui se dépose par suite du dégagement à l'air hbre de l'acide carbonique, grâce auquel ce sel était à l'état de dissolution dans l'eau.

« Mais, comme l'eau de ce cratère en miniature est continuellement agitée par celle qui , accompagnée d'acide carbonique , sort du petit trou situé au fond, il arrive que les grains de sable déjà recouverts d'une couche de carbonate de chaux se trouvent soumis à un mouvement continuel qui les empêche d'adhérer les uns aux autres. Ils grossissent peu à peu, par suite de nouvelles couches de carbonate de chaux

qui se déposent à leur surface , ""'■■" tr.l'^^lf'SJii).* """'" jusqu'à ce que , pour une cause

quelconque, le trou du fond de la tasse s'obstrue, et le phénomène cesse avec la sortie de l'eau et du gaz carbonique. Les fausses dragées se déposent alors au fond du petit cratère, mais sans adhérence aucune entre elles. »

Il peut arriver également que, quand les grains ont acquis certaines dimensions, l'eau qui sort du fond de la tasse n'ait pas la force suffisante pour les mettre en mouvement. Ils restent alors en repos, et le carbonate de chaux qui continue à se déposer dans l'eau les unit entre eux, leur sert de ciment et donne ainsi naissance à de petites masses, formées de grains arrondis, analogues à celle des environs du lac Poopo.

A partir de Calama, j'ai pu suivre jusqu'à Conchi, aux bords du Rio Loa, une formation lacustre des plus intéressantes. Celle-ci consiste en un calcaire siliceux tout pétri de petites lymnées assez ventrues. Ce dépôt atteint son maximum de puissance (d'environ 5 mètres) à Conchi. Là, le calcaire

lacustre est travertiné ; il s'est transformé à la surface en un silex résinite à teintes jaunes, roses et noires, et en cacholong, variétés d opale à des degrés diflPérents d'hydratation. Les colorations de ce silex résinite sont certainement dues à des hydrocarbures. Au pont de Conchi, le terrain lacustre à lymnées repose directement sur une roche volcanique andésitique à biotite, laquelle forme le substratum du volcan San Pedro. L'âge de cette andésite est bien antérieur à celui des dépôts lacustres , car ces derniers n ont rien perdu de leur horizontalité.

Le terrain lacustre est loin d'être fossilifère dans toute son étendue sur les hauts plateaux; on le retrouve à OUague, Rio Grande, Cobrizos. En ce dernier point, la découverte d'un fémur de mastodonte pourrait approximativement fixer l'âge de la formation.

CHUQUICAMATA.

Si, en retournant plus au sud à Calama, on se dirige dans la direction nord-ouest, on rencontre Chuquicamata, gîte cuprifère extrêmement important. Celui-ci a des filons orientés du nord au sud, un peu inclinés à l'ouest, dans des massifs granulitiques et syénitiques.

La distribution du minerai consiste en carbonates et oxychlorures à la surface, et en pyrites en profondeur.

La mine Rosario del Llano est actuellement une des plus profondes; un de ses filons, le San Manuelo, orienté N. 0. — S. 0. 3o^ situé à une profondeur de 120 mètres, est uniquement constitué par de la pyrite de cuivre. La montagne minière de Chuquicamata, complètement injectée de cuivre, est toute criblée dans le sens horizontal de cavités nommées llamperas, qui donnent d'un peu loin l'illusion de terriers de lapins. Ces cavités ou llamperas représentent l'emplacement d'anciennes exploitations de cuivre à une époque préhispanique.

Dans une de ces llamperas, j'ai ramassé un fragment de pelle en roche trachytique et un énorme marteau en pierre siliceuse

à double manche en bois, dans un état d'excellente conservation. Depuis quelques années déjà, on a repris l'exploitation de ces antiques cavités, et c'est ainsi que dans Tune d'elles, au groupe minier de la Restaurada , on découvrit le corps d'un mineur indien momifié naturellement d'une façon parfaite, dans l'attitude d'un individu surpris par un éboulement. Il avait à ses côtés des marteaux en pierre semblables à celui que j'ai trouvé, ainsi que des paniers en sparterie remplis exclusivement d'atacamite.

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