ZONE VOLCANIQUE DU SAN PEDRO
Entre les 21" et 28* degrés de latitude Sud, au nord de Calama, l'activité volcanique a été, à la fin de la période tertiaire, d'une intensité extraordinaire.
Citons par exemple, sur la grande chaîne occidentale des Andes, les volcans San Pedro et San Pablo, Poruna et toutes les montagnes volcaniques avoisinantes sans cratère (caractère fugace des volcans), Talco, Olka, etc.
Le volcan Poruna se trouve à 6 kilomètres au nord de la station de San Pedro (3,2 33 mètres d'altitude); il a une forme très régulière, son égueulement a une direction Sud-Ouest, certaines de ses laves laissent voir des fendillements caractéristiques résultant d'une torsion mécanique au moment de leur épanchement. Poruna est une pustule parasitaire insignifiante par rapport à l'imposante masse volcanique du San Pedro qui se dresse devant elle dans la direction Est, à une distance de 12 kilomètres.
La question de connaître si le San Pedro était, oui ou non, un volcan en activité m'en fit faire l'ascension. Le 1 1 juin 1903, après une première tentative, alors que j'étais arrivé vers 8 heures du soir à près de 5oo mètres du sommet, je perdis mon guide et fus dans la nécessité de regagner la station de San Pedro où j'avais établi mon gîte. Le 16 juin, parti
le matin à 7 heures à la cote 4^070, j*arrivai à 4 h. 5 au sommet où je notai l'altitude de 5,635 mètres à la température de 7 degrés centigrades au-dessous de zéro^*\
('^ Dans le Balletin de la Société de géographie commerciale de Paris , j'ai relaté ainsi tout au long le récit de cette périlleuse ascension :
t Je partis le 1 1 juin i goS , vers 8 heures du matin, de la station San Pedro, située à une altitude de 3,a3o mètres, pour faire Tascension du fameux volcan , et j'arrivai vers 8 heures du soir, à près de 5oo mètres du sommet. Le ciel était très étoile. Mon guide , atteint de ce terrible mal des montagnes qu'on appelle la pana , se plaignait de fortes névralgies dans la tète. Je le débarrassai aussitôt de ma fourrure et de mon revolver, et je résolus de descendre au plus vite. A peine avions -nous fait qudiques pas, que mon guide disparut subitement. Je me mis à l'appeler, mais ce fut en vain. Etait-il tombé dans un précipice ou venait-il d'être frappé d'apoplexie ?
t C'étaient autant de questions alarmantes que je roulais en mon esprit. J'arrivai entin le i a , à 4 heures et demie du matin , à la station San Pedro , tout transi par le froid. Mes mules, que j'avais heureusement retrouvées, m'avaient permis de franchir rapidement la distance de i4 kilomètres qui sépare le pied du volcan de la station de chemin de fer. A i heure de l'après-midi , j'eus la surprise de revoir mon guide qui arrivait couché sur un petit wagonnet nommé carrito. Ce malheureux, à la suite d'une chute dans laquelle il perdit mon sac qui contenait mes notes et mon marteau , avait du passer la nuit sur le volcan; le froid l'avait naturellement saisi, mais il avait pu, le jour venu, se traîner jusqu'à la ligne du chemin de fer, d'où il s'était fait apercevoir d'ouvriers de la ligne qui le ramenèrent naturellement h la station. Les pieds de mon guide avaient complètement blanchi sous l'action du froid, je le frictionnai et le fis diriger le soir
même par le train sur l'hôpital de Galama.
■ Malgré ce premier insuccès, la question de savoir si le San Pedro était un volcan , oui ou non, en activité me travaillait l'esprit. Le 1 5 , je tentai à nouveau l'ascension, cette fois avec trois individus métis de blancs et d'Indiens, du nom de Filémon Morales , Pedro Gopas , Francisco Fernandez. J'allai en leur compagnie passer la nuit au pied du volcan. Le i6, à 7 heures du matin , nous nous mimes en marche pour l'ascension. Copas et Fernandez furent obligés de nous quitter à mi-chemin ; l'un d'eux même eut de forts saignements de nez.
t J'atteignis enfin la cime du volcan à d heures 5 de l'après-midi et constatai l'altitude de 5,635 mètres au-dessus du niveau de la mer, à la température de 7 degrés centigrades au-dessous de zéro.
Morales fit mine de se trouver mal. une certaine contraction de ses traits me dévoila évidemment sa souffrance. Je le ranimai en lui mettant dans la bouche quelques cristaux d'acide citrique que j'avais emportés. Quant à moi, j'éprouvai aussi une impression assez pénible. Il me semblait que ma tête se trouvait serrée comme dans un étau à la hauteur des tempes et que la matière cérébrale allait éclater.
Je reconnus que le sonmiet du volcan était composé de lapilli pulvérisés improprement appelés cendres: je vis que l'égueulement avait une direction Sud- Est et que la chaudière [caldera] était dans sa moitié disloquée par suite de l'éruption postérieure du San Pablo.
t Je ne constatai aucune fissure sur le San Pedro, mais j'eus la preuve qu'il était indispensable de ne pas séparer topographiquement le San Pedro du San Pablo.
Je laissai au sommet, dans une bouteille, une fiche où étaient notés divers rensei-
Pendant cette ascension , j'avais constaté la disparition complète de la flore à la cote 4,5oo mètres.
La cime du volcan San Pedro est extrêmement plate; elle est toute recouverte de lapilli pulvérisés improprement appelés cendres; Tégueulement a une direction S. S. E.
Quant au San Pablo , il doit être considéré comme un second volcan qui , au cours de son éruption spécifique , a disloqué la moitié du cratère du San Pedro. On ne peut donc point séparer topographiquement le San Pedro du San Pablo.
L'éruption du San Pablo s'est manifestée postérieurement à celle du San Pedro, et son altitude ne dépasse de guère plus de 3oo mètres environ celle du San Pedro.