VI INTRODUCTION
La couleur changeante'des eaux de l'Océan [me frappa tout d'abord, et je pus dans la suite acquérir la certitude que le ciel joue un rôle très important dans la coloration de Teau.
Aux environs de Bordeaux, à l'Ile Verte, la coloration jaunâtre de l'eau, comme dans le Rio de la Plata, m'indiqua clairement que les fonds étaient remués.
Dans les fonds de i5o à 200 mètres, l'eau conserve toujours une couleur verte. En Méditerranée, aux Açores, par exemple, l'eau est bleue par le beau fixe et devient verte par le mauvais temps.
Le 19 avril, le soleil étant au zénith, je vis que l'océan Atlantique était plus bleu du côté le plus éclairé que du côté où il l'était le moins à cause du bateau. Ceci ne lit que confirmer mes constatations que, par temps gris, la mer est verte. Ce jour-là, il restait encore 4o6 milles à parcourir pour gagner Rio de Janeiro.
Rio de Janeiro fut le premier point où nous prîmes contact avec le territoire sud-américain. La baie de Rio, dominée par le Corcovado et limitée par le Paô de Assucar, est d'un effet très imposant.
Une escale de plusieurs heures me permit d'observer des roches gneissiques et du labradorite. A mon retour, en louvoyant sur les côtes du Brésil à Santos [ilha Santo Amaro)^ je trouvai des granités passant au gneiss par métamorphisme. Les gneiss, d'ailleurs, comme j'ai pu le voir en 1904 en France avec M. W. Kilian au massif de l'Échaillon , près de Saint-Jeande-Maurienne, ne sont que des granités plissés sous l'influence d'un phénomène dynamo-métamorphique.
Le 26 avril au matin, nous arrivions à Buenos-Ay res , à une époque où les neiges commencent à recouvrir la Cordillère des Andes.
Notre premier soin fut d'attendre le moment propice pour traverser la Cordillère. Nous mîmes à profit les cinq jours pen-
INTRODUCTION. vu
dant lesquels nous dûmes rester à Buenos-Ayres pour visiter le Musée national et le Musée de la Plata, si riches en collections paléontologiques et ethnographiques.
Après avoir traversé pendant un jour et demi les pampas argentines, nous atteignions Mendoza, ville très coquette, mais tristement célèbre par ses tremblements de terre. Au mois d'août de iQoS, une secousse sismique lit plusieurs victimes.
Les formations pétrolifères des environs de Mendoza sont, d'après L. Brackebusch, assez importantes.
De Mendoza, nous nous rendons en une journée au Pont de rinca [Puente del Inca). Ce pont est, géologiquement parlant, très curieux, car il est de formation récente. (Jne fontaine analogue à celle de Saint-AUyre (France) dépose là des calcaires de précipitation chimique. Ceux-ci quelquefois sont remaniés par les eaux, et c'est alors qu'ils se présentent sous la forme de lentilles dont les dimensions varient en grosseur de i à 4 centimètres.
Il faut environ six heures, lorsque les sentiers sont envahis par les neiges, pour traverser la Cordillère des Andes. Le trajet s'effectua à dos de mulet de Las Vacas, versant argentin, à Juncal, versant chilien. En ce dernier point, j'ai pu échantillonner quelques porphyrites. Parvenu à Valparaiso, je m'embarquai sur le vapeur Loa pour me rendre à Antofagasta en longeant les côtes du Chili. Une assez longue escale à Caldera me permit de reconnaître l'étage sinémurien à Gryphœa arcnata Lamk. Le ii mai, j'étais à Antofagasta. La ville, ou paeblo, est bâtie sur une de ces fameuses terrasses dites de soulèvement, dont l'explication depuis Ch. Darwin n'a cessé de préoccuper les naturalistes sans que la question fût ensuite bien éclairée. Je reviendrai d'ailleurs ultérieurement sur les terrasses chiliennes.
A peine débarqué à Antofagasta, les sommets blancs des récifs attirèrent mon attention. Qu'étaient-ce donc que ces zones blanchâtres? En m'approchant, je reconnus facilement un pro-